Coliques : la faute à l’allaitement? (deuxième partie)

Voici la suite de mon billet de la semaine dernière sur les coliques.

Je vais vous parler aujourd’hui de trois situations pouvant entraîner des coliques. La première est spécifique de l’allaitement (le réflexe d’éjection fort)  et  les deux autres relèvent de la pathologie : le reflux gastro-oesophagien et les intolérances alimentaires.

 

 

Le réflexe d’éjection fort ou REF

Le réflexe d’éjection se produit au moment où l’ocytocine, hormone fabriquée par le cerveau suite à la stimulation du mamelon par le bébé, arrive dans les seins et donne l’ordre d’éjecter le lait. Le bébé change alors de rythme de succion  et se met à déglutir à grandes lampées.

Dans certains cas, le débit du lait est si fort que le bébé risque d’avaler beaucoup d’air  et de s’étouffer. Comme souvent dans les histoires d’allaitement, c’est le couple mère-enfant qui va souffrir ou non du problème.

En effet, il y a les bébés qui s’habituent : ils s’écartent lorsqu’arrivent les premiers flux. Alors le lait gicle, parfois jusqu’à plusieurs mètres ! Cela peut être drôle. En tous cas, mon fils aîné riait aux éclats quand cela m’arrivait avec sa petite sœur et que le jet de lait traversait la pièce…

Et puis il y a les bébés qui ne s’habituent pas du tout et souffrent de maux de ventre, voire d’une prise de poids insuffisante. Les quantités d’air avalées donnent des gaz, ainsi qu’une fausse impression de satiété au bébé. Il arrive aussi que ces bébés refusent de prendre le sein, tellement ils ont peur du flot puissant de lait.

Enfin, lors d’un REF, le bébé est confronté la plupart du temps à des tétées trop riches en lactose. Et comme je l’expliquais dans le précédent billet, cette situation débouche sur des coliques.

 

Alors que faire face à un REF ?

Le premier réflexe doit être de chercher d’autres positions que la madone, qui n’est vraiment pas idéale. Par exemple :

-avec la position naturelle ou l’australienne, la gravité joue en notre faveur, le lait coule moins fort

-avec la position à califourchon, le bébé se retire plus facilement si le flux est trop fort

Ensuite, deuxième chose à avoir en tête : ne surtout pas attendre que le bébé soit trop affamé pour lui donner la tétée. En effet, s’il a trop faim, il tètera très fort, ce qui entraînera une éjection forte du lait.

Si ces deux actions ne suffisent pas, on peut exprimer 20 à 30 mL de lait juste avant de donner la tétée, le temps que le flux s’apaise.

Et, en tout dernier recours, on donnera le lait au biberon, à commencer par les tétées les plus difficiles. A éviter tout de même si le bébé ne maîtrise pas encore la succion au sein, dans ce cas, on utilisera un autre moyen comme la tasse.

 

Le reflux gastro-oesophagien (RGO)

Cette maladie peut toucher les adultes, mais les bébés y sont particulièrement exposés, à cause de l’immaturité de leur système digestif. Dans cette pathologie, une partie du contenu de l’estomac remonte dans l’œsophage, et parfois même dans la bouche. Ces remontées sont très acides et causent donc des brûlures. Il n’y a pas toujours de régurgitation observée, ce qui complique la compréhension des symptômes.

Je précise que, pour être sûr, le diagnostic du RGO doit être fait par un médecin. Les symptômes qui peuvent vous alerter sont :

-une impossibilité de poser votre bébé (surtout en journée), car il ne supporte pas d’être à l’horizontale. Dans cette position, il hurle. On ne peut même plus appeler cela des pleurs. Ces bébés souffrent vraiment beaucoup

-des tétées mouvementées, le bébé se met souvent à gigoter au bout de quelques minutes car cela le brûle. Il ne sait plus si téter lui fait du bien ou du mal.

Le RGO est une situation très difficile à vivre pour toute la famille, et les parents se sentent totalement impuissants et démunis face à elle. Ils se sentent aussi très seuls, car mal compris par leur entourage. C’est une cause d’abandon de l’allaitement, alors que le lait artificiel provoque encore plus de douleurs. C’est aussi, et on ne le dit pas assez, une cause de maltraitance, car les parents sont totalement à bout, nerveusement et physiquement.

Il est souvent difficile de différencier les coliques du RGO. Mais d’un autre côté, on peut essayer les mêmes techniques sur les deux phénomènes.

 

Que faire en cas de RGO ?

Le RGO est souvent exacerbé en cas de REF, et on commencera par se poser la question du REF en observant les flux et la façon dont le bébé les gère.

Puis l’on suivra les recommandations suivantes :

-donner la tétée dans des positions où le bébé est le plus vertical possible (voir ci-dessus le REF). Certaines mamans allaitent debout en marchant et cela aide beaucoup leur bébé

-donner des tétées plutôt courtes, toutes les deux heures environ, car la digestion sera plus facile avec un estomac pas trop rempli

porter le bébé le plus possible après les repas, le mieux étant d’utiliser une écharpe de portage. Le bébé humain est fait pour être porté, donc n’ayez pas peur de le laisser dans l’écharpe le nombre d’heures nécessaire, et de faire participer le reste de la famille s’il le faut

-essayer d’allaiter le plus longtemps possible car l’ingestion de lait maternel occasionne moins de douleurs au bébé que s’il prend du lait artificiel

Enfin, si toutes ces actions n’améliorent pas la situation, l’utilisation d’épaississants peut être nécessaire, mais parfois elle n’apporte aucun soulagement. Discutez-en avec le professionnel de santé qui vous accompagne.

 

Du côté de l’alimentation de la mère

Certaines protéines ingérées par la mère peuvent passer dans le lait maternel et occasionner des gênes digestives chez les bébés ne les supportant pas. Les plus souvent incriminées sont les protéines de lait de vache (PLV), que l’on va trouver dans le lait, les fromages et les yaourts bien sûr, mais aussi dans le beurre, les  glaces et certaines pâtisseries.

Si, après mise en œuvre de toutes les recommandations précédentes, votre bébé continue à se tordre de douleur, cessez totalement, pendant une semaine, de consommer des produits contenant des PLV et observez les effets. Si votre bébé va mieux, c’est peut être qu’il est intolérant à ces produits. Minimisez alors leur consommation, et si cela ne suffit pas, arrêtez la le temps de l’allaitement.

Je vous vois paniquer, et je vous rassure. Il est tout à fait possible d’allaiter sans consommer de produits laitiers. Ce n’est pas parce que vous buvez beaucoup de lait que vous aurez beaucoup de lait ! Par ailleurs, la femme allaitante est bien protégée contre l’ostéoporose, et ce avec un effet dose-dépendant (plus elle allaite, plus elle est protégée). Donc pas de panique de ce coté là non plus! Et puis le fameux calcium se trouve dans bien d’autres aliments, notamment les fruits secs, les choux, les laitues… Privilégiez les aliments complets, et prenez le soleil : la vitamine D intervient dans l’absorption du calcium !

Autre catégorie d’aliments à tester si l’éviction des produits laitiers ne porte pas ses fruits : les aliments contenant du gluten. Cette immense molécule, très indigeste, est omni-présente dans notre alimentation moderne. L’éviction parait donc insurmontable au début. Mais cela vaut le coup d‘essayer car cette forme d’intolérance est de plus en plus fréquente.

Pendant une semaine, cessez de consommer toutes les céréales contenant du gluten, quelle que soit leur forme (pains, pâtes, gâteaux…). Il vous reste essentiellement le riz et le maïs (celui-ci avec précaution car il peut être irritant). Si vous n’êtes pas hostile à l’originalité, testez la quinoa, le sarrasin, le millet et l’amaranthe… De quoi essayer plein de nouvelles recettes !

Et si, après mise en œuvre de tous les conseils précédents, les coliques n’ont toujours pas cédé, , je dois vous avouer que parfois il faut chercher plus loin. D’autres produits ingérés par la maman peuvent poser problème au bébé, par exemple : les oranges en grande quantité, certains choux, le café

Bref, il faut se transformer en détective scientifique jusqu’à trouver le ou les responsables.

 

Contre les coliques : de la présence, de la chaleur…

Pour conclure, je donnerai deux conseils généraux, qui s’appliquent à toutes les situations se rapportant aux coliques.

Tout d’abord, varier les positions jusqu’à trouver celle qui convient le mieux. Les plus efficaces d’après les retours que j’ai sont la position naturelle et le califourchon.

Ensuite, porter le bébé en écharpe  a deux effets, on ne peut plus bénéfiques :

l’effet massage : la position ventre contre ventre occasionne un véritable massage de cette zone douloureuse. La chaleur parentale au niveau des intestins et la position verticale parachèvent ce qui est une véritable séance de soin !

l’effet anti-stress : le réconfort apporté par la présence et les mouvements parentaux est immense. Pour nous, adultes, c’est pareil lorsque nous souffrons : si une oreille compatissante ou des bras chaleureux nous accueillent, alors nos douleurs s’atténuent. Et puis, le stress augmente les coliques, donc n’hésitons pas à porter également bébé en préventif !

Je souhaite vivement que ces quelques informations vous aident. Les bébés grandissent si vite qu’il est bien triste de voir ternis par la douleur ces mois qui devraient être merveilleux… En dernier lieu, gardez toujours à l’esprit qu’avec le temps, les coliques passent et que donner du lait artificiel n’est pas, et de loin, la solution au problème.

 

 

 

 

 

 

 

 

19 réflexions sur “ Coliques : la faute à l’allaitement? (deuxième partie) ”

  1. Merci beaucoup pour ces précieux conseils, si bien expliqués. J’étais à deux doigts de renoncer à l’allaitement au sein pour ma fille de 3,5 mois parce que je pensais que les gaz c’est de ma faute et le lait maternisé va la calmer. C’est bien de pouvoir s’informer avant de prendre toute décision !

  2. Bonjour,
    Merci pour ces conseils et ces informations. J’ai une question concernant le gluten : il peut donc “passer” dans le lait maternel ?

    1. Bonjour Cécile,
      Oui, le gluten passe dans le lait comme beaucoup d’autres protéines. C’est justement pour que l’enfant soit en contact à petites doses avant l’introduction des solides.

      1. Merci pour cette réponse. J’aurais une autre question : mon bébé souffre de reflux interne, qui ne semble pas douloureux mais perturbe fortement son sommeil. Par ailleurs, il a des problèmes digestifs (nombreux gaz notamment). J’ai pour ma part un REF. Croyez-vous que le REF ou une intolérance alimentaire puisse être à l’origine du RGO ? J’ai essayé sans succès l’éviction du lait de vache et je me demande si je dois continuer à chercher dans cette voie.

        1. Bonjour Cécile,
          Le REF peut expliquer les nombreux gaz et quelquefois un reflux car votre bébé avale beaucoup d’air. Vous pouvez essayer ( si ce n’est pas déjà fait) de changer de position ou de tirer votre lait un peu avant la tétée.
          Pour l’éviction des protéines de lait de vache, il faut essayer pendant bien 15 jours avant de voir une différence.
          De plus, de nombreuses mamans ont remarqué que manger du chocolat entraînait une hyper lactation et éventuellement un REF mais il n’y a aucune étude qui le prouve.

  3. Bonjour,
    D’après ce que j’ai lu dans vos deux (passionnants) articles et commentaires (Bébé très agité au sein, qui se tord, le recrache, le rejette, veut absolument changer de sein après un rot au bout de 8-10 min), je pense avoir un REF ? Mais comment en être réellement sûre ?
    Merci.

    1. Bonjour Agnès,
      Si vous exprimez votre lait avec la main ou avec un tire-lait,vous pourrez voir le jet sortir du sein.
      Le bébé peut parfois tousser au sein et le relâchez.
      Quand votre bébé tète, vous pouvez l’entendre avaler goulûment.
      Voici quelques autres signes du REF.

  4. Merciii pour ces conseils je déprimai et en lisant vos articles ça m’a soulagé et donné envie de continuer

  5. Merci beaucoup pour votre billet. Mon fils a désormais 8 mois et demi et je l’allaite toujours (en complément de solides que nous avons commencé à introduire depuis 2 mois maintenant), ce en dépit des difficultés (allergies au PLV et aux oeufs, que nous avons identifiées par nous même au moyen d’un régime d’éviction, puis à l’issue de tests cutanés réalisés quelques mois plus tard; RGO, confirmé tout récemment par le biais d’une pH-métrie alors que nous ne cessions d’alerter notre pédiatre que les gênes de notre fils n’étaient pas de simples “coliques”, avec son lot de douleurs, d’inconfort et de nuits difficiles – encore aujourd’hui puisqu’il se réveille toujours entre 5 et 10 fois par nuit, nous comptons sur le traitement contre le reflux pour améliorer les choses…). Nous étions très motivés par le portage mais après les premières semaines, avons dû y renoncer car notre fils se cabrait systématiquement en arrière et ne supportait que peu la position ventrale (contre toute attente, car je croyais que c’était là justement une position qui le soulagerait de ses maux). Depuis quelques jours toutefois (et donc après plusieurs mois de mise au rebut), on y revient avec bonheur, sur le ventre ou le côté et bientôt dans le dos pour des balades avec Papa! C’est là pour moi une des grandes révélation de mon parcours de maman : rien n’est jamais acquis/figé, mais rien n’est jamais perdu non plus! Au plaisir de vous lire!

  6. Les tisanes d’allaitement que nous prenons apaisent-elles les coliques de nos bébés? j’ai testé Calmosine pendant 15 jours, et je m’aperçoit que les tisanes contiennent exactement les mêmes plantes, et lorsque je prend moins de tisanes, les coliques reviennent. J’ai également trouvé des tisanes que bébé peut boire, toujours à base de fenouil et anis, mais en quelle quantité ?? puisque nous allaitons, nous ne pouvons pas le mélanger au lait.

    1. Bonjour Emilie,
      Effectivement, les tisanes d’allaitement peuvent soulager les douleurs intestinales surtout chez les mamans et tant mieux si ça fonctionne chez votre fils aussi. 🙂
      Par contre, il vaut mieux éviter de donner des tisanes directement à votre bébé ça pourrait influencer votre allaitement. Votre fils serait calé et il sauterait donc une tétée. Il y aura moins de stimulation et un risque de diminution de votre production de lait.
      Si votre enfant est vraiment mal à l’aise, je vous conseille d’aller consulter votre médecin et d’en parler avec une consultante en lactation

  7. Bonjour,

    Merci pour votre blog qui est vraiment bien.
    J’allaite uniquement en position allongé sur le côté parce que j’ai des douleurs d’arthrite et et ne peux porter bebe Dans les bras pendant longtemps. Mon bébé a 3 semaines et après chaque tété il a des reflux. Il dort directement après sa tété, je ne fais pas le faire de rot . Quand il s’endort il a Comme une gêne dans la gorge et il fait le bruit comme si sa gorge le démanger, apres quelques minutes il a une petite montée de lait qui sort de sa bouche . Ça agite son sommeil . Je sais pas trop quoi faire , est ce quil faut lui faire faire ses rots à chaque tété ? Est ce que la position allongé sur le cité ne convient pas ?
    J’espère avoir votre opinion et votre aide. Merci

    1. Bonjour Zoé

      Il se peut que pour certaines tétées votre bébé ait besoin de faire des rots. Chaque enfant est différent, certains feront à chaque fois, d’autres jamais.
      En général, la position ne change rien à ce fait, c’est surtout si votre lait sort rapidement et que votre bébé avale de l’air.
      Essayez peut-être de le mettre assis près de vous après la tétée, pour l’aider à évacuer ce rot.
      Une position à essayer serait la position BN ( biological nurturing ), où vous êtes en position transat et c’est tout votre corps qui soutient votre bébé. Souvent dans cette position, les bébés avalent moins d’air. Vous pouvez la trouver ici
      Bon courage et n’hésitez pas à demander de l’aide à une consultante en lactation si besoin.

  8. Merci pour vos précieux conseil
    Ma fille de 11 mois souffre enormement surtout la nuit
    Je la porte constemment et j ai un ref
    Je voulais arreter l allaitement mais vous m avez motiver
    Elle est aplv et rgo
    Jsp qu elle va réussir à s apaiser

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