Dernièrement, j’ai accompagné une maman, prénommée Leila*, dont le bébé de 7 mois et demi faisait une grève de tétée.
Bien évidemment, l’entourage s’est précipité pour donner son avis, entrevoyant enfin un terme à cet allaitement qui n’avait que trop duré. « C’est pas grave, tu l’as allaité presque 8 mois, tu ne vas pas en faire tout un plat ! C’est normal qu’il s’arrête, passe à autre chose ! » Et les mots « désir normal de sevrage » ont inévitablement été lancés. La maman, quant à elle, sentait bien qu’il y avait « quelque chose » qui n’allait pas.
J’étais bien sûr d’accord avec elle car je pense qu’un sevrage normal (entendez « physiologique ») ne peut survenir à 7 mois et demi, c’est bien trop précoce. Rappelons que les données actuelles concernant la physiologie de l’espèce humaine dans un milieu non perturbé sont davantage en faveur d’une fin de l’allaitement après 2 ans, voire 6 ou 7 ans.
De plus, un sevrage physiologique n’est pas aussi brutal que ce qui arrivait à cette maman. Au contraire, le sevrage est progressif, c’est une période (et non un moment précis !) qui commence le jour de la première introduction d’un aliment autre que le lait maternel, et qui se termine le jour de la toute dernière tétée. Donc lorsqu’un bébé de 7 mois-et-demi refuse le sein soudainement, et que cela dure plusieurs jours, il faut comprendre pourquoi.
Parfois, il suffit que le bébé ait mordu sa maman, laquelle a alors poussé un cri qui l’a terrorisé.
Dans le cas que je relate aujourd’hui, Leila avait dû s’absenter 5 jours pour son travail en confiant le bébé au papa, avec des stocks de son lait qu’elle avait tiré.
Au retour de sa maman, le bébé a refusé catégoriquement le sein. Désemparée mais espérant qu’on pouvait encore faire quelque chose, elle m’a alors appelée pour que je l’aide à résoudre cette crise.
Tandis que j’examinais avec elle les circonstances de son problème, elle me confia également être surprise que son bébé « ne lui fasse la tête que pour ça », car, en dehors des moments où elle lui proposait le sein, il était charmant.
Je lui ai donc donné les deux conseils majeurs que je donne en pareille situation, à savoir :
– revenir aux conditions de la naissance (peau à peau, position naturelle, bain ensemble, maternage intensif, etc )
– et surtout, donner beaucoup de temps au bébé, lui parler et… l’écouter!
Dernièrement, Leila m’a rappelée. La grève de tétée a duré en tout une semaine, pendant laquelle elle a continué à tirer son lait. Elle a passé beaucoup de temps avec son bébé, a fait du peau à peau, l’a observé et a fini par comprendre que pendant ces 5 jours sans sa maman (entre hommes !), son petit avait grandi d’un coup !
Et il voulait que sa maman le voie bien, qu’elle voie à quel point il avait changé ! Seulement elle, elle continuait à lui donner la tétée, comme à un bébé…. Il a donc fallu que Leila reconnaisse et accepte ce changement avant d’expliquer à son enfant que téter, ce n’est pas que pour les bébés, que les grands aussi tètent. Et l’allaitement a alors pu reprendre.
Oui, les enfants, même petits, savent communiquer et se faire comprendre. Bravo à ce couple mère–enfant pour avoir su lever cette difficulté. Car au-delà de l’allaitement, c’est toute la relation qui est en jeu !
* le prénom est modifié pour des raisons de respect de la vie privée. La maman dont il est question a donné son accord pour que son témoignage soit publié.