Travailler et allaiter, impossible?

A l’heure où il ne fait plus de doute qu’allaiter longtemps est bénéfique à tout point de vue pour la mère et l’enfant (°), il reste néanmoins des écueils de taille pour les jeunes mamans. Et l’un des plus fréquents s’appelle la reprise du travail. En France, elle a lieu habituellement vers les deux-trois mois de l’enfant, c’est à dire bien tôt pour un petit être aussi dépendant.

La grande majorité des jeunes mamans dans cette situation se résignent et, la mort dans l’âme, cessent d’allaiter leur bébé pour cette date fatidique de la reprise du travail. Je parle de date fatidique en pesant mes mots : elle stresse les femmes des semaines ou des mois à l’avance, parfois même avant la naissance!

La plupart des femmes sont persuadées qu’il est impossible de poursuivre l’allaitement, qu’il soit mixte ou exclusif, une fois qu’elles ont repris le chemin de leur travail. Or si, c’est possible, dans la grande majorité des situations.

L’organisation est le maître-mot de la réussite. Et pour être organisée, il faut d’abord savoir où l’on en est (une sorte d’état des lieux), et où l’on va (ce que l’on veut à terme). Puis on met en place les solutions pratiques qui s’imposent. Il faut donc commencer par le bilan de l’état actuel de votre allaitement : exclusif ou mixte, et s’il est mixte comment se répartit l’alimentation. Cela, c’est facile : c’est votre quotidien!

De quoi ai-je envie?

Ensuite, de quoi avez-vous envie pour la reprise du travail (je dis bien ENVIE, sans vous poser de question de faisabilité!) : continuer l’allaitement exclusif? Enlever une ou deux tétées? Garder seulement une tétée le matin et le soir?

Une fois l’envie posée, demandez-vous si cela sera possible par rapport à la physiologie de l’allaitement. Par exemple, une femme qui reprend le travail à un mois et demi risque de vivre une baisse féroce de sa lactation si elle passe à seulement deux tétées par jour! Ce n’est pas avant six mois environ que l’on peut être à peu près sûre que ce rythme sera sans risque (°°).

Je confronte mon vœu à la pratique

Enfin, la dernière question concerne ce qui est possible dans la pratique quotidienne. Gardez en tête votre souhait profond, par exemple poursuivre l’allaitement exclusif, et cherchez toutes les solutions possibles pour qu’il puisse être réalisé. Au pire, s’il ne l’est pas, vous aurez essayé. Mais la plupart du temps, les problèmes pratiques ne résistent pas à la motivation! Voici quelques questions que vous pouvez vous poser :

-est-ce-que je peux rentrer chez moi à midi tirer mon lait?

-est-ce-que je peux aller allaiter mon bébé parce qu’il est à proximité?

-quelle est la législation en vigueur dans mon entreprise ? Une heure d’allaitement? Rémunérée ou non? (cela dépend de la convention collective).

-est ce que je peux disposer d’un réfrigérateur dans de bonnes conditions d’hygiène, ou devrai-je prendre une glacière?

-quel est mon temps de transport pendant lequel le lait doit être réfrigéré?

-est-ce-que j’aurai une salle pour m’isoler et tirer mon lait (mon bureau, l’infirmerie, une salle spéciale parce que mon entreprise compte plus de cent femmes y travaillant)?

Cette liste de question peut faire peur au début, et c’est pourquoi il est important de vous faire aider pour la mise en place, par exemple par une amie qui a déjà vécu cette situation, ou bien par une consultante en lactation (surtout s’il y a des questions sur la physiologie de l’allaitement!)

Une fois que vous aurez répondu à toutes ces question pratiques, vous pourrez dessiner avec sérénité votre projet d’allaitement, en sachant où vous allez. Tout ne sera peut-être pas parfaitement décidé, et il y aura une ou deux semaines de test, mais vous aurez l’esprit plus tranquille.

Je réussis mon projet

Pour résumer, voici quels sont selon moi les principaux facteurs-clé de succès :

l’envie d’allaiter

-une bonne connaissance de ses objectifs (par exemple : je dois produire trois biberons de 100 mL quatre jours par semaine)

-une bonne organisation

-avoir discuté sereinement la question avec les personnes que vous côtoyez dans votre travail, chef, collègues, etc

-une personne clé que vous pouvez appeler quand vous avez des questions

-une personne clé à qui vous pouvez parler quand vous avez le moral dans les chaussettes

-un bon tire lait ou une bonne technique d’expression manuelle du lait

Pour illustrer mon propos, je publierai, dans les semaines qui vont suivre, divers témoignages de mamans qui reprennent le travail en allaitant, et ce dans des conditions pas toujours faciles. Je suis sûre que vous trouverez des points qui vous ressemblent dans au moins une partie de ces témoignages et que cela vous donnera des pistes pour avancer dans votre projet. Et n’oubliez pas, en s’entourant bien, tout est possible!

(°) le doute n’a d’ailleurs duré que quelques décennies, habilement semé par quelques industriels malins. Si les femmes avaient douté avant, l’espèce humaine n’en serait pas là aujourd’hui!

(°°) il s’agit d’une moyenne, les femmes sont toutes différentes, notamment dans leur profil hormonal

12 réflexions sur « Travailler et allaiter, impossible? »

  1. J’ai repris le travail pour les 4 mois de ma fille et est voulu poursuivre l’allaitement,
    Aujourd’hui elle a 6 mois et je l’allaite tout en jonglant avec le travail, les tétées du matin et du soir, le tire lait au travail et la diversification alimentaire.
    Il suffit d’être bien organisée d’avoir ENVIE !!!
    C’est que du bonheur et n’ai pas du tout vie d’arrêter !!

  2. J’ai repris mon travail quand mon fils a eu 2 mois et demi. Avec mes doutes et la peur de ne pas réussir . Il a 5 mois et cela est une vraie réussite, un grand bonheur …. Un allaitement exclusif comme je le voulais . Merci pour votre blog ….

  3. Bonjour,
    Je me retrouve bien dans votre article.
    J’ai repris le travail lorsque mon bébé avait deux mois et demi, il a aujourd’hui 5 mois passés et je poursuis l’allaitement exclusif.
    Il faut une bonne dose de motivation et être persuadée de son projet! Au niveau organisation, c’est parfois un peu particulier, par exemple au travail, je tire mon lait dans la douche du vestiaire des femmes qui n’est jamais utilisée. Problème, pas de prise électrique, pas de chaise, beaucoup de passage…mais on trouve des solutions! J’ai aménagé mon ´coin’, apporté une grande rallongiez électrique, disposé un panneau ‘Merci de ne pas déranger’ à cause de cette satané porte qui ne ferme pas à clé…et surtout j’en parle librement et sans honte!

  4. J’ai justement une question. J’ai deux jours par semaine ou je travaille au marché. J’ai donc aucune intimité pour tirer mon lait. Pour ma premiere j’ai reussie tant bien que mal à le faire. Mais pour la deuxième j’arrive pas à me détendre et je tire quasiment rien. Est ce que sa nuira à mon allaitment si ces deux jour je tire pas mon lait? La durée de séparation est de sept heure maxi et ma petite à 3 mois et demi.

    1. Bonjour Emmanuelle,
      Comme votre bébé a déjà 3 mois et demi, et qu’il n’y a que 7 heures entre 2 stimulations, vous pouvez ne pas tirer pendant ce temps.
      Cependant, je vous conseille, lors de ses deux jours, de mettre votre bébé plus souvent au sein ou de tirer votre lait quand vous êtes à la maison pour toujours garder un maximum de stimulations.

      1. Merci de votre reponse. Jai donc arreter de tirer au marcher. Je tire le soir a la place et des fois pendant la sieste de lapreme. Le reste du temps elle tete a volonté et elle continue de tetee plusieur fois le soir. Jai pas de probleme a part que je peu pas fair de stock comme je tire moins de lait. Mais comme elle peut maintenant manger sa pose pas de probleme.

  5. Bonjour
    Je voudrait témoigner à votre article qui est très bien fait!
    J’ai repris le travail depuis 1 semaine maintenant. Ma fille a 3 mois et elle est toujours sur de l’allaitement exclusif.
    Je travail dans un domaine viticole.
    Avant ma reprise je me suis poser pleins de questions. J’ai enlevé deux tétées pour être plus tranquille la journée et éviter l’engorgement et je suis aller voir ma patronne pour lui parler de mon projet d’allaitement.
    Et maintenant je tire mon lait deux fois par jour.
    Je m’isoler dans la salle de bain du gîte pour être sûr de ne pas être déranger et je tire lait au calme.
    Je peux ensuite le mettre au frigo.
    Même si je travail dehors je tire mon lait à ma pause déjeuner sans que cela pose de problème à l’organisation de notre travail et a mon équipe.
    quand je suis doit être au bureau pour la vente je suis plus libre. Je préviens ma collègue que je m’absente 20 min et elle prend ma place si des clients arrivent. Et pareil dans l’après midi si je doit faire la fermeture.
    Donc pour moi si l’envie d’allaitement est la. L’organisation découle toute seul.
    Je peux travail dehors, en caves, ou en t’en que commercial et pour le moment j’arrive à tirer mon lait. Et ma fille profite de mon lait le lendemain chez la nounou.

    1. Bonjour Charlène, merci beaucoup pour votre précieux témoignage, et surtout, bonne continuation!!

  6. Bonjour,
    J’ai repris le travail quand ma fille allait avoir 4 mois. Sentant l’angoisse de sa maman concernant la séparation et surement la fin d’un allaitement pas forcément voulu, elle a fait une grève de biberons pendant quasiment 3 semaines avant ma reprise… lorsque je prévoyais de la sevrer ! C’est que qui m’a conduit à maintenir l’allaitement après la reprise du travail et je dois avouer que cela m’allait très bien ainsi. Elle boit le soir (tétée de retrouvaille dès mon retour !), la nuit et le matin je donnais un sein et tirait l’autre pour tenir jusqu’au retour. Cela fonctionne plutôt bien malgré la journée de travail et les temps de transports parisiens. Les WE et les jours où elle est avec moi, c’est que tétées ! Aujourd’hui à 8 mois elle poursuit en allaitement mixte (2 bibs chez la nounou) avec la diversification. J’ai aussi eu droit à la grève de la tétée pendant quelques jours au moment de la sortie des 1ères dents vers 5 mois.. tirage de lait pendant ces jours en espérant que l’allaitement reprenne.. et il a repris ! Si j’ai un mot à dire, c’est d’être PERSEVERANTE ! et patiente !

  7. Bonjour, je ne sais pas si je suis au bon endroit pour laisser mon commentaire.
    Mon bébé a 6 mois, je travail depuis qu’il a 4 mois et demi. Je tire mon lait au travail dans les toilettes avec le tire-lait électrique.
    Ma seule préoccupation est que quand mon mari ( qui garde le bébé en ce moment) réchauffe le lait le lendemain il constate un goût de savon. On crois donc que le lait est périmé. Or, je le stocke au frigo dans mon bureau ! Donc il jette mon lait et donne le lait en poudre. Mon temps est perdu! Des fois je suis très fatigué de tirer mon lait et je me dit : tant pis on va donner le lait en poudre et j’allaite la nuit si j’ai toujours du lait…
    Pourriez-vous m’aider? Pourquoi le lait périme si vite?

    1. Bonjour Julie
      Je vous rassure votre lait n’est pas périmé.
      Chez certaines mères, l’excès de lipase ( enzyme qui digère les graisses) entraine une mauvaise odeur du lait après réfrigération ou congélation, mais votre lait reste propre à la consommation, d’ailleurs la plupart des enfants le prennent sans souci.
      Si votre enfant le refuse, vous pouvez chauffer votre lait à 62°C ( des microbulles apparaissent sur le bord de la casserole) ce qui détruira cette lipase puis vous pouvez le refroidir et le conserver.
      Si vous avez d’autres questions, je reste à votre disposition.

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