Allaitement et alcool : comment donner la tétée ?

Les fêtes approchent, et avec elles, les réveillons à profusion.

En cette période, j’ai souvent des demandes de mamans allaitantes qui se posent alors des questions tout à fait légitimes sur la consommation d'alcool. Voici quelques éléments de réponse.

 

Attention, ce billet n'a pas pour vocation d'encourager la consommation d'alcool, bien au contraire!

 

Pendant la grossesse, aucune dose d'alcool n'est tolérée. Mais pendant l'allaitement, pour celles qui en ont vraiment trop envie, il est possible d'en consommer, modérément, et selon des modalités qui atténuent les effets négatifs. A mon avis, il vaut mieux qu'une maman s'autorise un verre de temps à autre et allaite plusieurs années, plutôt qu'elle arrête totalement l'allaitement d’une manière prématurée parce qu'elle vit certaines frustrations qui s’accumulent et par exemple celle de systématiquement refuser de participer à l'apéritif (encore qu'on puisse prendre un jus de fruit sans être à la table des petits!)

 

Quatre points à garder en tête pour atténuer les effets de l’alcool sur les tétées :

 

Le bon délai d'attente

 

Le taux d'alcool dans le lait maternel est le même que celui dans votre sang. Par conséquent, il faut attendre, pour donner le sein, que l'alcool ait été métabolisé, c'est à dire transformé par notre organisme en d’autres molécules sans conséquences sur l’allaitement. Pour une quantité allant jusqu’à une unité d'alcool, on attendra deux heures et demie avant de donner le sein. Pour deux unités, on attendra cinq heures, et ainsi de suite. Une unité d'alcool correspond à la quantité qui vous serait servie si vous commandiez cet alcool au café ou au restaurant : 25cL pour en ce qui concerne les bières, un verre ballon pour les vins, une coupe pour les champagnes, etc.

 

Le temps d'élimination de l’alcool est personnel : il dépend principalement de la capacité métabolique de chacun, de l’état général de santé, de fatigue, si on est à jeun ou non, et du poids. Cependant, les durées indiquées étant prudentes, vous pouvez vous baser dessus sans crainte qui que vous soyez, sauf problème médical.

 

Rien d'autre à faire qu'attendre…

 

Après avoir bu de l’alcool, il ne sert à rien de tirer votre lait pour enlever le « lait alcoolisé » et pouvoir plus rapidement redonner une tétée. Comme vous le savez sans doute, le lait se produit en grande partie au cours de la tétée, à partir des constituants de base présent à l’instant donné dans les vaisseaux sanguins (et donc notamment de l'alcool, s'il y en a!).

 

Cette consommation d’alcool commence donc à faire peser des risques sur votre allaitement quand il vous faut attendre « trop longtemps » par rapport à la demande de votre bébé. Par exemple si vous avez consommé plus de deux unités, ce que je ne vous recommande vraiment pas, il faudra attendre au minimum sept heures et trente minutes avant de pouvoir allaiter votre bébé. Dans ce cas, l'expression du lait s'imposera pour éviter le risque d'engorgement. Ce lait sera jeté bien entendu.

 

Attention aux quantités!

 

L’alcoolisation du lait et la modification des habitudes et des repères ne sont pas les seuls éléments perturbateurs de l’allaitement dans le cas d'une consommation d’alcool. Celle-ci entraine en effet une forte baisse de la production d'ocytocine, l'hormone qui permet l'éjection du lait. Donc si vous avez choisi l'option « je tire mon lait pour pouvoir boire tout ce que je veux », attention, les résultats risquent de ne pas être au rendez-vous! Ajoutez à cela la fatigue, les horaires inhabituels, et vous pouvez vous retrouver avec une baisse de lait importante.

 

Dans cette situation encore plus que dans toute autre, le plaisir va avec la mesure…

 

Une fausse sensation

 

Il me faut encore préciser une dernière chose, pour m'éviter le 26 décembre tout une liste de messages qui me diront : « Ah mais si, moi au contraire, j'ai eu les seins vraiment très pleins après ma coupe de champagne »…

 

L'alcool donne une sensation de sein plein, un peu comme un début d’engorgement. Elle est liée à l'augmentation de la production de prolactine, et amplifiée par l'euphorie transitoire liée à l'alcool. C’est en grande partie (°) pourquoi on a pu dire pendant des siècles de boire de l'alcool pour avoir plus de lait. Maintenant vous le savez, cela ne fonctionne pas, ce n’est qu’une sensation qui, couplée avec le réflexe d’éjection inhibé, est contre-productive.

 

 

Pour conclure, point d'excès, qu'ils soient alcoolisés ou non! Les crises de foie et autres indigestions ne sont jamais les bienvenues pendant l'allaitement… Par contre, aucune contre-indication pour les crises de fou rire, donc ne vous en privez pas!

 

 

Bons préparatifs !

 

 

 

(°) : l’autre élément etant le malt, potentiellement galactogène, qui est présent dans la bière. Donc si vous aimez la bière, pourquoi pas un peu de temps en temps, une solution à privilégier étant la bière sans alcool

 

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