Ne m’appelez plus jamais lait

Avez-vous remarqué que certaines choses portent le même nom, sont sensées être identiques, alors qu’elles ne le sont qu’en apparence et qu’il suffit de creuser un peu pour voir à quel point elles sont différentes et parfois même produisent des réactions opposées? Alors on se dit que ces deux choses là ne devraient vraiment pas avoir le même nom.

Je pense par exemple aux fabuleuses tomates que cultive ma maraîchère bio. Elles me donnent une explosion de saveurs en bouche, beaucoup de douceur dans leur texture, et, mine de rien, une grande variété de nutriments indispensables.

Ce qui est également appelé « tomate » dans la plupart des supermarchés classiques, est souvent un fruit dur, inodore et sans goût. Et bien sûr, pas loin du zéro en ce qui concerne les nutriments, tout gonflé d’eau qu’il est.

Ne restent que la forme globale et parfois la couleur pour rapprocher ces deux tomates.

Dites vous bien que pour le lait, dont nous nourrissons la chair de notre chair, c’est du même ordre d’idée.

Le lait en poudre, que certains ont eu l’outrecuidance de nommer «lait maternisé » pour être bien sûrs que les moins informés l’assimilent facilement avec le lait maternel, ne devrait pas porter le même nom que cette merveilleuse substance produite par les seins de la femme, et qui s’adapte :

-à l’espèce humaine et ses besoins spécifiques

-à l‘âge du bébé au moment où il le consomme, et cela pendant plusieurs années d’allaitement

-au moment de la journée où est prise la tétée

-à une situation particulière (maladie du bébé, forte chaleur…)

Est-il besoin de le rappeler, ce machin, dit « maternisé » est issu du lait de vache.

Or, à quoi sert le lait d’une vache? A faire prendre une demie-tonne à son veau en six mois. Ce n’est pas le but du lait de femme, l’humain ayant basé sa stratégie de survie sur le développement de son cerveau.

Alors, si je reprends ma comparaison avec les tomates, je dirai que le lait maternel apporte au bébé le bonheur de la tétée, la variété dans le goût en fonction des repas de sa maman, et surtout les nutriments essentiels à son développement et sa santé.

Tandis que le lait en poudre n’apportera pas à l’organisme de l’enfant tout ce dont il a besoin. Il lui apportera même dans certains cas la maladie, sous forme d’intolérances plus ou moins visibles. Il est vrai que le lait en poudre peut paraître plus facile d’utilisation, qu’il est calibré (comme les tomates du supermarché!), mais au final, il déçoit. Les laits en poudre ont été inventés pour sauver des vies humaines. Ils auraient dû rester là ou ils étaient initialement destinés : la trousse à pharmacie de soins d’urgence pour bébés.

Alors, qu’attendons nous pour appeler les choses par leur vrai nom, en commençant par bannir de notre vocabulaire le terme de « lait maternisé » et en le remplaçant par exemple par le terme juste : celui de PPN (préparation pour nourrisson), voire PIN (préparation industrielle pour nourrisson).

Vous ne vous sentez pas prêt à cela? Réfléchissez-y pourtant, car nommer est beaucoup moins anodin que ce que l’on pourrait penser. Pour avancer encore plus loin, que penser de « allaiter au biberon »?

17 réflexions sur « Ne m’appelez plus jamais lait »

  1. Merci Valérie pour cet article qui me donne des pistes de réponse pour expliquer à mon entourage pourquoi je continue à allaiter ma fille alors qu’elle a 14 mois.
    grâce à tes soutiens j’ai tiré mon lait jusqu’à ses 11 mois. pas de surpoids comme c’est le cas de plusieurs enfants nourrit au lait de vache avec elle en crèche. Rarement malade pourtant la crèche est un terrain favorable. La qualité de ses liens sociaux est exceptionnelle. Elle a une complicité avec moi sans y être adhésive ou dépendante. Lorsqu’elle est malade elle tête à volonté et ca l’appaise beaucoup et la guérit vite. Elle n’a jamais pris des antibiotiques. Hé c’est pas beau tout ça?

  2. l’appellation “lait maternisé” est interdire depuis 30 ou 40 ans …
    pourtant on l’entend encore régulièrement, a la tele notamment des des emissions …

  3. J’ai juste envie de dire…BRAVO pour cette “petite” précision, en effet, si les choses sont appelés par leurs noms, c’est plus évidents qu’elles prennent la place qui leur est donnée.

  4. Pour pousser un peu plus loin, on pourrait imaginer inscrire sur les boîtes de “lait” maternisé : “ceci n’est pas du lait”. Je suis d’accord sur le fond, mais ces substituts sont d’un grand secours pour celles qui ne peuvent/veulent pas allaiter.

  5. “Il sent la fraise ton lait, maman! ” dixit mon grand de presque 4 ans. J’ avais mangé de la pana cotta sur coulis de fruits rouge à midi…
    Je comprends le plaisir de la petite Qd elle tète et toute l’ attention qu’elle prête lorsqu’ elle commence à boire.

  6. Il est vrai que cette appellation “lait maternisé” n’a plus cours depuis bien longtemps. Moi perso, je ne l’ai pas souvent entendue depuis que j’ai mes enfants (8 ans).

    Moi , j’appelle ça “lait 2ème âge” ou “lait de croissance”., ou “lait en poudre”… Ca reste quand même du lait, puisque c’est fait à base de lait de vache même s’il est complètement modifié…

    Une fausse appellation est aussi “lait végétal” qui n’a rien d’un lait puisqu’il provient d’une plante, d’un fruit… On doit dire plutôt “jus végétal”.

    1. bonjour Lucie! L’expression “lait maternisé” est encore répandue, y compris dans les milieux professionnels. Je l’entends souvent dans la bouche des mamans!

  7. tellement vrai, j’ai 6 enfants que j’ai allaité et mes filles allaitent aussi leurs enfants, quoi de plus naturel et de meilleure !! Toujours à la bonne température, changement de goût, contact magique bref je m’en souviens encore <3

    1. oui, nos allaitements nous accompagnent toute notre vie! C’est tres fort. Meme après des années, on se souvient encore précisément des sensations. C’est logique, puisque c’est la Vie!

  8. Bonjour, je me permets de rebondir -sans animosite – car dans un autre article vous parlez de la culpabilité et c’est hélas ce que je ressens lorsque je lis cet article-ci… Pour moi, l’allaitement n’était pas une évidence mais lorsque mon fils est né, je n’ai pas imaginé faire autrement que lui donner le sein. J’en suis ravie et fière, mais j’en souffre énormément aussi. Tétées trop fréquentes, tire lait, fatigue, épuisement moral, ajoutez à cela les conseils tous contradictoires de la sage femme, les amies et les blogs sur l’allaitement ….j’avais le sentiment de tout faire mal et traumatiser mon enfant à vie avec mon stress et mes angoisses. “Votre lait n’est peut-être pas assez riche? Vous avez déjà changé sa taille de vêtements ? Il est vraiment petit …” (il prenait pourtant 30g/j!!!) . J’ai fini par introduire des biberons de lait en poudre car je n’en pouvais plus (c’est comme ça), et j’ai arrêté de me poser des questions et culpabiliser …Or comment ne pas culpabiliser lorsque je vous lis … Et pourtant, ces quelques biberons m’ont permis de m’accrocher et continuer à allaiter, sinon j’aurais tout simplement abandonné. Alors du coup, quand je lis que le lait en poudre c’est le diable, mes angoisses remontent … Je suis donc une personne horrible !!?? C’est terrible quand on se donne du mal pour faire au mieux que de lire que par le lait industriel, je mets mon fils en danger … Maladie, surpoids, perte du lien entre nous …… Bref, j’arrive aujourd’hui à me détacher mais bon … Avouez qu’il y’a de quoi culpabiliser quand on lit cet article … Qui ne voulait pourtant que soulever la pertinence du nom que ce produit porte 🙂

    1. Merci pour votre retour Sarah.
      Comme vous le soulignez, nous voulions surtout vous informer sur les différences entre lait maternel et lait industriel en soulignant que le mot pour le désigner est le même mais la fonction n’est pas tout à fait la même.

      Le lait industriel devrait rester un médicament de secours et dans votre cas, c’est exactement ce qui s’est passé. C’était un moyen de « survie » pour maintenir votre lactation.
      Vous démontrez également l’importance du soutien de l’entourage, c’est ce qui a fait défaut autour de vous .
      Donc ne culpabilisez pas, vous avez donné le meilleur de vous-même avec les moyens que vous aviez à ce moment-là et c’est ce qui compte.

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