Le lait maternel peut-il être carencé ?

Isabelle Elson, ex-animatrice bénévole de La Leche League pendant 10 ans, maman de 4 enfants, naturopathe depuis 2007 nous livre ses recherches sur la composition du lait maternel.

Chaque espèce de mammifère produit un lait spécifique adapté aux besoins de ses petits. Il en va de même pour le lait humain, dont la composition diffère de celle de tous les autres laits. Le lait maternel contient des centaines de composants, dont certains continuent d’être découverts. Ces composants varient-ils selon l’alimentation de la mère ? Une carence chez la mère peut-elle provoquer une carence dans son lait ?

L’alimentation de la mère n’a guère d’impact sur les taux des principaux constituants de son lait : protéines, lactose, cholestérol, minéraux. Une étude a montré qu’une baisse de 32% des apports caloriques maternels pendant une semaine n’avait aucun impact sur la production lactée de mères bien nourries. Seul un apport inférieur à 1500 calories par jour peut provoquer une baisse de la production lactée (1).

Lorsque les apports en minéraux de la mère (ou l’assimilation de ces apports, qui diminue avec l’inflammation de la muqueuse intestinale) sont insuffisants, la mère aggrave ses propres carences en puisant dans ses réserves pour maintenir un taux lacté satisfaisant.

Le taux de protéines du lait maternel est de 8 à 9 g/l (16 grammes pour le colostrum). Ce taux semble pouvoir varier légèrement en fonction de nombreux paramètres (prématurité, âge du bébé, alimentation). Ces protéines ne servent pas seulement à la nutrition du bébé mais incluent des facteurs protecteurs, des hormones, des enzymes, des transporteurs de vitamines,…

Le taux de glucides est constant dans le lait maternel, quelle que soit l’alimentation maternelle (70 g/l, 20 à 30 g/l dans le colostrum). Le lait maternel se distingue par son taux particulièrement élevé d’oligosaccharides complexes et leur grande variété, dont le rôle est clé dans le développement et la protection immunitaire de l’enfant allaité.

En revanche, le taux lacté de certaines graisses, ainsi que des vitamines A, B et D, dépend de l’alimentation de la mère. Le taux lacté de vitamine D est déterminé par le statut maternel (c’est à dire les réserves de la mère), il peut varier de 1 à 10. Les taux de vitamines E et K sont plus stables, probablement parce que les insuffisances ou carences sont plus rares dans la population. De même les teneurs du lait en vitamines E et C semblent peu affectées par l’alimentation de la mère. Les lipides, eux, représentent la moitié des apports caloriques du lait humain. Leur proportion dans le lait maternel augmente légèrement avec les réserves grasses de la mère. Les taux lactés d’acides gras à chaînes courtes et moyennes sont stables quelle que soit l’alimentation maternelle mais le taux lacté d’acides gras à très longue chaîne (omégas 3) dépend des apports de la mère, voire de ses réserves. Ainsi, plusieurs études ont montré un lien direct entre le taux lacté d’omégas 3 et la prise d’un complément de DHA par la mère, ainsi qu’un taux lacté d’omégas 3 plus élevé si la supplémentation de la mère a débuté avant sa grossesse. Rappelons que les omégas 3 ont un rôle déterminant dans la santé globale, en diminuant l’inflammation et en protégeant toutes les membranes cellulaires du corps, notamment celles des muqueuses et des neurones. Il a aussi été constaté que le stock de DHA de la mère diminue pendant l’allaitement (2) et ceci a été confirmé par les études menées par Michel Odent (3). L’alimentation moderne étant très appauvrie en omégas 3 (à cause de l’élevage en batterie, du raffinage des huiles et d’une consommation risquée de poissons gras pollué au mercure), il est fortement recommandé de supplémenter la mère avec des omégas 3 DHA/EPA garantis sans métaux lourds, dès le projet d’enfant.

Un autre problème est la présence d’acides gras “trans” dans l’alimentation de la mère. Ces acides gras sont ceux que l’on trouve dans tous les aliments industriels (plats préparés, biscuits, viennoiseries industrielles, huiles raffinées). Ils provoquent un terrain inflammatoire propice à toutes les maladies. Par exemple une étude a montré que la proportion d’acides gras “trans” était de 6 à 7% des lipides du lait des mères américaines, contre 0,5 % chez les mères chinoises (1).

Mais le lait maternel est surtout bourré de facteurs immuno-compétents, spécifiques (IgA, lactoferrine, lysozyme, macrophages, polynucléaires neutrophiles, lymphocytes, etc) et non spécifiques (oligosaccharides, facteurs de croissance, acides gras régulateurs de l’inflammation, etc). Le lait maternel permet la colonisation du bébé par la flore* inoffensive de la mère (donc un bon microbiote* du bébé) ainsi qu’une maturation optimale du système digestif, du système nerveux et du système immunitaire. Les enfants allaités ont des taux de protéines immunitaires plus élevés que les enfants non-allaités (4). Une étude a observé un taux plus bas de protéines et d’immunoglobulines dans le lait de mère colombiennes malnutries (3) mais une autre étude a montré que le lait de mère gambiennes souffrant de malnutrition chronique était plus riche en protéines immunocompétentes (immunoglobulines, lactoferrine,…) que le lait de mère anglaises suffisamment nourries (1). D’autres études seraient nécessaires pour préciser les variations des taux lactés de facteurs immunitaires selon l’alimentation maternelle mais l’ensemble des études disponibles font apparaître l’impact positif généralisé de l’allaitement sur l’immunité de l’enfant.

Enfin, comme tout notre environnement et tous nos tissus, le lait humain contient des polluants. Cependant, plusieurs études ont montré que l’allaitement demeure, de loin, le meilleur aliment pour les bébés, même lorsque les taux lactés de polluants sont particulièrement élevés (5).

En conclusion, on retiendra que le lait maternel est le seul aliment qui couvre un si large éventail des besoins du bébé. Ayons cependant à l’esprit que les taux lactés d’omégas 3 et de vitamines A, B et D dépendent de l’alimentation de la mère ou de ses réserves. Une alimentation qualitative permettra aussi à la mère de ne pas diminuer ses réserves de minéraux.

(1) DA : Dossiers de l’Allaitement de La Leche League n°52

(2) DA n°67

(3) www.birthworks.org

(4) DA HS JIA 2003

(5) AA : Allaiter Aujourd’hui magazine de La Leche League n°32

* Le microbiote ou “flore intestinale” joue un rôle clé pour notre santé. Il est composé de bactéries, levures et même virus, qui finissent de dégrader nos aliments, synthétisent des vitamines (K, B12, B1 et B2), protègent notre tube digestif de la colonisation par des bactéries nocives et assurent l’équilibre de notre système immunitaire.

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