On ne réveille pas un bébé qui dort

C’est le Dr Muriel Mermilliod, consultante en lactation IBCLC, formatrice en allaitement maternel, accompagnante Biological Nurturing© et chirurgien-dentiste, qui nous écrit ce billet aujourd’hui. Attention, lisez bien jusqu’à la fin. 🙂

Faites-vous confiance madame ! “, “Faites confiance à votre bébé, il sait parfaitement ce dont il a besoin et saura vous le faire comprendre.”

Ces conseils, empreints d’intentions positives et fondés, pour une partie d’entre eux, vous ont été maintes fois donnés. Toutefois, vous êtes nombreuses malgré tout, à entendre finalement : ” , il faut le stimuler” assorti de : “Il faut le réveiller pour le nourrir toutes les 3h“, avec un commentaire additionnel “ Il perd trop de poids/ n’en prend pas assez, il faut lui donner plus à manger. » Votre bébé est alors âgé d’un, deux, trois jours peut-être. Ou bien, ces injonctions surviennent un peu plus tard (dans les premiers jours ou premières semaines du retour à la maison).

Ces messages contradictoires créent des décalages entre la projection rêvée de votre maternité et votre réalité. Ils contribuent à alimenter un sentiment d’insécurité en vous. Le paysage idyllique de la confiance est alors bien loin !

En pleine période où l’intensité de votre vécu et la permanence des soins à donner à votre bébé riment parfois avec des moments de désillusion, vous voilà inquiète et déçue : un sentiment de culpabilité fait surface. Ce n’est pas vraiment le tableau que l’on vous avait promis.

Tout cela vous laisse d’autant plus perplexe que vous avez bien retenu « qu’on ne réveille pas un bébé qui dort“, que “Les bébés ne se laissent pas mourir de faim ” ou bien qu’” ils ne sont pas en sucre“.

Les discours sont confus, et deux questions vous hantent : “Qu’ai-je j’ai mal fait ?”, ” Que faut-il écouter et faire réellement ?”

Votre bébé a besoin de stimulations vous dit-on. Pour que les “stimulations” ne soient pas uniquement des chatouillis soldés d’échec, que les propositions de téter ne nourrissent pas la pensée “On te dérange mon bébé“, et que l’insistance au sein ou le don d’un complément (même de lait maternel exprimé) ne résonne pas en vous comme synonyme de “gavage” (dans toute sa connotation péjorative), voici quelques repères simples et incontournables.

Pour un nouveau-né, la succion efficace se poursuit et perdure si le débit de lait est suffisant. Sinon, il oscille entre pause et succion non nutritive. On le qualifie alors de « somnolent ».

Et pour cause, après quelque séries de succions rapides et peu amples, l’éjection du lait devrait survenir et se maintenir sur une durée suffisante car c’est cet écoulement qui entraîne la déglutition et stimule la poursuite de la succion efficace. Un débit de lait qui ralentit ou reste faible amène le nouveau-né à passer beaucoup de temps sans jamais recevoir assez de lait, vous paraissant donc moins actif et « endormi ».

A peine la tétée a-t-elle commencé que le nouveau-né ne déglutit plus. Il a besoin d’être aidé à poursuivre la tétée de manière active pour que la tétée soit complète, lui fournissant ainsi une quantité de lait adéquate.

Dès la naissance (à terme), le taux de prolactine maternel élevé associé à la chute du taux de progestérone permet et induit la lactation. En plus de cela il est nécessaire en parallèle de mettre en place immédiatement des tétées fréquentes et efficaces pour une initiation et une régulation optimales de la lactation (en terme quantitatif).

Dans le cas contraire, la lactation est faible, et peut même s’arrêter. Une lactation faible induit un débit de lait lent et/ou peu durable, facteur favorisant souvent des tétées qui vous semblent s’éterniser et soldées de peu d’efficacité.

Un nouveau-né qui reçoit adéquatement du lait a les moyens d’adopter un comportement permettant à la tétée de survenir et une succion adéquate. A l’inverse, un nouveau-né qui reçoit une quantité de lait en-deçà de ses besoins adopte un comportement visant l’économie d’énergie : il passe plus de temps en sommeil profond et démontre une succion peu active.

Alors ? Est-ce qu’on ne réveille pas un bébé qui dort ?



Si tout va bien et dans le sommeil profond : non !

En revanche il est important de souligner que le sommeil léger, celui où votre bébé commence à être animé de petits mouvements des yeux sous ses paupières fermées, de petits mouvements des membres, constitue la meilleure opportunité pour téter. C’est là que la suggestion « faites-vous confiance » prend tout son sens. Si vous vous faites confiance, autrement dit si vous écoutez votre coeur, vous avez envie de passer les premiers jours en maternité avec votre bébé sur vous. Bravo ! Vous lui procurez ainsi les conditions pour faciliter la tétée. Malheureusement souvent d’autres consignes vous écartent de cette envie spontanée.

Qu’est-ce que ça veut dire : « si tout va bien ? »

Des tétées fréquentes de rythme éventuellement irrégulier, comprenant plusieurs longues salves de déglutitions audibles avant une phase de déglutitions espacées voire isolées, des selles d’allaitement (jaunes, liquides et abondantes) et des urines abondantes, une prise de poids adéquate.

Dans le cas contraire : si votre bébé a peu d’émissions d’urines et/ou de selles, et/ou une prise de poids lente, faible ou inexistante, ou même une perte de poids et que ses tétées sont fréquemment espacées de plus de 2h : alors oui, on « réveille » ! Pas à tort et à travers dans le stress absolu, non plus évidemment ; d’où les guillemets autour de « réveiller » !

Rappelez-vous que le sommeil léger constitue la meilleure opportunité pour téter, et effectuer a minima des tétées avec la compression mammaire.

Ajoutez à cela la compréhension qu’un nouveau-né passe facilement en sommeil léger pour téter s’il est dans le bon environnement à savoir sur vous.

Nous savons malheureusement que parfois un nouveau-né qui perd trop de poids n’adoptera plus assez fréquemment un comportement favorable à la tétée et à la succion active, ce qui peut vous conduire sur quelques jours à l’aider à se nourrir à des heures arbitraires pour qu’il y ait un volume bu suffisant.

Si clairement votre bébé ne semble pas efficace pas au sein, alors, sans remord, sur une courte période qui sera temporaire – de quelques heures à quelques jours selon la situation – , le don de lait maternel exprimé (ou de préparation commerciale pour nourrissons, en l’absence de lait maternel disponible) est probablement à envisager (sur tout ou partie des tétées).

Il vous permettra tout à la fois d’assister votre bébé pour une nutrition optimale, ce qui est important pour le mener de nouveau au sein exclusivement et de travailler parallèlement à augmenter la lactation si la situation le nécessite. On utilise ainsi le rythme et la physiologie de bébé et de maman pour atteindre de nouveau le projet d’allaitement qui était le vôtre et enfin pouvoir lui faire et vous faire confiance sur la base de restauration des repères fondamentaux.

Ces quelques lignes vous sont données uniquement afin de ne pas rester figée sur des principes qui, se voulant constructifs et positifs, peuvent malheureusement vous écarter du bonheur d’allaiter et blesser l’estime de soi.

Quant à elles, l’évaluation précise menant à la décision d’intervenir dans le rythme de l’enfant et les modalités stratégiques en pareilles situations sont à envisager individuellement et de manière spécifique avec un professionnel formé à l’accompagnement de l’allaitement maternel.

Références :

Evelyne Mazurier, Martine Christol, Allaitement maternel précis de pratique clinique, ouvrage collectif, Sauramps médical 2010

Gremmo-Feger G. Allaitement maternel : l’insuffisance de lait est un mythe culturellement construit. Spirale n°27 Ramonville Ed Erès 2003

Newman J Pitman T. L’allaitement comprendre et réussir Rawdon J Newmancommunication 2006

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