Allaiter avec des seins petits

Est-ce qu’avoir des seins petits constitue un obstacle pour nourrir pleinement son bébé  sans avoir recours à du lait infantile ? Y atil des trucs et astuces pour favoriser une bonne prise en bouche ? Ou bien des choses à éviter ? Ce sont des questions que les futures mamans qui n’ont pas une glande mammaire généreuse peuvent se poser. A une époque où le « manque de lait » et les crevasses continuent d’être des complications courantes, je vous propose un petit tour d’horizon.

Auraije assez de lait ?

Un sein petit n’est pas un sein hypoplasique (1) (dont la glande mammaire s’est mal développée) ; « Estce que le sein est petit et au contour arrondi et lisse, ou bien estce qu’il semble manquer du volume à un endroit ? ».

Huggins et al ont déterminé qu’il est possible d’identifier les femmes ayant des seins hypoplasiques, et de déterminer la probabilité d’insuffisance lactationnelle. Physiquement, les seins des femmes présentant une insuffisance de tissu glandulaire (IGT) peuvent être largement espacés, de forme tubulaire, et /ou asymétriques. L’examen des caractéristiques physiques et le compte-rendu par les femmes elles-mêmes des modifications durant la grossesse ou le post-partum précoce – à savoir la forme des seins, les vergetures, l’importante distance entre les seins, l’asymétrie de la poitrine, ainsi que le volume de lait que le bébé reçoit et les quantités exprimées au tire-lait juste après les tétées sont des indicateurs amenant à diagnostiquer une hypoplasie pouvant expliquer une insuffisance de lactation.

Un sein petit contient une glande parfaitement fonctionnelle, et j’ai rencontré de nombreux cas où la glande mammaire occupait tout le volume du sein, où il n’y avait plus de graisse palpable. Les craintes qu’avoir des seins petits soient insuffisants pour nourrir pleinement un enfant proviennent assurément des anciennes recommandations qui voulaient qu’on allaite toutes les 34h ; à cette époque et avec ces conseils peu avisés, des seins petits pouvaient effectivement ne pas suffire.

Aujourd’hui, nous en savons bien plus sur les seins et la production de lait ; nous savons qu’une maman ayant des seins de petite taille peut nourrir complètement son enfant ; elle proposera le deuxième sein dès le moment où le premier sein sera bien vidé, bien souple à la palpation ; et elle allaitera probablement plus fréquemment qu’une maman dont la glande mammaire est plus généreuse.

Vous noterez que je parle de glande mammaire et non de taille ni de volume du sein ; car ce n’est pas tant la taille extérieure qui importe en lactation, c’est la présence et la répartition de la glande mammaire.

Il faut aussi s’appuyer sur le fait que la glande mammaire peut encore se développer notamment durant le premier mois après la naissance, dès le moment où il y a des tétées suffisamment fréquentes et bien sûr efficaces.

Ce qui suit contribuera peutêtre à rassurer quelques mamans ! J’ai eu parmi mes patientes des mamans qui ont nourri des jumeaux sans besoin de recourir à du lait artificiel, alors qu’elles avaient une petite poitrine.

Limiter les risques de mastite

Avoir des seins petits suppose une capacité de stockage parfois faible. La plupart des alvéoles seront plus rapidement remplies.  Des tétées (ou vidanges) fréquentes, c’est donc assurer qu’on puisse nourrir pleinement son ou ses enfants sans avoir besoin de recourir au lait infantile, c’est aussi ne pas rester longtemps avec des seins trop pleins (même petits !!)

Or, rester trop longtemps avec des seins trop pleins, c’est risquer d’entrer dans le spectre des pathologies mammaires que sont les mastites.

Les risques de mastites peuvent être à la fois élevés chez la maman qui a des seins petits, car ils sont remplis pleinement plus rapidement ; ces risques peuvent aussi être diminués dans le cas où la maman allaite très souvent et que l’enfant vide les seins de manière efficace. (2)

Aide au positionnement et à la prise en bouche

Un sein petit, par définition, est un sein qui ne « dépasse » pas beaucoup de la cage thoracique. Une des images sociales de l’allaitement au sein est notamment la position de Madone où la maman prend son sein en coupe.  Avec un sein petit, cette main maternelle peut alors éloigner l’enfant de son sein, voire placer ses doigts trop près de l’aréole et ainsi gêner  une bonne prise en bouche.  Copier l’image sociale et artistique de la position de la Madone peut ici être une erreur.

La maman peut parfois être tentée d’aplatir son sein de façon à faciliter la prise en bouche plutôt que de vouloir passer ses doigts sous le sein et donc de risquer de maintenir son enfant éloigné. Il est alors préférable et conseillé de placer sa main audessus du sein en mettant ses doigts à 3h et 9h par exemple si elle est en Madone.

Dans ma pratique, j’ai parfois été amenée à gonfler artificiellement la partie interne du sein. En effet, le menton de l’enfant doit être légèrement enfoncé dans le sein avant même de pouvoir continuer sa séquence vers la prise en bouche du sein.

 Pour l’enfant en Madone, si la partie interne du sein manque de volume :

la mère peut placer le talon de sa main sur le bord extérieur du sein,

pousser légèrement le sein vers le milieu ; la maman peut également utiliser un doigt, ou un pouce, dès le moment où ils sont parallèles à la bouche de l’enfant ; ainsi, l’enfant va pouvoir apposer son menton sur une partie plus stimulante pour qu’il puisse alors ouvrir grand la bouche.

Si l’enfant est parallèle à la mère, celleci préfèrera peutêtre s’incliner en arrière, cela fera remonter ses seins et offrira ainsi du volume au menton de l’enfant assis à califourchon par exemple.

La maman évitera également les épaisseurs autour du sein qu’elle donne ; le lange utilisé parfois, les vêtements d’allaitement épais, le pan du soutiengorge, tout tissu qui se trouverait là où se placera le menton de l’enfant peuvent contribuer à éloigner l’enfant du sein alors qu’une bonne prise en bouche sera assurée par un contact étroit de la mère et l’enfant, où le menton est en contact direct avec le sein.

Allaiter un bébé lorsque l’on a des des seins petits peut ainsi être facilité, et l’allaitement maternel exclusif jusqu’au six mois, comme le recommande l’OMS est parfaitement possible, bien que corrélé à des tétées plus fréquentes que pour d’autres entités mère-enfant.

[Auteure] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, Françoise Coudray est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+ ( Allaitement des Jumeaux et plus )

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