Culpabilité ressentie des mères : l’arbre qui cache la forêt

Dans la suite du billet « Ne m’appelez plus jamais lait », concernant la nature des Préparations Pour Nourrissons et notre manière de les nommer je vous propose maintenant d’aller encore un peu plus loin pour creuser une question qui revient régulièrement quand on parle de maternage, d’allaitement et donc d’émotionnel : la culpabilité ressentie par les mères.

Cette question de la culpabilité est intéressante. En effet, ce sentiment est malheureusement assez répandu chez les jeunes mères, qu’elles allaitent ou non, à propos de l’allaitement mais aussi à propos de tous les autres sujets de puériculture qui sont possiblement culpabilisants.

De plus, la culpabilisation est l’accusation réciproque que les anti-allaitement et les pro-allaitement s’envoient joyeusement à la figure lors des joutes oratoires qu’ils affectionnent! Les anti-allaitement accusent les pro de culpabiliser les mères qui n’allaitent pas, et inversement les pro-allaitement accusent les anti de culpabiliser les mères qui allaitent longtemps… Tout le monde culpabiliserait tout de monde en somme… Gardons-nous de ces réactions épidermiques et voyons comment s’y retrouver un peu mieux.

La culpabilité dépend de chacune…

D’abord la culpabilité est un sentiment, donc elle est subjective et dépend fortement de celle qui va la ressentir ou non. Chaque mère, dans une même situation potentiellement culpabilisante liée à son bébé, sujet sensible entre tous, réagira différemment avec sa personnalité, ses expériences passées et le contexte sociologique. En 1900, la mère « convenable » de condition aisée se devait de faire autant d’enfants que sa santé lui permettait pour ensuite les laisser à des nourrices puis à des pensionnats. Heureusement les standards évoluent…

…mais elle ne devrait pas exister!

Chaque mère fait comme elle le veut et comme elle le peut dans la situation qui est la sienne et avec les aides qui lui sont disponibles, qu’elle demande ou accepte de prendre. Et s’il y a un point de discussion digne d’intérêt, c’est bien celui-là!

Quelles sont les aides à l’allaitement disponibles aujourd’hui en France? L’environnement (préparation à la naissance, hôpital, famille, congé de maternité, législation du travail, sages-femmes, etc) est-il propice au respect de la physiologie des mères et des bébés?

Comment faire pour proposer une aide à une mère qui en exprime le besoin quand on manque de temps ou de formation?

Comment faire pour que les mères ne le vivent pas mal quand on leur propose une information et/ou une aide qu’elles ne peuvent pas prendre ou ne veulent pas prendre?

Comment aider une femme qui au plus profond d’elle-même souhaite allaiter mais dit le contraire aux professionnels de la naissance pour des raisons diverses : parce qu’elle n’est pas sûre, parce qu’elle a peur, parce que sa mère a échoué dans son propre allaitement?

Les vraies questions sont là, car quand le travail d’information, de préparation, de suivi et d’accompagnement d’une mère est bien réalisé, la question de la culpabilité ne se pose plus. Mais attention, pour être réussi, ce travail doit être fait de manière conjointe entre la mère, sa famille et les professionnels. Même si la mère en reste de toute manière l’acteur principal. Un tel travail n’est pas chose facile mais c’est à ce prix que l’on peut vivre son allaitement sans culpabilité ni ressenti.

La société crée les standards maternels

Il n’y a donc pas de mauvaises mères à partir du moment où chacune fait de son mieux. Mais la société (ses décideurs, souvent à la botte des lobbies, et ses citoyens, dont les professionnels de santé) a un rôle majeur dans la définition sociale de la « bonne mère ». Et par là-même de la différence entre cette définition et la réalité de chaque maman.

Le fait que la mère et son bébé puissent vivre dans la physiologie de l’espèce humaine devrait pour moi être la ligne directrice vers laquelle tendre.

Pour terminer, regardons un peu plus loin que notre jardin : je souhaite parler du cas de la Suède, que je développerai prochainement. Dans ce pays, trois mères sur quatre allaitent encore à 6 mois. Quelle est la différence entre la femme française et la femme suédoise? La deuxième est-elle une superwoman qui n’a jamais peur, jamais mal, jamais d’état d’âme? Ou est-ce juste une femme qui se prend en mains dans une société où l’allaitement est correctement accompagné ?

Ensemble, déjouons les pièges de la culpabilité

Devenir maman est très angoissant et déstabilisant, mais aussi exigeant. La jeune mère vit souvent dans l’abnégation la plus totale. Pour s’en sortir, elle doit s’informer, se préparer, et si besoin mettre son ego de côté pour demander de l’aide. Mieux elle s’entourera, plus elle pourra prendre du recul par rapport à certaines informations, parfois mensongères.

Alors j’invite toutes les mères à échanger sur ces sujets vraiment pas faciles, dans le respect, dans l’envie d’avancer ensemble. Car en y regardant bien, nous avons toutes le même but : le bonheur de nos enfants. Mais nous avons nos personnalités et nos sensibilités bien à nous, et nous devons en tenir compte, ce qui n’empêche pas un discours authentique.

Alors, on arrête avec ce vieux sentiment tout moisi de la culpabilité ?

Une réflexion sur « Culpabilité ressentie des mères : l’arbre qui cache la forêt »

  1. tout à fait d’accord!

    De toute façon, on fait culpabiliser les femmes pour tout : allaitement (ou pas, long, pas long…), travail (trop, pas assez), sorties (trop, pas assez), tenue de la maison…

    Comme vous le dites, la société se doit de soutenir les femmes dans leurs choix (maternité, travail…), c’est un devoir. C’est en les aidant et en leur apportant confiance et soutien que le monde se portera mieux! Mais le plus important, c’est surtout de respecter leurs choix et de considérer leurs différents modes de vie.

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