L’instinct maternel des pères

Les consultantes IBCLC accompagnent les femmes dans leur allaitement. Elles les aident à démarrer, elles les aident dans les difficultés. Et elles les aident… à arrêter ! Un de leurs rôles est de les soutenir dans ce choix afin que tout se passe pour le mieux.

Mais dans de nombreux cas, le désir de sevrage ne vient pas de la maman, il vient de son entourage. L’accompagnement consiste donc à aider la maman qui dit vouloir sevrer à y voir plus clair.

Une de ces situations de sevrage, pour le moins ambiguë, émane d’une volonté du papa. La plupart du temps, le souhait exprimé est de tout partager équitablement, y compris les repas. Eh oui, l’égalité avant tout… Et pour être certain que ce soit parfaitement équitable, pas question que ce soit du lait maternel dans les biberons. Mais l’égalité n’est pas l’équité. Parce que l’homme ne pourra jamais partager les nausées, les douleurs, les brusques variations hormonales, etc.

 

La compétence s’acquiert

Sur le fond, ces hommes ont raison de vouloir partager le parentage.

En effet, c’est le temps passé avec le bébé qui détermine les compétences parentales et non le fait d’appartenir à la gent féminine. Une étude franco-britannique récente (°) démontre que les papas sont tout aussi capables que les mamans de reconnaître la voix de leur bébé parmi d’autres. Ce n’est pas une question d’instinct maternel. Il n’y a pas de prédisposition liée au sexe. C’est tout simplement dépendant du temps consacré à s’occuper du bébé ! Cela parait logique, mais c’est important de le dire.

 

Le baby blues paternel

Ce qui est important également, c’est que les papas ont besoin de trouver leur place, d’être actifs, d’être reconnus. D’ailleurs, savez vous que 8% des pères souffrent d’une véritable dépression post-partum dans les deux mois qui suivent la naissance ? (°°). Pour moi, cela ne fait pas de doute que le positionnement du père dans sa relation parentale joue énormément dans sa capacité à faire face à l’arrivée d’un enfant au foyer.

Seulement voilà, faut-il nécessairement arrêter l'allaitement pour que le partage existe dans le couple ? Non, bien sûr que non !

 

Il y a tant à faire…

Le papa aura bien des occasions de nourrir son enfant à partir de ses six mois ! Or, comme je le dis toujours, l’allaitement cristallise souvent les problèmes. Il est une cible toute trouvée quand cela ne va pas trop bien. En l’occurrence ici, à cause d’un problème de communication, ou de la situation typique où la femme ne délègue pas assez les tâches quotidiennes à son conjoint, par manque de confiance, ou par lassitude.

Car en attendant les six mois, tout le reste est à partager : le portage, le change, le bain, les câlins, les massages…

Le papa est d’ailleurs invité à s’investir d’avantage dans les repas en s’informant sur l’allaitement, en étant pro-actif. Par exemple, il peut aller chercher le bébé la nuit pour les tétées, ce qui permet à la maman de ne pas se lever et d’être moins fatiguée. Les idées ne manquent pas. Et le papa n’a pas à être une copie conforme de la maman, au contraire. Chaque parent apporte sa part…

Enfin, n’oublions pas que dans presque tous les allaitements qui se passent bien, il y a un papa soutenant derrière. Donc, oui, les papas allaitent et maternent … mais pas avec leurs seins!

 

(°) Gustafsson et coll. Nature communication 4 – 16/04/2013

(°°) Séjourné et coll. Psychologie française (2013) 215-222

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