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Allaiter comme une évidence

Dorota, est polonaise. Elle vit en France depuis 1996. Elle a travaillé dans le milieu de cinéma comme décoratrice/ensemblière et elle a choisi de s’occuper à plein temps de son fils Theo qui a 22 mois.

Dorota : la question d’allaiter mon enfant ou pas ne s’est jamais posée. Tout comme les femmes de ma culture, ma mère m’a allaité, ainsi que mon frère. Je viens de Pologne où l’allaitement est ancré dans notre tradition. Ainsi, c’était pour moi naturel, logique, biologique, une évidence : mes seins sont faits pour ça.

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Les coliques, fourre-tout ou réalité ?

Billet écrit par Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, Françoise Coudray est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+

Un jour un médecin m’a affirmé que pour lui : « Les coliques sont un sac fourre-tout où l’on met tout ce qu’on ne comprend pas ». D’une certaine manière, il n’avait pas complètement tort. Heureusement, nous disposons de plusieurs pistes qui pourraient expliquer les causes des pleurs intenses que l’on appelle communément coliques du nourrisson. Car il n’y a rien de pire que d’être face à une famille désemparée, où la mère pense à tort que son lait n’est pas bon et fait souffrir son enfant. Dans une telle période de vulnérabilité, il en faut peu pour que la mère se retrouve aspirée dans une spirale infernale pouvant déboucher sur un sevrage.

Que sont les coliques au juste ?

Les coliques sont des pleurs inexpliqués, inconsolables. On constate souvent que l’enfant serre les poings, relève ses jambes. Si le pic d’apparition des coliques est situé entre 5 et 8 semaines, elles peuvent démarrer plus tôt et durer jusqu’à 4 à 6 mois (Lucassen et al 2001). On ignore pourquoi certains enfants sont touchés et d’autres non.

Une difficulté à digérer certaines protéines consommées par maman ?

L’immaturité du tractus gastro-intestinal peut jouer un rôle. Bien que non validée par de nombreux soignants, l’une des premières causes probables des coliques serait une réaction à la protéine de lait de vache (PLV) consommée par la mère du bébé allaité. Malgré le manque de preuves médicales, de nombreux épisodes de coliques s’atténuent, voire disparaissent lorsque la mère suit un régime d’éviction strict de tous les produits laitiers d’origine bovine. Je pense notamment à une maman en larmes qui m’appelait un soir. Je la questionnais pour tenter de comprendre l’origine des pleurs de son bébé. C’est alors que j’évoquais l’hypothèse selon laquelle sa consommation de PLV pourrait avoir un effet sur son bébé. Je lui suggérais alors d’arrêter les PLV durant un mois. Et ça a fonctionné. En quelques jours à peine, les symptômes de coliques avaient largement diminué. Au-delà d’explorer les pistes précédentes : supprimer les principaux allergènes (pas uniquement de lait de vache) pourrait fonctionner.

Un allaitement à adapter ?

Des mères remarquent aussi que leur bébé présente des selles vertes et explosives. Certains auteurs expliquent ce phénomène par un déséquilibre entre un lait riche en lactose et la lactase (enzyme digestive) disponible pour bien le digérer. Ceci entraînerait un déséquilibre au niveau de l’intestin, un transit rapide, et des selles liquides, malodorantes et vertes. Ce type de transit génère des douleurs abdominales. Des mères tentent alors de donner plusieurs fois le même sein en retirant le trop plein du sein opposé et en veillant à ce qu’il ne s’engorge pas ; cela semble améliorer le confort de leur bébé.

Le tabagisme aggraverait les coliques

Parmi les autres causes, citons le tabagisme. Le tabagisme passif joue lui aussi un rôle délétère. L’augmentation excessive de la motilité gastrique et intestinale toucherait aussi bien le fumeur que le bébé allaité exposé. Les fumeurs adultes pourront en témoigner. En cause, un taux très élevé de motiline déjà passablement désagréable chez l’adulte. Imaginez alors son impact sur le système gastrique et intestinal immature du bébé ! Les mères allaitantes fumeuses devraient être soutenues pour essayer de diminuer leur consommation de cigarettes. Précisons que toute cigarette devrait être fumée à l’extérieur et pas seulement devant une fenêtre. On pourrait croire que pour protéger le bébé, il suffirait alors que la mère sèvre son enfant. L’allaitement continue de mieux protéger l’enfant de tous les risques associés au tabagisme passif notamment s’il y a été exposé pendant la grossesse. A noter que les substituts nicotiniques pendant la grossesse peuvent également générer des coliques.

Deux autres causes sont à elles seules des cercles vicieux : l’anxiété et la dépression.

Lorsque l’enfant naît, et que la mise en route de l’allaitement est laborieuse, il s’en faut peu pour que la mère commence à souffrir de lésions, entraînant des douleurs, du stress, et un climat pseudo dépressif. Si l’on ne prend pas rapidement en charge la cause de l’anxiété, la souffrance morale ressentie face à un enfant qui pleure génère à son tour un maelström de sentiments négatifs lesquels pourraient aggraver les coliques. Là encore, un système de soutien et d’accompagnement sont nécessaires.

Quels remèdes peut-on proposer ?

Allaiter exclusivement pourrait être bénéfique à plusieurs niveaux, aussi bien du fait des hormones contenues dans le lait maternel que des différences dans les pH et la composition de la flore intestinale chez l’enfant.

Porter l’enfant en écharpe diminue les pleurs, leur intensité, et leur durée. Le toucher en lui-même apaise ; le massage de l’enfant peut donc trouver sa place ici.

Un avis médical peut être nécessaire

Une administration orale de Lactobacillus reuteri pourrait améliorer les coliques (Sung et al., 2013).

Des extraits à base de camomille allemande/matricaire Matricaria recutita, de fenouil Foeniculum vulgare, et de mélisse Melissa officina pourront être utiles car ils sont connus pour diminuer la durée des pleurs. (Savino, Cresi, Castagno, Silvestro, & Oggero, 2005).

Une visite chez un ostéopathe pourra s’avérer intéressante également.

En outre, l’acupuncture aussi bien pour l’enfant que pour la mère pourrait être bénéfique.

Et si rien ne « marche », une évaluation médicale complète devrait être faite.

En conclusion

Aucun parent n’est véritablement armé pour supporter les pleurs de son enfant. L’entourage a souvent vite fait de recommander le sevrage, pensant que le problème vient du lait maternel.  Or, sevrer ne résoudra pas forcément le problème ; il est même possible qu’il l’aggrave. Identifier la cause des coliques est un exercice délicat et souvent voué à l’échec. Aucune piste ne devrait être exclue car si la PLV est souvent en cause, elle n’est pas nécessairement la seule à incriminer. Certaines stratégies sont faciles à mettre en œuvre. Si les coliques sont inévitables parfois, il est possible de les apaiser.

Réussir son allaitement après une césarienne, c’est possible !

Voici le témoignage de Hope N., maman d’une petite fille.

Quand je suis tombée enceinte, j’étais sûre que je voulais accoucher à la maison de façon naturelle et que je voulais allaiter mon enfant. Je suis l’ainée de quatre enfants et j’ai pu être présente à l’accouchement à domicile de ma plus jeune sœur quand j’avais huit ans – une expérience qui m’a beaucoup marquée. J’avais tout préparé dans ce sens mais comme dit le dicton juif « l’Homme planifie, Dieu rit ». Suite à une pré-éclampsie*, j’ai accouché par césarienne en urgence à 38 semaines et même si je savais que j’avais tout fait pour préserver la santé de mon bébé et de moi-même, je me sentais profondément en échec. Pendant toute la grossesse, on m’avait dit « Fait confiance à ton corps. Ton corps saura quoi faire. » Mais mon corps n’avait pas assuré. Sans la médecine moderne, je n’aurais probablement pas survécu à l’accouchement !

Du coup, je ne faisais plus confiance à mon corps pour faire du lait pour mon enfant non plus. J’étais convaincue de ne pas être capable et le discours d’autres personnes ne m’a pas beaucoup aidé. Plusieurs infirmières à l’hôpital m’ont dit qu’à cause de la césarienne, le lait ne viendrait pas tout de suite, qu’il faudrait certainement compléter avec de la formule**. De l’autre côté, je lisais que plus je complétais avec la formule, moins je produirais. Puis on me disait que le stress réduisait la production aussi et j’étais dans une des situations le plus stressantes de toute ma vie ! Le pédiatre de l’hôpital m’a fortement déconseillé l’allaitement « le sein est traitre, madame, on ne peut pas mesurer combien boit l’enfant ! » Et pour couronner le tout, l’allaitement me faisait mal. J’avais des crevasses et c’était « pas normal ». C’était sûr. Je n’allais pas y arriver.

L’obstétricien qui a fait la césarienne est venu vérifier la cicatrice et m’a trouvé en larmes. Quand je lui ai dit que j’avais peur de ne pas pouvoir allaiter car le lait ne viendrait pas, il m’a gentiment pris la main et il m’a dit « ne le prenez pas mal, mais vous n’êtes pas si exceptionnelle ! Le lait viendra, comme pour tout le monde. » Ma sage-femme m’a rassuré aussi. Elle a donné des instructions aux infirmières pour qu’elles n’insistent pas pour donner des biberons et nous avons mis en place un plan car ma petite perdait du poids et il fallait la nourrir.

J’ai fait beaucoup de peau à peau. Je ne pouvais pas encore me déplacer à cause de l’opération, mais je pouvais avoir mon bébé dans mes bras et je la gardais le plus possible contre moi. La sage-femme m’a montré comment exprimer mon lait avec mes mains et m’a aidé à louer un tire-lait aussi. Après chaque tétée, je tirais ce qui restait et je le donnais à ma fille avec une pipette, puis si elle mangeait tout je lui proposais un peu de lait industriel (toujours à la pipette) pour rassurer les infirmières sur son poids. Après une journée comme ça, ma fille a bien pris du poids et a refusé la formule car elle était bien rassasiée.

Deux semaines après, j’ai vu une consultante en lactation qui m’a beaucoup aidé à avoir confiance et m’a conseillé de voir une ostéopathe car ma fille avait la mâchoire serrée quand elle tétait. Effectivement, cela a soulagé la douleur. En vrai, je n’avais pas du tout de problème de production de lait mais j’ai mis du temps à y croire ! Je n’avais pas particulièrement prévu d’allaiter longtemps mais c’était de plus en plus agréable ; et puis j’étais moins angoissée et cela ne faisait plus mal. J’ai trouvé le réseau de La Leche League et j’allais à des réunions avec d’autres mamans qui allaitaient et qui donnaient toujours de bons conseils, du soutien et de l’empathie. Mon bébé était toute ronde et heureuse – et je me sentais bien aussi ! Nous avons pas mal voyagé quand ma fille était bébé, allant même jusqu’en Australie quand elle avait 6 mois, et avec l’allaitement, c’était tellement simple. Je me souviendrai toujours du regard horrifié de l’agent de sécurité à l’aéroport quand il m’a dit « Allez-y sortez tous les biberons, les compotes, etc. » et je lui ai dit, « Non, j’ai rien », « Rien ?? » « Enfin j’ai tout ce qu’il faut ici », en désignant mes seins. Le pauvre a eu du mal à s’en remettre.

Notre aventure d’allaitement s’est terminée quand ma fille a eu 2,5 ans. 8 mois plus tard, je produis toujours quelques gouttes de lait. Pas trop mal pour un corps qui ne savait pas comment faire !

* La pré-éclampsie est une maladie caractérisée par l’association d’une hypertension artérielle accompagnée d’une apparition exagérée de protéines dans les urines et d’oedèmes.

** NDLR : ce qu’Hope nomme « formule » correspond à ce que l’on entend par les substituts du lait maternel, « formula » en anglais, autrement dit les laits de préparation pour nourrissons.

Allaitement et dépression du post-partum

Il a été démontré de façon assez fiable que les symptômes de la dépression du post-partum qui touche entre 12 et 30 % des jeunes mamans et l’arrêt précoce de l’allaitement (en deçà des préconisations officielles) étaient liés. Mais les relations de causalité et les mécanismes mis en jeu sont encore peu clairs. De plus, des différences entre mères sont observées. Tout cela mérite que le sujet soit creusé. Alors si on faisait le point ?

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Histoire de ᶦᶦbouts de seinᶦᶦ et allaitement long… si si : c’est possible ! [la suite]

Vous qui lisez régulièrement le blog allaitement, peut-être vous souvenez-vous de l’histoire de Cathy *et de sa fille Manon* ? Pour résumer, après une grossesse et un accouchement difficiles, Cathy a rencontré des problèmes au démarrage de son allaitement. Le personnel de la maternité lui a conseillé d’utiliser un « bout de sein », qu’elle n’a jamais pu supprimer, Manon s’étant habituée à téter avec. Cathy a loué un tire-lait. Le modèle qui lui avait été proposé date de plus de 30 ans et elle n’extrayait que quelques gouttes de lait au départ. Grâce à une consultante en lactation, elle a changé de tire-lait et a réussi une relactation. Au final, elle a tout de même allaité 5 ans !

Elle a souhaité nous raconter quelques détails supplémentaires de son histoire et notamment les obstacles qu’elle a surmontés parce qu’elle estime que cela peut sans doute aider certaines d’entre vous à dépasser ces mêmes difficultés.

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Les positions d’allaitement : la madone inversée

Vous pensiez vous installer en madone, intentionnellement ou par réflexe comme nous l’avons vu dans le précédent billet, mais certaines difficultés surviennent et vous interpellent. Ou bien, vous avez adopté la position de la madone dès le départ et vous êtes confrontée à des problèmes. Vous entendez qu’une bonne position est cruciale pour un bon démarrage de l’allaitement, mais vous ne parvenez pas à vous installer autrement pour trouver une solution. Nous vous proposons de découvrir la position de la « madone inversée » qui est un peu la petite soeur de la madone, sans les inconvénients majeurs de celle-ci sur la prise du sein !

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La douleur de l’épisiotomie et son impact sur l’allaitement

Selon la définition officielle de l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP), “la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ou décrite dans ces termes” ». Nous avons évoqué dans un précédent billet que la réponse inflammatoire était susceptible de déclencher chez une mère un état dépressif. Nous allons, dans ce billet, nous concentrer sur la douleur associée à une lésion tissulaire, celle de l’épisiotomie.

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Allaiter n’est pas souffrir!

J’ai accompagné une maman qui allaitait son bébé depuis un an, et souhaitait arrêter l’allaitement pour pouvoir partir une semaine en formation. Alors que je lui donnais des conseils pour sevrer en douceur, elle me dit :

« Au fait, combien de temps les crevasses vont mettre pour cicatriser? »

– Ah? Vous avez des crevasses? »

– Oh oui, depuis longtemps!

– Longtemps, c’est à dire?

– Depuis la naissance, quoi!

– Vous avez des crevasses depuis un an??

– Oui, pourquoi?

– Et vous avez mal?

– Ah oui, j’ai mal!

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