allaitement | Les belles histoires de l'allaitement https://www.leblogallaitement.com Tue, 19 Dec 2023 06:53:21 +0000 fr-FR hourly 1 Les fêtes de fin d’année et l ‘allaitement https://www.leblogallaitement.com/allaiter-pendant-les-fetes/ https://www.leblogallaitement.com/allaiter-pendant-les-fetes/#respond Mon, 18 Dec 2023 07:44:39 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2128 Allaiter pendant les fêtes c'est possible, un verre d'alcool mettra environ 2h30 pour être éliminé. Mangez ce que vous voulez , vous initierez bébé à tous les goûts.

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A l’approche des fêtes, les mamans nous posent régulièrement ces questions :

« Est ce que j’ai le droit de boire une coupe de champagne et allaiter ? »

« Est ce que je peux manger ce que je veux à Noël ? »

Alimentation et allaitement

Je vous rassure, concernant les festivités vous pouvez vous faire plaisir et faire découvrir à votre bébé de nouveaux goûts. En résumé, mangez ce que vous souhaitez pendant votre allaitement ! 🙂

Alcool et allaitement

Concernant les bulles, toujours avec modération : un verre d’alcool prend environ deux heures trente pour être éliminé du lait maternel. Le pic de concentration d’alcool se retrouve au bout d’une heure dans votre lait comme dans le sang. Vous pourrez ressentir un effet de « sein plein » mais le réflexe d’éjection est diminué.

Si vous souhaitez boire plus d’un verre, le temps s’additionne : pour 2 verres = 5h d’attente et ainsi de suite. Prévoyez un petit stock de votre lait avant, au cas où bébé souhaiterait téter.

Entourage bienveillant pendant les fêtes

Cette période de retrouvailles familiales peut parfois être le théâtre de remarques plus ou moins positives sur votre allaitement ou votre façon d’être avec votre enfant. La bienveillance ne sera pas toujours au rendez-vous.

Armez-vous de courage, assumez vos opinions, demandez de l’aide à votre conjoint si besoin ou changez de sujet 😉

Tétées à volonté pour bébé !

Enfin, votre bébé peut être un peu perturbé par ce rythme inhabituel, n’hésitez pas à proposer le sein régulièrement. Votre conjoint(e) pourra également le porter et le bercer pour le rassurer.

Passez de bonnes fêtes !!!

L’équipe de Grandir Nature

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Dépression du post-partum et allaitement https://www.leblogallaitement.com/depression-du-post-partum-et-allaitement-2/ https://www.leblogallaitement.com/depression-du-post-partum-et-allaitement-2/#respond Wed, 25 Oct 2023 14:04:15 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2329 Aujourd’hui Marina Boudey, conseillère en allaitement chez Lact’essence nous parle d’une consultation d’allaitement pas comme les autres : “Je me questionne aujourd’hui sur la qualité de mon lait, la quantité, le fait que mon bébé tète moins quand je vais mal, qu’elle me mord quand je suis énervée, etc… Est-ce que je fais bien de … Continuer la lecture de Dépression du post-partum et allaitement

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Aujourd’hui Marina Boudey, conseillère en allaitement chez Lact’essence nous parle d’une consultation d’allaitement pas comme les autres :

“Je me questionne aujourd’hui sur la qualité de mon lait, la quantité, le fait que mon bébé tète moins quand je vais mal, qu’elle me mord quand je suis énervée, etc… Est-ce que je fais bien de continuer l’allaitement ? Est-ce vraiment bénéfique pour notre lien ? Est-ce qualitatif tout de même pour elle ? Mon corps arrive t-il à faire la part des choses et à lui offrir le meilleur tout de même ?”

Voilà les questionnements qu’une mère est venue me partager, et c’est avec un grand honneur que je vais tenter d’y répondre. Ce que disent les études, et comment il est possible d’interpréter ces données. 

  Qualité du lait

Une étude sur les primates en captivité avait démontré que les glucocorticoïdes passaient dans le lait, augmentant ainsi le taux de cortisol. Avant tout, cela permettait à la croissance des primates une priorité adaptative: devenir plus prudent notamment, et avec une croissance plus rapide (prise de poids plus grande pour s’adapter à un environnement potentiellement hostile). 

Une autre étude s’est basée sur une observation et une interprétation des signes du bébé par la mère pour savoir si les taux de glucocorticoïdes hauts à 9 semaines post partum chez des mères atteintes de DPP ( Dépression du Post-Partum ) pouvait potentiellement modifier le comportement neurologique du bébé. Et les conclusions n’étaient pas significatives. Car les effets du cortisol dans le lait sur le comportement de l’enfant ne sont pas clairs. 

Rappelons que le matin le taux de cortisol est 3 fois plus concentré, permettant de le rendre plus énergisant pour l’éveil du bébé. 

Ici le cortisol est associé à des comportements neurologiques positifs chez le bébé, pour le soutenir dans son développement. 

Ce qu’il faut retenir c’est que le lait s’adapte toujours pour servir le bébé dans son développement. Une hormone associée à un facteur stress ne sera pas forcément inutile ou délétère, au contraire, elle permettra au bébé de s’adapter à son environnement avant tout. Donc oui le lait maternel est toujours le plus qualitatif malgré la DPP. 

– Quantité de lait

Le stress peut influer sur la montée de lait (à la naissance) , et la retarder car l’insuline peut interférer avec la prolactine permettant d’initier la synthèse de lait. 

Le cortisol peut interférer avec les hormones thyroïdiennes, qui elles-mêmes peuvent interférer avec la prolactine et retarder la synthèse de lait, voire la ralentir.

Des taux de sérotonine bas peuvent  inhiber l’ocytocine et donc le réflexe d’éjection. 

Cependant ! Les taux d’ocytocine hauts vont permettre d’abaisser le taux de cortisol notamment. Et la production lactée, après quelques semaines, n’est plus sous le contrôle principal de la prolactine. 

De ce fait, encore une fois, le corps s’ajuste dans un jeu d’équilibre délicat mais priorisant le bébé. 

Le bébé est aussi efficace et s’adapte à la délivrance du lait, en multipliant les tétées. Il peut avoir une agitation ponctuelle en début de tétée si le 1er réflexe d’éjection tarde à venir, mais il arrivera TOUJOURS à faire venir le lait. 

– Bébé tète moins quand je vais mal, bébé semble affecter quand je vais mal. 

Il s’agit de la perception maternelle avant tout. Le bébé ne tète pas forcément moins, mais l’état émotionnel de la mère peut faire que le bébé n’est pas mis au sein aussi souvent que d’habitude. Il n’est pas aisé de repérer les signes d’un allaitement à la demande et selon le profil des bébés, il arrive que le sein soit parfois moins proposé. 

Par exemple un bébé plus agité pourra pleurer rapidement pour demander à téter là où un bébé plus discret pourra ne pas montrer de signes de demande rapides et audibles, de ce fait, moins perceptibles par la mère. Il s’agit du même processus pour l’état émotionnel du bébé. Les rythmes physiologiques du bébé ne sont pas transmis correctement aux parents, on imagine qu’un bébé c’est celui qu’on voit sur les photos de carte postale, posé, endormi, serein… Alors qu’un bébé a des rythmes changeants, parfois anarchiques, ponctués de phases de développement rapides et intenses qui demandent un contact, une proximité accrue. Le bébé s’exprime à travers des pleurs notamment. Il est aisé de confondre ces signes communs à tous, à des symptômes de détresse si la mère elle-même est en détresse. Les pleurs amplifient le stress chez la mère, qui, non avertie, peut se sentir démunie. Pourtant ce ne sera pas des signes liés à une mère en DPP. 

– Est-ce vraiment bénéfique pour notre lien ? 

Lors de l’acte d’allaitement, l’ocytocine, hormone responsable de l’attachement et du lien social, est délivrée, permettant également d’éjecter le lait maternel. 

Une étude a étudié l’injection et la suppression de l’ocytocine à des campagnols (des petits rongeurs). L’injection d’ocytocine les a rendu moins volages et plus prévenants avec leurs bébés. Au contraire, en bloquant les récepteurs de l’ocytocine, les campagnols devenaient polygames , moins impliqués avec leurs bébés et moins sociables. 

L’ocytocine permet de décrypter les émotions primaires dans les regards et les visages, permet aussi de créer un lien affectif avec la mère.

Plus poétiquement votre bébé vous voit. Vous et pas la DPP, il voit votre amour, et pas l’anxiété. Il voit la personne qui lui procure ce bonheur, d’être contre vous, d’être au sein. 

Pour aller plus loin, les bébés prennent aussi soin des mamans. En étant parfois plus en demande du sein, ce qui permet la délivrance d’ocytocine permettant d’apaiser le système nerveux de la mère, de se sentir légère, au moins le temps de la tétée. Mais permettant aussi de libérer de la prolactine, qui induit une récupération physique plus rapide, ce dont la mère en DPP à besoin du fait de la fatigue, des rythme de sommeil perturbé par la DPP. 

Alors oui l’allaitement est bénéfique pour votre lien affectif mais aussi pour votre santé, à tous les deux. 

Conclusion :

Oui l’allaitement est qualitatif malgré le DPP

La DPP est une maladie qui implique des difficultés quotidiennes, sachez que de nombreux traitements sont compatibles avec l’allaitement si vous souhaitez envisager cette option avec l’aide de votre médecin. 

La DPP implique des états cycliques du symptôme dépressif. Les jours où les symptômes sont plus conséquents, il faudra rester vigilant à proposer peut-être plus souvent le sein au bébé. Mais gardez en tête que,  s’il semble plus demander le sein, ce n’est pas parce qu’il est mal, mais parce qu’il souhaite prendre soin de vous autant que vous prenez soin de lui. 

Et rappelez-vous que l’humanité s’est construite au sein de la mère. Les homos sapiens n’étaient pas dans un environnement paisible. Les dangers et le stress étaient quotidiens (lieu de vie, de survie, prédateurs etc…). Pour autant l’humanité s’est construite en adaptant les bébés à leurs environnement (demande de proximité, réflexes archaïques, signature olfactive de la mère pour la reconnaissance des bébés, pleurs du bébé pour l’alerte de ses signes de survie…). 

Ça remet beaucoup de notions en perspectives n’est-ce pas ? 

Sources:

Cortisol in mother’s milk across lactation reflects maternal life history and predicts infant tempérament-2015- Katie Hinde et al. Behav Ecol. 2015 Jan-Feb

Breast may not always be best: moderation of effects of postnatal depression by breastfeeding and infant sex-2021-Elizabeth C Braithwaite et al. Biol Sex Differ

Attachement et stress [1]Blaise Pierrehumbert, Raffaella Torrisi dans Enfance 2017/4 (N° 4), pages 429 à 441

Evaluation of the effect of natural and emotional stress of labor on lactation and breast-feeding-2016- Marina Dimitraki et al. Arch Gynecol Obstet

Effects of Stress on Lactation- 2001 C.Lau, Pediatric Clinics of North America

Stress and hormones-2011- Salam Ranabir and K. Reetu, Indian J Endocrinol Metab. 

Ocytocine : du philtre d’amour au médicament- 17.12.2021, par Anne-Sophie Bout

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Le père et l’allaitement maternel https://www.leblogallaitement.com/le-pere-et-lallaitement-maternel/ https://www.leblogallaitement.com/le-pere-et-lallaitement-maternel/#respond Wed, 30 Aug 2023 13:50:14 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2319 Pour ce thème , rien de mieux qu ‘un homme pour en parler et ce sera Thomas Ritou (1), infirmier puériculteur, consultant en lactation IBCLC qui le fera. Merci à lui pour ce bel article. Les pères se demandent souvent comment créer du lien avec leur nouveau-né, particulièrement quand celui-ci est allaité. Cette interrogation est … Continuer la lecture de Le père et l’allaitement maternel

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Pour ce thème , rien de mieux qu ‘un homme pour en parler et ce sera Thomas Ritou (1), infirmier puériculteur, consultant en lactation IBCLC qui le fera. Merci à lui pour ce bel article.

Les pères se demandent souvent comment créer du lien avec leur nouveau-né, particulièrement quand celui-ci est allaité. Cette interrogation est parfaitement légitime et découle des changements de notre société. Existerait-il des moyens pour un père de trouver sa place auprès de son enfant quand celui-ci est allaité ? Voyons cela de plus près.

Le rôle du père dans l’Histoire


Avant la Révolution française, le père incarnait l’autorité et était responsable de l’éducation de ses enfants et de leur intégration dans la société. De son côté, la mère avait la charge de la santé, de l’hygiène et de l’alimentation. Au fil des siècles, le pouvoir patriarcal absolu a commencé à s’estomper. Le rôle du père a évolué vers une posture protectrice, chaleureuse et compréhensive. Progressivement, la domination totale du père sur sa famille a disparu et en 2002, une loi[2] en France, a renforcé l’égalité des parents dans l’exercice de l’autorité parentale, en reconnaissant que les décisions importantes concernant l’éducation et la vie des enfants doivent être prises conjointement par les deux parents, indépendamment de leur statut marital ou de leur sexe. Ces mutations rapides ont occasionné parfois de la confusion : les pères ne peuvent plus se fier à l’image de leur propre père et doivent trouver une nouvelle voie.

Comment les mères sont-elles perçues ?

La place des mères, et en particulier allaitantes n’est pas simple non plus. En effet, à mesure que les prérogatives du père diminuent, les contraintes extérieures se font de plus en plus fortes. La société impose ses propres normes et ses dictats. Elle définit ce que c’est qu’être une « bonne mère ». Allaiter n’est pas inné, et, comme beaucoup de comportements humains, le geste s’apprend, et si possible par imitation. Cependant, il est difficile de trouver des exemples concrets de réussite de l’allaitement maternel dans notre société. De plus, allaiter au-delà du congé maternité interroge et est souvent difficile à assumer. Les jeunes mères se retrouvent souvent démunies, sans personne vers qui se tourner pour obtenir des conseils et du soutien, surtout si elles n’ont pas de modèles ou de soutien de la génération précédente qui n’a pas toujours valorisé l’allaitement. Dans ces circonstances, les pairs au sein d’associations de soutien et, au quotidien, le père, deviennent des appuis essentiels pour les mères.

La place du père se résume-t-elle à donner un biberon ?

Des études[3] montrent que le soutien actif du père est associé à une durée plus longue de l’allaitement maternel. Mais alors, comment le père peut-il contribuer à assister une mère allaitante ? En offrant un biberon de manière occasionnelle ?

C’est en tout cas souvent la place que l’on voudrait donner au père ou celle que la mère est prête à lui accorder. Pourtant, il existe d’autres façons de prendre sa place auprès de son enfant allaité. Pour commencer, s’impliquer, être présent lors des rendez-vous de suivi de l’enfant, pas seulement pour l’allaitement d’ailleurs. Le père pourra ainsi porter avec la mère le projet de vie de l’enfant auprès des professionnels, l’expliquer et le défendre si besoin. Il pourra aussi amener son propre regard sur l’enfant, sa compréhension des enjeux et son analyse.

Un garant de la réussite du projet d’allaitement

Ainsi la mère n’est plus seule à endosser la réussite du projet parental. Si besoin, le père pourra défendre l’allaitement et d’autres choix éducatifs vis-à-vis de l’entourage et décharger la mère d’une pression inutile. Il joue un rôle similaire à celui du système immunitaire pour la famille en préservant la bulle mère-enfant essentielle à son développement.

Le père a également un rôle actif à jouer en soutenant la mère : il s’efforce de lui permettre de passer autant de temps que possible avec son bébé. Cela peut impliquer de préparer les repas, lui apporter de l’eau, un thermos de sa boisson chaude préférée ou une collation, faire le ménage, faire les courses, distraire et s’occuper des aînés s’il y en a, ou même organiser de l’aide pour l’alléger des nombreuses tâches quotidiennes qui lui incombent. Il peut faire intervenir un membre de la famille, un·e ami·e, un·e Technicien·ne de l’Intervention Sociale et Familiale (TISF), un·e employé·e de maison… pour soulager la mère. Ces actions ont pour but de minimiser le stress et la sécrétion de cortisol, qui va faciliter l’allaitement.

Dans le tumulte des journées bien chargées avec un nourrisson, le père peut se montrer inventif et diffuser une musique apaisante, prendre le temps de se poser pour échanger, se comprendre mutuellement, pratiquer des massages…Partager de bons moments en famille contribue en effet à augmenter la production d’ocytocine (l’hormone du bonheur) et, par conséquent, favorise l’écoulement du lait et facilitent le bon déroulement de l’allaitement.

Qu’en est-il du rôle de père nourricier ?

On vient de le voir, le rôle du père est déjà bien riche au regard des exigences du quotidien avec bébé. Pourtant, c’est un rôle direct auprès du très jeune enfant que les pères recherchent le plus souvent, et avec lui, le fameux biberon ! Prudence avec celui-ci : utilisé à bon escient, un biberon peut soutenir un allaitement. À l’inverse, il amène parfois le bébé à sauter une ou plusieurs tétées et par la suite entraîner une baisse significative de la lactation. Il convient de demander l’avis d’un professionnel spécialisé (consultant en lactation) en cas de doute.

Par contre, un excellent moment que le père peut investir pour intervenir directement dans l’alimentation de l’enfant survient avec la diversification alimentaire qui débutera aux alentours des 6 mois de l’enfant. Là, le père aura tout loisir d’aider aux repas, de faire découvrir de nouvelles saveurs et finalement d’élargir l’univers gustatif de l’enfant.

Bien d’autres interactions sont possibles

Il est vrai que la mère a un lien unique avec l’enfant qu’elle a portée en son sein. Dans ce même temps le père a pu entrer en contact avec son bébé par la voix et au-travers du ventre de la mère. Certains ont recours à des cours d’haptonomie prénatale qui confirment leur place privilégiée auprès du bébé à naître. De nombreux pères apprécient de prolonger ce mode de communication par le biais de massages, de portage physiologique ou de contact peau-à-peau. Ainsi, ils peuvent à la fois renforcer leur présence auprès de leur enfant, tisser un lien à leur manière et soulager leur compagne. Ils apprennent à connaître leur enfant, comprendre ses comportements. Celui-ci devient plus tonique, plus éveillé, plus paisible et souriant, ce qui va faciliter l’allaitement. Enfin, lorsque le père s’implique activement, cela entraîne des changements hormonaux qui se traduisent par une modification de la libido et une augmentation de l’empathie envers l’enfant et la mère. Ces transformations favorisent une meilleure harmonie dans le couple.

Une place qui se confirme avec le temps

Chaque jour, on le sait, le nourrisson salit ses couches et un adulte va se charger de les lui changer. Cette tâche, souvent perçue comme ingrate, est un soin à part entière et fait partie des moments d’éveil d’un nouveau-né et se répète très souvent dans la journée. À ce titre, elle peut être envisagée comme un moment d’échange et d’interactions tout comme avec l’allaitement. Si notre espèce a si souvent besoin de se nourrir et d’être soignée, c’est probablement pour nourrir ce gros cerveau qui est le nôtre. Le père a donc toutes les raisons d’y prendre sa place en apportant d’autres échanges, en ayant des interactions avec le nourrisson riches et complémentaires de celles de la mère.

Pour conclure, la place du père n’est pas bien définie dans notre société, ou du moins, elle est protéiforme et l’allaitement n’y change finalement pas grand-chose. Il est temps de se demander si toute la responsabilité sociale des enfants doit encore reposer aujourd’hui sur la mère. Ainsi, pour trouver sa place auprès de l’enfant, le père peut être amené à cheminer avec la mère et accepter de prendre vis-à-vis de l’entourage les mêmes responsabilités qu’elle dans le projet porté pour l’enfant, y compris le choix de l’allaitement maternel.

Note : Même si ce billet ne traite pas des enjeux pour le coparent dans un couple LGBT ; le rôle du coparent est toujours essentiel pour la réussite de l’allaitement, le bien-être de l’enfant et celui du couple.

(1)Thomas Ritou est consultant en lactation IBCLC. Infirmier de 2008 à 2013, il a travaillé en clinique et à l’hôpital, notamment en maternité en Nouvelle-Calédonie. Diplômé en 2014 en tant qu’infirmier puériculteur , il a ensuite dirigé une crèche jusqu’en décembre 2018, où il formait le personnel et proposait des consultations d’allaitement. Il s’est également initié à la méthode Pikler en 2008. Depuis 2019, il exerce une activité indépendante et propose des consultations petite-enfance et allaitement ainsi que des formations à destination des professionnel·le·s de santé.

(2)Loi n° 2002-305 du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale

(3) Barrera I, Melgar AI, Rasmusson A, et al. (2019). Father’s involvement and breastfeeding duration: A systematic review and meta-analysis. Matern Child Nutr, 15(5), e12839. doi: 10.1111/mcn.12839

Ystrom E, Niegel S, Klepp KI, et al. (2008). Effect of maternal negative affectivity and perceived stress on breastfeeding duration. Journal of Human Lactation, 24(1), 49-58. doi: 10.1177/0890334407310383

Meedya S, Fahy K, Parratt JA (2010). Supporting women to achieve breastfeeding to six months postpartum – a literature review. Women and Birth, 23(2), 54-61. doi: 10.1016/j.wombi.2010.01.001


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DEPRESSION DU post-partum ET ALLAITEMENT https://www.leblogallaitement.com/depression-du-post-partum-et-allaitement/ https://www.leblogallaitement.com/depression-du-post-partum-et-allaitement/#respond Fri, 23 Jun 2023 10:05:40 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2313 Aujourd’hui nous laissons la parole ou plutôt la plume à Marina Boudey, conseillère en allaitement et co auteur du livre pour enfants : “Histoire de tétées” Je me questionne aujourd’hui sur la qualité de mon lait, la quantité, le fait que mon bébé tète moins quand je vais mal, qu’elle me mord quand je suis … Continuer la lecture de DEPRESSION DU post-partum ET ALLAITEMENT

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Aujourd’hui nous laissons la parole ou plutôt la plume à Marina Boudey, conseillère en allaitement et co auteur du livre pour enfants : “Histoire de tétées”

Je me questionne aujourd’hui sur la qualité de mon lait, la quantité, le fait que mon bébé tète moins quand je vais mal, qu’elle me mord quand je suis énervé, etc… Est-ce que je fais bien continuer l’allaitement ? Est-ce vraiment bénéfique pour notre lien ? Est-ce qualitatif tout de même pour elle ? Mon corps arrive t-il à faire la part des choses et à lui offrir le meilleur tout de même ?”

Voilà les questionnements qu’une mère est venue me partager, et c’est avec un grand honneur que je vais tenter d’y répondre. Ce que disent les études, et comment il est possible d’interpréter ces données. 

  Qualité du lait ? 

Une étude sur les primates en captivité avait démontré que les glucocorticoïdes passaient dans le lait, augmentant ainsi le taux de cortisol. Avant tout, cela permettait à la croissance des primates une priorité adaptative: devenir plus prudent notamment, et avec une croissance plus rapide (prise de poids plus grande pour s’adapter à un environnement potentiellement hostile). 

Une autre étude s’est basée sur une observation et une interprétation des signes du bébé par la mère pour savoir si les taux de glucocorticoïdes hauts à 9 semaines post partum chez des mères atteintes de DPP (dépression du post-partum) pouvait potentiellement modifier le comportement neurologique du bébé. Et les conclusions n’étaient pas significatives. Car les effets du cortisol dans le lait sur le comportement de l’enfant ne sont pas clairs. 

Rappelons que le matin le taux de cortisol est 3 fois plus concentré, permettant de le rendre plus énergisant pour l’éveil du bébé. 

Ici le cortisol est associé à des comportements neurologiques positifs chez le bébé, pour le soutenir dans son développement. 

Ce qu’il faut retenir c’est que le lait s’adapte toujours pour servir le bébé dans son développement. Une hormone associée à un facteur stress ne sera pas forcément inutile ou délétère, au contraire, elle permettra au bébé de s’adapter à son environnement avant tout. Donc oui le lait maternel est toujours le plus qualitatif malgré la DPP. 

Quantité de lait ? 

Le stress peut influer sur la montée de lait (à la naissance) , et la retarder car l’insuline peut interférer avec la prolactine permettant d’initier la synthèse de lait. 

Le cortisol peut interférer avec les hormones thyroïdiennes, qui elles mêmes peuvent interférer avec la prolactine et retarder la synthèse de lait, voire la ralentir.

Des taux de sérotonine bas peuvent  inhiber l’ocytocine et donc le réflexe d’éjection. 

Cependant, les taux d’ocytocine hauts vont permettre d’abaisser le taux de cortisol notamment. Et la production lactée, après quelques semaines, n’est plus sous le contrôle principal de la prolactine. 

De ce fait, encore une fois, le corps s’ajuste dans un jeu d’équilibre délicat mais priorisant le bébé. 

Le bébé est aussi efficace et s’adapte à la délivrance du lait, en multipliant les tétées. Il peut avoir une agitation ponctuelle en début de tétée si le 1er réflexe d’éjection tarde à venir, mais il arrivera TOUJOURS à faire venir le lait. 

Bébé tète moins quand je vais mal, bébé semble affecter quand je vais mal. 

Il s’agit de la perception maternelle avant tout. Le bébé ne tète pas forcément moins, mais l’état émotionnel de la mère peut faire que le bébé n’est pas mis au sein aussi souvent que d’habitude. Il n’est pas aisé de repérer les signes d’un allaitement à la demande et selon le profil des bébés, il arrive que le sein soit parfois moins proposé. 

Par exemple un bébé plus agité pourra pleurer rapidement pour demander à téter là où un bébé plus discret pourra ne pas montrer de signes de demande rapides et audibles, de ce fait, moins perceptibles par la mère. Il s’agit du même processus pour l’état émotionnel du bébé. Les rythmes physiologiques du bébé ne sont pas transmis correctement aux parents, on imagine qu’un bébé c’est celui qu’on voit sur les photos de carte postale, posé, endormi, serein… Alors qu’un bébé a des rythmes changeants, parfois anarchiques, ponctués de phases de développement rapides et intenses qui demandent un contact, une proximité accrue. Le bébé s’exprime à travers des pleurs notamment. Il est aisé de confondre ces signes communs à tous, à des symptômes de détresse si la mère elle-même est en détresse. Les pleurs amplifient le stress chez la mère, qui, non avertie, peut se sentir démunie. Pourtant ce ne sera pas des signes liés à une mère en DPP. 

– Est-ce vraiment bénéfique pour notre lien ? 

Lors de l’acte d’allaitement, l’ocytocine, hormone responsable de l’attachement et du lien social, est délivrée, permettant également d’éjecter le lait maternel. 

Une étude a étudié l’injection et la suppression de l’ocytocine à des campagnols (des petits rongeurs). L’injection d’ocytocine les a rendu moins volages et plus prévenants avec leurs bébés. Au contraire, en bloquant les récepteurs de l’ocytocine, les campagnols devenaient polygames , moins impliqués avec leurs bébés et moins sociables. 

L’ocytocine permet de décrypter les émotions primaires dans les regards et les visages, permet aussi de créer un lien affectif avec la mère.

Plus poétiquement votre bébé vous voit. Vous et pas la DPP, il voit votre amour, et pas l’anxiété. Il voit la personne qui lui procure ce bonheur, d’être contre vous, d’être au sein. 

Pour aller plus loin, les bébés prennent aussi soin des mamans. En étant parfois plus en demande du sein, ce qui permet la délivrance d’ocytocine permettant d’apaiser le système nerveux de la mère, de se sentir légère, au moins le temps de la tétée. Mais permettant aussi de libérer de la prolactine, qui induit une récupération physique plus rapide, ce dont la mère en DPP à besoin du fait de la fatigue, des rythme de sommeil perturbé par la DPP. 

Alors oui l’allaitement est bénéfique pour votre lien affectif mais aussi pour votre santé, à tous les deux. 

en conclusion, oui l’allaitement est qualitatif malgré le DPP

La DPP est une maladie qui implique des difficultés quotidiennes, sachez que de nombreux traitements sont compatibles avec l’allaitement si vous souhaitez envisager cette option avec l’aide de votre médecin. 

La DPP implique des états cycliques du symptôme dépressif. Les jours où les symptômes sont plus conséquents, il faudra rester vigilant à proposer peut-être plus souvent le sein au bébé. Mais gardez en tête que,  s’il semble plus demander le sein, ce n’est pas parce qu’il est mal, mais parce qu’il souhaite prendre soin de vous autant que vous prenez soin de lui. 

Et rappelez-vous que l’humanité s’est construite au sein de la mère. Les homos sapiens n’étaient pas dans un environnement paisible. Les dangers et le stress étaient quotidiens (lieu de vie, de survie, prédateurs etc…). Pour autant l’humanité s’est construite en adaptant les bébés à leurs environnement (demande de proximité, réflexes archaïques, signature olfactive de la mère pour la reconnaissance des bébés, pleurs du bébé pour l’alerte de ses signes de survie…). 

Ça remet beaucoup de notions en perspectives n’est-ce pas ? 

Sources:

Cortisol in mother’s milk across lactation reflects maternal life history and predicts infant tempérament-2015- Katie Hinde et al. Behav Ecol. 2015 Jan-Feb

Breast may not always be best: moderation of effects of postnatal depression by breastfeeding and infant sex-2021-Elizabeth C Braithwaite et al. Biol Sex Differ

Attachement et stress [1]Blaise Pierrehumbert, Raffaella TorrisiDans Enfance 2017/4 (N° 4), pages 429 à 441

Evaluation of the effect of natural and emotional stress of labor on lactation and breast-feeding-2016- Marina Dimitraki et al. Arch Gynecol Obstet

Effects of Stress on Lactation- 2001 C.Lau, Pediatric Clinics of North America

Stress and hormones-2011- Salam Ranabir and K. Reetu, Indian J Endocrinol Metab. 

Ocytocine : du philtre d’amour au médicament- 17.12.2021, par Anne-Sophie Boutaud

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Marie-Agnès TORCQ est sage-femme . Formée à la méthode Cyclamen®, elle accompagne les femmes avec les Méthodes Naturelles de Régulation des Naissances.

Elle tient à remercier le professeur Ecochard pour son aimable contribution et sa relecture judicieuse.

La nature est bien faite. Après avoir donné la vie, si une mère allaite son bébé à la demande avec un maternage de proximité, son cerveau produit des hormones empêchant un retour à la fertilité. C’est ce qu’on observe dans les pays en voie de développement où les tétées sans restriction permettent d’espacer naturellement les naissances ; dans le cas où l’allaitement artificiel n’est pas mis en compétition avec l’allaitement maternel. Est-ce possible aussi chez nous ? Voyons de plus près comment cela se produit.

Comment ça marche ?

La prolactine, comme son nom l’indique, a pour fonction de faire sécréter du lait. Grâce à la succion régulière du bébé, le retour de l’ovulation est bloqué. La MAMA (Méthode d’Allaitement Maternel et d’Aménorrhée) fonctionne alors si les critères suivants sont respectés :

  • un allaitement exclusif, sans complément de préparation pour nourrissons ;
  • pas de retour de couches (les saignements avant 8 semaines – 56ème jour du post partum – ne sont pas pris en compte)
  • l’âge du bébé est de moins de 6 mois révolus

Dans nos pays, où l’allaitement est souvent limité aux besoins de nutrition de l’enfant, les tétées sont souvent peu nombreuses. On recommande alors parfois, en plus des critères ci-dessus :

  • pas d’intervalle de plus de 6 heures entre deux tétées la nuit et 4h le jour ;
  • un minimum de 6 longues tétées ou 10 tétées courtes chaque jour, de façon à obtenir une stimulation quotidienne du mamelon et de l’aréole de 60 à 90 minutes ;

Ces deux recommandations s’ajoutent à la MAMA sans en faire partie.

Des études scientifiques à l’appui des recommandations


En 1988, sous l’égide de l’OMS et de l’UNICEF, des scientifiques ont confronté leurs connaissances sur l’interaction entre allaitement et infertilité et ont rédigé le Consensus de Bellagio1 qui définit la MAMA. En respectant les critères précités, l’allaitement pourra amener une infertilité provisoire. Un professionnel de la fertilité (sage-femme ou gynécologue formé(e) à la MAMA, une monitrice /instructrice de Méthode d’Observation du Cycle, ou une consultante en lactation IBCLC) pourront réviser ces critères avec vous.

La MAMA est-elle fiable ?



On dénombre une grossesse chez 100 femmes sur une période de six mois d’allaitement qui remplissent les critères de la MAMA. A titre de comparaison, selon l’OMS, le nombre de grossesses sous pilule micro-progestative est de 7 %, de 0,1% sous implant contraceptif, 0,5 à 0,8 % avec le Dispositif Intra-Utérin au cuivre ou hormonal et 1 à 2 % avec les méthodes d’observation du cycle.

Pourquoi prescrit-on systématiquement une pilule micro-progestative à la sortie de la maternité ?

La pilule micro-progestative n’est absolument pas indispensable à toutes les femmes et, si elle est prescrite, devrait être réservée aux femmes pour qui l’allaitement ne remplit pas les critères définis dans la MAMA. Compte tenu de nos connaissances, on peut s’étonner qu’elle soit systématiquement prescrite à la sortie de la maternité. Est-ce par méconnaissance de la physiologie de la lactation et du retour à la fertilité après une naissance ?

On ne peut évidemment présager du devenir de l’allaitement des femmes qui sortent de la maternité. Pour que le blocage de l’ovulation soit assuré, il faut un allaitement efficace, répondant aux critères cités plus haut. S’ils ne sont pas remplis, la fertilité peut revenir plus tôt et c’est ainsi que certaines femmes découvrent une nouvelle grossesse alors qu’elles allaitent leurs nouveau-nés. Expliquer aux femmes ces critères et les soutenir pour que leur allaitement les remplisse à long terme, prend à l’évidence plus de temps que de délivrer une ordonnance systématique de contraception hormonale.

Quelle prudence devrait avoir tout professionnel de santé ?


On sait que le passage dans le sang des progestatifs de synthèse a une influence sur la mise en place de la production lactée ; il serait nécessaire que les professionnels de santé prescrivent la pilule aux femmes qui sortent de maternité avec plus de modération pour éviter des échecs d’allaitement par insuffisance de production lactée.

Selon l’ANAES2 (renommée HAS Haute Autorité de Santé), si ce choix se porte sur une contraception hormonale, celle-ci ne doit pas être débutée avant la sixième semaine du post-partum. Les œstroprogestatifs ne sont pas recommandés car ils pourraient réduire la production de lait. Les microprogestatifs, les progestatifs injectables et les implants progestatifs peuvent être utilisés sans inconvénient ni pour l’allaitement, ni pour le nouveau-né. Toutefois la contraception hormonale ne doit pas être débutée avant l’installation de la lactogenèse de stade II (montée laiteuse). Les progestatifs ne seront pas utilisés avant la sixième semaine du post-partum.

Kennedy et al 3rapportent que le démarrage de la lactation est stimulé par la chute brutale du taux de progestérone en post-partum précoce, qui pourra être contrecarrée par une pilule progesta­tive… Certains auteurs, ainsi que l’OMS, considèrent donc préférable d’attendre 6 semaines post-partum avant de commencer à les utiliser.

Enfin, par principe de précaution pour l’enfant allaité, qui ingère des quantités d’hormones via le lait maternel, il conviendrait d’éviter de le surexposer dès son plus jeune âge à des hormones de synthèse via le lait maternel qui ne sont pas naturellement présentes dans le lait de sa mère.

Dans son livre4, le professeur René Ecochard, docteur en médecine, professeur à l’université Claude-Bernard (Lyon I) biostatisticien et membre du Pôle Santé-Publique du CHU de Lyon livre une explication : « La mini-puberté et la puberté étant des périodes sensibles, il est de la plus haute importance de ne pas interférer avec le système hormonal à ces âges de la vie. On peut craindre, sans que cela ait été démontré à ce jour, que la prescription de pilule contraceptive à une mère allaitante soit néfaste pour l’enfant. En effet, le nourrisson est alors en mini puberté. Son cerveau est sensible aux hormones. Les pilules contraceptives données à la mère sont composées d’hormones de synthèse. La part de ces hormones qui passent dans le lait est peu documenté dans la littérature scientifique. Le principe de précaution invite à ne pas affirmer sans preuve l’absence de conséquence pour l’enfant […] Les pilules contraceptives, constituées notamment de progestatifs connus pour leur effet androgénique ou antiandrogénique ne devraient plus être utilisées avant d’avoir la certitude de leur inocuité »

En outre, le laboratoire commer­cialisant Implanon® (étonogestrel) déconseille son utilisation pendant l’allaitement. La mère devrait être informée de l’impact possible sur la lactation ; si l’enfant pleure davantage, semble beaucoup plus affamé, obtient visible­ment moins de lait, que sa prise de poids se ralentit, il faudra envisager la responsabilité de la contraception hormonale ; la mère pourra alors si elle le désire cesser de l’utiliser (notons qu’il est plus facile de cesser d’interrompre la prise de pilule que de retirer un implant).

En tout état de cause, l’accompagnement par une personne spécialisée s’impose pour un choix éclairé d’une méthode de contraception adaptée.

En conclusion


L’allaitement maternel exclusif entraîne un blocage ovarien par la succion du sein. De fait, il n’est pas utile de prendre une contraception hormonale, mais indispensable de valider les critères de l’allaitement pour connaître son impact sur la fertilité, avec un professionnel formé à la MAMA.

La prise de progestatifs peut influencer la mise en place de la lactation et ne devrait pas être débutée avant la 6° semaine du post partum, pour ne pas mettre en péril l’allaitement par insuffisance lactée.

Enfin il n’a pas été clairement démontré que les progestatifs soient réellement sans effet sur le développement neurologique et hormonal de l’enfant allaité. Par principe de précaution, on ne devrait pas proposer systématiquement de contraception hormonale chez une femme allaitante.

Références :

1 Greiner T. Breastfeeding and LAM: beyond conventional approaches. Bellagio Conference. Washington, 15-16/05/1997.

2 Extrait de la page 16, recommandations 12 de l’ANAES sur l‘allaitement en 2002 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/Allaitement_recos.pdf

3 Kennedy KI, M Kotelchuck. Policy considerations for the intro­duction and promotion of the lactational amenorrhea method: advantages and disadvantages of LAM. J Hum Lact 1998; 14(3): 191-203.

4 Professeur René Ecochard « Hommes Femmes ce que nous disent les neurosciences » Editions Artège, Février 2022

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Mamelons différents, difficultés d’allaitement assurées ? https://www.leblogallaitement.com/mamelons-differents-difficultes-dallaitement-assurees/ https://www.leblogallaitement.com/mamelons-differents-difficultes-dallaitement-assurees/#respond Sat, 28 Jan 2023 16:25:58 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2295 Voici un nouvel article de notre scientifique préférée Pascale Baugé. 🙂 Les mamans rencontrent souvent des difficultés pour démarrer leur allaitement et parfois, lorsque la solution n’est pas trouvée (par manque d’information, d’aide ou de soutien) certaines baissent les bras et l’allaitement tourne court. Comprendre la physiologie permet de mieux anticiper et d’aider ces mères. … Continuer la lecture de Mamelons différents, difficultés d’allaitement assurées ?

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Voici un nouvel article de notre scientifique préférée Pascale Baugé. 🙂

Les mamans rencontrent souvent des difficultés pour démarrer leur allaitement et parfois, lorsque la solution n’est pas trouvée (par manque d’information, d’aide ou de soutien) certaines baissent les bras et l’allaitement tourne court.

Comprendre la physiologie permet de mieux anticiper et d’aider ces mères. Quelles sont ces difficultés les plus fréquemment rapportées ? Mis à part les questions de positionnement ou de gestes à apprendre, certains défis se posent en lien avec le nourrisson : on parle souvent des freins de langue ou du faible poids à la naissance comme facteurs de risques pouvant empêcher un démarrage d’allaitement serein.

S’est-on jamais penché sur l’anatomie des mamans ? Des tendances se dégagent-elles ? Autrement dit, certaines morphologies de mamelons pourraient-elles poser plus de contraintes ? Peu d’études ont fait le tour de la question. En 2017, toutefois, une approche reposant sur de l’observation avait suggéré que la taille des mamelons et la densité de la peau au niveau de l’aréole pouvaient jouer un rôle. Qu’en est-il exactement ?

Un premier bilan

Une étude observationnelle assez poussée, publiée en 2021 a été réalisée dans un hôpital français de St Lus Obipo en Californie. Les auteurs se sont intéressés aux difficultés des mamans de diverses origines ethniques (latins hispaniques et non hispaniques) ayant pu bénéficier d’un soutien à l’allaitement (conseils préalables, aides lors du démarrage de l’allaitement).

L’étude s’est focalisée sur 115 mères d’enfants de 6 semaines ou moins ayant pris contact avec le centre d’allaitement de l’hôpital, quelle qu’en soit la raison. Les mamans étaient toutes majeures avec un seul enfant. Dans l’étude, seules les mamans n’ayant pas eu recours à la chirurgie ont été incluses. La moyenne d’âge des mères était de 30 ans, celle des nourrissons de 2 semaines.

Données anatomiques prises en compte

Les auteurs ont pris en compte :
– la largeur à la base du mamelon,
– la longueur du mamelon,
– la densité de peau au niveau de l’aréole.
Ce dernier paramètre a été évalué par un protocole mis au point pour l’étude, par le biais d’un pressage manuel pour évaluer la facilité de compression. Toutes les mesures ont été réalisées par une consultante en lactation IBCLC juste avant une tétée ou l’usage d’un tire-lait.

Difficultés à l’allaitement prises en compte

Les auteurs se sont intéressés aux problèmes liés à :
– des mamelons douloureux,
– la présence de crevasses,
– la survenue d’une mastite,
– des difficultés d’attachement en prise de sein,
– une faible prise de poids du bébé,
– une faible production de lait.

Les mamans ont également été interrogées sur la prise de suppléments, l’indice de masse corporelle avant la grossesse, le poids et la taille du bébé à la naissance.Un maximum de facteurs confondants a été pris en compte.



Plusieurs tendances observées

Les auteurs de l’étude ont relevé une plus forte proportion de problèmes d’attachement au sein parmi les mamans dont les mamelons sont plutôt longs et de plus grande largeur à la base.

Les auteurs ont aussi noté que la situation « mamelons douloureux » à la tétée était plus fréquemment rencontrée lorsqu’à la fois, la densité de l’aréole était plus élevée et les mamelons plus larges.

Pour les situations de faible prise de poids, ils ont également noté une interaction marquée entre la largeur du mamelon, sa longueur et une forte densité aréolaire.
En ce qui concerne les crevasses, les auteurs n’ont pas relevé de lien particulier entre la morphologie et leur fréquence d’apparition.

Analyse des résultats

Cette étude est l’une des premières à montrer que des variations anatomiques existent bien parmi les mamans allaitantes et que certaines peuvent influencer le bon démarrage de l’allaitement. Les auteurs soulignent que ce sont des paramètres combinés qui jouent sur les difficultés.

Des explications probables

Les auteurs ont cherché à expliquer leurs observations. Ainsi, ils suggèrent que certaines caractéristiques de la taille des mamelons couplées à une faible souplesse aréolaire pourraient représenter un challenge pour les bébés avec une petite bouche notamment dans les premiers jours de l’allaitement. Certaines configurations (taille relative du mamelon couplée à une moindre malléabilité du tissu mammaire) pourraient limiter la bonne prise en bouche du mamelon, empêcher l’enfant de s’attacher correctement et entraver la bonne coordination des mouvements lors de la tétée (mâchoire, langue). Lorsque la compression du mamelon est plus difficile, les risques de douleurs pour la maman allaitante sont alors plus grands et il est plus probable que le bébé tète mal, n’obtienne pas assez de lait et que sa prise de poids ne soit pas correcte. La conséquence est que malheureusement l’allaitement s’arrête vite : la mère est découragée et doute d’elle-même avant même qu’une solution soit trouvée.



Limitations de l’étude

C’est l’une des premières études à s’intéresser de façon précise aux liens entre morphologie du mamelon et difficultés de démarrage de l’allaitement. Les auteurs rappellent néanmoins que ces difficultés évoluent très souvent positivement au fur et à mesure que l’enfant grandit et que l’allaitement se poursuit.
Il serait souhaitable que les résultats de cette étude soient complétés avec un panel plus large de mamans d’autres horizons et origines ethniques en intégrant notamment d’autres traits anatomiques de la maman ainsi que ceux du bébé !

Que retenir ?

Les conclusions de cette étude pourraient servir de base pour mieux écouter les mamans qui souhaitent allaiter et pour lesquelles le démarrage pose souci. Ces connaissances, même si elles ont besoin d’être affinées, doivent être prises en compte pour mieux communiquer vers les mamans et apporter des réponses adéquates. Pour un allaitement ayant plus de mal à démarrer, comprendre les causes et les défis posés est un premier pas… Dans tous les cas, le conseil et le soutien sont précieux.

Références:

Ventura A. K. et al., “Associations Between Variations in Breast Anatomy and Early Breastfeeding Challenges”, Journal oh Human Lactation, 37(2):403-413, 2021

Wilson-Clay B., Hoover K., “The Breastfeeding Atlas”, 6th Edition, Lact News Press (2017)

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Un petit verre a noel ? oui c’est possible ! https://www.leblogallaitement.com/un-petit-verre-a-noel-oui-cest-possible/ https://www.leblogallaitement.com/un-petit-verre-a-noel-oui-cest-possible/#comments Thu, 22 Dec 2022 17:08:36 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2292 Marina Boudey, conseillère en allaitement, fondatrice de Lact’essence, co-autrice du livre Histoires de tétées, chroniqueuse radio autour de l’allaitement maternel.  L’allaitement et l’alcool sont-ils compatibles, et si oui dans quelles mesures ? Cet article traitera les dernières données scientifiques sur le sujet pour apporter des réponses factuelles.  Pour information, 1 bière classique ( ½) ou … Continuer la lecture de Un petit verre a noel ? oui c’est possible !

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Marina Boudey, conseillère en allaitement, fondatrice de Lact’essence, co-autrice du livre Histoires de tétées, chroniqueuse radio autour de l’allaitement maternel. 

L’allaitement et l’alcool sont-ils compatibles, et si oui dans quelles mesures ?

Cet article traitera les dernières données scientifiques sur le sujet pour apporter des réponses factuelles. 

Pour information, 1 bière classique ( ½) ou un verre de vin est égal à 10g d’alcool. Ici, c’est cette quantité d’alcool que je nommerai “verre standard” dans l’ensemble des études citées.

  • Le taux d’alcool qui passe dans le lait maternel 

Pour une consommation légère, le taux d’éthanol présent dans le lait maternel sera égal à celui qui passe dans le sang. Par contre, pour une consommation modérée à élevée, son taux sera un peu plus élevé dans le lait maternel que dans le sang. 

La consommation d’alcool occasionnelle et très modérée est à ce jour considérée comme à faible risque pour le bébé, sans attente de temps pour allaiter le bébé.

Pourtant les recommandations de l’American Academy of Breastfeeding sont de limiter l’allaitement dans les 2h suivant le dernier verre car les effets de l’alcool à long terme sur le bébé ne sont pas connus.  

On ne peut pas savoir si une consommation légère et occasionnelle peut avoir une incidence sur le développement du bébé.

Cependant on peut extrapoler qu’une consommation modérée à excessive, peut avoir un impact sur le bébé au vu du temps plus long d’élimination de l’alcool par le bébé.

  • Durée d’élimination de l’alcool dans le lait maternel 

L’alcool met environ 30 à 60 minutes pour atteindre son point culminant et diminue progressivement dans le lait maternel tout comme il diminue dans le sang. 

  • Impact sur l’ocytocine et la prolactine 

Une consommation de 3 à 12 verres standard peut considérablement réduire le réflexe d’éjection et réduire la quantité de lait disponible pour le bébé.L’éthanol, principal composant des boissons alcoolisées, bloque la délivrance d’ocytocine, qui permet l’éjection du lait. 

Il agit aussi sur la prolactine, hormone responsable de la synthèse du lait maternel. 

Il faut donc veiller, lors de la consommation d’alcool, à bien vidanger le sein afin d’éviter un risque d’engorgement.

La métabolisation de l’alcool chez la femme allaitante 

Il est possible de diminuer la concentration d’alcool en tirant son lait (ou donner une tétée) 1h avant de boire. Il est conseillé de manger en même temps que l’alcool est ingéré.

  • Saveur du lait maternel 

Deux études ont montré que les bébés avaient tendance à téter plus fréquemment les premières minutes suivant l’exposition à l’alcool mais ils prélevaient 20% de lait en moins. 

  • Schéma veille-sommeil 

La consommation d’alcool peut, peut-être, interférer dans le sommeil du bébé avec des temps de sommeil plus court, et nuire potentiellement à long terme sur son développement, si la consommation d’alcool est régulière. 

  • Risques pour le bébé 

La consommation d’alcool modérée à excessive et/ou régulière peut potentiellement être associée à des difficultés de développement chez le bébé.

L’éthanol est évacué plus lentement chez le bébé que chez l’adulte. 

Et peut avoir un impact négatif sur l’état général du bébé et sur son développement cognitif et comportemental de façon significative, et des retards évidents des indices de croissance globaux.

  • Conclusion : est-il possible de boire de l’alcool durant l’allaitement ?

La consommation occasionnelle et légère d’alcool peut être envisagée. Au vu des données actuelles,  il vous appartient de l’allaiter sans attendre un laps de temps, ou de préférer allaiter en même temps que le verre est bu, puis de redonner le sein 2h à 3h plus tard au minimum.

La lait maternel sera toujours supérieur et adapté à votre bébé avec une consommation de 1 ou 2 verres standard.

La consommation d’alcool régulière et/ ou modérée à excessive peut avoir des effets indésirables sur la lactation et potentiellement sur le développement bébé. Donc si une consommation excessive d’alcool est envisagée il peut être nécessaire de prévoir du lait. 

  • Bon à savoir :
  • Si vous prévoyez une soirée alcoolisée, pensez à contacter une personne qui restera sobre pour s’occuper de bébé durant la soirée mais aussi à votre retour. L’alcool réduit le niveau de vigilance.
  • Si vous pratiquez habituellement le cododo et que vous avez consommé de l’alcool, ne dormez pas avec votre enfant afin d’éviter les risques d’écrasement ou d’étouffement du bébé.
  • Si vous pensez qu’il est nécessaire de discuter de votre consommation d’alcool, il est toujours possible de prendre de simples renseignements ici :

https://www.alcool-info-service.fr/

Sources :

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/bcpt.12149

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4987236/

https://publications.aap.org/pediatrics/article-abstract/88/4/737/57171/Maternal-Diet-Alters-the-Sensory-Qualities-of

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16713502/

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/j.1747-0080.2006.00056.x

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2831123/

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2720548/

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2588480/#__ffn_sectitle

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Une consultante IBCLC dans un lactarium https://www.leblogallaitement.com/une-consultante-ibclc-dans-un-lactarium/ https://www.leblogallaitement.com/une-consultante-ibclc-dans-un-lactarium/#respond Tue, 15 Nov 2022 12:36:28 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2288 Delphine Dumoulin nous parle de son rôle dans un lactarium d’une maternité de niveau 3. Puéricultrice depuis 30 ans, j’ai, depuis 2006, l’immense honneur d’être la puéricultrice d’un des plus grands lactariums de France. Lorsque j’ai été recrutée, j’avais bien sûr de bonnes connaissances en allaitement. De plus, mon hôpital se préparait à la labellisation … Continuer la lecture de Une consultante IBCLC dans un lactarium

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Delphine Dumoulin nous parle de son rôle dans un lactarium d’une maternité de niveau 3.

Puéricultrice depuis 30 ans, j’ai, depuis 2006, l’immense honneur d’être la puéricultrice d’un des plus grands lactariums de France.

Lorsque j’ai été recrutée, j’avais bien sûr de bonnes connaissances en allaitement. De plus, mon hôpital se préparait à la labellisation IHAB (Initiative Hôpital Ami des Bébés), dont l’une des conditions est de permettre l’allaitement en cas de séparation mère-bébé.

On imagine aisément le rôle que peut avoir une puéricultrice ou un autre soignant IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant) dans un service de maternité ou de néonatalogie. Mais dans un lactarium, cela soulève toujours l’étonnement.

« Vous ne pasteurisez pas du lait ? » Notre mission consiste en effet à conserver le précieux or liquide de nos mamans pour garantir sa sécurité et le donner ensuite aux bébés vulnérables. Mais cela ne s’arrête pas là.

Prendre en compte l’humain, en prendre soin, respecter et accompagner les projets d’allaitement sont au cœur de nos préoccupations également.

De la maternité, en passant par la néonatalogie, le lactarium est un trait d’union pour le soutien de ces mères.

Dans cette optique, je me suis formée pour devenir consultante en lactation IBCLC en 2008, diplôme que j’ai renforcé par un DIU ( diplôme inter- universitaire) en lactation humaine et allaitement (DIULHAM), ainsi que le DU ( diplôme universitaire) de la théorie de l’Attachement.

A cette époque, de mon point de vue, tout était à construire et à organiser ; une très belle aventure humaine ! A plusieurs, nous avons décidé de revoir nos pratiques pour les faire évoluer, de former les équipes pour une cohérence dans les soins. On m’a confié la mission de former à la fois des étudiants et d’accompagner les mères allaitantes de bébés nés trop tôt ou devant subir une intervention chirurgicale dès la naissance.

Comment cela se passe-t-il concrètement au sein de l’établissement hospitalier ?

Un membre de l’équipe rencontre chaque maman ayant un projet d’allaitement et, dans le cadre du don de lait pour son bébé né prématurément et/ou qui va être opéré. Nous créons avec elle un dossier de don, suivant le cadre législatif.

Cet entretien permet également d’aborder en détails les bonnes pratiques de recueil du lait : utilisation du tire-lait, entretien, stockage et transport du lait. Moment idéal, pour expliquer comment la lactation va s’installer, avec quelques notions simples de physiologie, cette entrevue permet aux mamans de comprendre ce qu’est un lactarium, ce qu’elles vont vivre et ainsi de gagner en confiance ! Elles entendent toutes le même message : « Mon corps sait et saura produire du lait! »

Une importance toute particulière est accordée au lait maternel

Chaque jour, les parents viennent déposer les petits flacons de don de lait si précieux. C’est un autre moment qui permet l’échange et le soutien à court, moyen et long terme de leur projet d’allaitement.

J’aimerais souligner ici que les pères sont très impliqués et très investis dans cette partie. Ils comprennent leur rôle et deviennent ainsi les premiers soutiens de leurs compagnes en matière d’allaitement. Le développement des maternités IHAB et des soins centrés sur la famille a vraiment permis d’inclure les parents dans les soins; il en est de même dans le projet d’alimentation et donc l’allaitement.

Le projet d’allaitement d’un bébé hospitalisé est souvent tumultueux et complexe : entre stress, aller-retour domicile-hôpital, gestion de la fratrie… et utilisation du tire-lait. Il peut se passer des mois avant que le bébé commence à pouvoir téter de lui-même et la maman, en parrallèle, devra construire et maintenir sa lactation.

Une organisation qui facilite le don

De l’anténatal au postnatal immédiat, nous avons fait évoluer nos pratiques pour que les mères soient rencontrées le plus tôt possible. Le but est de leur permettre d’être autonomes dans la pratique du tire-allaitement mais surtout qu’elles se sentent en sécurité, l’une des bases de la réussite.

Nous leur permettons d’identifier les personnes ressources en allaitement, dont l’équipe du lactarium et moi-même faisons partie.

Soulignons également l’importance du travail en collaboration des IBCLC ou DIULHAM dans un hôpital autour des parents, du bébé et de l’allaitement : c’est le tissu du soutien à la parentalité et à l’allaitement.

Cet accompagnement tout au long de l’hospitalisation du bébé, apporte une assistance précieuse, qui se prolonge bien souvent après la sortie.

Grâce à une lactation bien lancée, les dons se prolongent

D’ailleurs, une fois qu’elles sont de retour à la maison, beaucoup de nos mamans ont la générosité de poursuivre le don, cette fois-ci pour d’autres bébés que le leur. Sensibilisées à l’importance du lait maternel pour le petit humain fragile, elles savent que recueillir une petite quantité de lait tous les jours permet de nourrir à terme beaucoup de bébés.

Les histoires d’allaitement de ces femmes sont uniques comme toutes les histoires d’allaitement bien sûr, mais je salue sincèrement leur courage.

En somme, l’IBCLC qui œuvre au sein d’un lactarium accompagne les allaitements. C’est un peu le pivot de tous ces soutiens indispensables. Et elle apprend aussi chaque jour et tellement auprès des mères allaitantes.

Alors, à toutes les mères qui donnent à un lactarium, un immense BRAVO et un immense MERCI ; avec une mention spéciale pour celle qui ont croisé mon chemin.

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Comment réagir lors d’un engorgement mammaire ? https://www.leblogallaitement.com/comment-reagir-lors-dun-engorgement-mammaire/ https://www.leblogallaitement.com/comment-reagir-lors-dun-engorgement-mammaire/#respond Wed, 05 Oct 2022 08:53:28 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2285 Elise Dufour, sage -femme nous explique l’engorgement et son traitement. Il peut arriver durant l’allaitement que les seins deviennent très tendus et douloureux, on parle alors d’engorgement mammaire. Cela peut se produire lors de la montée de lait, ou encore lorsque votre bébé tète moins souvent que d’habitude, et également lors d’un sevrage trop rapide. … Continuer la lecture de Comment réagir lors d’un engorgement mammaire ?

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Elise Dufour, sage -femme nous explique l’engorgement et son traitement.

Il peut arriver durant l’allaitement que les seins deviennent très tendus et douloureux, on parle alors d’engorgement mammaire. Cela peut se produire lors de la montée de lait, ou encore lorsque votre bébé tète moins souvent que d’habitude, et également lors d’un sevrage trop rapide.

L’engorgement n’est que la première étape d’un processus amenant des complications (de la mastite à l’abcès du sein, pouvant nécessiter une intervention chirurgicale). Il ne faut pas compter sur le fait qu’un engorgement va se résoudre spontanément, il est conseillé de réagir rapidement afin de ne pas prendre le risque de complications.

Que faire lors d’un engorgement ?

On peut avoir l’image d’un léger excédent de lait dans les canaux qu’il va falloir évacuer, puis d’actions à mener pour apaiser l’inflammation.

Faire couler « l’excédent » de lait

Votre premier réflexe doit être de faire téter le bébé. Même s’il est somnolent ou s’il a mangé, on lui propose le sein.

Si votre bébé ne veut pas téter, il va falloir faire couler vous-même votre lait. Chaleur et massage doux vont aider l’évacuation du lait. Vous pouvez poser des gants chauds ou des bouillottes sur la poitrine, ou encore aller sous la douche. Vous allez en douceur exprimer votre lait de manière manuelle. Index et pouce bien écartés, plus largement que votre aréole, vous rentrez dans la profondeur du sein, contre votre cage thoracique, en maintenant le même écart entre les doigts. Puis en restant dans la profondeur, vous rapprochez vos doigts l’un de l’autre, en direction du centre du sein, puis enfin, en gardant les doigts rapprochés, vous remontez vers la partie superficielle du sein. Des gouttes de lait apparaissent au niveau du bout de sein, et éventuellement des jets de lait après quelques minutes. Vous pouvez pratiquer l’expression manuelle jusqu’à assouplissement des seins.

Des fois, le sein est tellement tendu que le bébé ne parvient plus à téter, et l’expression manuelle devient impossible et trop douloureuse. Dans ce cas, vous pouvez essayer la méthode du « verre d’eau chaude », qui fonctionne lorsque les seins sont très tendus. Dans la salle de bain, poitrine nue, vous remplissez un verre d’eau chaude mais non brûlante, à ras bord. Vous plongez le bout de sein dans le verre, et vous plaquez ce verre complètement contre votre sein, en appuyant suffisamment pour éviter les fuites, et en redressant le buste. Vous pouvez masser doucement le sein, et un flux de lait devrait apparaître dans le verre. L’écoulement se passe alors en douceur, et vous le prolongez en massant légèrement jusqu’à assouplissement de la poitrine.

Apaiser l’inflammation

Une fois les seins assouplis, vous allez pouvoir lutter contre l’inflammation locale, comme vous le feriez lors d’une entorse par exemple.

Vous pouvez appliquer du froid sur la poitrine : gants froids, poches réfrigérées (exemple de « fait maison » : vous pouvez imbiber des serviettes hygiéniques ou des couches avec de l’eau, essorez le surplus, et mettez- les sur la tranche avec une forme arrondie au congélateur quelques heures).

Vous pouvez réaliser des cataplasmes d’argile, en couche bien épaisse.

Le chou fonctionne très bien également. Prenez un chou à feuilles, qui a été conservé un peu au réfrigérateur. Placez des feuilles de chou dans votre soutien-gorge de manière à envelopper complètement les seins, puis changez après quelques heures.

Si vous avez une prescription médicale, ou une absence de contre-indication, vous pouvez prendre des anti-inflammatoires (demandez conseil à votre médecin), de préférence pendant les repas.

Que faut-il éviter de faire ?

Il ne faut pas avoir recours à une restriction hydrique. Buvez normalement, c’est-à-dire 2 à 3 litres par jour pendant l’allaitement.

Il ne faut pas bander / comprimer la poitrine. Il est conseillé de porter un soutien-gorge d’allaitement jour et nuit, de taille adaptée.

Et vous l’aurez compris je l’espère, il est formellement déconseillé d’arrêter l’allaitement ou d’arrêter de faire téter un sein engorgé. Au contraire, il faut particulièrement insister pour bien faire téter les seins engorgés afin de les drainer. Arrêter l’allaitement serait dommage pour votre bébé mais surtout ne ferait qu’empirer l’engorgement, et conduirait à l’apparition de complications.

Que faire en cas de persistance ou d’aggravation de l’engorgement ?

En cas de persistance ou d’aggravation de votre engorgement mammaire, contactez sans délai des professionnels de l’allaitement comme les sages-femmes ou les consultantes en lactation, afin d’être accompagnée rapidement tout en préservant votre allaitement.

Références bibliographiques :

pour en savoir plus sur l’engorgement

Leche League : engorgement
Leche league : revue de littérature concernant le recours au chou Protocole de l’Academy of breastfeeding
Recommandations nationales de l’ANAES : page 120

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Mon allaitement que rien ne pouvait freiner https://www.leblogallaitement.com/mon-allaitement-que-rien-ne-pouvait-freiner/ https://www.leblogallaitement.com/mon-allaitement-que-rien-ne-pouvait-freiner/#comments Wed, 03 Aug 2022 07:50:58 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2281 Témoignage de Julie, auxiliaire de puériculture, monitrice de portage, instructrice massage bébé et  animatrice LSF ( langue des signes ) bébé. Quand ce petit être est venu se loger au creux de moi après de multiples fausses couches et évènements malheureux, je l’ai ressenti comme une ode à la vie, un nouveau départ. Une grossesse mal … Continuer la lecture de Mon allaitement que rien ne pouvait freiner

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Témoignage de Julie, auxiliaire de puériculture, monitrice de portage, instructrice massage bébé et  animatrice LSF ( langue des signes ) bébé.

Quand ce petit être est venu se loger au creux de moi après de multiples fausses couches et évènements malheureux, je l’ai ressenti comme une ode à la vie, un nouveau départ.

Une grossesse mal vécue avec ce stress de la mort qui planait au-dessus de ma tête ne m’a pas permise de me projeter sur la naissance et le après ; je ne parvenais pas à me visualiser repartant de la maternité avec un bébé. J’étais loin de m’imaginer que porter la vie après la mort sera un défi constant. Alors quand on me parlait d’allaitement, je disais juste : « je vais essayer ! ».

Très prévoyante et bien endoctrinée par la société de consommation, j’avais acheté tout l’attirail (bouts de seins en silicone, tire-lait manuel, coussin d’allaitement, du lait en poudre, des biberons).

De par mon métier d’auxiliaire de puériculture en maternité, j’étais informée et consciente des pratiques autour de l’allaitement, du risque des compléments, de la perte de poids, et malgré tout je comptais y faire face avec mon conjoint comme meilleur soutien mais en réalité je n’avais pas confiance en moi.

Le jour J arriva, perte des eaux, début du travail, je ne gère pas la douleur et accepte la péridurale trop rapidement. S’ensuit une suite tellement prévisible : stagnation du travail, ralentissement du rythme cardiaque de mon bébé, bébé en souffrance. Le gynécologue passe alors et il m’a suffi d’un regard de sa part pour que je comprenne que rien n’allait se passer comme je le voulais. J’entends encore ces mots « code rouge » que je ne connais que trop bien. On pratique une césarienne en urgence. Et soulagement, bébé va bien, moi aussi ! C’est le principal comme on dit ! Seulement, qui dit césarienne, dit séparation.

Quand je retrouve mon bébé, je ne ressens rien, je l’observe, le câline comme le bébé de quelqu’un, je tente une mise au sein mais il est complètement ailleurs.

Je le regarde et je le garde contre moi toute la nuit, je tente de le mettre à mon sein mais je ne sais pas faire, je n’y arrive pas, il ne tète pas, il pleure. Je me dis alors que je ne sais pas l’apaiser. Régulièrement des auxiliaires viennent essayer de m’aider à « brancher » ce bébé car je refuse les compléments.

Je masse mes seins et exprime seule mon colostrum, ce qui va aider à faire venir ma montée de lait. Mon bébé reprend enfin du poids à j5 et nous pouvons sortir. Je pensais avoir tout gagné. Et je me dis que tout sera maintenant un long fleuve tranquille.

Pourtant ce qui m’attend ce sont des douleurs, des crevasses, un réflexe d’éjection fort difficile à gérer par mon bébé, un allaitement acrobatique, un bébé jamais apaisé. Je passe alors des heures sur les réseaux sociaux et sur le site de La Leche League pour comprendre, apprendre, chercher du soutien. En vain. L’allaitement n’est plus alors une option pour moi mais un but ultime.

Il m’aura fallu de multiples rencontres et échanges avec de nombreuses mamans, des professionnels pour mettre un mot sur la cause qui a gâché tous nos moments d’allaitement : les freins restrictifs. J’ai vécu une course effrénée d’ostéopathes en chiropracteurs, de pédiatres en sages-femmes, pour finir avec une consultante en lactation, et enfin, après ce périple, trouver une personne qui, au détour d’une conversation, avance simplement : « Tu as du terriblement souffrir ! » alors qu’elle regarde mon fils. Je suis ébranlée. Enfin quelqu’un a compris et a su me guider vers la suite de ce long voyage qui n‘est pas fini.

Inconsciemment, tout ce parcours m’a révélé en tant que mère. Il a changé ma vision professionnelle et de l’accompagnement. Aujourd’hui je me forme pour devenir consultante en lactation IBCLC. Et je n’ai mis aucune limite à la fin de mon allaitement. Je vis celui-ci en conscience avec mon petit bonhomme de presque 3 ans et nos moments lactés rechargent nos batteries mutuelles.

Cette histoire était écrite et prédestinée à changer mon destin.

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les difficultes d’allaitement d’un bebe différent https://www.leblogallaitement.com/les-difficultes-dallaitement-dun-bebe-different/ https://www.leblogallaitement.com/les-difficultes-dallaitement-dun-bebe-different/#respond Tue, 12 Apr 2022 08:06:57 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2269 Le bébé de Marion est né avec une laryngomalacie. Voici son histoire. Je pourrais vous parler de mon premier allaitement, intuitif, loin d’être parfait mais dont je suis fière, cet allaitement qui a pris fin le jour symbolique du 1an de mon petit Lou. Mais je vais plutôt vous raconter ma nouvelle aventure, celle que … Continuer la lecture de les difficultes d’allaitement d’un bebe différent

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Le bébé de Marion est né avec une laryngomalacie. Voici son histoire.

Je pourrais vous parler de mon premier allaitement, intuitif, loin d’être parfait mais dont je suis fière, cet allaitement qui a pris fin le jour symbolique du 1an de mon petit Lou.

Mais je vais plutôt vous raconter ma nouvelle aventure, celle que je partage chaque jour avec Jude depuis plus de 4 mois maintenant.

Il faut savoir qu’on pense que l’allaitement est inné, intuitif mais c’est surtout un sacré défi !

Je suis une femme confiante, battante et plutôt sûre de moi, surtout après l’allaitement de Lou.

Avant l’arrivée de numéro 2, j’ai voulu encore plus m’informer pour être incollable et mener mon second allaitement le plus loin possible. J’ai consulté avant sa naissance, une consultante en lactation IBCLC pour être prête à ma reprise du travail, avoir des conseils sur le tire-lait qui me conviendrait etc.

Mais à la naissance de Jude, je me rends très vite compte que son allaitement ne se déroule pas comme celui de mon aîné. Il se fatigue très vite, il a du mal à activer l’éjection du lait et s’endort sur le premier sein sans se réveiller quand je le stimule et lui propose le second. Il pleure beaucoup après chaque tétée. Pourtant, on vient de faire le rendez-vous pédiatre du premier mois et « tout va bien ». On nous a parlé d’un larynx mou mais il va bien et puis « ça passera tout seul ».

Très vite, depuis nos vacances en Corse, le papa et mois décidons d’appeler notre consultante IBCLC et lui racontons un peu le comportement de Jude. Cette dernière nous parle immédiatement d’un comportement typique d’un bébé avec une laryngomalacie. Bingo, dans le mille ! Les mots de « larynx mou » nous reviennent en boomerang.

Jude est né avec une laryngomalacie. En gros, les tissus des voies aériennes, situés au-dessus des cordes vocales sont trop souples et les muqueuses peuvent obstruer les voies respiratoires et ce cartilage immature peut amener à des difficultés respiratoires bien sûr mais aussi des difficultés pour s’alimenter.

Avec la consultante, nous avons mis en place des petites astuces pour booster ma lactation. Comme pour un bébé prématuré, il doit avoir tout le lait nécessaire dès qu’il attaque la tétée.

S’ il ne se nourrit pas assez, nous devons l’aider et nous devons le surveiller pour qu’il ne perde pas de poids et surtout, pour qu’il en prenne suffisamment.

Dans l’idée de mon allaitement parfait, j’avais omis que des difficultés qui ne nous étaient pas propres pourraient venir entraver ce parcours qui pour moi était si évident, si facile !

Dès notre retour de vacances, j’appelle un prestataire de services pour louer mon tire-lait qui allait devenir mon meilleur ami pour les mois à venir. A partir de ce jour, je me lance dans un sacré défi : nourrir suffisamment mon bébé et tirer du lait supplémentaire pour essayer de lui proposer des biberons en plus du sein. Jude les refusera dans un premier temps, alors je remplis le congélateur en prévision de mon retour à une activité professionnelle et à l’entrée de mon tout petit en crèche pour ses 3 mois.

Arrive la séparation, et là, c’est un nouveau marathon qui s’impose à moi : allaitement à la demande (évidemment !) à la maison et tirer mon lait dès qu’il n’est pas là, que je sois en déplacement ou en télétravail. Je suis freelance dans la publicité alors je suis plutôt flexible dans mon planning mais du coup, mes différents employeurs ne sont pas nécessairement informés de ma nécessité de tirer mon lait.

Et enfin, dernier challenge, et pas des moindres : la crèche. Si vous avez déjà décidé d’allaiter votre bébé et l’avez placé en crèche, alors vous savez sans doute de quoi je parle.

Il nous a fallu trouver notre rythme avec les biberons : donner assez de lait pour la journée, sans trop en donner sinon, direction l’évier (et là, chaque maman a déjà eu envie de pleurer toutes les larmes de son corps !), préparer en avance les biberons avec les « bonnes » quantités (car le personnel ne « manipule pas le lait maternel ») quand on ne sait pas vraiment ce que prend notre bébé puisqu’il est au sein.

Et c’est parti pour les pains de glace, les sacs de congélation, les petites étiquettes, les « On a dû jeter 4 biberons », « Il n’a pris que 50ml aujourd’hui », le médecin de la crèche qui insiste pour essayer du lait artificiel « au cas où », les chiffres sur la balance qui se répètent et ne bougent pas au fil des semaines alors qu’on fait tout pour.

Et puis, on ne lâche rien, ni le papa, ni moi. Mon homme me soutient, chaque jour. C’est mon pilier, mon « pap’assistant » comme on aime à l’appeler.

Et puis le temps passe, les puéricultrices sont un peu plus souples à la crèche, ils apprennent à se connaître et Jude prend un petit peu plus chaque jour.

Moi je cours, entre les studios, la maison, la crèche. Mon tire-lait souvent à la main, je cuisine, je me maquille pendant que je suis « branchée ».

Mais finalement, on trouve notre rythme et surtout on s’adapte !

Et hop ! un deuxième confinement, on décide de garder les enfants à la maison, alors mon corps et mes seins sont à nouveau sollicités dans un nouveau rythme. C’est le retour de Jude à la maison à temps complet. Ceci dit, parfois je peux télé-travailler un peu et papa est là ; il propose des biberons de mon lait, il m’amène mon tire-lait, une infusion, veille à ce que j’ai toujours une bouteille d’eau à portée de main.

Certains jours, je sens que ma production faiblit ; ça arrive mais on sait quoi mettre en place, on sait y remédier et nous avons confiance. On materne, on materne, on se noie d’amour et on se dit que cette période étrange nous apporte quelque chose de précieux : du temps tous les quatre.

Finalement j’ai appris encore un peu plus à écouter mon instinct, à écouter mon corps et l’accompagner dans chaque étape de ma vie, de nos vies, pour moi, pour mes enfants.

L’allaitement, c’est décidément bien plus qu’une simple histoire nourricière.

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les debuts difficiles, une victoire meritee https://www.leblogallaitement.com/les-debuts-difficiles-une-victoire-meritee/ https://www.leblogallaitement.com/les-debuts-difficiles-une-victoire-meritee/#respond Fri, 21 Jan 2022 16:10:11 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2257 Maman de deux jeunes enfants, Perrine est réflexologue. Voici mon histoire J’ai accouché d’une petite fille poids plume après une grossesse assez mouvementée et éprouvante. J’avais beaucoup écouté les expériences d’allaitement de mes amies. J’avais compris et retenu que cela pouvait être difficile, douloureux voire fatiguant parfois. Pour le coup, je n’envisageais l’allaitement que comme … Continuer la lecture de les debuts difficiles, une victoire meritee

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Maman de deux jeunes enfants, Perrine est réflexologue.

Voici mon histoire

J’ai accouché d’une petite fille poids plume après une grossesse assez mouvementée et éprouvante. J’avais beaucoup écouté les expériences d’allaitement de mes amies. J’avais compris et retenu que cela pouvait être difficile, douloureux voire fatiguant parfois. Pour le coup, je n’envisageais l’allaitement que comme une possibilité “si ça ne devenait pas trop compliqué“. J’avais préparé une batterie de biberons prête à l’emploi. Bien que je sois très orientée médecine naturelle et alimentation saine et non transformée depuis mes 20 ans, allaiter était loin d’être une conviction consciente !

Et cet ange s’est alors déposée dans ma vie… Première rencontre, premier regard. Je suis surprise par son instinct de vie, je la vois sentir le sein, l’attraper et me regarder, comme si tout cela était facile et programmé pour aller de soi. Nous baignons dans un bain d’ocytocine. Le temps de peau à peau est merveilleux bien que trop court à mes yeux. Nous retournons en chambre. Mon bébé idyllique se repose après son si long voyage. Nous sommes une maman et un papa comblés. Mon compagnon nous laisse ému aux larmes promet de revenir tôt le lendemain matin.

Le séjour à la maternité

J’essaie alors de donner le sein à mon bébé, mais cette fois-ci ça fait mal. Je sers les dents. On affirme que c’est normal, on me réinstalle et on me conseille d’appeler quand j’ai du mal à mettre mon bébé au sein. Je demande de l’aide pour chacune des tétées afin que l’on vérifie que ma fille est bien installée. Je reçois alors un flot de réponses péremptoires : “C’est normal que ça fasse mal”, “elle ne sait pas téter ; elle n’y arrivera jamais”, “c’est quand même pas compliqué“. Et puis les douleurs me submergent : celles de l’allaitement, celles de l’accouchement, celles de l’épisiotomie ; elles s’ajoutent à mon épuisement grandissant autant moral que physique. Un compte-rendu écrit de mon accouchement m’apprendra, 8 jours plus tard, que j’ai perdu 1 litre de sang lors de mon accouchement. Il a même fallu me perfuser.

Je n’ai pas le droit de prendre mon bébé dans mes bras quand je fais quelques pas dans le couloir de la maternité : “Attention madame, elle est fragile ». Je suis pressée de rentrer chez moi et d’échapper à un lot de rites que je juge agressifs. Je me sens alors si fragile. On m’a intimé l’ordre de réveiller ma fille de force pour la nourrir. Je trouve ça laborieux et même cruel.

Enfin à la maison

Enfin chez moi, je retrouve une certaine tranquillité mais je reste seule face à mon allaitement. Ma mère assure que ma fille a faim, que je n’ai pas assez de lait, que c’est comme ça et qu’il faut que je me résolve à donner le biberon. Le pédiatre en rajoute et rejoint les dires de ma mère. Pour autant, je ne parviens pas à abandonner au profit du lait industriel et j’ai recours à un tire-lait pour offrir un peu plus de lait à mon bébé. J’obtiens alors 40 ml de lait avec difficulté. N’ai-je donc réellement pas assez de lait pour ma fille ?

Mon embarras ne s’arrête pas là. Des crevasses sont apparues et me font terriblement souffrir. Je suis prête à abandonner à tout bout de champs. Mes nuits sont courtes, difficiles. Ma petite puce demande à téter sans cesse. Malgré tout, je ne me résous pas à donner ce fameux biberon. Je m’inquiète que mon bébé ne se retrouve perdu entre le sein et la tétine. Je tiens 3 semaines ainsi. Je sens au fond de moi que, malgré tout, mon lait est ce qu’il y a de meilleure pour elle. Son papa est à mes côtés et il est à peu près aussi démuni que moi. Pour lui, j’ai de la chance dans ma peine : j’ai tout de même du lait, c’est moi la maman, c’est moi qui sait.

Pourtant je suis perdue. A bout de force, de fatigue, de douleurs, je me morcelle. Je décide de jouer une dernière carte, et si ça ne va toujours pas, je lâcherai.

J’appelle une consultante en lactation

Et là, alors que j’ai le sentiment d’être au bout du bout, prête à renoncer à contrecœur, à constater mon échec, je trouve enfin le soutien dont j’avais tant besoin. Comme par miracle, assise dans mon canapé à expliquer comme je lutte, comme j’ai mal, comme ma fille pince, je constate qu’elle tète “pour de vrai” et sans me blesser. Il aura fallu 3 semaines pour que ça se mette en place. J’aurai mis 3 semaines à trouver le soutien adéquat, et une bienveillance sincère à mon égard.

Je rassemble les conseils de cette consultante. Je troque mon tire-lait pour un modèle plus adapté. Je mets mon bébé au sein de façon plus harmonieuse et j’ajoute à mon régime quelques compléments alimentaires. Peu à peu, je retrouve la confiance que je perdais.

Le chemin – une véritable lutte finalement – a encore duré quelques semaines. Au moindre temps libre, je tirais mon lait. Mon ami prenait le relais la nuit pour que je me repose entre deux tirages. Les tétées étaient nombreuses, et complétées par mon lait tiré. Et tous ces efforts ont fonctionné. Petit à petit, le tire-lait est devenu l’allié de ma victoire. Les flacons de recueil se remplissaient aisément et ma fille pouvait à présent boire sans efforts.

Mon couple a souffert de ce surcroît de fatigue, c’est vrai, mais quelle joie d’arriver à dépasser toutes ces épreuves, à allaiter sereinement mon enfant, à percevoir le soutien sans faille et sans doute de mon conjoint. Aussi quand à l’aube des 2 mois et demi de ma fille – la fin du congé maternité français, j’ai eu le droit à « Il est temps de penser au sevrage », « Quand est-ce que tu arrêtes de l’allaiter ? » j’ai naturellement rétorqué : « Arrêter l’allaitement ? C’était enfin rôdé, enfin simple. Je n’ai pas fait tout ça pour arrêter maintenant ». et j’ai pu poursuivre mon aventure lactée aussi longtemps que je l’ai souhaité, avec le soutien indéfectible de mon compagnon.

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allaiter au rythme de la vie d’artiste https://www.leblogallaitement.com/allaiter-au-rythme-de-la-vie-dartiste/ https://www.leblogallaitement.com/allaiter-au-rythme-de-la-vie-dartiste/#respond Tue, 04 Jan 2022 14:50:30 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2251 Je suis Malvina, comédienne et maman de 2 enfants de 5 ans et 10 mois. J’alterne des temps de chômage et des périodes de travail très intenses avec des journées de plus de 12h, parfois hors du domicile pendant plusieurs jours ou semaines. L’allaitement est donc rythmé par ce mode de vie un peu particulier. … Continuer la lecture de allaiter au rythme de la vie d’artiste

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Je suis Malvina, comédienne et maman de 2 enfants de 5 ans et 10 mois. J’alterne des temps de chômage et des périodes de travail très intenses avec des journées de plus de 12h, parfois hors du domicile pendant plusieurs jours ou semaines. L’allaitement est donc rythmé par ce mode de vie un peu particulier.

Pour mon premier enfant né en mars 2015, l’allaitement s’est mis en place très facilement et j’ai adoré ça dès le début. Je n’avais fait aucun « plan » sur sa durée et autour de moi je ne connaissais personne qui avait nourri son enfant au sein plus de 6 mois. Une copine m’avait parlé de la Leche League et c’est en m’inscrivant sur un groupe de discussion que j’ai découvert que des mamans allaitaient au long cours. Chez nous, plus les mois passaient, moins je voyais l’intérêt d’arrêter ce qui était bon pour mon fils et sans contrainte pour moi. Je me suis donc lancée dans un allaitement à durée indéterminée en me disant qu’avec pas mal d’organisation et un peu de lâcher prise, ça devrait le faire !

A l’époque j’habitais et je travaillais sur une péniche spectacle. L’équipe artistique était composée d’amis compréhensifs et mon conjoint y travaillait également. Nous prenions donc Marcel en porte-bébé et le déposions dans sa cabine avec le baby phone lorsqu’il dormait. Il pouvait téter à la demande et mes camarades étaient ravis de le prendre avec eux quand ils n’étaient pas sur scène. J’ai loué un petit tire-lait à piles (très pratique quand on part en tournée en camion par exemple). Les soirs de spectacle nous prenions une baby-sitter et je tirais mon lait avant d’aller jouer.

Entre avril et juin 2016, il est allé chez une assistante maternelle car cela devenait difficile : il voulait tout explorer et je ne pouvais plus être à ce que je faisais tout en ayant un oeil sur lui.

La personne était super mais pas très à l’aise avec le lait maternel. Je lui ai donné un tableau de conservation mais comme je ne la sentais pas complètement sereine et que Marcel avait déjà 1 an on a trouvé un compromis. Je lui emmenais de temps en temps mon lait et sinon, elle pouvait lui proposer du yaourt. J’allais le chercher entre 16h30 et 18h et la tétée de retrouvailles était très appréciée par lui et moi. Je ne tirais pas mon lait à midi car ma lactation était bien en place et les mercredis, samedis et dimanches, il lui arrivait encore de téter avant ou après le déjeuner. A cette époque, il tétait entre 4 et 6 fois par jour environ.

Dans le même temps, j’ai commencé à m’absenter pour de courtes tournées de 1 ou 2 nuits. J’avais un stock de lait au congélateur et nous donnions à Marcel , des yaourts au lait de brebis ou un morceau de fromage. De mon côté, je faisais 2 ou 3 tirages par jour, j’avais 2 sacs isothermes avec des pains de glace ce qui permettait à mon lait de rester bien frais avant de le mettre au réfrigérateur. Si le trajet retour était trop long et que les conditions n’étaient pas réunies pour une conservation optimale, je versais le lait dans le bain du bébé.

En juillet 2016, nous sommes partis 3 semaines à Avignon pour un festival de théâtre où les journées sont intenses et éprouvantes. Nous devions habiter avec l’équipe du spectacle mais mon conjoint et moi avons demandé à récupérer notre part du budget. Nous avons loué une maison pour permettre à nos parents de venir et se relayer pour garder notre fils. Cela nous a coûté un peu d’argent et pas mal d’énergie mais j’ai pu continuer à allaiter Marcel sans gêner personne.

A la rentrée 2016 il avait 18 mois et j’avais très envie de poursuivre l’allaitement. J’avais entendu pas mal d’anecdotes de mamans qui avaient laissé tomber parce que certaines structures d’accueil n’étaient pas favorables à prendre le lait maternel. Je me suis dit que pour continuer, le mieux était de choisir un lieu « tétée friendly » et pro maternage. C’est ainsi que Marcel a intégré une crèche parentale où le personnel est extrêmement bienveillant avec les enfants. Le lait maternel y est accepté simplement et avec plaisir. L’allaitement sur place ne pose aucun problème et les besoins des enfants sont au coeur du projet pédagogique. La crèche parentale prend du temps mais nous y avons appris beaucoup et passé de très beaux moments. J’ai pu continuer mon allaitement sans prise de tête et j’ai rencontré des mamans allaitant leur enfant (ou pas !) 1 an, 2 ans et plus.

Un nouveau séjour de 2 semaines à Avignon se profilait pour juillet 2017 et je devais y aller seule. Je ne voulais pas sevrer Marcel à ce moment-là, me disant que 2 semaines de séparation plus un sevrage ça faisait un peu beaucoup pour nous deux. J’ai profité d’une tournée de 5 jours en avril pour le sevrer. Marcel avait 2 ans et ne tétait plus que 2 ou 3 fois par jour. A mon retour et pendant 3 jours il a demandé à téter le matin, mais il est vite passé à autre chose fort de cette magnifique période que je revis maintenant avec mon 2ème enfant.

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Allaitement de mes twincess https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-de-mes-twincess/ https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-de-mes-twincess/#comments Tue, 31 Aug 2021 08:43:53 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2222 Ci dessous vous trouverez le récit d’Elodie, maman de Céleste et Amélia. Mon parcours de maman a démarré fort : 4 fausses couches consécutives et enfin une grossesse menée à terme. Lors de l’échographie de datation, on détecte une grande poche et deux vésicules vitellines contenant chacune un bébé. Je vais avoir des jumeaux ! Quelques ombres … Continuer la lecture de Allaitement de mes twincess

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Ci dessous vous trouverez le récit d’Elodie, maman de Céleste et Amélia.

Mon parcours de maman a démarré fort : 4 fausses couches consécutives et enfin une grossesse menée à terme. Lors de l’échographie de datation, on détecte une grande poche et deux vésicules vitellines contenant chacune un bébé. Je vais avoir des jumeaux !

Quelques ombres au tableau de ma grossesse

Les événements générateurs de stress démarrent pour nous. Mes jumelles monozygotes, qui partageaient le même placenta montrent une différence de croissance à l’échographie qui ne va que se creuser avec le temps. Enceinte de 19 semaines, nous rencontrons une spécialiste en anténatalogie. Elle craint qu’il me soit compliqué de mener ma grossesse gémellaire à son terme. Le plus petit bébé présente des soucis avec son cordon. Résistera-t-elle ? Le cap des 25 semaines d’aménorrhée est cependant atteint ; le médecin préconise alors une injection de corticoïdes pour activer la maturation pulmonaire des bébés.

A 28 semaines, je démarre un travail spontané car la plus grande de mes bébés, Amélia appuie sur mon col utérin. Débute alors un long séjour en service de grossesse pathologique puis en néonatalogie. La peur d’une anomalie nous tient. Les problèmes s’accumulent en une semaine : il est temps que je leur donne naissance, me fait-on comprendre.

Mes filles sont là

Céleste et Amelia naissent un beau jour d’automne, après une grossesse tumultueuse et une naissance par césarienne jugée inévitable. Mes filles voient le jour en salle d’opération où l’équipe a veillé à mon confort et mon bien-être, notamment en diffusant une musique apaisante. Elles apparaissent à deux minutes d’intervalles, si petites, fragiles et déjà si vigoureuses. J’ai à peine le temps de les voir, de les toucher que l’équipe les emmène pour prendre soin d’elles. Dans la précipitation, on oubliera d’immortaliser ce moment en photo. Je pourrai voir mes filles et les toucher à nouveau 7 heures plus tard.

Il existe plusieurs stades de prématurité, lesquels nous donnent de bons indicateurs sur la viabilité des bébés à venir et sur les possibles difficultés qu’ils vont rencontrer. Ils constituent des paliers à atteindre. Chaque semaine, chaque jour, chaque heure gagnée représente un grand pas en avant, un espoir pour l’avenir.

Ainsi sont arrivées mes deux « twincesses » comme j’aime les surnommer, contraction de twins (jumeaux en anglais) et princesses. Deux magnifiques petites filles de respectivement 2,150 kg et 1,350 kg à quasiment 31 semaines, soit la veille de mon entrée dans le 7ème mois de grossesse.

Je ressens un immense mélange de bonheur, de joie, et d’angoisse. La peur viscérale qui me tenaillait enceinte est toujours présente. Mes bébés qui auraient pu ne pas survivre in utéro vont-elles maintenant s’adapter et franchir les lourdes étapes de la vie à l’air libre ? J’apprends à faire confiance. Si quelque chose doit arriver, une équipe médicale compétente est là pour sauver mes bébés. On peut agir, on n’est plus impuissant comme c’était le cas alors qu’elles étaient dans mon ventre.

Je décide de créer un lien avec mes enfants coûte que coûte

Qu’elle ait pu être anticipée ou non, la prématurité n’en reste pas moins difficile à accepter et chamboule un projet de naissance. Elle m’a paru abrupte, froide et douloureuse. Elle s’apparente à un véritable parcours du combattant, à des montagnes russes émotionnelles, ponctuées d’espoir, de petites victoires et de rechutes, et parfois à une descente aux enfers. Dans cette épreuve, la cohésion des parents est importante si leur père est suffisamment présent avec la maman soignante. Souvent, j’ai eu l’impression de faire un pas en avant, puis deux en arrière.

Mes filles sont là et j’éprouve déjà à leur égard un amour intense, inconditionnel. Pourtant, créer le lien avec mes bébés en couveuse a représenté un sacré défi. Au début, j’étais présente essentiellement pour les soins, je savourais le peau à peau malgré les tuyaux. J’ai cru une nouvelle fois les perdre lorsqu’un staphylocoque est venu se loger tout prêt de leur cœur. J’ai été admirative lorsqu’elles ont été sevrées de la sonde d’oxygène et qu’elles ont surmonté un reflux pathologique.

L’allaitement et le tire-allaitement

Dès l’annonce de ma grossesse, l’allaitement s’est imposé à moi comme une évidence, et j’ai énormément appris sur les réseaux sociaux et dans des livres. J’y ai trouvé des contenus riches et gratuits. Pourtant, aucun n’a été suffisant pour affronter l’angoisse du rythme des tétées et des quantités à tirer. Je ne savais pas répondre aux réflexions désobligeantes et encore moins réfuter certaines idées reçues. Je refusais pourtant de courber l’échine et d’accepter les biberons.

Mon tire-allaitement a démarré dès la salle de réveil post césarienne. J’ai recueilli mon colostrum manuellement, puis je me suis retrouvée seule dans ma chambre avec mon tire-lait alors que mes bébés étaient deux étages en dessous et que ceux des autres mères juste à côté se faisaient entendre. Un déchirement atroce. Surmonter des engorgements, deux mastites, apprendre à apprivoiser ce tire-allaitement qui allait m’accompagner 12h par jour pendant 4 mois, trouver la taille de téterelles adéquate ont représenté de grands défis. Mes filles ont d’abord été alimentées par sonde nasogastrique, puis au « DAL » (Dispositif d’Aide à la Lactation) au doigt et enfin au « DAL au sein. » Les premières mises au sein se sont accompagnées de bradycardies affolantes. Un pas en avant, deux pas en arrière.

Je me suis promise d’allaiter

Les jours passant, nous avons fini par demander un transfert dans un hôpital plus proche de notre domicile. Le personnel manquait d’expérience pour m’accompagner dans mon souhait d’allaiter mes filles ; il s’y opposait même parfois arguant que le biberon serait plus facile. Je me suis donc organisée seule pour permettre à mes filles de téter. En bout de course, je me suis résignée et j’ai cédé à la pression du personnel hospitalier qui demandait que mes filles soient nourries avec des biberons de lait maternel enrichi pour qu’enfin on nous laisse rentrer chez nous.



Les difficultés de succion

L’introduction forcée du biberon a provoqué une confusion contre laquelle j’ai dû me battre : la succion de mes filles n’était pas suffisamment efficace pour qu’elles puissent passer du biberon au sein sans difficulté. Toutefois, le recours au biberon de complément de lait maternel enrichi a permis que l’on sorte enfin après plus de trois mois et demi d’hospitalisation Puis nous sommes passées du biberon au DAL et enfin au sein. J’ai mené ce parcours seule, sans l’aide de l’équipe médicale.

La prise de poids de mes filles restait toutefois modérée. Les deux pédiatres de néonatalogie me parlent de les diversifier à 4 mois pour qu’elles prennent davantage de poids alors qu’elles étaient nées avec deux mois d’avance ! Je refusais. Après avoir sollicité l’aide d’une nouvelle consultante en lactation, on a fini par comprendre pourquoi mes filles peinaient à téter : elles présentaient des troubles de l’oralité.

J’ai le sentiment que j’aurais sans doute encore plus mal vécu cette prématurité si je n’avais pas allaité. En outre, ma relation avec mes jumelles n’aurait pas été aussi forte, aussi fusionnelle. Les allaiter, les mettre en peau à peau, leur donner tout ce temps, nourrir cette conviction que je leur donne le meilleur me procure un sentiment d’apaisement. A 24 mois, l’allaitement est toujours le pilier de notre relation mère – filles. Finalement, j’ai tenu bon et je suis même heureuse d’avoir offert 25 litres de lait au lactarium pour aider d’autres bébés. Les tétées s’espacent doucement aujourd’hui et je me sens fière d’en être arrivée là où je suis. Cette aventure m’a appris la ténacité.

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ÉCOUTER CETTE PETITE VOIX INTÉRIEURE https://www.leblogallaitement.com/ecouter-cette-petite-voix-interieure/ https://www.leblogallaitement.com/ecouter-cette-petite-voix-interieure/#respond Tue, 10 Aug 2021 13:32:06 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2207 Les bonheurs et les difficultés rencontrées pendant la maternité et l’allaitement, la découverte du soutien de mère à mère au sein d’une association de mère à mère ont donné envie à Cécile, maman de trois enfants de se former et d’aider à son tour les futurs parents et les jeunes parents. Aujourd’hui, elle nous parle … Continuer la lecture de ÉCOUTER CETTE PETITE VOIX INTÉRIEURE

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Les bonheurs et les difficultés rencontrées pendant la maternité et l’allaitement, la découverte du soutien de mère à mère au sein d’une association de mère à mère ont donné envie à Cécile, maman de trois enfants de se former et d’aider à son tour les futurs parents et les jeunes parents. Aujourd’hui, elle nous parle de sa vision de l’allaitement.

Mes trois enfants ont respectivement 13, 5 et 3 ans aujourd’hui. J’ai découvert l’allaitement avec mon second enfant. Lors de ma première grossesse, je n’étais pas sûre d’avoir envie d’allaiter, je souhaitais lui donner la tétée d’accueil et puis ensuite, voir si j’allais continuer ou non, si cela me plairait. Mais un accouchement long et compliqué, un bébé endormi, une tétée d’accueil ratée… et un accompagnement insuffisant ont mis fin à ce premier allaitement avant même qu’il n’ait débuté. Ce fût pour moi un échec.

Pendant toutes ses longues années à essayer d’avoir un second enfant, mon souhait d’allaiter devenait de plus en plus important. Quand je suis tombée enceinte, il était évident que j’allaiterais ce bébé… mais j’étais loin d’imaginer ce qui m’attendait…

Dix jours avant mon accouchement, mon mari a fait un infarctus. A partir de ce moment-là, je me suis mise dans ma bulle, mon objectif était de maintenir le cap, de protéger au mieux mon fils ainé et ce bébé qui allait arriver parmi nous. Il était impensable pour moi d’accoucher sans mon mari. Cette épreuve a renforcé mon désir d’allaiter malgré les paroles décourageantes de mon entourage : « Avec ce qui t’arrive, es-tu sûre de vouloir et de pouvoir allaiter ? », « Tu vas avoir beaucoup de choses à gérer toute seule, ce serait plus simple de donner le biberon », « Tu es épuisée, l’allaitement va t’épuiser encore plus », « Tu sais, moi je n’ai jamais eu assez de lait, alors toi, dans ta situation… ».

Mon mari a eu la possibilité d’assister à l’accouchement mais il n’avait pas la force de m’aider à gérer ce bébé. L’accouchement s’est bien passé, bébé a trouvé le chemin du sein très rapidement, quel bonheur de pouvoir vivre la tétée d’accueil !! Ma montée de lait est arrivée au bout de trois jours, mais mon bébé me blessait les mamelons, les crevasses sont vite apparues, les tétées étaient difficiles, mon fils ne prenait pas très bien le sein, les tétées n’étaient pas sereines, il pleurait beaucoup. Le personnel soignant était présent à chaque mise au sein, me prenant le sein et tenant la tête de mon bébé jusqu’à ce qu’il le prenne. J’étais gênée de cette intrusion dans mon intimité et je me sentais tellement incompétente lors des mises au sein. Mon bébé avait tendance à s’étouffer, à régurgiter des glaires par la bouche et par le nez. Mon bébé tétait de moins en moins, était endormi. Je me sentais démunie, incapable de nourrir ce bébé… J’étais épuisée, pleurais beaucoup.

A la maternité, très vite le personnel soignant m’a dit qu’au vu des conditions, je devais me reposer, qu’il fallait que je laisse mon bébé les nuits en nurserie, ils ne m’ont pas laissé le choix. J’ai commencé à tirer mon lait, même si aucune goutte de lait ne sortait, mes seins étaient très tendus et douloureux au point de ne plus pouvoir les toucher… Et j’entendais mon bébé hurler de l’autre bout du couloir, j’ai demandé à ce qu’il dorme auprès de moi, le personnel me disait que tout allait bien, que je devais me reposer… que je verrais mon bébé le lendemain matin. Le matin, mon bébé était épuisé d’avoir tant pleuré… Je me suis sentie impuissante, incapable de m’occuper de ce bébé que j’avais tant désiré… Et pourtant, au fond de moi, il était impossible de renoncer à cet allaitement.

J’ai contacté la sage-femme avec qui j’avais suivi les cours de préparation à l’accouchement. Elle a entendu ma détresse et m’a mis en contact avec une personne bénévole dans une association de soutien à l’allaitement. Cette écoute, les conseils bienveillants donnés par cette femme m’ont fait un bien fou, m’ont redonné le courage de continuer cette belle aventure avec mon bébé.

Au bout de 5 jours, nous sommes rentrés à la maison, avec une ordonnance pour une boite de lait « pour le cas où » et quelques biberons de lait tout prêts. Nous avons pris rendez-vous vers un ostéopathe qui a travaillé sur les cervicales et le ventre de mon bébé. Cela a fait son effet puisque les tétées étaient plus faciles, mon bébé tétait mieux et mes crevasses se sont résorbées. Ma lactation s’est mise en place. Mon bébé prenait du poids et semblait plus serein et moi-aussi. J’ai repris confiance en moi et au fait que j’étais capable d’apporter à mon bébé tout ce dont il avait besoin.

Allaiter mon bébé m’a appris à écouter ma petite voix intérieure, à suivre mon instinct et m’a permis de tisser un lien unique avec mon enfant. Lien d’autant plus important pour moi que les conditions de sa naissance ont été difficiles. Même si au départ, je me disais « quand mon bébé sera diversifié…quand il marchera… j’arrêterais de l’allaiter »… Je n’ai jamais trouvé de bonnes raisons d’arrêter. Je savais au fond de moi que j’allaiterais jusqu’à ce que mon bébé ou moi-même ne le souhaite plus. Et cette belle histoire a duré jusqu’au jour ou naturellement il n’a plus demandé à téter.

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Caries précoces chez un jeune enfant allaité https://www.leblogallaitement.com/caries-precoces-chez-un-jeune-enfant-allaite/ https://www.leblogallaitement.com/caries-precoces-chez-un-jeune-enfant-allaite/#respond Tue, 06 Apr 2021 08:20:46 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2141 La docteure Muriel Mermilliod, consultante en lactation IBCLC, formatrice en allaitement maternel, accompagnante Biological Nurturing© et chirurgien-dentiste est l’une des spécialistes françaises de la lactation humaine et de l’allaitement maternel. Elle a créé Lait’xcellence formation pour accompagner les professionnels dans leur projet de soutenir les mères allaitantes. Elle accompagne également quotidiennement les mères en consultation … Continuer la lecture de Caries précoces chez un jeune enfant allaité

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La docteure Muriel Mermilliod, consultante en lactation IBCLC, formatrice en allaitement maternel, accompagnante Biological Nurturing© et chirurgien-dentiste est l’une des spécialistes françaises de la lactation humaine et de l’allaitement maternel. Elle a créé Lait’xcellence formation pour accompagner les professionnels dans leur projet de soutenir les mères allaitantes. Elle accompagne également quotidiennement les mères en consultation d’allaitement en Guadeloupe notamment. Elle nous parle aujourd’hui des caries du jeune enfant.

Une incisive qui se casse non loin de la gencive, presque comme si on l’avait sciée, une autre qui s’abîme avec une zone paraissant toute molle, jaune ou plus foncée et tirant vers le marron, des surfaces et tâches blanchâtres comme de la craie aux contours friables : vous voilà complètement déroutée et inquiète devant l’apparence des dents de votre enfant.

Votre bébé allaité présente des caries, devez-vous le sevrer ?

Vous réalisez que votre enfant allaité présente des caries et votre premier réflexe, à juste titre, est de consulter un pédodontiste ou un chirurgien-dentiste pour lui confier la prise en charge.

Dans un second temps, et en plus des soins réalisés, vous vous orientez peut-être vers une consultante en lactation parce que l’un ou l’autre de vos référents de santé aura désigné l’allaitement comme cause possible, ou vous aura demandé de sevrer, ce qui mérite bien un accompagnement car ni vous, ni votre enfant n’y étiez préparés.

Si, pour les consultant(e)s en lactation, les caries précoces de l’enfant constituent un motif relativement rare de consultation, il n’en demeure pas moins un. Et ces professionnel(le)s sont compétents pour vous apporter un soutien et des informations adéquats. Dans le cas de figure où une consultation individuelle n’est pas envisageable pour vous, voici quelques repères qui pourraient vous aider et qui vous sont transmis pour tenter d’éclairer la situation. Je mobilise à ce titre ma double compétence de docteur en chirurgie-dentaire, dont j’ai cessé l’exercice, et de consultante en lactation IBCLC, exercice auquel je me consacre à temps plein depuis 9 ans. Je me permettrai ensuite d’ajouter mon regard de mère à cette double compétence.

Le syndrome du biberon retrouvé chez l’enfant allaité ?

Force est d’avouer que pour le chirurgien-dentiste, il est bien tentant d’associer chez le tout petit allaité le communément nommé « syndrome du biberon » avec l’apparition d’une atteinte précoce des dents de lait. A la surprise du professionnel, le tout petit est peut-être d’ailleurs « encore allaité » à 13, 15, 18, ou même 24 mois. Il se trouve même médaillé de surcroît d’enfant « qui tète encore la nuit ! ». Et pourtant… ce raccourci est bien vite pris !

Les composants du lait maternel ont un effet protecteur

Certes, le lait maternel est sucré. Pour autant, le pH salivaire après une tétée n’est pas aussi acide qu’après un repas solide ou un biberon de préparation pour nourrissoni. Et la lactoferrine, pour ne citer que ce composant bien étudié, s’oppose au développement des bactéries impliquées dans la carie dentaire. La liste est longue pour mener une réflexion approfondie qui ne va pas dans le sens d’un pouvoir hautement cariogène du lait maternel.

La lecture des études scientifiques ne permet actuellement pas d’établir la preuve d’un lien de cause à effet entre l’allaitement au-delà d’un an, y compris la nuit, et l’apparition de caries précoces. En ce sens la CoFAM a publié des recommandations concertées pour la bonne santé bucco-dentaire du tout-petit, rédigées en collaboration avec la faculté d’odontologie de Nancy.

Les tétées nocturnes comme facteur aggravant et non prédisposant

J’ai été confrontée professionnellement à ces bambins qui sont amenés à consulter à la fois très jeunes (2-3-4 ans) et à la fois tardivement en fait car l’échange avec les parents, lorsque la question leur est posée(!), évoquait le plus souvent une dent de couleur inhabituelle dès son éruption, soit à 6 mois, ce qui devrait idéalement constituer un motif de consultation à cet âge. Cette suggestion rejoint d’ailleurs pleinement les recommandations de l’UFSBD qui met l’accent d’emblée sur l’existence d’émails anormalement formés repérables entre 6 et 12 mois (la fenêtre courante de l’éruption des incisives temporaires). Si tel est le cas, on peut aussi suggérer que des tétées nocturnes ne seront pas une cause mais un facteur aggravant sur un terrain destiné à développer une maladie carieuse tôt ou tard. Cela oriente le soutien dont vous avez besoin vers des soins appropriés, des mesures d’hygiène buccale et dentaire adaptées et sur-mesure et une surveillance fréquente car les soins apportés peuvent perdre leur herméticité rapidement lorsque les tissus sont anormalement constitués. Il ne sera pas alors forcément question d’envisager un sevrage soudain.

À ce regard s’ajoute mon expérience de mère.

Mon premier enfant allaité au-delà de deux ans, et la nuit jusqu’à 20 mois, n’a développé aucune carie et ses dents étaient parfaitement constituées. Lors de l’éruption de la première incisive de mon deuxième enfant, au moment où seulement quelques millimètres passent le bord de la gencive et que l’on s’extasie de cette étape du développement, j’ai pu remarquer un émail anormal, poreux qui, c’était évident pour mes yeux professionnels, allait se carier rapidement, tétées nocturnes ou pas. C’est ce qui s’est produit et il a été soigné alors qu’il n’avait que 10 mois ce qui a permis de s’acheminer vers la dentition définitive dans des conditions acceptables, certains soins étant à renouveler tous les ans.

Peu informée à l’époque, j’ai négligé l’événement sans plus d’investigations. C’est lorsque le problème s’est de nouveau présenté pour mon troisième enfant, qui d’ailleurs ne tétait pas la nuit depuis ses 5 mois, que j’ai décidé de prendre en compte sérieusement cette anomalie et je me suis aperçue que j’étais sévèrement carencée en vitamine D. Je ne me supplémentais pas car je vivais alors dans une zone ensoleillée sans me rendre compte que je ne recevais pas assez de ce soleil – nous sommes nombreuses à commettre cette erreur !, alors qu’avant mon premier enfant né dans une zone peu ensoleillée j’avais été très observante sur ma supplémentation. N’avais-je pas à l’époque d’autres carences ayant perturbé toutes les interactions nécessaires à la minéralisation ? Difficile de le dire a posteriori.

Parallèlement, une de mes consœurs a décidé de demander des bilans sanguins aux enfants et aux mères d’enfants touchés par des caries précoces. Tous présentaient une carence en vitamine D et provenaient de groupes de population qui avaient été réticents à donner la vitamine D prescrite. Loin de vouloir en faire une preuve, il serait intéressant d’explorer cette piste et d’autres encore dans les recherches mais également individuellement dès lors qu’un bambin présente ce type d’atteinte carieuse avec une dystrophie évidente de l’émail. Une hypothèse qui serait à creuser également est celle de l’exposition à certains polluants dont on sait qu’ils peuvent entraîner des malformations dentaires et des troubles de la minéralisation dentaire lorsque la mère présente des taux élevés durant la grossesse.

J’ai plus tard suivi au cabinet dentaire des enfants présentant ces caries traçantes (d’apparition précoce et de propagation rapide). Les recevoir précocement permettait de réaliser patiemment les soins, d’adapter les gestes avec les parents, d’adresser vers les médecins nutritionnistes et micro-nutritionnistes et d’éviter le sevrage. Une fois ces dents soignées, les enfants ont pu évoluer sereinement avec un suivi très rapproché. Aussi ténue que soit cette expérience, elle a apporté beaucoup de réconfort à tous sans éluder les soins nécessaires.

Programmer une visite au cabinet dentaire dès 6 mois

La recommandation de l’UFSBD de programmer une visite au cabinet dentaire dès l’âge de 6 mois, ou dans tous les cas à partir de l’éruption des premières dents, se justifie pleinement et permettrait de repérer précocement les dents et zones susceptibles d’être victimes d’une atteinte rapide, évitant ainsi probablement des destructions totales de la dent par fracture au niveau des zones de minéralisation anormales (ce que l’on voit régulièrement lorsque l’enfant est présenté vers l’âge de 2 ou 3 ans). À l’heure actuelle, tous ces axes et pistes évoqués sont les seuls connus et probants pour offrir à votre enfant la meilleure santé possible sans remettre en question l’allaitement.

Pour en savoir plus :

UFSBD : https://www.ufsbd.fr/espace-grand-public/votre-sante-bucco-dentaire/bebes-enfants/

CoFAM: https://www.coordinationallaitement.org/images/publications/CC_Synthese_Recommandations_pour_une_bonne_sante_bucco.pdf

Recommandations en vigueur sur la supplementation en vitamine D : http://www.cngof.fr/pratiques-cliniques/referentiels-d-origines-diverses/apercu?path=ANSES%2BAgence%2BNationale%2Bde%2BScurit%2BSanitaire%252FNUT2013SA0240Ra.pdf&i=10079.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2528780/

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-02/utilite_clinique_du_dosage_de_la_vitamine_d_-_note_de_cadrage.pdf

i: Avila, Walesca M et al. “Breast and Bottle Feeding as Risk Factors for Dental Caries: A Systematic Review and Meta-Analysis.” PloS one vol. 10,11 e0142922. 18 Nov. 2015, doi:10.1371/journal.pone.0142922

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Effet protecteur du lait maternel contre le COVID19 https://www.leblogallaitement.com/effet-protecteur-du-lait-maternel-contre-le-covid19/ https://www.leblogallaitement.com/effet-protecteur-du-lait-maternel-contre-le-covid19/#comments Wed, 20 Jan 2021 09:26:42 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2132 Pascale Baugé, notre “chercheuse” de formation scientifique , nous présente deux articles sur la composition du lait maternel de mamans ayant eu le Covid-19. En pleine pandémie de Covid-19, une question toute légitime se pose : que sait-on de l’éventuel effet protecteur du lait maternel sur les nourrissons et les enfants en bas âge, notamment le … Continuer la lecture de Effet protecteur du lait maternel contre le COVID19

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Pascale Baugé, notre “chercheuse” de formation scientifique , nous présente deux articles sur la composition du lait maternel de mamans ayant eu le Covid-19.

En pleine pandémie de Covid-19, une question toute légitime se pose : que sait-on de l’éventuel effet protecteur du lait maternel sur les nourrissons et les enfants en bas âge, notamment le lait de mamans qui ont été touchées par la maladie ? Même si on n’a que bien peu de recul, des études se sont penchées sur la question et quelques conclusions se dessinent.


La maladie qui sévit dans le monde entier est provoquée par le virus SARS-CoV-2. Les pathologies qui y sont liées sont assez variables mais se manifestent souvent par des infections respiratoires. Les enfants semblent moins sévèrement touchés néanmoins un petit pourcentage de moins d’un an présente quand même des symptômes assez marqués pouvant nécessiter une prise en charge plus lourde voire entraîner des séquelles plus invalidantes. Il est aussi à noter que certains enfants déclarent, même sans forme grave de Covid-19, un syndrome inflammatoire multi-systémique. Donc la protection de l’enfant n’est pas superflue ! Alors, s’il l’était grâce au lait maternel de sa propre mère ou d’une donneuse ayant été touchée ?

Avant de voir quelles entités biologiques pourraient aider à lutter contre le virus, dressons quelques grandes lignes de son portrait.

Petite particularité du virus SARS-CoV-2

Le virus en question est un coronavirus c’est-à-dire un virus qui présente à sa surface des petits bulbes espacés lui donnant une apparence de particule couronnée. Il s’appelle SARS-CoV-2 pour « Severe Acute Respiratory Syndrome – Coronavirus » ou en français, Syndrome Respiratoire Aigu Severe, il est donc spécialisé pour toucher les cellules pulmonaires.

Le virus SARS-CoV-2 est un virus dit « enveloppé » : cette enveloppe est un « plus » pour le virus car elle permet de mieux s’accrocher à la cellule-hôte, de s’y adapter et s’y stabiliser. Une des protéines de cette enveloppe est la protéine S (« S » pour Spike autrement dit « pointe ») qui forme des spicules à la surface du virus et se trouve être responsable de l’attachement à l’hôte par une de ses extrémités. Si ce virus SARS-CoV-2 est si problématique, c’est parce qu’il s’accroche facilement en raison d’une grande affinité de certaines parties de la protéine de pointe avec un type de récepteurs humains. Ces récepteurs-cibles sont fortement présents à la surface des cellules des poumons mais pas uniquement.

La protéine de pointe joue aussi un rôle primordial dans la propagation virale car elle parvient à s’introduire dans la membrane cytoplasmique des cellules touchées et fusionner avec elle. C’est ainsi que le virus parvient à s’insérer dans les cellules hôtes : un moyen d’accéder à leur machinerie pour se développer.

Bref, vous l’aurez compris, cette protéine S joue un rôle clé dans l’affaire ! Mais revenons au lait maternel et ses spécificités. Contient-il des anticorps spécifiques du virus lorsque la mère a été contaminée et si oui lesquels ? Y a-t-il aussi des risques de contamination verticale via le lait maternel ?

A quoi peut-on s’attendre dans le lait maternel ?

On le sait, le lait maternel contient des immunoglobulines (Ig) sécrétoires, fabriquées par l’organisme maternel au contact d’un environnement où des pathogènes sont présents : il s’agit de super protéines, bras armés des lymphocytes B, très impliquées dans l’immunité et qui ont une activité d’anticorps en reconnaissant et se liant à des antigènes. Le lait maternel en est riche ce qui aide à la protection du nourrisson qui n’en produira pas lui-même au tout début de sa vie. Le mode d’action de ces entités biologiques est qu’elles se lient aux microbes pathogènes et les empêchent ainsi d’atteindre leur cible. De plus, ces Ig sont sous une forme (dite sécrétoire) qui leur permet de résister à l’environnement destructeur de la bouche et du tractus digestif de l’enfant. Une parfaite adéquation !

Alors des immunoglobulines, il y en a de plusieurs sortes : environ 90 % des anticorps présents dans le lait maternel sont des IgA ; ils font barrière et empêchent les pathogènes de se lier aux muqueuses.


Mais on peut aussi trouver des IgM et des IgG dans le lait maternel. Cette classification en sous-familles est liée à une structure différente de certaines parties de la molécule. Toutes sont impliquées dans l’immunité.

Une étude parue récemment dans Cell Press fait le point sur la question des immunoglobulines spécifiques, celles qui sont capables de neutraliser le virus du SARS-CoV2. C’est quand même bien cela qui nous intéresse. Une dizaine d’échantillons de lait maternel de mamans testées positives ont été analysés (4 à 6 semaines après l’infection) et leur contenu a été comparé à celui d’«échantillons témoins » de lait maternel avant la pandémie.

Quels résultats ?



Tous les échantillons issus des donneuses (guéries du Covid19) contiennent des niveaux en IgA significativement plus élevés que ceux des échantillons témoins et ce sont des IgA spécifiques du SARS-CoV-2.


L’étude a testé leur affinité avec le virus. 80 % des échantillons ont montré une activité des IgA en lien avec les récepteurs de la protéine de pointe du coronavirus.


Les auteurs ont également montré que cette réponse était liée non seulement aux IgA mais que certains échantillons contenaient des quantités IgG et IgM suffisantes pour accroitre le pouvoir neutralisant et immunisant du lait maternel.

Qu’en conclure ?



Nous pouvons donc conclure de l’ensemble de ces recherches que plus que jamais nos connaissances sur le lait maternel prouvent sa grande spécificité. Ces résultats sont très encourageants. Néanmoins, cette étude ayant été réalisée sur un faible nombre d’échantillons, il faut poursuivre les études afin d’intégrer un plus grand nombre d’analyses et observer sur le plus long terme.

Les mamans peuvent légitimement se demander s’il est prudent d’allaiter alors qu’elles sont porteuses du virus. A l’heure qu’il est, plusieurs institutions ont une position claire : il n’est pas recommandé de séparer la mère de son enfant et l’allaitement est encouragé lorsque la mère présente peu de symptômes (sans négliger les autres précautions d’usage). Ces officiels avancent que les bénéfices de l’allaitement maternel dépassent largement les risques de contamination de l’enfant. Certains conseils divergents ont pourtant été de mise en début de pandémie. Les données actuelles sont rassurantes et suggèrent en effet que le risque de transmission de la mère à l’enfant reste faible par la voie de l’allaitement.

Références :

Fox A. et al., « Robust and Specific Secretory IgA against SARS-CoV-2 detected in Human milk », Cell Press, Novembre 2020

Barreo-Castillero A. et al., « COVID-19 : neonatal-perinatal perspectives », Journal of Perinatalogy, Décembre 2020

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allaitement et risque de cancer du sein https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-diminution-des-risques-du-cancer-du-sein-que-sait-on-exactement/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-diminution-des-risques-du-cancer-du-sein-que-sait-on-exactement/#respond Thu, 29 Oct 2020 11:01:03 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2094 Pascale Baugé nous explique les études sur le cancer du sein et l’allaitement. Parmi les effets bénéfiques de l’allaitement maternel pour la mère, le plus documenté est celui lié à la protection contre le cancer du sein. Bien sûr, la protection n’est pas totale mais dans la mesure où le cancer du sein est très … Continuer la lecture de allaitement et risque de cancer du sein

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Pascale Baugé nous explique les études sur le cancer du sein et l’allaitement.

Parmi les effets bénéfiques de l’allaitement maternel pour la mère, le plus documenté est celui lié à la protection contre le cancer du sein. Bien sûr, la protection n’est pas totale mais dans la mesure où le cancer du sein est très répandu dans le monde, tout bénéfice est néanmoins bon à prendre et à comprendre. Bon nombre de questions se posent néanmoins encore : l’allaitement exclusif protège-t-il autant que l’allaitement exclusif ? Existe-t-il une durée d’allaitement qui optimise la protection ?

Pourquoi le cancer du sein ?

Les cellules des glandes mammaires sont sensibles à différents types d’hormones et ce, grâce à des récepteurs particuliers qu’elles possèdent qui s’associent aux œstrogènes, progestérone. Cette association récepteur-hormone permet aux cellules de pouvoir se multiplier et d’évoluer vers une forme fonctionnelle afin de fabriquer le lait et l’éjecter jusqu’au mamelon pour permettre l’allaitement.

Parmi les mécanismes découverts sur la genèse d’une tumeur cancéreuse, l’un d’eux est lié à la présence d’un très grand nombre de « récepteurs » au sein de la cellule ou d’une trop forte stimulation hormonale par la voie des œstrogènes par exemple, la prolifération est importante avec un risque d’atteindre un point de non-retour : la machinerie s’emballe et le développement de tumeur peut prendre place.

Pourquoi penser que l’allaitement protège ?



Dans la mesure où l’allaitement maternel exclusif a une forte composante hormonale, il est légitime de penser qu’il puisse influencer le développement du cancer du sein. La variation géographique de la prévalence du cancer du sein est d’ailleurs corrélée aux pratiques de l’allaitement : elle est moindre dans les régions où l’allaitement est le plus répandu.

Plusieurs travaux se sont focalisés sur le rôle protecteur que pourrait procurer l’allaitement maternel. Mais il n’est pas toujours clair de voir l’influence de l’allaitement seul. Essayons de faire le point sur la littérature scientifique.

Que disent les études ?

Une méta-analyse (publication qui passe en revue, trie et analyse toutes les études publiées sur une question en tirant les conclusions qui s’imposent) est parue en 2017 et fait un bon tour de la question. Cette étude-synthèse a été réalisée par des chercheurs Mexicains (Centre de Recherche sur la santé et la nutrition de l’Institut National de Santé Publique) et publiée dans Journal of Human Lactation.

Elle indique que le fait d’avoir allaité était bien associé à une diminution du risque de développer une tumeur cancéreuse (à la fois les tumeurs possédant des récepteurs hormonaux mais aussi des cancers dits « triple négatif » dépourvus des récepteurs classiques particulier et pour lesquels les thérapies ont moins d’impact).

Voyons dans les détails ce qu’il en est. L’ensemble des études passées en revue pour répondre à la question (en tout 65 sur presque 2000 articles recensés au départ) ont toutes été publiées entre 2005 et 2015.

Il s’avère que les résultats des différentes études sont assez hétérogènes quand on les regarde globalement. En analysant plus finement, les auteurs observent que les études ne distinguent pas souvent l’allaitement exclusif de l’allaitement mixte. D’autre part, il est assez difficile d’isoler le seul « facteur allaitement » et notamment de s’affranchir de l’effet protecteur de la grossesse. Néanmoins, en faisant un tri plus affiné sur la qualité des études (celles qui font un ajustement statistique pour étudier l’influence de l’allaitement indépendamment des autres facteurs) et en regardant l’effet dose/réponse, il est possible de tirer quelques conclusions.

En ne distinguant pas les résultats entre l’allaitement exclusif et l’allaitement mixte, la diminution du risque est de l’ordre de 12% (pré-ménopause) et 14 % (post-ménopause). Il est important de souligner ici, que les effets portent autant sur les cancers en pré et post ménopause : or, les cancers les plus agressifs se présentent souvent plutôt en période pré-ménopause et l’allaitement reste protecteur dans ces cas de figure.

Un résultat vraiment important souligné par cette méta-analyse est assez nouveau dans la mesure où il concerne l’allaitement exclusif. Ainsi pour ces mamans, la diminution du risque relatif est de 28 % par rapport aux femmes qui n’ont jamais allaité. C’est pratiquement une diminution de 1/3 du risque.

Un effet dose-réponse a aussi pu être mis en évidence : plus la durée d’allaitement est grande, plus les risques diminuent, bien que la réduction ne soit pas linéaire. La diminution est plus accentuée autour des 6 mois d’allaitement (durée habituelle de l’allaitement exclusif) et après 12 mois.

Les mécanismes de protection connus de l’allaitement

L’un des premiers mécanismes est lié à la différentiation des cellules mammaires qui est associée à l’allaitement. De façon à produire efficacement du lait, les cellules mammaires terminent leur maturation. Ainsi, les lobules sont « optimisés » et s’avèrent moins sensibles aux œstrogènes et aux carcinogènes.

Le temps d’allaitement est également une période permettant une moindre exposition aux œstrogènes notamment dans le cas de l’allaitement exclusif où la période d’aménorrhée est plus longue.

Un autre mécanisme évoqué concerne le fait que la production de lait permet une exfoliation du tissu mammaire ce qui aide à éliminer les cellules ayant un ADN endommagé.

Le lait maternel contient aussi un certain nombre de composants qui peuvent jouer un rôle certain dans les mécanismes de protection. Certains d’entre eux peuvent se lier à des protéines carcinogènes et ainsi modifier leur fonction moléculaire, réduisant les risques de cancer.

Un autre élément serait aussi plus spécifiquement lié à l’allaitement maternel exclusif. Ce dernier se caractérise par des besoins énergétiques plus élevés pour la mère. Ceci impose une mobilisation accrue des « réserves de gras » et une plus grande utilisation du glucose. Il en résulte une diminution de la concentration d’insuline dans le sérum de la mère. Or il a été montré que de fortes concentrations d’insuline dans le sérum induisait une forte concentration de l’hormone de croissance IGF, qui joue un rôle dans la prolifération et s’oppose à l’apoptose (mort programmée de cellules).

Que retenir ?

Par le biais de différents mécanismes complémentaires, l’allaitement protège les mamans du cancer du sein. Cette méta-analyse est de grande qualité car un gros travail de fond a été mené afin de faire la lumière sur des résultats jusque là hétérogènes. En effet, beaucoup de facteurs confondants perturbent l’analyse (âge à la première grossesse, nombre de grossesses, antécédents familiaux…). En ne regardant que les études de qualité qui éliminent le bruit de fond, l’allaitement est bien un facteur protecteur, en particulier l’allaitement exclusif (donc celui des six premiers mois).

Référence :


Mishel Unar-Munguía et al., « Breastfeeding mode and Risk of Breast Cancer : A dose-response meta-analysis. », Journal of Human Lactation, Vol. 33(2) 422–434, 2017

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Allaitement et attachement, un lien évident ? https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-attachement-un-lien-evident/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-attachement-un-lien-evident/#respond Thu, 16 Jul 2020 08:35:59 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2070 Delphine Dumoulin, infirmière puéricultrice, consultante en lactation IBCLC, mais qui a également un DIU en lactation humaine et un DU en attachement, nous apporte sa vision du lien mère- bébé lors de l’allaitement. Delphine : on évoque souvent que « l’allaitement favorise le lien mère-enfant et l’attachement du bébé ». Bien sûr, je suis d’accord avec ces … Continuer la lecture de Allaitement et attachement, un lien évident ?

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Delphine Dumoulin, infirmière puéricultrice, consultante en lactation IBCLC, mais qui a également un DIU en lactation humaine et un DU en attachement, nous apporte sa vision du lien mère- bébé lors de l’allaitement.

Delphine : on évoque souvent que « l’allaitement favorise le lien mère-enfant et l’attachement du bébé ». Bien sûr, je suis d’accord avec ces propos. Cependant, dans ma pratique professionnelle de puéricultrice IBCLC DIULHAM en maternité de niveau 3, j’ai fréquemment constaté en service de maternité, en néonatalogie tout comme en consultations à distance de la naissance, que le ressenti, le vécu, et les idées reçues, pouvaient avoir un impact négatif sur l’allaitement et, à travers lui, sur le lien mère-enfant.

En effet, dans l’esprit de beaucoup de mamans, convaincues des bienfaits de l’allaitement, être une bonne mère équivaut à savoir allaiter ! Depuis quand cette belle fonction qu’ont les mères d’allaiter est-elle si facile et évidente ? Depuis quand, l’allaitement serait-il devenu la seule source initiatrice du lien ?

Il me semble primordial que la question de l’allaitement soit abordée lors de rencontres prénatales. Cela permettrait en outre de préparer la mise en place lien mère-enfant notamment dans des situations fragiles : risque d’accouchement prématuré, naissance multiple, prise en charge chirurgicale d’un bébé à la naissance.

Ce temps d’échanges me semble nécessaire quand une mère doit se projeter mentalement dans un allaitement momentanément « différent » de l’allaitement imaginé. Apporter à ces futures mères des connaissances sur la physiologie, le matériel, les signes d’alerte, est vraiment la garantie d’une plus grande sérénité en post natal sur la gestion de leur allaitement.

L’estime de soi sera alors bien moins impactée : « J’allaite mais différemment le temps que mon bébé puisse le faire ! » ; « C’est difficile mais je sais que je serai soutenue ». La mère sera donc plus apaisée et plus ouverte quand elle sera confrontée au flot d’émotions consécutives à cette naissance qui requiert une prise en charge médicale spécifique.

Bien sûr, le suivi tout au long de l’allaitement est lui aussi un incontournable. Il ne s’agit pas uniquement de « mettre un tire-lait en route ». Il est important que la mère sache que quelqu’un sera là tant qu’elle en ressentira le besoin.

Cet accompagnement pré et post natal propre au contexte de la prématurité ou d’un enfant qui requiert un suivi médical rapproché est évidemment extensible à toutes les naissances. Les difficultés qu’une mère peut rencontrer au démarrage de son allaitement sont susceptibles de la faire arrêter même quand il était véritablement souhaité ; elles laissent alors des cicatrices non visibles et pourtant indélébiles !

Je me souviendrai longtemps de cette maman rencontrée lors de son deuxième allaitement. Tout se passait extrêmement bien en apparence : son bébé prenait bien du poids, l’allaitement n’était pas douloureux, elle avait un excellent ressenti ! Et pourtant, la main sur la poignée de porte, prête à sortir, elle s’effondre… Elle venait en consultation essentiellement pour se sentir apaisée d’une première expérience d’allaitement qui s’était soldée par un échec ! Elle exprimait clairement que cette expérience lui laissait penser qu’elle était une mauvaise mère, et que les relations avec ce premier enfant avaient été impactées et que cela perdurait. Ces blessures sur le lien mère-enfant auraient pu être atténuées et évitées !

C’est précisément cette maman qui m’a fait aller chercher au-delà de l’allaitement. Je parle du lien mère-enfant et de l’attachement qui va en découler de l’enfant à sa figure d’attachement, le plus souvent la mère. J’avais envie de comprendre quel rôle le soignant tout comme l’entourage, la société avons d’une manière générale, et bien sûr en cas d’allaitement compliqué.

C’est ainsi que j’ai pris la direction de Paris, pour y étudier et acquérir le diplôme Universitaire sur la Théorie de l’attachement ! Cet enseignement a dépassé mes attentes, pulvérisé mes questions, chamboulé ma pratique !

J’ai compris combien chacun a le pouvoir de devenir la base de sécurité d’une maman inquiète, stressée, en panique vis-à-vis de son allaitement, et que plus on est solide pour elle et plus elle se sentira apaisée. Cela lui permettra « d’y voir plus clair », de se sentir en sécurité, et par là-même de pouvoir répondre aux besoins de son bébé. C’est parce qu’une figure d’attachement va répondre correctement à ses besoins que le bébé va construire son attachement de manière secure. Cela passe par l’alimentation, les câlins, le portage, le peau à peau, et la réassurance du bébé.

Une mère qui doute d’elle-même, qui ne serait pas soutenue, qui a mal, qui stresse, qui est sous pression de son entourage et parfois d’elle-même, ne pourra pas répondre aussi bien à son enfant, trop occupée à gérer ses propres émotions.

Dans ce climat si délicat d’une naissance, il est important de soutenir les mères qui ont choisi d’allaiter avant, pendant et après la naissance de l’enfant en respectant leur projet et en étant un pilier de soutien. Ainsi, leur histoire d’allaitement sera vécue de manière positive dans l’écoute et la bienveillance. Cela n’exclura pas toujours les « petits soucis » de démarrage mais ils seront vécus tout autrement.

C’est pourquoi je nuancerai l’affirmation selon laquelle « L’allaitement favorise le lien mère-enfant et l’attachement du bébé » en y ajoutant « si et seulement si nous entourons ces mères tout au long de leur allaitement ! »

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Je suis bilingue en allaitement https://www.leblogallaitement.com/je-suis-bilingue-en-allaitement/ https://www.leblogallaitement.com/je-suis-bilingue-en-allaitement/#comments Wed, 17 Jun 2020 09:34:34 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2064 Voici le témoignage de Claire, maman de deux enfants. J’ai 7 ans, je viens d’emménager en Allemagne avec ma famille, et je passe un test de niveau de langue. Je dois préciser si j’ai identifié tel ou tel mot d’allemand dans l’enregistrement que je viens d’écouter. Aucune idée. Ce que j’ai entendu était une longue … Continuer la lecture de Je suis bilingue en allaitement

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Voici le témoignage de Claire, maman de deux enfants.

J’ai 7 ans, je viens d’emménager en Allemagne avec ma famille, et je passe un test de niveau de langue. Je dois préciser si j’ai identifié tel ou tel mot d’allemand dans l’enregistrement que je viens d’écouter. Aucune idée. Ce que j’ai entendu était une longue suite de sons indifférenciés et incompréhensibles.

25 ans plus tard, même sensation d’impuissance : mon quotidien est à nouveau bousculé par l’apprentissage d’une langue étrangère, ou devrais-je dire d’une langue maternelle : je choisis d’allaiter mon enfant.

Plonger dans la mère, perdre mes repères : immersion totale

Quand ma première fille est née, j’ai vécu une immersion totale dans un pays étranger. Tout était nouveau, tout à découvrir. Le quotidien a volé en éclats. Je n’avais plus aucune notion de l’heure, et j’ai la sensation d’avoir vécu une seule et grande tétée ininterrompue pendant des semaines. Je passais ma journée à allaiter, et ma maison vivotait. Le ménage n’était pas fait, j’arrivais à peine à prendre une douche, mes repas n’avaient ni queue ni tête, les lessives s’accumulaient, et mon mari restait sans voix devant cette soudaine désorganisation massive. Je ne suis pas sortie de chez moi pendant au moins 10 jours. Mon canapé était devenu mon QG. Dans mes bras, mon bébé. A côté de moi une tablette de chocolat noir, des fruits secs et une bouteille d’eau. Je vivais au rythme de ma fille, je somnolais en même temps qu’elle, je me levais pour aller changer sa couche et c’était à peu près tout.

J’entrais dans la phase d’apprentissage de cette nouvelle langue. Une véritable obsession tant je m’y suis plongée corps et âme.

Le quotidien se dessine : je balbutie mes premiers mots

Au fil des jours et des mois, les journées ont retrouvé un semblant de rythme et je suis sortie du tunnel. A force de pratiquer cette nouvelle langue, je jonglais de mieux en mieux avec les mots de l’allaitement, qui a fini par trouver sa place avec souplesse dans mon quotidien. J’ai appris à allaiter mon bébé en porte-bébé et j’ai pu tenter des nouveautés, pas après pas. J’ai cuisiné en allaitant, écrit mon journal intime d’une seule main avec mon bébé dans l’autre, allaité en marchant, lu des livres en donnant le sein. Parfois j’arrêtais tout pour prendre un moment conscient d’allaitement avec ma fille, à d’autres moments j’écoutais un podcast en même temps que je la faisais téter. D’autres fois encore je m’endormais avec mon bébé au sein et nous partions pour une sieste commune réparatrice.

L’allaitement fait partie de moi : je suis bilingue

De plus en plus à l’aise, je sortais de chez moi sans hésitation : j’avais acquis toutes les ressources pour improviser, au cas où une tétée s’imposerait. Du coup, j’ai osé allaiter – plus ou moins discrètement en fonction des lieux – dans le bus, le train, le métro, dans les parcs, dans les files d’attentes, et même dans une boulangerie pour apaiser une crise de pleurs de mon bébé.

Un jour je me suis rendu compte que j’étais devenue bilingue. Bilingue allaitement. Avec mon petit accent singulier : mes préférences de positions, mes moments favoris de la journée, mes petites habitudes et celles de ma fille… L’allaitement s’était totalement fondu dans mon quotidien et s’était même invité dans des situations exceptionnelles. Par exemple, j’ai allaité mon nouveau-né de quelques semaines alors que je veillais ma fille aînée hospitalisée d’urgence. J’ai aussi allaité en randonnant, en partant faire du camping sauvage ou dans un tuk-tuk pendant un voyage à l’étranger.

Bref, au fil du temps l’allaitement n’était plus un sujet, il faisait partie de ma trousse à outils de mère.

Quand ma deuxième fille est née, même si j’avais été bilingue quelques mois auparavant avec mon aînée, j’ai dû m’adapter aux subtilités de ce bébé là. Je devais aussi apprendre une nouvelle langue vivante : celle d’être mère de deux enfants. D’ailleurs, je me revois donner le sein à mon nouveau-né sur le canapé, tout en lisant un livre à ma fille aînée confortablement lovée contre moi. J’allais devenir polyglotte.

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