Quand l’enfant né n’est pas celui imaginé

L’arrivée d’un enfant, le plus souvent, est un événement heureux. Chaque enfant est différent, on le sait, et parfois il peut être plus difficile d’accueillir un enfant lorsque l’on s’attend à ce qu’il ait des besoins particuliers. Quand le diagnostic prénatal révèle une pathologie, une malformation, un handicap, le choc subi par les parents peut être extrêmement lourd à accepter et à vivre.

Dans un nombre important de diagnostics, le nourrissage de l’enfant est lui-même spécifique et peut devenir une source d’inquiétudes. Du fait de leur pathologie ou particularité anatomique, certains bébés ne pourront pas être alimentés par voie orale avant une intervention chirurgicale. Certains bébés n’auront pas d’emblée la force ni l’endurance nécessaires pour prendre une tétée entière. La recherche d’alternatives d’alimentation, de moyens de démarrer et de maintenir la production de lait, impliquent que la maman aura probablement besoin de recourir aux service de spécialistes en allaitement parmi lesquels les consultantes en lactation.

Le couple se resserre le plus souvent, face à l’événement. Les écueils semblent moins insurmontables, entremêlés de hauts et de bas qui suivent les progrès de santé de l’enfant, et les évolutions dans son alimentation. Chaque mère vit ces événements à sa manière. Celles qui ont une tendance naturelle à l’optimisme n’en auront pas moins besoin de tout le soutien nécessaire.

Une situation complexe peut modifier le caractère temporairement ou profondément.

Les sentiments d’épuisement, de chagrin intense, de joies parfois trop courtes, de colère contre soi, contre l’enfant, contre le personnel médical, ou autres sont parfaitement normaux. Il est probable à ce titre que la mère traverse les étapes d’un cycle de deuil, qui, comme l’a théorisé la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, s’appliquent, au-delà de la perte d’un être aimé. Ce sont le déni ; la colère ; le marchandage ; la dépression ; l’acceptation. Nombreuses sont celles aussi qui éprouvent un sentiment de culpabilité « Qu’est-ce que j’ai fait de mal pour que mon bébé soit comme ça ? ». A contrario, pour certaines cultures, l’arrivée d’un enfant différent est une bénédiction de Dieu.

Les émotions de la mère font le yoyo : un jour ça va, un jour ça ne va pas. Cela suit souvent la progression de son enfant ; et ainsi un jour elle en a marre d’essayer d’allaiter ; elle en a ras-le-bol de tirer son lait et le lendemain elle veut ardemment continuer. Sa production lactée semble également suivre ces aléas. Tout cela est normal.
L’écoute qui lui est accordée dans ces moments de doute et d’inquiétude fera beaucoup.

S’il lui est possible de verbaliser ses émotions du moment plutôt que de les camoufler, elle s’en sentira sans doute plus comprise. De même, si elle ne se sent pas en phase avec ses interlocuteurs, elle a le droit de l’exprimer ! Elle a besoin d’un soutien qui soit en connexion avec son émotion du moment.

Dans ce contexte où les émotions jouent un rôle crucial pour l’attachement et la santé psychologique de la mère, il est bon de lui rappeler que son lait est le premier médicament pour son enfant quel que soit son terme, quelle que soit l’affection qu’il porte. Et cette force, nul ne peut l’apporter aussi bien qu’elle. Ce bien précieux a plus de valeur que de l’or, qu’il permette de tisser un lien lacté avec l’enfant ou qu’il lui procure une alimentation riche et salvatrice.

[Auteure] : Françoise Coudray

[Biographie] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, elle est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+

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