Allaitement, sommeil de la mère et sommeil de l’enfant (suite )

A l’occasion du précédent billet, nous nous sommes intéressés aux spécificités du sommeil de l’enfant et au lien entre allaitement et sommeil de l’enfant. Nous allons maintenant  voir le sommeil de la mère allaitante de plus près.

Physiologie de la lactation :

Lors de l’allaitement, à chaque tétée, un grand nombre d’hormones sont libérées dans la circulation sanguine maternelle. Parmi celles-ci il y a la prolactine, l’ocytocine, les bêta-endorphines, la dopamine… Ces hormones ont de multiples rôles et entre autres, elles ont une influence sur le sommeil de la mère.

En effet, la prolactine, par exemple, accélère le passage en sommeil lent. Durant l’allaitement, la mère bénéficie ainsi de 30% de sommeil lent en plus qu’en dehors de la grossesse et l’allaitement[1].   Le sommeil lent est le sommeil qui permet le plus la récupération.[2]  [3]

L’ocytocine permet, quant à elle, de favoriser un climat de détente et d’apaisement particulièrement propice au repos et à la somnolence. C’est précisément cet état de somnolence lié aux tétées qui amène souvent à penser que l’allaitement fatigue la mère alors même que du point de vue physiologique, l’allaitement favorise au contraire un repos de meilleure qualité.

Les bêta-endorphines et la dopamine sont des hormones qui sont associées au sentiment de plaisir. De plus, la dopamine prépare le réveil. Autrement dit, durant l’allaitement, les mères ont plus de sommeil profond récupérateur mais ont également plus de facilité à se réveiller afin de répondre aux besoins du bébé.

A retenir :

La tendance à l’endormissement des femmes allaitantes n’est pas un signe de fatigue ; c’est un état normal, lié au rythme veille / sommeil inhérent à l’allaitement et favorisant une meilleure récupération.

D’autre part, durant l’allaitement le taux de cortisol (hormone du stress) reste plus bas qu’en dehors de l’allaitement, comparativement à des situations de stress similaires[4]. Enfin, plusieurs facteurs liés à l’allaitement diminuent les phénomènes inflammatoires ce qui a pour effet de diminuer le risque de dépression post-natale.

Le sommeil de la mère allaitante :

Il ressort de nombreuses études que les mères qui allaitent ont certes un nombre d’éveils nocturnes plus important que les mères qui n’allaitent pas (voir billet sur le sommeil de l’enfant allaité) ; néanmoins, les électro-encéphalogrammes de ces mères montrent que ce sont pourtant elles qui ont la plus longue durée de sommeil lent profond (récupérateur). Ce résultat confirme bien que l’allaitement augmente les capacités de récupération des mères.

Encore plus intéressant ; les études montrent également que pour les couples parentaux dont les femmes allaitent, les deux parents dorment plus !

A savoir : [5]  [6]

La fatigue maternelle est généralement modérée juste après la naissance, mais elle culmine à 3 semaines et diminue lentement entre 2 et 6 mois.

Il n’y a pas de différence en termes de fatigue entre les femmes qui allaitent et celles qui donnent le biberon. Le fait d’arrêter l’allaitement n’améliore pas l’état de fatigue des mères.

« Mais alors, qu’est-ce qui fait que je suis si fatiguée ? »

Devenir mère est associé à un niveau de fatigue émotionnelle intense. Le haut niveau de responsabilité, la charge de travail « non équitable » dans le couple, l’absence de reconnaissance et de valorisation de la maternité au niveau social, l’isolement auquel se surajoute l’état inflammatoire lié aux conditions d’accouchement et au stress associé au changement de mode de vie qu’impose l’arrivée d’un bébé ; sont autant de facteurs favorisant le surmenage maternel en post-partum.

La banalisation de cette situation : « c’est normal, ça va passer ! », la culpabilité des mères : « si tu faisais ça ou si tu ne faisais pas ça, tu serais moins fatiguée ! » (ex : portage, allaitement, partage de la chambre ou du lit…) et le fait de penser que le bébé présente des troubles du sommeil (réveils fréquents) sont autant de facteurs qui augmentent le risque de dépression maternelle dans l’année qui suit la naissance.

Prévention de la dépression et du surmenage :

1/ Etre suffisamment informée en prénatal et/ou en post-natal de la réalité de la vie avec un nouveau-né permet une meilleure adéquation entre les attentes maternelles et les besoins de l’enfant :

Connaître les rythmes physiologiques du nouveau-né et du nourrisson.

Connaître et reconnaître les besoins de l’enfant allaité (« tétées groupées », premiers signes d’éveil…).

Connaître les effets de l’allaitement sur la santé et le sommeil de la mère et de l’enfant.

2/ Savoir déléguer et relativiser

Les quarante premiers jours de post-partum, prévoir une organisation permettant à la mère de se reposer autant que possible.

Demander de l’aide pour les tâches ménagères et la gestion des ainés.

Relativiser l’importance de ces tâches (si l’aspirateur n’est pas passé tous les jours, votre bébé ne s’en portera pas plus mal ! Votre conjoint non plus… et vous serez mieux si vous avez pu vous reposer au lieu de dépenser votre énergie pour ce faire).

Relativiser également la durée de ce temps de récupération indispensable … 6 semaines dans une vie, ce n’est pas si long !!! Vous venez de passer 9 mois à créer la vie, vous méritez bien de pouvoir en « profiter » maintenant !

3/ Se faire confiance et faire confiance au bébé

Les comportements des nouveau-nés en bonne santé et la réponse spontanée des mères sont dans la grande majorité des cas des comportements innés de « survie de l’espèce » … s’écouter et se faire confiance est donc une des clefs du succès !

[1]             Kendall-Tackett ; un nouveau paradigme pour la dépression des jeunnes mamans ; Les Dossiers de l’allaitement ; Hors série JIA 2010

[2]             Wambach KA, Maternal fatigue in breastfeeding primiparae during the first nine weeks postpartum, Journal of Human Lactation 1998 ; 14(3) : 219-29.

[3]             S Callahan, N Séjourné, A Denis  ; Fatigue and breastfeeding  : an inevitable partnership  ? J Hum Lact 2006  ; 22(2)  : 182-87

[4]             Kendall-Tackett ; un nouveau paradigme pour la dépression des jeunnes mamans ; Les Dossiers de l’allaitement ; Hors série JIA 2010

[5]             Wambach KA, Maternal fatigue in breastfeeding primiparae during the first nine weeks postpartum, Journal of Human Lactation 1998 ; 14(3) : 219-29.

[6]             S Callahan, N Séjourné, A Denis  ; Fatigue and breastfeeding  : an inevitable partnership  ? J Hum Lact 2006  ; 22(2)  : 182-87

[Auteure] : Céline Dalla Lana est sage-femme et consultante en lactation. Elle nourrit également une passion pour la formation des professionnels de santé.

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