Allaiter quand on prend un traitement de substitution aux opiacés

La maternité d’une femme toxicomane génère souvent des peurs chez les professionnels qui l’accompagnent. Les mères sous traitement substitutif pour une toxicomanie aux opiacés et qui n’utilisent pas de substances illicites devraient être fortement encouragées à allaiter. Les traitements de substitution sont sans danger pour la santé de son bébé et les bénéfices de l’allaitement ne sont plus à démontrer. Cependant on observe que peu de ces mères allaitent réellement. On pense que beaucoup d’entre elles craignent pour la santé de leur bébé.

Le site du CRAT nous rassure sur l’emploi de la buprénorphine [1] (Subutex®, Temgesic®) ou encore sur celui de la méthadone[2].  La thérapie de substitution par méthadone ainsi que celle par buprénorphine[3] sont considérés comme les meilleurs traitements de la dépendance aux opioïdes pendant la grossesse. La thérapie de substitution diminue les risques de fausse couche et de prématurité.

Par ailleurs, l’utilisation de la méthadone pendant la grossesse est associée au syndrome de sevrage des opioïdes chez les nouveau-nés avec des symptômes qui apparaissent généralement 72-120 heures après la naissance, dans le cas de la méthadone. Il est traité avec des mesures de soutien et pharmacologiques. On a constaté que le lait maternel réduisait le syndrome de sevrage et semblait diminuer le besoin de traitement.[4] Les mesures de soutien consistent à :

  • Favoriser le contact peau à peau ;
  • Parler doucement ;
  • Chanter ;
  • Le bercer doucement ;
  • Diminuer les stimuli environnementaux (ralentir les mouvements, diminuer l’éclairage et le bruit).

La période du post partum est souvent fragilisante chez la plupart des mères. Certaines peuvent éprouver des difficultés à établir la relation avec leur enfant. Dans ce contexte, certaines ont tendance à « replonger » et à reconsommer brutalement des substances illicites. C’est pourquoi  des structures type « unité Kangourou » pourraient être privilégiées en maternité pour l’accueil de ces mères, afin de maintenir autant que possible le nouveau-né auprès d’elles et favoriser leur attachement. En effet, les jeunes mamans sont souvent décrites comme « perdues, dépassées par les événements » ; certaines d’entre elles sont irritables, voire agressives, refusant de se laisser examiner par exemple. Allaiter favorise alors le maternage et le sentiment d’affection durable au bébé et peut ainsi éviter la rechute.

Certaines femmes toxicomanes choisissent donc d’allaiter en dépit de la stigmatisation sociétale parce qu’elles ont été suffisamment et correctement informées. Elles ont ainsi la possibilité d’allaiter malgré le parcours douloureux qu’elles ont pu vivre. Une majorité d’entre elles ont été confrontées à de la maltraitance, de l’abandon, à des carences affectives… Elles ne sont pas devenues toxicomanes par hasard.

C’est le cas d’Allissone*, 28 ans, qui après une enfance difficile et une adolescence passée à essayer de “se ″restaurer″ psychologiquement, a rencontré un homme prévenant qui a su lui apporter de l’amour et de la protection. Allissone* a alors décidé de s’occuper de sa santé et « de sortir de la galère », comme elle le dit. Avec le soutien de son conjoint, elle a consulté un médecin qui l’a écoutée et comprise. Un traitement de substitution a été mis en place (buprénorphine). Une fois cette substitution bien établie, le couple a tout naturellement eu un désir d’enfant et le médecin a rassuré Allissone* quant à cette possibilité malgré le médicament. L’entourage familial et amical du couple n’a pas mis en doute les propos médicaux. Durant la grossesse, elle a bénéficié d’un suivi médical régulier et l’équipe de la maternité fut informée du traitement.

Lorsqu’elle a évoqué son souhait d’allaiter son bébé, son entourage n’a alors pas compris comment cela pourrait être possible bien que le couple leur ait exposé les dires du médecin qui approuvait l’allaitement. « Ton bébé va avaler le produit » soupçonnait-on. Allissone*s’est alors sentie très anxieuse. Son compagnon lui suggéra de ne plus parler de son projet autour d’eux. Le médecin les orienta alors vers un groupe de soutien à l’allaitement. Ils participèrent à des rencontres et ce partage leur fit beaucoup de bien.

La grossesse d’Allissone* s’est passée normalement ainsi que l’accouchement. Le bébé a bénéficié d’un traitement médical de quelques jours et l’allaitement a bien démarré. Le père était très présent pour aider sa compagne dans les soins au nouveau-né. Au retour à domicile, un soutien d’une puéricultrice de Protection Maternelle et Infantile a pu aider le couple à être confiant. Le bébé grossissait normalement et un lien de qualité avec l’enfant s’est établit.

[1] https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=47

[2] https://lecrat.fr/articleSearchSaisie.php?recherche=methadone

[3] Breastfeeding and Opiate Substitution Therapy: Starting to Understand Infant Feeding Choices Published online 2016 Jul 12. doi:  10.4137/SART.S34553 PMCID: PMC4944830

[4] Lisa E. Graves, Suzanne Turner, Maya Nader, and Sucheta Sinha

*Par souci d’anonymat le prénom a été modifié

[Auteure] : Carole

[Biographie] : Carole est puéricultrice de protection maternelle et infantile. Elle est titulaire d’un DIULHAM (Diplôme Inter Universitaire en Lactation Humaine et Allaitement Maternel).

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