L’allaitement de mes twincess

Ci dessous vous trouverez le récit d’Elodie, maman de Céleste et Amélia.

Mon parcours de maman a démarré fort : 4 fausses couches consécutives et enfin une grossesse menée à terme. Lors de l’échographie de datation, on détecte une grande poche et deux vésicules vitellines contenant chacune un bébé. Je vais avoir des jumeaux !

Quelques ombres au tableau de ma grossesse

Les événements générateurs de stress démarrent pour nous. Mes jumelles monozygotes, qui partageaient le même placenta montrent une différence de croissance à l’échographie qui ne va que se creuser avec le temps. Enceinte de 19 semaines, nous rencontrons une spécialiste en anténatalogie. Elle craint qu’il me soit compliqué de mener ma grossesse gémellaire à son terme. Le plus petit bébé présente des soucis avec son cordon. Résistera-t-elle ? Le cap des 25 semaines d’aménorrhée est cependant atteint ; le médecin préconise alors une injection de corticoïdes pour activer la maturation pulmonaire des bébés.

A 28 semaines, je démarre un travail spontané car la plus grande de mes bébés, Amélia appuie sur mon col utérin. Débute alors un long séjour en service de grossesse pathologique puis en néonatalogie. La peur d’une anomalie nous tient. Les problèmes s’accumulent en une semaine : il est temps que je leur donne naissance, me fait-on comprendre.

Mes filles sont là

Céleste et Amelia naissent un beau jour d’automne, après une grossesse tumultueuse et une naissance par césarienne jugée inévitable. Mes filles voient le jour en salle d’opération où l’équipe a veillé à mon confort et mon bien-être, notamment en diffusant une musique apaisante. Elles apparaissent à deux minutes d’intervalles, si petites, fragiles et déjà si vigoureuses. J’ai à peine le temps de les voir, de les toucher que l’équipe les emmène pour prendre soin d’elles. Dans la précipitation, on oubliera d’immortaliser ce moment en photo. Je pourrai voir mes filles et les toucher à nouveau 7 heures plus tard.

Il existe plusieurs stades de prématurité, lesquels nous donnent de bons indicateurs sur la viabilité des bébés à venir et sur les possibles difficultés qu’ils vont rencontrer. Ils constituent des paliers à atteindre. Chaque semaine, chaque jour, chaque heure gagnée représente un grand pas en avant, un espoir pour l’avenir.

Ainsi sont arrivées mes deux « twincesses » comme j’aime les surnommer, contraction de twins (jumeaux en anglais) et princesses. Deux magnifiques petites filles de respectivement 2,150 kg et 1,350 kg à quasiment 31 semaines, soit la veille de mon entrée dans le 7ème mois de grossesse.

Je ressens un immense mélange de bonheur, de joie, et d’angoisse. La peur viscérale qui me tenaillait enceinte est toujours présente. Mes bébés qui auraient pu ne pas survivre in utéro vont-elles maintenant s’adapter et franchir les lourdes étapes de la vie à l’air libre ? J’apprends à faire confiance. Si quelque chose doit arriver, une équipe médicale compétente est là pour sauver mes bébés. On peut agir, on n’est plus impuissant comme c’était le cas alors qu’elles étaient dans mon ventre.

Je décide de créer un lien avec mes enfants coûte que coûte

Qu’elle ait pu être anticipée ou non, la prématurité n’en reste pas moins difficile à accepter et chamboule un projet de naissance. Elle m’a paru abrupte, froide et douloureuse. Elle s’apparente à un véritable parcours du combattant, à des montagnes russes émotionnelles, ponctuées d’espoir, de petites victoires et de rechutes, et parfois à une descente aux enfers. Dans cette épreuve, la cohésion des parents est importante si leur père est suffisamment présent avec la maman soignante. Souvent, j’ai eu l’impression de faire un pas en avant, puis deux en arrière.

Mes filles sont là et j’éprouve déjà à leur égard un amour intense, inconditionnel. Pourtant, créer le lien avec mes bébés en couveuse a représenté un sacré défi. Au début, j’étais présente essentiellement pour les soins, je savourais le peau à peau malgré les tuyaux. J’ai cru une nouvelle fois les perdre lorsqu’un staphylocoque est venu se loger tout prêt de leur cœur. J’ai été admirative lorsqu’elles ont été sevrées de la sonde d’oxygène et qu’elles ont surmonté un reflux pathologique.

L’allaitement et le tire-allaitement

Dès l’annonce de ma grossesse, l’allaitement s’est imposé à moi comme une évidence, et j’ai énormément appris sur les réseaux sociaux et dans des livres. J’y ai trouvé des contenus riches et gratuits. Pourtant, aucun n’a été suffisant pour affronter l’angoisse du rythme des tétées et des quantités à tirer. Je ne savais pas répondre aux réflexions désobligeantes et encore moins réfuter certaines idées reçues. Je refusais pourtant de courber l’échine et d’accepter les biberons.

Mon tire-allaitement a démarré dès la salle de réveil post césarienne. J’ai recueilli mon colostrum manuellement, puis je me suis retrouvée seule dans ma chambre avec mon tire-lait alors que mes bébés étaient deux étages en dessous et que ceux des autres mères juste à côté se faisaient entendre. Un déchirement atroce. Surmonter des engorgements, deux mastites, apprendre à apprivoiser ce tire-allaitement qui allait m’accompagner 12h par jour pendant 4 mois, trouver la taille de téterelles adéquate ont représenté de grands défis. Mes filles ont d’abord été alimentées par sonde nasogastrique, puis au « DAL » (Dispositif d’Aide à la Lactation) au doigt et enfin au « DAL au sein. » Les premières mises au sein se sont accompagnées de bradycardies affolantes. Un pas en avant, deux pas en arrière.

Je me suis promise d’allaiter

Les jours passant, nous avons fini par demander un transfert dans un hôpital plus proche de notre domicile. Le personnel manquait d’expérience pour m’accompagner dans mon souhait d’allaiter mes filles ; il s’y opposait même parfois arguant que le biberon serait plus facile. Je me suis donc organisée seule pour permettre à mes filles de téter. En bout de course, je me suis résignée et j’ai cédé à la pression du personnel hospitalier qui demandait que mes filles soient nourries avec des biberons de lait maternel enrichi pour qu’enfin on nous laisse rentrer chez nous.



Les difficultés de succion

L’introduction forcée du biberon a provoqué une confusion contre laquelle j’ai dû me battre : la succion de mes filles n’était pas suffisamment efficace pour qu’elles puissent passer du biberon au sein sans difficulté. Toutefois, le recours au biberon de complément de lait maternel enrichi a permis que l’on sorte enfin après plus de trois mois et demi d’hospitalisation Puis nous sommes passées du biberon au DAL et enfin au sein. J’ai mené ce parcours seule, sans l’aide de l’équipe médicale.

La prise de poids de mes filles restait toutefois modérée. Les deux pédiatres de néonatalogie me parlent de les diversifier à 4 mois pour qu’elles prennent davantage de poids alors qu’elles étaient nées avec deux mois d’avance ! Je refusais. Après avoir sollicité l’aide d’une nouvelle consultante en lactation, on a fini par comprendre pourquoi mes filles peinaient à téter : elles présentaient des troubles de l’oralité.

J’ai le sentiment que j’aurais sans doute encore plus mal vécu cette prématurité si je n’avais pas allaité. En outre, ma relation avec mes jumelles n’aurait pas été aussi forte, aussi fusionnelle. Les allaiter, les mettre en peau à peau, leur donner tout ce temps, nourrir cette conviction que je leur donne le meilleur me procure un sentiment d’apaisement. A 24 mois, l’allaitement est toujours le pilier de notre relation mère – filles. Finalement, j’ai tenu bon et je suis même heureuse d’avoir offert 25 litres de lait au lactarium pour aider d’autres bébés. Les tétées s’espacent doucement aujourd’hui et je me sens fière d’en être arrivée là où je suis. Cette aventure m’a appris la ténacité.

4 réflexions sur « L’allaitement de mes twincess »

  1. Ouah je ne savais pas la date de parution je viens d’être identifié sur le lien quel honneur et merci encore n’hésitez pas Ci besoin à revenir vers moi

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