Allaitement : et si on encourageait les mères en surpoids à tenter l’aventure ? (épisode #1)

Allaiter c’est bon pour la santé, et cela réduit notamment le risque d’obésité infantile. Comme l’on sait que le nouveau-né d’une maman obèse a des risques accrus d’obésité ultérieure, il devient évident que les mamans en surpoids ou obèses « ont intérêt » à allaiter. Outre la protection contre certains cancers et l’ostéoporose, l’allaitement peut même aider la mère à perdre du poids en cas de surpoids ou moyenne obésité (Baker et al., 2008) si elle est liée à un déséquilibre entre apports et dépenses énergétiques.

Cependant on constate que l’allaitement est peu courant chez ces mamans, et que l’on note de nombreux cas :

– de « montée de lait » plus tardive, (Rasmussen & Kjolhede, 2004). Nommsen-Rivers, Chantry, Peerson, Cohen, and Dewey (2010))

– de manque de lait chez la mère obèse,

– de problèmes de glycémie, de jaunisse chez le nourrisson

– de problèmes de perte de poids chez le nourrisson nécessitant des suppléments, avec une inquiétude majorée du fait qu’il soit souvent de grand poids de naissance.

– une initiation de l’allaitement inférieure et une durée d’allaitement plus courte.

Et si les soignants traitaient les mamans en surpoids ou obèses de la même manière clinique que les autres mamans, sans tenir compte de leurs particularités, et que cela soit une cause essentielle à ces mauvaises informations ? C’est peut-être que les mamans n’ont pas reçu les conseils les mieux adaptés pour elles et leurs bébés au bon moment ?
J’ai pris en charge un certain nombre de patientes (futures mamans ou jeunes accouchées) qui étaient obèses, et elles n’ont pas toutes manqué de lait ; l’une d’elle a même allaité des jumeaux !
Voici les mécanismes des effets défavorables sur l’allaitement et la lactation, comment les contrebalancer et pour les mamans motivées, quelques bons conseils pour diminuer les risques de mauvais départ.

Etat des lieux :

Un problème d’hormones

La prolactine est une hormone essentielle aussi bien durant la grossesse pour la croissance et le développement des seins que pour démarrer une production de lait, l’entretenir des mois durant. Quand l’enfant tète, la mère sécrète de la prolactine qui est fonction de la qualité de la succion.
Or chez une maman en surpoids ou obèse, la réponse prolactinienne à la succion du bébé est impactée, l’altération augmentant avec le poids en trop. Cela aurait un effet sur la mise en place des sites de capture de prolactine et donc sur la production de lait. De plus, le tissu graisseux contient (beaucoup) de progestérone, une autre hormone qui elle, contrecarre les effets de la prolactine pendant la période d’allaitement.
Par le seul statut du surpoids, l’on sait que la « montée de lait » sera retardée. La pleine production est retardée d’une demi-heure par point d’Indice de Masse Corporelle (IMC) en trop avant grossesse (Hilson et al., 2004). Ainsi, plus l’IMC est grand, plus le délai est grand. Au-delà de cet euphémisme, ce sont ces heures d’attente voire d’anxiété qui peuvent démotiver la mère avec les risques que l’enfant reçoive alors des compléments de lait infantile pouvant mettre en péril le bon démarrage de l’allaitement.
En outre, l’obésité à l’adolescence peut conduire à un développement anormal de la glande mammaire. Les mamans ayant souffert d’obésité à cet âge sont donc d’autant plus concernées.
Toutes les femmes obèses ne le sont pas parce qu’elles « mangent de trop » ; il y a également des causes métaboliques voire hormonales qui pourraient agir indirectement sur la production de lait.

Contrebalancer l’aspect physiologique

Si l’on pouvait éventuellement s’appuyer sur un petit traitement homéopathique du point de vue de la prolactine, il n’en demeure pas moins que s’appuyer sur la physiologie du sein se révèle ultra important, encore plus peut-être que pour les autres mères.
Cela va signifier qu’il faudrait idéalement :

– Une première tétée la plus précoce possible.

– Des tétées les plus fréquentes possibles: non pas de donner le sein environ 8 fois, mais plutôt entre 10 et 12 fois par 24h (voire plus si possible) jusqu’à ce que la « montée de lait » se produise ET que l’enfant prenne du poids.

*Contrairement à ce qui se passerait chez les mamans avec un IMC moyen, ces tétées fréquentes ne feront pas « monter le lait » plus vite ; mais le colostrum sera tout de même présent pour subvenir aux besoins de l’enfant les premiers jours.

*Ces tétées fréquentes permettront de nourrir l’enfant, de l’hydrater, de prévenir la perte de poids excessive, donc de limiter le recours au lait infantile, de stabiliser sa glycémie et éviter l’hypoglycémie, de modérer sa bilirubine et éviter l’ictère (jaunisse).

*Bien qu’aucune recherche et travaux n’en fassent mention, il est envisageable de stimuler très fréquemment les mamelons (toutes les heures par exemple), à la main, pendant une minute (masser, « rouler » doucement, mais ne pas compresser le mamelon). L’effet ne peut être que bénéfique.
*Une « montée de lait » tardive entraîne bien des inquiétudes aussi bien chez la mère que parmi le personnel soignant et “la facilité par sécurité” entraine la supplémentation de l’enfant. C’est évidemment un problème conséquent pour la production de lait même si un effort est fait pour éviter le dispositif biberon.

[Auteure] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, Françoise Coudray est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+
[Biographie] : A la naissance de ses jumeaux, Françoise Coudray a quitté le monde de l’industrie (biochimie-nucléaire) pour se consacrer à ses enfants. Entrepreneuse dans l’âme, elle est à l’initiative de l’association nationale dédiée aux familles de multiples ADJ+ (Allaitement Des Jumeaux et Plus); http://www.allaitement-jumeaux.com.
Depuis, 2000, elle intervient auprès de professionnels de santé pour les former, les informer en matière d’allaitement maternel en général, tout en donnant des conférences dédiées à l’allaitement et en continuant son activité bénévole auprès des mères de jumeaux. En 2006, elle obtient le diplôme de consultante en lactation IBCLC et développe un nouveau service : C-LA-FAM (Consultations de Lactation Formation à l’Allaitement Maternel), son association devenant alors un organisme de formation professionnel. Depuis 15 ans, elle prend en charge toutes les (futures) mamans qu’elles aient des jumeaux ou pas.

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