Lait humain et microbiote. L’immunité de toute une vie ; un enjeu sérieux.

Lait humain : un contenu en sucres particulièrement adapté

Les études le prouvent : le lait maternel est l’aliment parfaitement adapté au nourrisson. Cette affirmation est souvent mise en avant, à juste titre, pour encourager les mères à allaiter. Mais adapté jusqu’à quel point ? Lumière sur les sucres riches d’un point de vue nutritif mais également pour la mise en place de l’immunité. Les résultats de recherches continuent à s’accumuler et lèvent peu à peu le voile sur les mécanismes mis en œuvre. Des sucres particuliers très importants : les oligosaccharides.

Le lait contient des sucres, toutes sortes de sucres. Il y en a toute une ribambelle, selon le type de molécules qui les composent, leur forme dans l’espace, le nombre et le type d’unités simples qui se lient. On trouve ainsi :

  • des sucres simples formés d’une seule unité comme le glucose, le fructose ou le galactose
  • des disaccharides comme le saccharose ou le lactose formés de deux unités unies
  • des oligosaccharides formés de plus de deux unités (et jusqu’à 10 environ).

Une spécificité du lait humain

Le contenu en oligosaccharides du lait humain est particulier : ils représentent le troisième composant le plus abondant et sont d’une diversité énorme avec de grandes variations dans le sucre de base, la structure spatiale, le nombre de sucres simples dans la chaîne (entre 3 et 6) et les liens qui peuvent être faits avec d’autres molécules. Cela leur confère toute une gamme de propriétés biochimiques. A l’heure actuelle, plus de 150 structures ont été identifiées.

Ajoutons que la composition en oligosaccharides est différente selon les individus et varie également tout au long de la période de lactation.

Parmi ces oligosaccharides, certains sont particulièrement complexes : composés de nombreux sucres unités différents et des liaisons très difficiles à couper. Rien ne peut les casser : ni les enzymes pancréatiques, ni les enzymes des membranes intestinales, ni les enzymes présents également dans le lait maternel. En conséquence, ils parviennent entiers dans le gros intestin où non digérés, ils sont susceptibles d’être pris en charge par différents types de micro-organismes.

La plupart des laits des autres mammifères domestiques ont un contenu en oligosaccharides beaucoup plus faible (une concentration 10 à 100 fois moindre).
Dans le colostrum, la concentration en ces sucres complexes peut atteindre 20g/l. Pour le lait plus mature, la concentration est encore de l’ordre de 10 g/l.
De plus, les oligosaccharides du lait d’autres mammifères sont beaucoup moins complexes.

Quelles conséquences ?

Il a souvent été constaté une différence dans la composition du microbiote des enfants allaités par rapport aux non allaités (à l’âge de un an).  Moins diversifié, le microbiote des enfants consommant le lait de leur mère est plus riche en bifido-bactéries.
Ce n’est pas un hasard. En effet, une grande partie de leurs gènes est consacrée à la cassure des liaisons des oligosaccharides les plus complexes du lait humain pour la récupération d’énergie. Et voilà comment sélectivement, les bifido-bactéries deviennent les membres prépondérants dans le microbiote (environ 95 % de la population totale) d’un enfant nourri au lait maternel, riche en oligosaccharides non digérés.

NB : les oligosaccharides du lait humain ne sont pas les seuls éléments « bifidogènes » ; les protéines telles que lactoferrine ou lactalbumine jouent également un rôle important.

Conséquences sur l’immunité

En dégradant ces sucres spéciaux, les bifido-bactéries produisent des acides ce qui a pour conséquence de diminuer le pH, préjudiciable pour le développement des « pathogènes ».

Mais le rôle des oligosaccharides non digérés ne se réduit pas  simplement à nourrir les bonnes bactéries. Ils possèdent également l’atout fantastique de présenter la bonne clé permettant de s’associer aux pathogènes, en servant de leurre. Ainsi, déjà accrochés aux sucres complexes, ces derniers n’adhèrent plus aux surfaces de l’épithélium intestinal.

Les oligosaccharides peuvent également se lier aux cellules de l’intestin. Ils envoient alors un signal aux cellules en question, ce qui modifie l’expression et l’activité de certains gènes. Les récepteurs changent alors de forme, l’élément pathogène ne peut plus s’accrocher. La barrière intestinale devient alors plus efficace (ceci est le résultat d’études in vitro qui doivent encore faire l’objet de recherches complémentaires).

Ces oligosaccharides ou sucres complexes, particulièrement présents et diversifiés dans le lait humain, semblent bien être d’excellents alliés pour promouvoir la santé de nos enfants et ce, en agissant sur plusieurs plans.

Ceci est vraiment essentiel notamment pour ceux qui en ont le plus besoin : les prématurés dont la barrière intestinale n’est pas très efficace et qui sont sensibles à l’entérocolite nécrosante (les dons de lait humain restant malheureusement très insuffisants). D’autres recherches ont également montré de grands bénéfices liés au contenu en oligosaccharides du lait chez des enfants allaités de mères porteuses du HIV.

Références :

Boehm G., et al.,  Journal of Nutrition, 2007 et 2008

Engfer M. B., et al.,  American Journal Clinical Nutrition, 2000

Bode L., et al.,  Glycobiology, 2012
Bode L., American Journal Clinical Nutrition, 2012

[Auteure] : Pascale Baugé

[Biographie] :  De formation scientifique (docteur-ingénieur en génie des procédés), Pascale est très investie dans le monde des sciences en général.

A la naissance de son premier enfant il y a 14 ans, elle découvre l’allaitement avec bonheur mais se heurte aussi à quelques difficultés. Et voilà un nouveau sujet passionnant à fouiller !  Depuis, n’a de cesse de lire et fouiller la littérature scientifique, synthétiser et diffuser l’état des dernières connaissances sur l’allaitement maternel: ce qu’on sait, mais aussi ce qu’on cherche à comprendre, car il y a encore tant à découvrir.

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