Choisir d’allaiter et impliquer le papa

Le choix de l’allaitement – maternel ou artificiel – est au cœur des préoccupations des femmes enceintes en France. Ce choix ne coule pas de source et n’est pas toujours simple. Parmi les inquiétudes généralement évoquées par les femmes figure la question d’accorder une place au père si elles choisissent d’allaiter leur enfant.

Choisir, comme le définit la psychanalyste Sophie de Mijolla-Mellor[1], c’est d’abord accepter de reconnaître son désir et s’y engager comme on avance sur une route sans savoir ce qu’il y aura au-delà. Certains de nos choix, on le sait, sont dictés par tradition, fidélité familiale ou nationale à des ancêtres que nous n’avons parfois même pas connus mais auxquels nous nous identifions inconsciemment. D’autres sont des réactions à des expériences personnelles ou familiales. Et les deux partenaires dans le couple ont leur propre vécu vis à vis de l’allaitement. Ont-il été allaités ou pas ? Ont-il vu des enfants allaités ? Qu’est-ce qui est important pour eux en matière de santé, d’alimentation ?

« L’engagement paternel » : un concept contemporain

 

De nombreuses études, depuis 30 ans, se sont intéressées au rôle du père au sein de la famille et parlent de « l’engagement paternel », concept englobant les interactions d’un père avec son enfant, son investissement dans les soins, ce qu’il met en œuvre pour le bien-être de son enfant. Les études mettent en évidence les effets positifs de l’implication du père dès la grossesse, autour de la naissance et dans l’éducation. Les répercussions sont en effet visibles sur le développement cognitif, affectif ou encore sensori-moteur de l’enfant de même que sur sa santé physique. Cet engagement paternel a par ailleurs un effet bénéfique sur la santé maternelle, physique et mentale. Ces pères engagés ont d’eux-mêmes une meilleure image, une meilleure santé physique et mentale ; il semble également qu’ils aient une vie professionnelle plus réussie (au sens de l’épanouissement). On a démontré que le soutien des pères est primordial dans la mise en place et la poursuite de l’allaitement.[2]

 

Trouver sa place, facile ou pas ?

Seulement voilà, certains pères craignent de ne pas trouver leur place auprès de leur enfant à partir du moment où leur compagne allaite. Voilà une appréhension, le plus souvent évoquée par les femmes, qui revient souvent au cours des consultations prénatales. Il semblerait que l’inquiétude que le père se sente rejeté ou mis de côté en soit à l’origine, particulièrement si l’allaitement est exclusif.

Et pourtant les partenaires n’ont jamais été aussi impliqués qu’aujourd’hui ! Les futurs pères, depuis maintenant de nombreuses années, sont invités à participer au déroulement des consultations prénatales, à la préparation à l’accouchement ; ils sont accueillis dans les salles de naissance. « Les pères contemporains peuvent s’approcher de l’univers de la naissance là où ils étaient autrefois interdits d’accès. La femme enceinte n’est plus tant tabou. Le nouveau-né est sujet d’intérêt, d’attentions et de soins de la part des hommes, même s’ils ne sentent pas encore tous concernés » (C. Castelain-Meunier/1997)

Et lorsque l’enfant parait… la question de laisser le père prendre sa place est légitime. Pour autant, comme le dit très justement la sage-femme Régine Prieur « exclusivité du lait maternel ne veut pas dire exclusivité de la relation ». De plus, « le bébé et la mère peuvent être très nomades, donc dans le lien social, le bébé avec elle ou dans les bras du père ou d’autres. »[3]

Il est possible que cette question masque d’autres préoccupations, tant est forte la pression sociétale de perfection, de réussite qui entoure l’arrivée d’un bébé. Il est donc important d’en parler et l’un de vos interlocuteurs de choix est alors la sage-femme.

 

Les moments les plus propices pour l’échange sont la préparation à la naissance – bien souvent en petits groupes – l’entretien prénatal qui est proposé à chaque couple et qui, parce qu’il est personnalisé et individuel, favorise l’émergence de questions plus intimes que l’on ne pourrait pas toujours poser en accueil collectif.

On sait que les débuts de l’allaitement sont souvent difficiles. Si le père a eu l’opportunité de participer à une consultation avec la sage-femme, qu’il a pu évoquer ses inquiétudes, il aura sans doute compris quel rôle lui sera dévolu dans l’allaitement, celui d’un soutien efficace. Il aura senti combien sa compagne a besoin de lui dans cette nouvelle étape. Il aura quelques réflexes pour prendre les devants en cas de difficulté. S’il sent sa compagne inquiète, il peut sans doute contacter une personne ressource, l’accompagner la mère à la PMI pour la pesée, noter les questions à poser pour ne pas les oublier.

Voici quelques détails qui peuvent réellement faire la différence. Il y a fort à parier qu’il trouvera ainsi son rôle noble et valorisant. Ainsi, ses éventuelles inquiétudes quant à la place qu’il peut prendre auprès de son enfant seront balayées.

 

[1] Le choix de la sublimation, Sophie de Mijolla-Mellor, 2009, Éditeur : Presses Universitaires de France

[2]«  Coopérer …même avec le père du bébé » F.de Montigny et C.Gervais/Spirale/2016/2(n°78) Ed ERES

[3] « Mes réponses aux questions d’hommes, réels ou imaginaires, curieux de l’allaitement et de la parentalité » R.Prieur/Spirale/2015/1(n°73) Ed ERES

[Auteure] : Anne Bruyère


[Biographie] :
Anne Bruyère est sage-femme depuis 1982. Aujourd’hui en PMI, elle est également l’auteure d’ouvrages pour jeunes enfants

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