Préparation allaitement-travail, une course contre la montre?

J'ai parlé récemment avec une maman totalement paniquée par la gestion de son allaitement exclusif dans le cadre de la reprise du travail. Mais j'avais beau lui poser toute une série de questions, je ne parvenais à voir qu'une situation où tout allait bien! Elle reprenait le travail seulement six semaines plus tard, tirait son lait avec facilité, le bébé était très coopératif, prenait avec la même bonne humeur sein et biberon, etc. J'allais lui demander clairement où était le problème quand elle me devança en disant : "en fait, je suis perdue depuis que j'ai vu la pédiatre parce qu'elle m'a dit qu'à partir de deux mois, l'allaitement à la demande doit être terminé et qu'il faut rapidement prendre un rythme pour l'entrée en collectivité".


Ah voila!

 

"Vous devez lui faire prendre le rythme un mois avant la date"

Ces discours sont bien rôdés et tellement rabâchés que les professionnels peu ou pas formés à l'accompagnement de l'allaitement finissent eux-même par s'en persuader. C'est malheureusement une idée répandue chez les pédiatres, heureusement pas chez tous, qu'il faut s'y prendre tôt pour sevrer. Comme s'il s'agissait d'une préparation stratégique en vue d'une opération militaire. Mais le fait est que l'on ne prépare pas la reprise du travail comme on part en guerre, cela peut se vivre tout en douceur!

 

Le plus tôt n'est pas le mieux

Les retours d'expérience ont vite fait de tordre le cou à ces phrases dogmatiques : qu'on se le dise, non, le plus tôt n'est pas le mieux! C'est même bien souvent le contraire. A quoi cela rime-t-il de commencer à rythmer le bébé ou à donner du lait artificiel six semaines avant la reprise? C'est risqué pour l'allaitement, c'est stressant pour la maman et son bébé. Alors que jusqu'à présent, tout se passait bien. Quel dommage! Le bébé, qui est une vraie éponge, s'adapte rapidement aux situations, à partir du moment où sa maman sait où elle va.

 

Comment se préparer?

Alors, à quel moment commencer à se préparer à la séparation lorsqu'on allaite exclusivement? Cela dépend bien sûr d'une foule de paramètres : l'âge du bébé, le mode de garde, les horaires de la maman etc. Sans compter que chaque allaitement a ses particularités.

Mais je vous donne trois points de mon expérience acquise grâce aux centaines de femmes que j'ai accompagnées dans leur reprise :

 

– Il n'est pas intéressant de vouloir rythmer le bébé en lui imposant par exemple une tétée toutes les trois heures alors que jusqu'à présent il tétait de façon plutôt aléatoire et que cela se passait bien. Vous allez y laisser beaucoup d'énergie pour peu de résultats. Une fois gardé, votre enfant fera la différence entre "je suis avec maman" et "je suis gardé" et il s'y adaptera.

 

– Vous pouvez vérifier régulièrement (pour vous rassurer!) que le bébé accepte le biberon, à l'occasion de quelques sorties qui vous permettront de souffler un peu. Mais ce n'est pas utile d'introduire, un mois à l'avance, un biberon à heure fixe "pour l'habituer".

Sachez même que certaines mamans choisissent, en accord avec l'assistante maternelle, que ce soit elle qui donne le premier biberon, et que cela se passe très bien!

 

– Commencer à stocker du lait maternel deux semaines avant la reprise du travail suffit amplement. Surtout si vous avez déjà testé l'utilisation d'un tire-lait et que tout se passe bien. Vous n'avez pas besoin, sauf situation très particulière, d'avoir des dizaines de litres au congélateur! (Non je n'exagère pas!). Les quantités pour le premier jour, plus un petit stock de sécurité de cinq à dix biberons sont suffisants.

Le problème d'une maman qui a trop de réserves, c'est qu'elle est tentée de piocher souvent dedans, et elle oublie qu'elle doit stimuler correctement ses seins. La reprise classique en France étant bien précoce, cela peut poser problème pour la pérénité de l'allaitement.

Certaines mamans commencent à stocker du lait alors que leur bébé est âgé d'à peine quinze jours. Non seulement c'est prématuré mais c'est également inutile : le lait va se modifier, il n'est pas encore mature, et ne correspondra plus aux besoins du bébé deux mois plus tard.

 

En résumé, voici comment je vois la préparation à la reprise du travail : profitez jusqu'à la dernière minute de l'allaitement à la demande, sans stress, avec votre bébé. Prenez du plaisir à l'allaiter. Il sera bien assez vite soumis aux rythmes infernaux de notre société. Si vous pouvez lui donner quelques semaines de sursis, alors n'hésitez pas!

 

 

6 réflexions sur « Préparation allaitement-travail, une course contre la montre? »

  1. Moi j’ai essayer d’habituer ma petite au bib 1 mois avant parceque mon mari me poussé à le faire (grace â sa mère en partie). Au bout de quelques fois desastreux j’ai abandonné et fesait seulement semblant. Au bout d’un mois chez la nounou elle prenait le bib très bien. C’est un stress inutile pour maman et bébé et chaque bébé est différent. J’ai un neveu de 1 an et demi qui a jamais voulu prendre le bib meme avec sa mamie quil connaissait bien parceque ma soeur vivait chez les parents. Il passait des fois jusqua 7h d’affiler a l’attendre (elle fesait un stage). Il se rattrapait la nuit (comme mon petit coeur). Il faut arreter de traiter les bébé comme des robots qu’on peut télécomander. Ce sont des personnes avec leurs caractères et propre personalité.

  2. Bonjour,

    Pouvoir continuer à allaiter son enfant alors que le travail a repris est un vrai bonheur; pour y arriver, et continuer à offrir à mon bébé "le meilleur" malgré mes cinquantes heures de travail hebdomadaires, je me suis beaucoup renseignée, préparée, etc… Mais ce qui m'a le plus aidé, et ce qui m'a permis, paradoxalement, de conserver cette relation exclusive, c'est l'entourage: un compagnon soutenant, une nounou adorable et compréhensive, et des collègues bienveillants à l'égard de ces "pauses tire lait", qui même si elles sont un droit, ne sont pas forcément toujours simples à mettre en place sur un lieu de travail… Sans oublier les employés de "grandir nature" grâce à qui j'ai utlisé un tire lait opérationnel pendant cinq mois !

    Ma fille a été allaitée jusqu'à ses cinq mois de manières exclusive, et l'allaitement partiel s'est arrêté à ses huit mois. Elle en a eu un peu marre parfois (le biberon lui paraissait plus facile, c'est un risque…) mais elle s'est bien adaptée et nous en avons toutes les deux bien profité !

    Merci à l'entourage, donc, de nous avoir permis de réaliser ce ordinaire exploit …

    1. OUi, comme je le dis toujours, ce sont les sociétés qui allaitent!! Mais un grand bravo tout de meme à vous 🙂

  3. Bonjour

    Merci pour ces témoignages.

    Ma fille a bientôt 4 mois et je reprends le travail dans quelques semaines. Elle ira à la crèche. Je souhaite garder la tétée du matin soir WE.

    Elle n’accepte pas le biberon donné par son père ( moment où je m’éclipse).

    On essaie d’y aller en douceur. Du moins c’est ce que l’on souhaite.

    J’ai peur. Je me demande comment ça va se passer à la crèche si elle refuse le biberon.

    Que me conseillez vous?

    Au plaisir de vous lire

    1. Bonjour MissDior,
      De nombreux enfants refusent le biberon à la reprise du travail mais soyez patiente, elle prendra doucement, il ne faut surtout pas la brusquer sinon elle se braquerait.
      Le papa peut essayer de lui donner quand elle dort encore à moitié quand la faim n’est pas extrême encore.Et, pour certains enfants, vous devez être complètement absente de la maison.
      Je reste à votre disposition par mail si besoin : consultante-lactation@grandir-nature.com
      Bonne journée

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