Allaitement : et si on encourageait les mères en surpoids à tenter l’aventure ? (épisode #2)

Dans un précédent article, nous avons passé en revue certaines des difficultés auxquelles les mères en surpoids peuvent être confrontées lorsqu’elles désirent allaiter. Voici un complément d’astuces pratiques qui leur permettront de savourer elles aussi cette aventure avec bonheur et délectation.


Les défis liés aux aspects mécaniques

Accoucher d’un bébé lorsqu’on est en surpoids ou obèse, signifie une plus large proportion de naissances difficiles, de césariennes, de recours à l’usage d’instruments tels que forceps ou ventouse. Et là se situe un autre souci, infantile celui-là : l’enfant risque de ne pas téter de façon efficace, des douleurs ou blocages au niveau de la mâchoire et / ou cervicales pouvant s’opérer lors du travail ou de la naissance.
L’enfant risque également d’être somnolent du fait de la péridurale.
Ces seuls deux points expriment un risque de ne pas pouvoir se nourrir correctement et par conséquent la possibilité de développer un ictère (jaunisse), et/ou subir une grosse perte de poids.
L’enfant risque également d’avoir une glycémie instable difficile à gérer avec un bébé dormeur et qui ne peut pas utiliser correctement ses lèvres, langue, et mâchoires pour vider efficacement le sein.
  1. Si l’enfant réclame le sein, vous pouvez compresser votre sein durant toute la tétée (tant qu’il y a du colostrum) puis quand les volumes commencent à augmenter : compresser le sein lors des phases où le bébé tète mais ne boit pas afin que plus de lait s’écoule dans sa bouche.
  2. Si l’enfant ne réclame pas le sein, ou que les tétées ne semblent pas efficaces :
    • Extrayez du colostrum dans une coupelle toutes les 2h, et donnez ce colostrum à votre bébé toutes les 2h avec une cuillère à café, voire au doigt, en étant bien attentive à ses réponses.
    • Valeurs indicatives :
      • Les premières 24h de vie: 1 cuillère à café de colostrum toutes les 2 h ( de quelques gouttes à 10ml selon les auteurs ) (1,2) ,
      • Entre 25 et 48h : 1 cuillère à soupe de colostrum toutes les 2h ( de 5 à 15 ml) (1,2)
      • Entre 48 et 72h : 35-40 ml par tétée (entre 3 et 4 cuillères à soupe par tétée) (1,2)
Petits trucs avant une naissance par césarienne :
Prévoyez avant de partir à la maternité un petit récipient hermétique (vous en aurez discuté avec l’équipe de votre maternité) et que vous aurez rempli de votre colostrum. Il pourra être donné (je suggère toujours par le papa!) à votre bébé si vous êtes indisponible pour la première tétée. Vous pourrez éventuellement charger votre compagnon d’extraire le colostrum durant les premières heures si vous même « vous ne le sentez pas ».
Vous pouvez envisager de commencer ces extractions à mettre au réfrigérateur, les tous derniers jours avant la naissance ; tandis que vous stimulerez vos seins et mettrez votre bébé au sein, ce colostrum « prénatal » pourra être donné au bébé à la cuillère en « complément » de sécurité.
L’image de soi, un empêcheur d’allaiter
Certaines mamans ne se sentent ni confortables ni en confiance pour allaiter en public y compris devant du personnel soignant. Allaiter quand la famille et les amis rendent visite peut devenir un challenge insurmontable.
  • Les soignants peuvent cependant dispenser des astuces d’installation et se cantonner à soutenir sans jugement ;
  • Leur primordialité sera d’apporter un maximum d’intimité quand un des seins est découvert et de respecter la pudeur de la maman (vis-à-vis des autres soignants, de la maman partageant la même chambre etc.) ;
  • Un châle large et léger peut envelopper maman et enfant pendant une tétée, un peu à l’écart du groupe et ainsi préserver leur intimité à tous les deux !
  • Sinon s’éloigner, le temps qu’elle tire son lait pour que l’enfant soit nourri s’il ne l’est pas au sein.
Seins larges et mamelons aplatis éventuels
Il peut sembler compliqué de faire prendre un sein très large à un bébé ; un mamelon à tendance plate peut compliquer la prise en bouche ; ceci participe aux douleurs et lésions (crevasses). Si la mère avait perdu beaucoup de poids, il peut être difficile d’installer l’enfant à un sein devenu « penduleux » et dont on ne voit pas le mamelon.
  • Une serviette roulée, placée sous le sein, permet de « relever » le sein, l’aréole peut être plus visible ;
  • Des coussins fermes sous la partie externe du sein peuvent permettre de relever le sein, de le conformer plus ;
  • Un coussin d’allaitement fait maison ou prévu pour jumeaux, qui soit assez large pour accueillir sein et enfant ;
  • Une seringue dite modifiée, reprenant le principe de la « Niplette », utilisée avant les tétées, peut contribuer à faire ressortir un mamelon aplati ;
  • Présenter l’aréole en « tasse de thé » avec les doigts « derrière le mamelon » peut contribuer à faire ressortir ce dernier ;
  • Il existe d’autres astuces réservées aux seins larges ou penduleux.
  • Il convient d’éviter les positions où le poids du sein repose sur le bébé.
Lors de l’utilisation d’un tire-lait, on fera attention à choisir le bon diamètre de téterelle (la partie en contact avec le sein) afin que le mamelon ne frotte jamais contre la paroi du tunnel (voir article connexe « plus de lait au tire-lait »).
Pathologies liées, traitements divers dont vitamines
  • Il y a un risque de diabète gestationnel, qui doit être pris en compte quand on sait que l’insuline est notamment nécessaire à la « montée de lait ».
  • Il y a un risque d’hypertension, et le médecin prendra garde de ne pas prescrire de clonidine chlorhydrate car il abaisse la prolactine alors que la maman obèse a déjà des taux plus bas de prolactine que la moyenne.
  • En cas de chirurgie bariatrique (by-pass gastrique), bien prendre les vitamines, ne pas hésiter à demander au médecin s’il faut en augmenter les doses, s’il faut supplémenter l’enfant en vitamine B12.
NE PAS ATTENDRE – DE BONNES ALTERNATIVES :
L’on se rend compte finalement, que les mères obèses voire en surpoids seul, cumulent des difficultés, il faut reconnaître cependant qu’elles ne reçoivent pas les informations et astuces nécessaires pour les aider dans leur projet d’allaitement ; c’est peut-être ce qui participe à autant de problèmes de production de lait, de « transfert de lait », et donc de durées d’allaitement. Du fait du problème hormonal qui concerne une prolactine diminuée, une piste à explorer pourrait être la prise de prolactine humaine recombinante à défaut de remèdes homéopathiques ou phytothérapeutiques qui en élèveraient le taux. Il faut également s’appuyer sur des recommandations de première tétée précoce, de peau-à-peau, de stimulations très fréquentes des seins, plus fréquentes qu’en temps ou situation ordinaire. Le démarrage peut être très ardu, réclamer beaucoup d’attention et d’énergie chez la maman, mais le plus important est peut-être de donner le plus de chances possibles, pour que la maman, bien informée, fasse ses choix, sans se retrouver à « subir ».
Mon meilleur conseil sera de vous rapprocher, durant votre grossesse puis après la naissance de votre bébé, d’une personne bien formée en allaitement maternel. Il pourrait s’avérer important pour vous de maîtriser à l’avance certaines positions d’allaitement si vos seins sont très larges notamment, ou de partager des astuces pour allaiter discrètement mais également de discuter de des possibilités et de votre choix parmi les conseils possibles et proposés.
Mon autre meilleur conseil sera : en allaitement rien n’est jamais « fichu-foutu » ; mais plus on s’y prend tôt, plus on retrouve facilement l’harmonie lactée !
Surpoids: IMC de 26-29 kg/m2
Obésité: IMC supérieur à 29 kg/m2
[Références] :
(1) Riordan 2015 using: Memorial Hospital, Helping Babies Breasrfeed 2010, Colorado Springs, Colorado
(2) Walker 2015 Breastfeeding Management for the clinician Table 2-5
Césarienne : 50% + de risques césarienne (doublé pour les mères obèses) (Poobalan, Aucott, Gurung, Smith, & Bhattacharya, 2009).
Retard, insuffisance à 60h : Chapman & Perez Escamilla, 1999, 2000h Retard : Hilson, 2000; Rasmussen, Hilson, & Kjolhede, 2001 Nommsen-Rivers, Chantry, Peerson, Cohen, and Dewey (2010) Dewey, Nommsen-Rivers, Heinig, and Cohen (2003)
Arrêt avant sortie maternité : Hilson, Rasmussen, & Kjolhede, 1997). Durée : Donath & Amir, 2000 Prolactine diminuée : Rasmussen & Kjolhede, 2004
[Auteure] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, Françoise Coudray est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+

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