Maternage et transmission de mère à mère

[Auteure] :
Claire, maman de Pia et de Lou.

Lorsque j’ai commencé à allaiter ma fille aînée, tout un monde nouveau s’est ouvert à moi, celui du maternage proximal. En bonne première de classe, je me suis plongée dans la littérature française et anglo-saxonne sur le sujet, j’ai cumulé les ateliers de formation à la parentalité, les réunions dans les groupes de soutien de mères allaitantes, et j’ai même rédigé une compilation de toutes ces données dans un écrit de plus de 100 pages. J’étais devenue une encyclopédie sur le sujet, je détenais LE mode d’emploi du devenir mère.

J’ai la grosse tête, je juge les autres


Je suis alors entrée dans une phase généreusement exécrable. Généreuse, parce qu’en ouvrant les yeux sur les merveilles de l’allaitement, j’avais l’élan de partager autour de moi. Exécrable, parce que je distribuais des conseils avisés à toutes les mères que je rencontrais, dans une posture très critique.

Lors d’un goûter avec une de mes amies – nous étions chacune fraîchement devenues mères – je me suis transformée en donneuse de leçons. Je l’inondais d’informations qu’elle n’avait pas demandées et auxquelles elle était visiblement hermétique. Je voulais l’aider à tout prix alors qu’elle n’avait pas besoin de soutien. Je voulais la convaincre de faire comme moi, qui avais réponse à tout. Le soir même j’ai réalisé avec beaucoup d’inconfort combien j’avais été autoritaire. Je m’étais crue bienveillante et soutenante, j’avais été très violente.

Pendant de longs mois, je me suis enfermée dans ce dysfonctionnement relationnel : la façon dont je diffusais les messages était exactement inverse à mon intention. Je voulais transmettre la délicatesse, la douceur, le respect des besoins de l’enfant, je transpirais l’agressivité, le rentre-dedans, la négation de l’autre. Je prônais la paix dans les familles, je menais un combat.

Je défendais des concepts avec arrogance au lieu de composer avec la réalité de la mère et de l’enfant auxquels je m’adressais.

Je me prends la tête, je me juge

Quand j’ai réalisé que ma transmission bringuebalante faisait fuir au lieu de rassembler, j’ai arrêté de juger les mères et je me suis jugée moi-même. J’ai eu honte de moi, honte de cette part très agressive à l’intérieur de moi qui voulait forcer l’autre à adhérer à mon point de vue. Peur de mon dragon intérieur destructeur, moi qui m’engageais dans l’éducation non-violente. Je continuais à penser que j’avais découvert un trésor, et j’étais très frustrée de mon incapacité à évoquer le sujet sereinement autour de moi.

Au quotidien, j’étais à l’écoute des besoins de mon bébé mais je niais totalement les miens. Ce que je trouvais évident intellectuellement me demandait beaucoup d’énergie à mettre en place avec ma fille. Je voulais devenir cette mère idéale, tout de suite, comme dans les livres, et ne tolérais aucun écart de ma part.

J’étais bienveillante avec mon enfant, malveillante avec moi-même.

La voie du cœur 

Et puis un jour j’ai accepté que chaque parent faisait de son mieux, avec son histoire et son bébé. Moi y compris. Rien ne remplacerait jamais mon expérience avec chacune de mes filles. J’ai dû faire le deuil de la mère parfaite et accepter ma parfaite imperfection. J’ai tout simplement vécu l’allaitement avec mes enfants, et cheminé tant bien que mal sur la voie de la parentalité consciente.

Paradoxalement, c’est en cessant de vouloir convaincre que mes messages ont été entendus. Ma sœur venait souvent déjeuner avec moi à cette époque-là. Elle me voyait allaiter à la demande, porter mon bébé, poursuivre un allaitement long, accueillir les émotions, signer avec ma fille, faire des erreurs et les réparer… Quelques années plus tard, je l’ai vue materner à son tour ses propres enfants et j’ai compris que j’avais modélisé sans m’en rendre compte ce que je tenais tant à transmettre. Ma tête avait ouvert la voie à une autre dimension, celle du cœur, et le message rayonnait enfin à l’extérieur.

Au final, à travers ces différentes expériences, j’ai compris que les mots seuls ne valaient rien. C’est vraiment l’alignement entre l’intention du cœur et les actes concrets qui constitue la plus impactante des transmissions.

2 réflexions sur « Maternage et transmission de mère à mère »

  1. Merci pour ce témoignage qui me parle enormement. Une chose est certaine , tu transmets très bien les choses par ta façon d’écrire ! C’est exactement ça. 😉

  2. Super ton article Claire!
    Un très bon et beau témoignage et tellement bien écrit
    Merci de me l avoir transmis

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