Un allaitement qui représentait tant pour moi

Voici le témoignage d’Aurélia sur son premier allaitement, elle nous parlera prochainement de son deuxième enfant également.

Avant de vous parler de mon premier allaitement, il me faut remonter quelques années en arrière … Car ce bébé, mon petit Tom à qui j’ai donné la première tétée cette nuit de 2012, je l’ai attendu près de cinq ans. Cinq années pendant lesquelles mon mari et moi sommes passés par de vraies montagnes russes émotionnelles, des périodes de motivation, de déception, de découragement, mais toujours avec cette envie inépuisable de fonder une famille.

Ce 31 janvier, quand Tom nous a offert son premier cri et que, posé sur mon ventre, il a rampé jusqu’à mon sein, ce fut une telle explosion de joie en moi que j’en ai encore les larmes aux yeux en y repensant. Car ce moment je l’avais rêvé si souvent, attendu si longtemps,… j’avais été tellement dépossédée de mon corps pendant ces longues années de PMA* que la question d’allaiter ne s’était même pas posée.

Je voulais, je devais reprendre possession de mon corps, me sentir “ capable “ de retrouver une fonction naturelle (nourrir de mon lait mon bébé), moi qui n’avait“pas  été capable” de faire un enfant naturellement (car oui le passage par la PMA peut être culpabilisant, peut être encore plus quand l’infertilité est inexpliquée, mais cela fera peut-être l’objet d’un autre témoignage !).

Bref cette première tétée m’a semblé l’acte le plus naturel, le plus instinctif, le plus magique jamais vécu. Pourtant les premières tétées sont assez « spéciales » puisque la montée de lait n’a pas encore eu lieu, le bébé ne tétant que du colostrum. Et cette montée de lait, parlons-en.

Mon gynéco m’avait prévenue « oh quand ça viendra vous le sentirez », ah ça oui je l’ai senti. Ce matin là en me réveillant à la clinique j’ai cru qu’on m’avait greffé pendant la nuit des boules de bowling : jamais je n’avais vu mes seins si énormes, la peau si tirée, veinée, prête à exploser.

Le corps humain est décidément incroyable !

Les premiers temps se sont assez bien passés. Tom tétait bien, grossissait, et nous avions trouvé notre rythme. J’ai tant aimé ces moments ou lové dans mes bras, pelotonné comme un petit chaton, j’entendais Tom téter, ses petits bruits de succion, ses regards enamourés, son air repu. Mais vers ses 3 mois, Tom s’est mis à beaucoup gigoter lors des tétées, à se retirer, s’énerver, pleurer… et moi aussi j’ai pleuré. Car je ne comprenais rien à ce qui se passait. J’avais beau essayer de parler à Tom, de le calmer, de lui proposer d’autres positions… rien n’y faisait et ces tétées sont vite devenues un moment de stress intense.

Et là, merci l’entourage !

Au lieu des encouragements à m’accrocher que j’attendais, j’ai plutôt eu des encouragements à abandonner « tu as allaité 3 mois, c’est déjà bien », « ça ne sert à rien de s’acharner », et même « tu n’as pas de lait, il a faim ce bébé, donne-lui un biberon ». Mon mari était le seul à me soutenir car il savait ce que cet allaitement représentait pour moi.

Arrêter m’était impossible, j’avais traversé tellement d’échecs lors de mon désir de grossesse que je ne pouvais pas lâcher si vite ; c’était important pour Tom bien sûr car je voulais l’allaiter au minimum 6 mois (recommandation de l’OMS) mais aussi pour moi (pour les raisons évoquées précédemment).

C’est à ce moment là que je me suis tournée vers une professionnelle qui a su me rassurer, me conseiller, m’encourager, et qui a vraiment sauvé mon allaitement. En quelques jours j’ai intégré de nouvelles positions, et surtout j’ai repris confiance en moi (car Tom sentait mon stress quand la tétée se passait mal, et cela le rendait encore plus nerveux).

Donc, mon conseil en matière d’allaitement est : « N’écoutez les conseils de personne (surtout pas ceux de votre entourage et encore moins ceux de votre belle-mère), tournez-vous vers une professionnelle si vous avez besoin de conseils de qualité, et puis bien sûr écoutez-vous vous-même car vous êtes la personne la plus à même de savoir ce qui est bon pour votre bébé. »

La suite n’a été que bonheur. Ayant pris un congé parental, j’ai pu allaiter Tom jusqu’à ses 9 mois, avec un sevrage progressif bien vécu par nous 2, car choisi.

L’allaitement de Tom m’a redonné confiance en moi et en mon corps, en ma capacité à nourrir mon bébé de la façon la plus naturelle qui soit, et à effacer, ou du moins atténuer, les douleurs vécues dans ce tunnel de la PMA. J’ai été tellement heureuse de pouvoir nourrir Tom quand il le souhaitait, où il le souhaitait. Toujours en balade, je n’avais rien à prévoir, rien à organiser (hormis 1 ou 2 couches), pas de biberon, de dose de lait, d’eau pure… juste lui et moi.

Six ans après, je me rappelle encore de nombreuses tétées dans des lieux merveilleux : à la plage face à l’océan, au bord du lac de Hossegor, en forêt… d’ailleurs quand je repasse aujourd’hui dans certains de ces endroits, je ne peux m’empêcher de revoir ces moments, voire d’avoir des ressentis dans la poitrine, comme une empreinte.

PMA* = la procréation médicalement assistée ou assistance médicale à la procréation désigne l’ensemble des traitements ou techniques qui prennent en charge médicalement les infertilités (diminution de la fertilité) ou les stérilités (impossibilité d’avoir des enfants).

[Auteure] : Mme Aurélia Brand Deligne

[Biographie] : Aurelia, 42 ans, sophrologue à Paris, et maman de 2 garçons .

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