Regards croisés sur l’allaitement et la notion d’attachement

L’équipe de rédaction du blog allaitement a sollicité deux femmes pour connaître leur point de vue sur l’allaitement et la notion d’attachement. La première, Suzanne Gambin s’exprime sur son ressenti vis à vis de son expérience de mère. La seconde, Carole, est puéricultrice, spécialiste certifiée en allaitement maternel. Elle nous apporte sa vision appuyée sur les données de la science.

Suzanne Gambin, lectrice régulière du blog allaitement a accepté de s’exprimer et de partager sa réflexion. « Nous sommes une famille de voyageurs » dit-elle « et, pour éviter d’avoir à stériliser des biberons, j’ai décidé d’allaiter. A la naissance de mon fils », explique-t-elle, « je me suis rapidement tournée vers des associations de promotion de l’allaitement, consultante en lactation afin de trouver des réponses à nos questions car même si l’allaitement est naturel, certains savoirs, certaines techniques se transmettent et s’apprennent… 

Ma fille est née 15 mois plus tard et nous avons poursuivi à trois l’allaitement ; à quatre même si on tient compte du soutien permanent du papa… Ce que j’ai appris de sûr, c’est que le corps humain est absolument fantastique. Le quotidien de jeune parent est jalonné de grands bonheurs et d’une multitude de petits et gros tracas. Je suis convaincue aujourd’hui que les bienfaits de l’allaitement sont beaucoup plus subtils quece que l’on peut imaginer notamment en permettant de se lier l’un à l’autre plus facilement. »

S’appuyant sur différentes études et recherches, Carole Kannapel confirme cette idée : « Le besoin primordial du jeune enfant » dit-elle, consiste à « établir un lien stable et sécurisant avec une figure maternelle répondant à ses besoins. » Elle ajoute que la psychologue Michelle St-Antoine l’évoque dans un article (1) : « Bowlby propose le terme d’attachement pour désigner le lien particulier unissant l’enfant à la figure maternelle. La théorie de l’attachement considère la tendance à établir des liens affectifs étroits comme un élément essentiel à la survie de l’être humain. Selon Bowlby, l’attachement à la figure maternelle servirait de base de sécurité à l’enfant pour explorer l’environnement. Dès la petite enfance, l’enfant développerait un modèle d’attachement particulier en fonction de l’attitude de la figure maternelle à son égard. Bowlby prétend que ce lien d’attachement en devenant intériorisé, servirait par la suite de modèle à toutes les relations intimes et sociales de l’individu ».


S.B. : « Quand mes enfants étaient tout petits, ils étaient comme scotchés à moi. Je les prenais souvent dans mes bras malgré les mises en garde de mon entourage qui n’avait de cesse de répéter que j’allais les gâter en me comportant ainsi avec eux et en cédant à leurs caprices. J’ignorais alors que la notion d’attachement et de perte avait été étudiée par des scientifiques et que l’état actuel des connaissances conforte ma manière de faire. Ma petite voie intérieure me disait que je ne pouvais laisser pleurer mon bébé. Ma conscience me torturait l’esprit. Et je me demandais si je faisais réellement au mieux pour mon enfant. Lorsque je n’étais pas tiraillée par des commentaires désobligeants, je dois avouer que je savourais avoir mes bébés contre moi sereinement blottis contre mon sein. »

C.K.: « Notons que l’influence de l’allaitement sur le comportement précoce des nourrissons ainsi que ses répercussions positives sur les mères est mal connue. L’allaitement peut entraîner des interactions plus importantes entre l’enfant et sa mère. Ces mères «  rapportent de plus bas niveaux de stress et d’humeur négative, et des niveaux plus élevés d’attachement » (2). Elles ont aussi tendance à percevoir leurs enfants comme leur procurant plus de satisfaction. De plus, le contact physique précoce et régulier entre l’enfant et sa mère serait important pour le maintien d’un comportement maternant. 

S.B : Mes choix de mère ont été guidés par mon instinct. J’éprouvais un plaisir incontesté de les sentir, de les porter, de les masser, de les allaiter. Je suis heureuse aujourd’hui et soulagée d’apprendre combien mes choix étaient pertinents. L’allaitement, m’a-t-on dit, nous permettrait de tisser des liens solides avec nos enfants, et aussi de mieux supporter les périodes difficiles en libérant certaines hormones.


C. K. : « Pendant la lactation, sous l’effet de la sécrétion de l’ocytocine, les cellules myoépithéliales qui entourent les lactocytes (les cellules qui sécrètent le lait) se contractent et permettent l’éjection du lait.

L’ocytocine est surnommée hormone du bonheur, de la confiance. Des études ont mis en évidence les points suivants :

– au moment de l’installation de l’allaitement, l’ocytocine agirait non seulement sur l’état physiologique, mais également sur l’état psychologique de la mère. Elle contribuerait à créer un lien mère-enfant par des changements dans des régions spécifiques du cerveau. Des associations significatives et solides entre l’ocytocine et les aspects des relations mère-enfant existeraient.

– l’ocytocine aiderait aussi à préparer le système nerveux central à élever un enfant à long terme. Durant la grossesse et la période périnatale, les récepteurs de l’ocytocine seraient induits dans de nombreuses régions du cerveau et seraient impliqués dans le comportement maternel. Certaines données indiqueraient que l’allaitement et la stimulation du sein par l’enfant pourraient aider à maintenir ces récepteurs.

– l’ocytocine serait également impliquée dans de nombreux comportements sociaux, affectifs, physiologiques et physiopathologiques. Le système ocytocine + récepteurs à l’ocytocine semblerait jouer un rôle majeur dans le « bonheur », ou tout au moins dans la confiance. L’ocytocine favoriserait l’empathie, les liens sociaux. Elle semblerait impliquée dans divers troubles émotionnels.

– l’ocytocine aurait une action directe sur le corps de la maman en diminuant les hormones du stress.

– les mères allaitantes seraient plus susceptibles de développer un attachement sécurisant avec leur nourrisson ce qui est associé à l’augmentation de la durée de l’allaitement

L’ocytocine aurait donc un rôle dans la qualité de l’attachement mère-enfant ce qui peut soutenir le bon développement de l’enfant. » 

SB : « Je serais d’avis d’ajouter l’étude du rôle de ces hormones si nécessaires dans notre corps aux programmes scolaires ! C’est fou ce que notre corps recèle comme trésors. Si nous n’avons pas toutes l’intérêt, les dispositions, le temps pour des lectures averties, un résumé de certaines recherches scientifiques peuvent parfois se révéler salutaires et aidantes pour les jeunes parents que nous sommes. Je me souviens m’être posée une multitude de questions. Savoir que la nature a tout prévu m’aurait probablement évité un certain nombre de doutes et cela aurait conforté mes choix. »

Ces deux points de vue nous montrent combien maternage, allaitement et bienveillance sont intimement liés. L’attachement que procure cette manière d’accompagner les bébés au cours de leurs premiers mois constitue un atout au service de leur autonomie à terme. La recherche scientifique n’a de cesse de le démontrer. Des auteurs comme Bowlby ont mis en lumière combien les interactions entre les parents et leurs enfants leur procurent un socle de sécurité de façon stable. L’allaitement ajoute à cet  édifice une protection complémentaire.

Bibliographie :

[1] ST-ANTOINE M. Les troubles de l’attachement, Conseil multidisciplinaire Revue professionnelle Défi jeunesse “.
[2]
Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants. Allaitement maternel. 2008. i-iii

Pour aller plus loin :

« Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau» de Catherine Gueguen, éditions Laffont

[Auteures] :

Carole est puéricultrice en PMI ( Protection Maternelle et infantile ). Elle est titulaire d’un DIULHAM (Diplôme Inter Universitaire en Lactation Humaine et Allaitement Maternel). En véritable passionnée, elle est engagée depuis de nombreuses années dans le soutien à l’allaitement maternel.

Suzanne Gambin est mère de deux enfants âgés de 4 et 5 ans. Lectrice avertie du blog allaitement, elle connaît en tant que mère allaitante les joies et difficultés « du devenir parent ». et toute la complexité des sentiments liés à cette exploration.

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