Effet protecteur du lait maternel contre le COVID19

Pascale Baugé, notre “chercheuse” de formation scientifique , nous présente deux articles sur la composition du lait maternel de mamans ayant eu le Covid-19.

En pleine pandémie de Covid-19, une question toute légitime se pose : que sait-on de l’éventuel effet protecteur du lait maternel sur les nourrissons et les enfants en bas âge, notamment le lait de mamans qui ont été touchées par la maladie ? Même si on n’a que bien peu de recul, des études se sont penchées sur la question et quelques conclusions se dessinent.


La maladie qui sévit dans le monde entier est provoquée par le virus SARS-CoV-2. Les pathologies qui y sont liées sont assez variables mais se manifestent souvent par des infections respiratoires. Les enfants semblent moins sévèrement touchés néanmoins un petit pourcentage de moins d’un an présente quand même des symptômes assez marqués pouvant nécessiter une prise en charge plus lourde voire entraîner des séquelles plus invalidantes. Il est aussi à noter que certains enfants déclarent, même sans forme grave de Covid-19, un syndrome inflammatoire multi-systémique. Donc la protection de l’enfant n’est pas superflue ! Alors, s’il l’était grâce au lait maternel de sa propre mère ou d’une donneuse ayant été touchée ?

Avant de voir quelles entités biologiques pourraient aider à lutter contre le virus, dressons quelques grandes lignes de son portrait.

Petite particularité du virus SARS-CoV-2

Le virus en question est un coronavirus c’est-à-dire un virus qui présente à sa surface des petits bulbes espacés lui donnant une apparence de particule couronnée. Il s’appelle SARS-CoV-2 pour « Severe Acute Respiratory Syndrome – Coronavirus » ou en français, Syndrome Respiratoire Aigu Severe, il est donc spécialisé pour toucher les cellules pulmonaires.

Le virus SARS-CoV-2 est un virus dit « enveloppé » : cette enveloppe est un « plus » pour le virus car elle permet de mieux s’accrocher à la cellule-hôte, de s’y adapter et s’y stabiliser. Une des protéines de cette enveloppe est la protéine S (« S » pour Spike autrement dit « pointe ») qui forme des spicules à la surface du virus et se trouve être responsable de l’attachement à l’hôte par une de ses extrémités. Si ce virus SARS-CoV-2 est si problématique, c’est parce qu’il s’accroche facilement en raison d’une grande affinité de certaines parties de la protéine de pointe avec un type de récepteurs humains. Ces récepteurs-cibles sont fortement présents à la surface des cellules des poumons mais pas uniquement.

La protéine de pointe joue aussi un rôle primordial dans la propagation virale car elle parvient à s’introduire dans la membrane cytoplasmique des cellules touchées et fusionner avec elle. C’est ainsi que le virus parvient à s’insérer dans les cellules hôtes : un moyen d’accéder à leur machinerie pour se développer.

Bref, vous l’aurez compris, cette protéine S joue un rôle clé dans l’affaire ! Mais revenons au lait maternel et ses spécificités. Contient-il des anticorps spécifiques du virus lorsque la mère a été contaminée et si oui lesquels ? Y a-t-il aussi des risques de contamination verticale via le lait maternel ?

A quoi peut-on s’attendre dans le lait maternel ?

On le sait, le lait maternel contient des immunoglobulines (Ig) sécrétoires, fabriquées par l’organisme maternel au contact d’un environnement où des pathogènes sont présents : il s’agit de super protéines, bras armés des lymphocytes B, très impliquées dans l’immunité et qui ont une activité d’anticorps en reconnaissant et se liant à des antigènes. Le lait maternel en est riche ce qui aide à la protection du nourrisson qui n’en produira pas lui-même au tout début de sa vie. Le mode d’action de ces entités biologiques est qu’elles se lient aux microbes pathogènes et les empêchent ainsi d’atteindre leur cible. De plus, ces Ig sont sous une forme (dite sécrétoire) qui leur permet de résister à l’environnement destructeur de la bouche et du tractus digestif de l’enfant. Une parfaite adéquation !

Alors des immunoglobulines, il y en a de plusieurs sortes : environ 90 % des anticorps présents dans le lait maternel sont des IgA ; ils font barrière et empêchent les pathogènes de se lier aux muqueuses.


Mais on peut aussi trouver des IgM et des IgG dans le lait maternel. Cette classification en sous-familles est liée à une structure différente de certaines parties de la molécule. Toutes sont impliquées dans l’immunité.

Une étude parue récemment dans Cell Press fait le point sur la question des immunoglobulines spécifiques, celles qui sont capables de neutraliser le virus du SARS-CoV2. C’est quand même bien cela qui nous intéresse. Une dizaine d’échantillons de lait maternel de mamans testées positives ont été analysés (4 à 6 semaines après l’infection) et leur contenu a été comparé à celui d’«échantillons témoins » de lait maternel avant la pandémie.

Quels résultats ?



Tous les échantillons issus des donneuses (guéries du Covid19) contiennent des niveaux en IgA significativement plus élevés que ceux des échantillons témoins et ce sont des IgA spécifiques du SARS-CoV-2.


L’étude a testé leur affinité avec le virus. 80 % des échantillons ont montré une activité des IgA en lien avec les récepteurs de la protéine de pointe du coronavirus.


Les auteurs ont également montré que cette réponse était liée non seulement aux IgA mais que certains échantillons contenaient des quantités IgG et IgM suffisantes pour accroitre le pouvoir neutralisant et immunisant du lait maternel.

Qu’en conclure ?



Nous pouvons donc conclure de l’ensemble de ces recherches que plus que jamais nos connaissances sur le lait maternel prouvent sa grande spécificité. Ces résultats sont très encourageants. Néanmoins, cette étude ayant été réalisée sur un faible nombre d’échantillons, il faut poursuivre les études afin d’intégrer un plus grand nombre d’analyses et observer sur le plus long terme.

Les mamans peuvent légitimement se demander s’il est prudent d’allaiter alors qu’elles sont porteuses du virus. A l’heure qu’il est, plusieurs institutions ont une position claire : il n’est pas recommandé de séparer la mère de son enfant et l’allaitement est encouragé lorsque la mère présente peu de symptômes (sans négliger les autres précautions d’usage). Ces officiels avancent que les bénéfices de l’allaitement maternel dépassent largement les risques de contamination de l’enfant. Certains conseils divergents ont pourtant été de mise en début de pandémie. Les données actuelles sont rassurantes et suggèrent en effet que le risque de transmission de la mère à l’enfant reste faible par la voie de l’allaitement.

Références :

Fox A. et al., « Robust and Specific Secretory IgA against SARS-CoV-2 detected in Human milk », Cell Press, Novembre 2020

Barreo-Castillero A. et al., « COVID-19 : neonatal-perinatal perspectives », Journal of Perinatalogy, Décembre 2020

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