Réconcilier maternité et sexualité

La sexualité de la nouvelle maman est assez particulière. Euh… non, disons plutôt les choses franchement : juste après une naissance, elle n'a ni le temps ni l'envie pour les galipettes (°).

 

On n'en parle peu, et pourtant, c'est un problème assez courant qui peut bien évidemment être une source de complications dans le couple. Mêlé à l'incompréhension mutuelle, à la fatigue, et aux difficultés de la vie quotidienne, il peut déboucher sur des situations de conflit. Or le conflit entre ses parents est une des pires situations que puisse vivre un enfant. Il est né de leur rencontre, il se perd si cette rencontre n'est plus.

 

Alors c'est une vraie question qu'il ne faut pas éluder : comment garder une sexualité épanouie tout en étant mère?

 

Je n'ai bien sûr pas de recette de potion magique ou de philtre d'amour à vous donner, simplement quelques pistes, à explorer en couple.

 

Ah, les hormones…

 

Tout d'abord, il nous faut comprendre et faire comprendre à notre conjoint que la tempête hormonale s'emparant du corps d'une femme enceinte est telle que rien ne peut plus être comme avant. Il faut expliquer aux hommes que leur taux de testostérone ne varie pas énormément au fil des jours, sauf à l'adolescence où c'est une véritable explosion (°°). Une fois passée cette période, le mâle ne se rend même pas compte de ce que peut être notre vie soumise aux hormones féminines qui jouent en permanence au yoyo. Mesdames, expliquez le bien à vos hommes, et au besoin, pour certains, ré-expliquez…

Et une fois enceinte, ce n'est plus le yoyo mais carrément le grand bouleversement! L’hormone chorionique gonadotrophique, celle qui est dosée dans les tests de grossesse, induit une sécrétion très importante et croissante d’oestrogènes, de progestérone et de prolactine et ce jusqu’à l’accouchement.

Notons tout de même qu'après les nausées et fatigues du premier trimestre de grossesse arrive souvent un deuxième trimestre où la libido monte en flèche, laissant alors votre partenaire, qui frisait la déprime, très agréablement surpris pour le coup. Quant au troisième trimestre, avec l'encombrement stérique du ventre et les mises en garde du corps médical (parfois justifiées, mais pas toujours), on aimerait bien, mais on ne peut plus trop…

 

Et voilà le bébé.

Là, le papa se dit : "Super, on va pouvoir s'y remettre"

Mais dans son enthousiasme il oublie parfois que ce sera peut-être plus long que prévu. Les chairs à vif et autres points de suture, il les voit et compatit. Mais ensuite, lorsque c'est à peu près réparé, reste souvent cette sensation terrible que "ça" ne sera plus comme avant. Et ce n'est pas visible…

En plus, les hormones font leur cirque comme toujours, et surtout pour les femmes qui ont fait le choix naturel et judicieux d'allaiter. Comme nous l'avons déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog, le cerveau de ces femmes baigne dans l'ocytocine, l'hormone qui permet l'éjection du lait. Or c'est l'hormone sécrétée pendant le plaisir amoureux. Alors pourquoi aller chercher ailleurs ce dont on dispose en quantité?

 

Nous ne sommes pas des tortues!

 

C'est bien évidemment un coup de Mère Nature, qui comme d'habitude a tout prévu. Un bébé est là, il y a assez de travail, pas besoin d'en refaire un autre tout de suite, ce serait bien trop dangereux d'ailleurs! L'organisme maternel, affaibli par la grossesse, doit parachever malgré tout son œuvre par l'allaitement, en attendant que l'enfant atteigne son autonomie alimentaire. Toute l'énergie, toute l'attention de la femme vont à son nourrisson. L'être humain, au contraire de la souris ou encore plus de la tortue qui pond une bonne centaine d'oeufs et ne s'en occupe plus, est dit « Keeper » : il garde ses enfants auprès de lui pour s'en occuper longtemps, et il en fait peu. Donc juste après la naissance du petit humain, la sexualité de sa mère est centrée sur l'allaitement. C'est une simple question de survie de l'espèce. Ce n'est pas parce que la femme veut être désagréable avec son homme. Expliquez lui, ré-expliquez lui…

 

A l'inverse, le mâle fonctionne tout autrement. Il est lui biologiquement prévu pour pouvoir faire des enfants en continu! Voilà une différence, que dis-je un fossé, un gouffre, un canyon! Et une sérieuse incompréhension risque de naître si aucun des deux n'en est conscient et ne s'intéresse à ce que vit l'autre.

 

Je dois admettre que la plupart du temps, les papas modernes font preuve d'une grande patience en sachant que c'est dans l'intérêt de l'enfant. Mais la question se pose lorsque cette période de chasteté forcée se prolonge et que la patience se transforme, petit à petit, en frustration. Que fait-on alors?

 

Voici quatre plans d'action, élaborés en accompagnant les femmes qui me font le bonheur de se confier à moi.

 

Action n° 1 : on parle, on parle, et on parle.

 

Pour avoir le plus de chances d’être heureux en amour, il me semble que cela aide de savoir ce qui nous rend heureux et de le dire à notre conjoint. De même en retour il est toujours mieux de savoir ce qui rend l'autre heureux et l'intégrer autant que possible dans sa vie. Dans la pratique, cela passe par beaucoup de temps de parole…

 

Mais certaines jeunes mères vivent plutôt cela :

"Moi je ne peux pas parler avec lui, c'est impossible, il ne veut pas"

 

Si vous êtes dans ce cas, passez au n°2.

 

Action n°2 : satisfaction des besoins primaires avant une discussion sérieuse

 

Qu’on le veuille ou non, je pense qu’il ne faut pas se le cacher : il y a une part physiologique à ne pas négliger. Un homme qui a fait taire ses besoins sexuels pendant plusieurs semaines (ou mois!) de grossesse et d'allaitement peut être assez vite un homme à cran. Prenez en compte sa situation comme il a pris en compte la vôtre. Occupez-vous de lui de la façon qu'il vous plaira et il devrait vous accorder bien plus facilement du temps pour parler des sujets qui vous préoccupent. N’ayant pas le sentiment d’être remplacé par le bébé dans vos préoccupations, il devrait également être plus disponible pour assumer et assurer sa place de père avec joie. Ce n'est pas réducteur, c'est la physiologie qui veut ça.

 

Comprenez bien qu’en essayant de croire que ce n’est pas important, puisque ce n’est pas important pour vous, bien que cela le soit pour votre conjoint, vous mettez en place l’environnement idéal des discordes futures dont tous auraient à pâtir.

 

"Oui mais on n'a pas le temps en journée, le soir je suis à bout, et le week-end on n'a personne pour garder le bébé"

 

Pas de souci, voyez ci-dessous.

 

Action n°3 : prendre RV

 

Faire avancer son couple n’est pas moins important que faire avancer d’autres choses auxquelles on consacre beaucoup de temps, comme sa carrière professionnelle par exemple. Le couple est sans doute bien plus important si l'on en croit une publication qui montre que, pour les hommes, le regret numéro deux sur leur lit de mort était d'avoir travaillé trop dur et de ne pas avoir consacré plus de temps à leur famille (°°°).

Alors, soyez pro, et même plus que pro : prenez tous les deux vos agendas, trouvez un créneau pendant que Bébé est gardé et honorez ce rendez-vous comme s'il s'agissait d'une rencontre avec un ministre.

Bien entendu, certaines seront tentées de dire que l’amour ne se réduit pas à de la systématique, qu'il faut de la spontanéité, etc. C’est tout à fait vrai. Ce conseil ici est important pour ceux chez qui la spontanéité n’est de toute façon plus du tout là! On rebâtit donc d’abord la possibilité que cela se passe, puis, deuxième étape, on ajoute de la spontanéité, de la légèreté. On voit donc bien que spontanéité et organisation, même paraissant antagonistes, sont en fait deux facettes d’un désir qui se renforcent l’une l’autre.

 

"Oui, mais mon désir n'est plus le même…"

 

Vous êtes dans ce cas là, alors je vous propose l’étape n°4

 

Action n°4 : utiliser le jeu

 

Vous avez changé avec ce bébé, votre sexualité n'est définitivement plus la même. Cela a été si rapide qu'il va vous falloir du temps pour l'intégrer et vous (y) retrouver. Il va falloir également du travail, mais cela va se faire, soyez en assurée (et au passage, rassurez votre homme!). Il doit savoir que vous souhaitez faire changer la situation : affichez votre intention, même si les résultats se font attendre (bon pas trop tout de même!). Le simple fait d'être au courant de cela devrait lui changer sa journée !

Cherchez (et donnez-vous les moyens de trouver!) une façon de renouer avec votre sexualité par un moyen ludique. Le pouvoir du jeu est immense. Discutez-en à deux.

 

Pour sortir de l’écueil de la phrase généraliste qui ne vous parlera pas forcément, prenons le risque d’un exemple concret d’une jeune maman que j'ai accompagnée (°°°°). Elle m'a contactée parce que l'allaitement durait depuis deux ans et que le papa était farouchement opposé à ce qu’il continue. Par ailleurs, depuis son accouchement, elle trouvait son homme beaucoup plus distant qu’auparavant. En creusant un peu, j'ai compris ce qu'il y avait derrière cette opposition : une frustration d'ordre sexuel. J'ai proposé à cette maman de chercher une solution et à force d’essayer, elle a trouvé ce qui lui convient : un jeu de strip-tease faisant plaisir à son conjoint, qu'elle lui offre quand ses efforts à lui sont significatifs, ce qui lui dégage du temps. Cela l'amuse, car elle adore danser et se déguiser. Cette jeune mère, tout en acceptant de débuter avec un rendez-vous formel (voir action n°3) s’est finalement prise au jeu et se sent de nouveau féminine. Elle note que son homme participe beaucoup plus à la vie quotidienne, et ce avec plaisir. Quant au bambin, aux dernières nouvelles, il est toujours allaité, et bénéficie d’un papa et d’une maman bien dans leurs peaux.

 

En résumé, plus vous ferez d'efforts l'un envers l'autre pour construire votre couple, plus vous aurez plaisir à les faire, et plus ils devraient être couronnés de succès. Et la vie aura alors toute sa saveur…

 

Bon cheminement!

 

 

(°) Quelques femmes reprennent leur vie sexuelle comme si de rien n'était une semaine après la naissance, mais elles ne sont pas très représentatives!

 

(°°) L'adolescent voit son taux de testostérone multiplié par 50 en l'espace de quelques mois, ce qui n'est pas facile à vivre. La jeune fille en comparaison a un taux d'oestradiol multiplié par 7.

 

(°°°) The top five regrets of the dying (les cinq plus grand regrets des mourants) par Bronnie Ware

 

(°°°°) Ce couple est d'accord pour que son témoignage soit publié de façon anonyme

 

 

2 réflexions sur « Réconcilier maternité et sexualité »

  1. Bonjour,

    Merci pour ce billet, plein de bons sens et d'humour.

    TOP!!

    Magali, maman de Maïa 13 ans et Daphné 4 mois 1/2 (allaitée)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *