Allaitement : entre accompagnement technique et compétences innées

La maman vient d’accoucher, son bébé est en bonne santé. Voici venue pour elle et son enfant  l’heure de se reposer, et de lier connaissance. Ces premiers moments notamment favorisent une rencontre amoureuse. Bien sûr, les soignants veillent sur la famille et s’assurent de la sécurité de tout le monde. Pour autant, lorsqu’il s’agit de la tétée d’accueil, il peut être bon qu’ils restent présents et discrets dans leurs gestes comme dans leurs paroles.

Pourquoi à ce moment-là, certaines mères se voient-elles intimer l’ordre d’attendre une autorisation pour proposer le sein à leur bébé ? Le bébé est blotti contre le corps de sa maman et entame à son rythme une séquence bien naturelle qui l’amène vers le sein. C’est alors que certains s’empressent : « Attendez, je vais vous aider ». La maman se fige, interrompt cette lune de miel, et devient dépendante de l’expertise d’un autre. Ses sentiments se mêlent : allaiter serait-il un acte si compliqué qu’il requiert une assistance technique ? A l’inverse, d’autres mères se sentent abandonnées. « Vous savez faire » leur signifie-t-on, et elles sentent un vent de panique les envahir car leurs gestes ne sont pas accompagnés.

Lorsque ce « Attendez je vais vous aider » perdure durant le séjour en maternité, cela achève de miner la confiance de la mère : comment est-ce que ça va se passer à la maison s’il y a autant besoin d’assistance technique pour chaque tétée ?

Guider de manière juste, c’est savoir être là et s’adapter. Si la maman savait que l’enfant qui chemine vers le sein, ne va pas directement au sein, mais passe par une phase de vrai repos, et une vraie pause ultérieurement, qu’il peut téter ses doigts, donner l’impression d’hésiter, de tâtonner, alors que cela fait partie de son programme, la maman aurait plus confiance en elle, et aurait moins besoin d’instructions. Puis, de retour en chambre : la maman peut choisir sa position pour allaiter sans qu’on la lui impose.

 

Les remarques sur la forme, la taille de leurs mamelons ou de leurs seins touchent les mères au plus profond. « Avec des mamelons plats comme les vôtres, vous ne pourrez pas allaiter ! » certaines femmes entendent-elles parfois quand ce n’est pas « vos seins sont trop petits ». Or, la plupart du temps, c’est tout simplement faux.

 

Le commentaire « c’est un goinfre celui-là » ou « C’est bien un gars, tiens. Il est devant le sein, et pourtant il faut faire tout le boulot pour lui » ou encore « vous avez là un bébé paresseux » sont autant de petites phrases susceptibles d’éprouver la mère. La consultante en lactation Nancy Mohrbacher évoque dans sa conférence, A Mother’s-Eye-View of Breastfeeding, une vieille dame qui ne se rappelait pas ce qu’elle avait mangé au repas précédent, mais qui se souvenait parfaitement de tout de son allaitement et des remarques qu’elle avait entendues alors.

Conclusion

Les mots des soignants et autres ressources qui entourent une mère peuvent marquer au fer rouge. Ils peuvent créer des maux au plus profond des mères, rester en elles durant des années et des années. Ils peuvent saboter la confiance des mères.. Même si ces remarques n’ont aucunement pour objectif de blesser, elles peuvent heurter. Si vous sentez que certaines remarques vous ont remué, il peut être bon d’en parler avec un tiers, histoire de comprendre leur sens et parfois même de les exorciser.

[Auteure] : Françoise Coudray

[Biographie] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, elle est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+

 

 

 

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