lait maternel | Les belles histoires de l'allaitement https://www.leblogallaitement.com Tue, 10 May 2022 11:32:54 +0000 fr-FR hourly 1 utilisation du lait maternel pour les soins https://www.leblogallaitement.com/utilisation-du-lait-maternel-pour-les-soins/ https://www.leblogallaitement.com/utilisation-du-lait-maternel-pour-les-soins/#respond Tue, 10 May 2022 11:32:53 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2273 Article écrit par Pascale Baugé, scientifique . Le lait maternel est l’un des aliments les plus étudiés : on ne cesse de découvrir ses bienfaits sur la santé et la nutrition du nourrisson ainsi que sa parfaite adéquation avec les besoins de l’enfant grandissant grâce à un apport optimal de nutriments. Ses avantages sur le long … Continuer la lecture de utilisation du lait maternel pour les soins

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Article écrit par Pascale Baugé, scientifique .

Le lait maternel est l’un des aliments les plus étudiés : on ne cesse de découvrir ses bienfaits sur la santé et la nutrition du nourrisson ainsi que sa parfaite adéquation avec les besoins de l’enfant grandissant grâce à un apport optimal de nutriments. Ses avantages sur le long terme sont également de mieux en mieux révélés et la médecine s’intéresse de près à ses nombreux composants actifs tels que HAMLET (acronyme de Human Alpha-lactalbumine Made lethal to Tumor cell), une protéine complexe qui déclenche la mort des cellules tumorales.
Ce qui est moins documenté, ce sont les usages non nutritifs du lait humain qui se sont parfois ancrés dans les habitudes populaires comme utiliser le lait localement pour traiter la conjonctivite, les rhinites ou les infections de la peau.

Certains chercheurs se sont penchés sur la question : a-t-on des bases scientifiques sur lesquelles s’appuyer pour confirmer l’efficacité de tels usages ?

Le lait humain étant facilement disponible, de faible coût et sans effet indésirable, il est effectivement important de connaître réellement les effets car ce serait une solution idéale pour les pays où l’accès aux soins est difficile !
Une équipe de chercheurs de l’Université de Varsovie s’est alors mis en quête des études publiées sur la question pour en tirer un bilan : sur plus d’un millier d’études parues entre 2010 et 2019, seules 15 d’entre elles, publiées dans des journaux à comité de lecture ont été jugées de qualité suffisante et ont pu être intégrées dans cette méta-analyse publiée en 2019 [1].

Quelles sont ces usages non nutritifs ?

Le lait maternel est fréquemment utilisé pour traiter des problèmes de peau du bébé (eczéma, dermatite, érythème), des crevasses aux mamelons, des problèmes de conjonctivite ou encore pour les soins du cordon.
Il est vrai que le lait maternel contient un grand nombre de composés bioactifs et stimulants pour l’immunité. Il est en effet riche en diverses bactéries, micro-ARN, facteurs de croissance et autres molécules complexes possédant un potentiel anti-inflammatoire ou réparateurs des lésions mineures de la peau.

Que disent les études ?


Par rapport aux problèmes cutanés des bébés,

l’évaluation de l’utilisation de lait maternel sur les zones touchées (eczéma ou érythème) présente des résultats hétérogènes. Sur les 5 études d’essais cliniques randomisés pris en compte dans cette méta-analyse, l’une d’elle correspondant à une petite taille d’échantillons (6 enfants) ne montre pas d’effet du tout. 3 autres études de plus grande envergure (respectivement 100, 141 et 63 enfants dans les groupes d’observation) affichent les mêmes niveaux d’efficacité que ceux obtenus par un traitement classique (généralement à l’hydrocortisone). Une seule publication rend compte d’un net avantage du lait maternel et repose sur un échantillon de 30 bébés (âgés de 0 à 12 mois) divisés en 2 groupes traités pour des problèmes d’érythème. 80 % des enfants recevant 3 fois par jour avec du lait maternel montraient des signes positifs après 5 jours d’application contre 26% dans le groupe non traité.

Du côté des mamans,

l’application de quelques gouttes de lait pour endiguer les douleurs aux mamelons les premiers jours d’allaitement est une technique assez répandue. L’étude prise en compte dans la méta-analyse fait le suivi de 84 mères allaitantes qui ont développé des douleurs dans les 72h après leur accouchement. En comparant le résultat de cette application avec celle de lanoline, il s’avère que c’est le lait maternel qui était le plus efficace, avec un temps de cicatrisation plus court. Sur une cicatrice périnéale, le lait maternel réduit également le temps de cicatrisation.

En ce qui concerne les problèmes oculaires,

l’efficacité des soins préventifs apportés à plus de 250 nouveaux nés a été estimée dans une étude comparant 3 groupes : un premier groupe recevant 2 gouttes de colostrum dans chaque œil, un second groupe traité à l’aide d’un antibiotique classique et un groupe de contrôle ne recevant aucun traitement. La survenue de conjonctivite a alors été analysée dans chacun des 3 groupes. L’effet positif du lait maternel sur la prévention de la conjonctivite a pu être mis en évidence de façon claire. Une autre étude chez la souris a de plus montré que le lait maternel était capable de soigner les blessures de l’épithélium cornéen. Une guérison plus rapide et plus efficace comparativement au sérum ou aux larmes artificielles.

Utiliser du lait maternel pour assurer les soins du cordon

C’ est une pratique assez répandue dans certains pays et l’OMS bien que plébiscitant les soins à sec, encourage les recherches dans cette voie. La méta-analyse de 2019 a fait le point sur la question : 3 études de contrôle publiées entre 2010 et 2018 ont montré que l’application de quelques gouttes de lait maternel sur le cordon de nouveau-nés permettait une chute plus rapide du cordon (entre 1 à 3 jours plus tôt) par rapport aux soins à sec ou avec un produit antiseptique.
Une autre méta-analyse plus récente [2] confirme d’ailleurs ces résultats et précise que le colostrum est plus efficace que le lait mature. Un cordon qui se détache plus vite permet de diminuer les risques d’infection.

Qu’en retirer ?


De cette analyse, les auteurs concluent que le lait humain, grâce à ses multiples composants, est susceptible d’offrir des solutions efficaces, bon marché, sécures et sans risques d’allergie pour prévenir voire traiter des problèmes d’épiderme sans gravité. La tendance est là mais des évaluations complémentaires de qualité restent nécessaires pour lever l’hétérogénéité des résultats attribuée à la composition du lait humain variable dans le temps, et d’une femme à l’autre.
En ce qui concerne les problèmes d’yeux inflammatoires, les auteurs soulignent que le lait humain ne doit pas être utilisé dans tous les cas de figures : il doit plutôt être vu comme un complément et non comme seul traitement.
Sur la base de ces résultats encourageants, les auteurs confirment que le lait humain est une solution déterminante dans les zones du monde où les femmes n’ont pas la possibilité ou les moyens d’avoir accès aux soins médicaux.
Enfin, les auteurs voient dans le lait maternel de nouvelles perspectives pour la prévention et les traitements des lésions de la peau. Un gros travail reste à accomplir afin de comprendre les composants et molécules impliquées dans les effets produits.
Les auteurs concluent en disant que le lait maternel possède des propriétés extraordinaires et peut être considéré comme une sorte de médecine personnalisée ! A ce titre, les mères doivent être encouragées et soutenues dans leur projet d’allaitement.

Références:

  1. Witkowska-Zimmy M. et al., « Milk Therapy: Unexpected uses of Human Breast Milk », Nutrients, 11:944, 2019
  2. Leila Amiri-Farahani et al., «The Anti-Inflammatory Properties of the Topical Application of Human Milk in Dermal and Optical Diseases », Complementary and Alternative Therapies for Inflammatory Diseases 2020,
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UN AUTRE POUVOIR DU LAIT MATERNEL : LES CELLULES SOUCHES https://www.leblogallaitement.com/un-autre-pouvoir-du-lait-maternel-les-cellules-souches/ https://www.leblogallaitement.com/un-autre-pouvoir-du-lait-maternel-les-cellules-souches/#respond Tue, 15 Feb 2022 15:53:32 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2261 Voici un nouvel article de notre scientifique Pascale Baugé, qui nous aide à décrypter toutes ces nouvelles études sur le lait maternel et ses pouvoirs… Le lait maternel est une substance riche, très riche, un fluide complexe comprenant une multitude de composants dont on est encore loin d’avoir fait le tour, tant dans la nature de ses … Continuer la lecture de UN AUTRE POUVOIR DU LAIT MATERNEL : LES CELLULES SOUCHES

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Voici un nouvel article de notre scientifique Pascale Baugé, qui nous aide à décrypter toutes ces nouvelles études sur le lait maternel et ses pouvoirs…

Le lait maternel est une substance riche, très riche, un fluide complexe comprenant une multitude de composants dont on est encore loin d’avoir fait le tour, tant dans la nature de ses constituants que dans les rôles que ces derniers peuvent jouer chez le bébé voire chez l’adulte qu’il deviendra.

Le lait maternel n’est pas seulement une ressource de nutriments, il contient aussi des composés bioactifs précieux. Ainsi, une des particularités du lait maternel dont on parle peut-être moins est son contenu en cellules, celles-ci jouant un rôle majeur :

– les cellules typiques de la glande mammaire (des lactocytes et des cellules myoépithéliales)

– les cellules de type « globules blancs » dont le rôle dans le développement de l’immunité chez l’enfant a été démontré.

Mais plus incroyable, grâce aux nouvelles méthodes d’identification, on s’est rendu compte que le lait maternel était également riche en cellules très jeunes, immatures, qu’on dit « indifférenciées » et qui portent le nom de « cellules souches ». Elles sont comme des cellules mères pouvant se renouveler et évoluer en prenant un caractère bien précis, celui de cellules fonctionnelles.

Que sont les cellules souches et où les trouve-t-on ?

Dès les premiers jours après la fécondation, on trouve des cellules souches, celles au plus haut potentiel. On les dit « totipotentes » car elles sont capables d’évoluer en toutes cellules possibles d’un organisme y compris celles qui forment le placenta.


Chez l’embryon âgé de quelques jours, les cellules souches présentes sont dites pluripotentes, avec un potentiel d’évolution encore bien diversifié vers tous types de cellules (sauf des cellules placentaires).


Chez l’adulte, les cellules souches se font plus rares. De plus, celles-ci sont multipotentes c’est-à-dire qu’elles se transforment en un nombre plus réduit de types de cellules et elles ne sont présentes que dans des niches au sein des organes : elles permettent le renouvellement des cellules qui vieillissent vite ou qui sont lésées.


Enfin les cellules souches unipotentes ne donnent naissance qu’à des cellules bien spécifiques comme celles de la peau.

Quelles cellules souches dans le lait maternel ?


Dans la mesure où la glande mammaire possède cette incroyable faculté d’adaptation et de modification durant la grossesse et la période du post-partum, c’est qu’elle a recours à une machinerie sophistiquée permettant de passer rapidement de l’état de repos à l’état d’organe qui secrète du lait ! Cela nécessite bien sûr une modification des cellules qui y siègent, une phase de maturation vers un état de cellules actives. Pas de secret, il y a bien des cellules souches là-dessous. Ainsi, pendant longtemps leur présence dans le lait maternel a été suspectée par les scientifiques.

C’est en 2007 que pour la première fois, une équipe de chercheurs australiens a mis en évidence des cellules souches dans le lait maternel.

Quelles sont leurs propriétés ?


Les cellules souches présentes dans le lait maternel sont capables de se différencier et d’exprimer des caractéristiques de lactocytes ou cellules myoépithéaliales, ces cellules spécifiques présentes dans un sein pour fabriquer et expulser le lait.

Ce sont les cellules souches qui permettent effectivement à la glande mammaire d’évoluer.

Mais ce que les recherches ont révélé a de quoi surprendre : des cellules souches identifiées dans le lait maternel sont capables d’évoluer et de maturer vers des cellules différentes, comme par exemple des cellules neuronales !
En effet, in vitro, la culture de ces cellules souches, dans un milieu qui convient, a conduit à la formation :
– de cellules neuronales  avec leur marqueur caractéristique,
– d’oligodendrocytes (des cellules du système nerveux),
– d’astrocytes (d’autres cellules du système nerveux).

D’autres essais in vitro ont montré aussi que ces cellules souches du lait humain, donnaient des cellules adipeuses, des cellules pancréatiques, hépatiques ou des cellules cardiaques ! Bref, une belle panoplie de cellules différenciées.

Il existe ainsi pas mal de travaux (depuis 2012) qui indiquent de façon claire l’existence de cellules souches pluripotentes, c’est-à-dire de cellules souches capables de devenir n’importe quel type de cellules de l’organisme adulte.

A quoi servent-elles ?

Alors, le premier challenge est de savoir si ces cellules peuvent survivre dans les conditions difficiles du tractus digestif et passer le cap de la digestion. Il s’avère que oui, chez le nouveau-né le milieu n’est pas si insurmontable et la diffusion via la paroi intestinale est possible. Elles se retrouvent donc dans la circulation sanguine et peuvent migrer vers différents organes. Quel peut bien être le rôle de ces cellules souches capables de se différencier en cellules nerveuses ? ou cellules graisseuses ? Participent-elles à la maturation de certains tissus ou organes chez l’enfant ?

Des études sur la souris prouvent que ces cellules souches issues du lait maternel s’intègrent bien dans les tissus des petits. Les chercheurs pensent qu’elles pourraient être impliquées dans le développement du système nerveux entérique : le réseau nerveux du tube digestif où des neurones gouvernent le fonctionnement du système gastro-intestinal ! D’autres chercheurs avancent aussi qu’elles pourraient favoriser la prolifération, le développement ou la régulation de gènes de certains tissus chez l’enfant. C’est cohérent avec le fait que le lait maternel de mamans de prématurés est enrichi en ce type de cellules souches. Mais tout cela demande encore études, conclusions et confirmations.

Qu’en retirer ?


Nous pouvons donc conclure de l’ensemble de ces recherches que ,plus que jamais , le lait maternel prouve sa grande spécificité : il est inimitable tant pour les nutriments qu’il fournit, que les ressources biologiques qu’il contient.

Les cellules souches dans le lait maternel, ce n’est que le début des connaissances !

Présentes dans le lait maternel, elles jouent un rôle certain dans le développement de l’enfant. Mais encore beaucoup de questions demeurent irrésolues. Par quels processus se différencient-elles au sein de l’organisme ? Quelles conditions chez la mère et l’enfant modifient la teneur et la qualité des cellules souches présentes dans le lait ? A suivre donc.

Références:

Mehmet Şerif Aydın et al., « Transfer and Integration of Breast Milk Stem Cells to the Brain of Suckling Pups », Scientific Reports, 8:14289, 2018

Witkowska-Zimny M., et al.  « Cells of human breast milk », Cellular  Molecular Biology Letters, 22:11, 2017

Reali A. et al., « Multipotent stem cells of mother’s milk », Journal of Pediatric and Neonatal Individualized Medicin, 5(1), 2016

Ninkina N. et al., “Stem cells in human breast milk”, Human Cell, 32, 2019

Briere, C-E et al., “Breast Milk Stem Cells: Current Science and Implications for Preterm Infants”, Clinical Issues in Neonatal Care. 223., 2016

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Entérocolite nécrosante, le lait maternel protecteur : comment agit-il ? https://www.leblogallaitement.com/enterocolite-necrosante-le-lait-maternel-protecteur-comment-agit-il/ https://www.leblogallaitement.com/enterocolite-necrosante-le-lait-maternel-protecteur-comment-agit-il/#respond Fri, 21 May 2021 14:07:57 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2176 Pascale Baugé, notre scientifique nous explique comment le lait maternel protège les bébés de l’entérocolite ulcéro- nécrosante. On le sait : le lait maternel agit de façon efficace dans la protection contre les maladies chez les enfants allaités mais aussi les adultes qu’ils deviendront. Par exemple, les enfants allaités sont généralement protégés contre les problèmes d’inflammation … Continuer la lecture de Entérocolite nécrosante, le lait maternel protecteur : comment agit-il ?

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Pascale Baugé, notre scientifique nous explique comment le lait maternel protège les bébés de l’entérocolite ulcéro- nécrosante.

On le sait : le lait maternel agit de façon efficace dans la protection contre les maladies chez les enfants allaités mais aussi les adultes qu’ils deviendront. Par exemple, les enfants allaités sont généralement protégés contre les problèmes d’inflammation de l’intestin et notamment l’entérocolite nécrosante. Plusieurs études ont montré que son incidence et sa sévérité sont moindres chez le nourrisson allaité.


Qu’est-ce que l’entérocolite nécrosante ?


Cette maladie est liée à une cascade inflammatoire au niveau de l’intestin au cours de laquelle un grand nombre de molécules très réactives et donc agressives apparaissent : c’est en quelque sorte une réaction d’inflammation excessive qui endommage irrémédiablement les cellules de l’intestin et peut même conduire à une issue fatale.
Parmi d’autres facteurs, elle apparaît plus souvent chez les enfants prématurés de petits poids lorsque l’intestin est encore très immature et moins armés pour lutter contre les pathogènes.

Les enfants allaités sont moins touchés, c’est un fait très bien établi mais on a longtemps cherché à comprendre quel était le composant du lait maternel qui jouait un rôle clé dans la protection contre les maladies de l’intestin.

Quelle molécule active dans le lait maternel par rapport à cette maladie ?
Les regards et les études se sont portés sur la lactoferrine, une protéine du lait qui se lie au fer. Il a été prouvé qu’elle était impliquée dans de nombreux processus physiologiques, qu’elle avait une action anti-inflammatoire et jouait un rôle dans le système immunitaire.
La lactoferrine est très présente dans le lait humain (comme dans celui des autres primates), notamment dans le colostrum (5 à 6 mg/l contre 0,83 mg/l dans le lait de vache). De plus, elle est assez faiblement saturée en fer : elle a donc une forte activité une fois dans l’intestin de l’enfant.

Sur quels plans agit-elle exactement ?


La lactoferrine agit sur plusieurs plans
. En voici quelques-uns explicités.

En effet, la molécule de lactoferrine présente dans le lait maternel n’est pas saturée en fer, et peut donc en piéger. En se liant au fer, la molécule diminue les nutriments utiles pour le développement des bactéries. Privées de fer, la croissance bactérienne est inhibée.

Un autre mode d’action est qu’une des extrémités de la molécule peut se lier à la membrane de la paroi cellulaire des bactéries. Elles sont ainsi affaiblies et plus sensibles aux autres moyens d’action du système immunitaire.

Mais ce n’est pas tout !

Dans le processus qui se met en place dans la maladie de l’entérocolite nécrosante, une protéine joue un rôle majeur : c’est la NF-kB. Des recherches ont montré que l’intestin se nécrose à cause d’une teneur élevée en NF-kB. Son rôle est de réguler la recopie des informations données par des gènes impliqués dans la réponse immunitaire et la réponse inflammatoire.

Or, il a été montré que le lait maternel inhibait l’activation de cette protéine NF-kB, via la présence de la lactoferrine.

Dans les grandes lignes, le mécanisme est le suivant. La lactoferrine se lie à des portions d’ADN des bactéries pathogènes mais pas n’importe lesquelles : il s’agit de celles qui activent la réponse immunitaire en excès. En se liant ainsi, la lactoferrine masque les gènes qui ne s’exprimeront pas. Le processus de sur-inflammation en réponse à des bactéries pathogènes ne se met pas en place, les cellules intestinales sont donc préservées.


Conclusion



La lactoferrine présente dans le lait maternel et particulièrement dans le colostrum agit sur plusieurs tableaux pour protéger le nourrisson de l’inflammation de l’intestin immature :
– par association avec le fer pour limiter cet élément utile aux bactéries pathogènes,
– par association avec la membrane des bactéries, alors affaiblies et plus sensibles aux autres moyens d’action du système immunitaire,
– par modification génétique au sein du pathogène : la voie d’action déclenchant l’inflammation n’est pas activée et les cellules intestinales ne sont pas agressées.

Tout cela permet de comprendre une fois encore toute l’importance d’encourager les mamans à allaiter leur bébé, d’autant plus s’il est prématuré ou de petit poids…

Références

Pandita A. et al., “Lactoferrin and Its Role in Neonatology: A Review Article”, Journal of Pediatrics and Neonatal Care, 2015

“A Review of the Immunomodulating Components of Maternal Breast Milk and Protection Against Necrotizing Enterocolitis”, Nutrients, 2020

Mulligan P. et al.,  « Breast Milk Lactoferrin Regulates Gene Expression by Binding Bacterial DNA CpG Motifs But Not Genomic DNA Promoters in Model Intestinal Cells », Pediatric Research, 2006

Queiroz VA et al., « Protective effect of human lactoferrin in the gastrointestinal tract », Rev Paul ista Pediatria, 2013

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Caries précoces chez un jeune enfant allaité https://www.leblogallaitement.com/caries-precoces-chez-un-jeune-enfant-allaite/ https://www.leblogallaitement.com/caries-precoces-chez-un-jeune-enfant-allaite/#respond Tue, 06 Apr 2021 08:20:46 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2141 La docteure Muriel Mermilliod, consultante en lactation IBCLC, formatrice en allaitement maternel, accompagnante Biological Nurturing© et chirurgien-dentiste est l’une des spécialistes françaises de la lactation humaine et de l’allaitement maternel. Elle a créé Lait’xcellence formation pour accompagner les professionnels dans leur projet de soutenir les mères allaitantes. Elle accompagne également quotidiennement les mères en consultation … Continuer la lecture de Caries précoces chez un jeune enfant allaité

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La docteure Muriel Mermilliod, consultante en lactation IBCLC, formatrice en allaitement maternel, accompagnante Biological Nurturing© et chirurgien-dentiste est l’une des spécialistes françaises de la lactation humaine et de l’allaitement maternel. Elle a créé Lait’xcellence formation pour accompagner les professionnels dans leur projet de soutenir les mères allaitantes. Elle accompagne également quotidiennement les mères en consultation d’allaitement en Guadeloupe notamment. Elle nous parle aujourd’hui des caries du jeune enfant.

Une incisive qui se casse non loin de la gencive, presque comme si on l’avait sciée, une autre qui s’abîme avec une zone paraissant toute molle, jaune ou plus foncée et tirant vers le marron, des surfaces et tâches blanchâtres comme de la craie aux contours friables : vous voilà complètement déroutée et inquiète devant l’apparence des dents de votre enfant.

Votre bébé allaité présente des caries, devez-vous le sevrer ?

Vous réalisez que votre enfant allaité présente des caries et votre premier réflexe, à juste titre, est de consulter un pédodontiste ou un chirurgien-dentiste pour lui confier la prise en charge.

Dans un second temps, et en plus des soins réalisés, vous vous orientez peut-être vers une consultante en lactation parce que l’un ou l’autre de vos référents de santé aura désigné l’allaitement comme cause possible, ou vous aura demandé de sevrer, ce qui mérite bien un accompagnement car ni vous, ni votre enfant n’y étiez préparés.

Si, pour les consultant(e)s en lactation, les caries précoces de l’enfant constituent un motif relativement rare de consultation, il n’en demeure pas moins un. Et ces professionnel(le)s sont compétents pour vous apporter un soutien et des informations adéquats. Dans le cas de figure où une consultation individuelle n’est pas envisageable pour vous, voici quelques repères qui pourraient vous aider et qui vous sont transmis pour tenter d’éclairer la situation. Je mobilise à ce titre ma double compétence de docteur en chirurgie-dentaire, dont j’ai cessé l’exercice, et de consultante en lactation IBCLC, exercice auquel je me consacre à temps plein depuis 9 ans. Je me permettrai ensuite d’ajouter mon regard de mère à cette double compétence.

Le syndrome du biberon retrouvé chez l’enfant allaité ?

Force est d’avouer que pour le chirurgien-dentiste, il est bien tentant d’associer chez le tout petit allaité le communément nommé « syndrome du biberon » avec l’apparition d’une atteinte précoce des dents de lait. A la surprise du professionnel, le tout petit est peut-être d’ailleurs « encore allaité » à 13, 15, 18, ou même 24 mois. Il se trouve même médaillé de surcroît d’enfant « qui tète encore la nuit ! ». Et pourtant… ce raccourci est bien vite pris !

Les composants du lait maternel ont un effet protecteur

Certes, le lait maternel est sucré. Pour autant, le pH salivaire après une tétée n’est pas aussi acide qu’après un repas solide ou un biberon de préparation pour nourrissoni. Et la lactoferrine, pour ne citer que ce composant bien étudié, s’oppose au développement des bactéries impliquées dans la carie dentaire. La liste est longue pour mener une réflexion approfondie qui ne va pas dans le sens d’un pouvoir hautement cariogène du lait maternel.

La lecture des études scientifiques ne permet actuellement pas d’établir la preuve d’un lien de cause à effet entre l’allaitement au-delà d’un an, y compris la nuit, et l’apparition de caries précoces. En ce sens la CoFAM a publié des recommandations concertées pour la bonne santé bucco-dentaire du tout-petit, rédigées en collaboration avec la faculté d’odontologie de Nancy.

Les tétées nocturnes comme facteur aggravant et non prédisposant

J’ai été confrontée professionnellement à ces bambins qui sont amenés à consulter à la fois très jeunes (2-3-4 ans) et à la fois tardivement en fait car l’échange avec les parents, lorsque la question leur est posée(!), évoquait le plus souvent une dent de couleur inhabituelle dès son éruption, soit à 6 mois, ce qui devrait idéalement constituer un motif de consultation à cet âge. Cette suggestion rejoint d’ailleurs pleinement les recommandations de l’UFSBD qui met l’accent d’emblée sur l’existence d’émails anormalement formés repérables entre 6 et 12 mois (la fenêtre courante de l’éruption des incisives temporaires). Si tel est le cas, on peut aussi suggérer que des tétées nocturnes ne seront pas une cause mais un facteur aggravant sur un terrain destiné à développer une maladie carieuse tôt ou tard. Cela oriente le soutien dont vous avez besoin vers des soins appropriés, des mesures d’hygiène buccale et dentaire adaptées et sur-mesure et une surveillance fréquente car les soins apportés peuvent perdre leur herméticité rapidement lorsque les tissus sont anormalement constitués. Il ne sera pas alors forcément question d’envisager un sevrage soudain.

À ce regard s’ajoute mon expérience de mère.

Mon premier enfant allaité au-delà de deux ans, et la nuit jusqu’à 20 mois, n’a développé aucune carie et ses dents étaient parfaitement constituées. Lors de l’éruption de la première incisive de mon deuxième enfant, au moment où seulement quelques millimètres passent le bord de la gencive et que l’on s’extasie de cette étape du développement, j’ai pu remarquer un émail anormal, poreux qui, c’était évident pour mes yeux professionnels, allait se carier rapidement, tétées nocturnes ou pas. C’est ce qui s’est produit et il a été soigné alors qu’il n’avait que 10 mois ce qui a permis de s’acheminer vers la dentition définitive dans des conditions acceptables, certains soins étant à renouveler tous les ans.

Peu informée à l’époque, j’ai négligé l’événement sans plus d’investigations. C’est lorsque le problème s’est de nouveau présenté pour mon troisième enfant, qui d’ailleurs ne tétait pas la nuit depuis ses 5 mois, que j’ai décidé de prendre en compte sérieusement cette anomalie et je me suis aperçue que j’étais sévèrement carencée en vitamine D. Je ne me supplémentais pas car je vivais alors dans une zone ensoleillée sans me rendre compte que je ne recevais pas assez de ce soleil – nous sommes nombreuses à commettre cette erreur !, alors qu’avant mon premier enfant né dans une zone peu ensoleillée j’avais été très observante sur ma supplémentation. N’avais-je pas à l’époque d’autres carences ayant perturbé toutes les interactions nécessaires à la minéralisation ? Difficile de le dire a posteriori.

Parallèlement, une de mes consœurs a décidé de demander des bilans sanguins aux enfants et aux mères d’enfants touchés par des caries précoces. Tous présentaient une carence en vitamine D et provenaient de groupes de population qui avaient été réticents à donner la vitamine D prescrite. Loin de vouloir en faire une preuve, il serait intéressant d’explorer cette piste et d’autres encore dans les recherches mais également individuellement dès lors qu’un bambin présente ce type d’atteinte carieuse avec une dystrophie évidente de l’émail. Une hypothèse qui serait à creuser également est celle de l’exposition à certains polluants dont on sait qu’ils peuvent entraîner des malformations dentaires et des troubles de la minéralisation dentaire lorsque la mère présente des taux élevés durant la grossesse.

J’ai plus tard suivi au cabinet dentaire des enfants présentant ces caries traçantes (d’apparition précoce et de propagation rapide). Les recevoir précocement permettait de réaliser patiemment les soins, d’adapter les gestes avec les parents, d’adresser vers les médecins nutritionnistes et micro-nutritionnistes et d’éviter le sevrage. Une fois ces dents soignées, les enfants ont pu évoluer sereinement avec un suivi très rapproché. Aussi ténue que soit cette expérience, elle a apporté beaucoup de réconfort à tous sans éluder les soins nécessaires.

Programmer une visite au cabinet dentaire dès 6 mois

La recommandation de l’UFSBD de programmer une visite au cabinet dentaire dès l’âge de 6 mois, ou dans tous les cas à partir de l’éruption des premières dents, se justifie pleinement et permettrait de repérer précocement les dents et zones susceptibles d’être victimes d’une atteinte rapide, évitant ainsi probablement des destructions totales de la dent par fracture au niveau des zones de minéralisation anormales (ce que l’on voit régulièrement lorsque l’enfant est présenté vers l’âge de 2 ou 3 ans). À l’heure actuelle, tous ces axes et pistes évoqués sont les seuls connus et probants pour offrir à votre enfant la meilleure santé possible sans remettre en question l’allaitement.

Pour en savoir plus :

UFSBD : https://www.ufsbd.fr/espace-grand-public/votre-sante-bucco-dentaire/bebes-enfants/

CoFAM: https://www.coordinationallaitement.org/images/publications/CC_Synthese_Recommandations_pour_une_bonne_sante_bucco.pdf

Recommandations en vigueur sur la supplementation en vitamine D : http://www.cngof.fr/pratiques-cliniques/referentiels-d-origines-diverses/apercu?path=ANSES%2BAgence%2BNationale%2Bde%2BScurit%2BSanitaire%252FNUT2013SA0240Ra.pdf&i=10079.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2528780/

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-02/utilite_clinique_du_dosage_de_la_vitamine_d_-_note_de_cadrage.pdf

i: Avila, Walesca M et al. “Breast and Bottle Feeding as Risk Factors for Dental Caries: A Systematic Review and Meta-Analysis.” PloS one vol. 10,11 e0142922. 18 Nov. 2015, doi:10.1371/journal.pone.0142922

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Effet protecteur du lait maternel contre le COVID19 https://www.leblogallaitement.com/effet-protecteur-du-lait-maternel-contre-le-covid19/ https://www.leblogallaitement.com/effet-protecteur-du-lait-maternel-contre-le-covid19/#comments Wed, 20 Jan 2021 09:26:42 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2132 Pascale Baugé, notre “chercheuse” de formation scientifique , nous présente deux articles sur la composition du lait maternel de mamans ayant eu le Covid-19. En pleine pandémie de Covid-19, une question toute légitime se pose : que sait-on de l’éventuel effet protecteur du lait maternel sur les nourrissons et les enfants en bas âge, notamment le … Continuer la lecture de Effet protecteur du lait maternel contre le COVID19

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Pascale Baugé, notre “chercheuse” de formation scientifique , nous présente deux articles sur la composition du lait maternel de mamans ayant eu le Covid-19.

En pleine pandémie de Covid-19, une question toute légitime se pose : que sait-on de l’éventuel effet protecteur du lait maternel sur les nourrissons et les enfants en bas âge, notamment le lait de mamans qui ont été touchées par la maladie ? Même si on n’a que bien peu de recul, des études se sont penchées sur la question et quelques conclusions se dessinent.


La maladie qui sévit dans le monde entier est provoquée par le virus SARS-CoV-2. Les pathologies qui y sont liées sont assez variables mais se manifestent souvent par des infections respiratoires. Les enfants semblent moins sévèrement touchés néanmoins un petit pourcentage de moins d’un an présente quand même des symptômes assez marqués pouvant nécessiter une prise en charge plus lourde voire entraîner des séquelles plus invalidantes. Il est aussi à noter que certains enfants déclarent, même sans forme grave de Covid-19, un syndrome inflammatoire multi-systémique. Donc la protection de l’enfant n’est pas superflue ! Alors, s’il l’était grâce au lait maternel de sa propre mère ou d’une donneuse ayant été touchée ?

Avant de voir quelles entités biologiques pourraient aider à lutter contre le virus, dressons quelques grandes lignes de son portrait.

Petite particularité du virus SARS-CoV-2

Le virus en question est un coronavirus c’est-à-dire un virus qui présente à sa surface des petits bulbes espacés lui donnant une apparence de particule couronnée. Il s’appelle SARS-CoV-2 pour « Severe Acute Respiratory Syndrome – Coronavirus » ou en français, Syndrome Respiratoire Aigu Severe, il est donc spécialisé pour toucher les cellules pulmonaires.

Le virus SARS-CoV-2 est un virus dit « enveloppé » : cette enveloppe est un « plus » pour le virus car elle permet de mieux s’accrocher à la cellule-hôte, de s’y adapter et s’y stabiliser. Une des protéines de cette enveloppe est la protéine S (« S » pour Spike autrement dit « pointe ») qui forme des spicules à la surface du virus et se trouve être responsable de l’attachement à l’hôte par une de ses extrémités. Si ce virus SARS-CoV-2 est si problématique, c’est parce qu’il s’accroche facilement en raison d’une grande affinité de certaines parties de la protéine de pointe avec un type de récepteurs humains. Ces récepteurs-cibles sont fortement présents à la surface des cellules des poumons mais pas uniquement.

La protéine de pointe joue aussi un rôle primordial dans la propagation virale car elle parvient à s’introduire dans la membrane cytoplasmique des cellules touchées et fusionner avec elle. C’est ainsi que le virus parvient à s’insérer dans les cellules hôtes : un moyen d’accéder à leur machinerie pour se développer.

Bref, vous l’aurez compris, cette protéine S joue un rôle clé dans l’affaire ! Mais revenons au lait maternel et ses spécificités. Contient-il des anticorps spécifiques du virus lorsque la mère a été contaminée et si oui lesquels ? Y a-t-il aussi des risques de contamination verticale via le lait maternel ?

A quoi peut-on s’attendre dans le lait maternel ?

On le sait, le lait maternel contient des immunoglobulines (Ig) sécrétoires, fabriquées par l’organisme maternel au contact d’un environnement où des pathogènes sont présents : il s’agit de super protéines, bras armés des lymphocytes B, très impliquées dans l’immunité et qui ont une activité d’anticorps en reconnaissant et se liant à des antigènes. Le lait maternel en est riche ce qui aide à la protection du nourrisson qui n’en produira pas lui-même au tout début de sa vie. Le mode d’action de ces entités biologiques est qu’elles se lient aux microbes pathogènes et les empêchent ainsi d’atteindre leur cible. De plus, ces Ig sont sous une forme (dite sécrétoire) qui leur permet de résister à l’environnement destructeur de la bouche et du tractus digestif de l’enfant. Une parfaite adéquation !

Alors des immunoglobulines, il y en a de plusieurs sortes : environ 90 % des anticorps présents dans le lait maternel sont des IgA ; ils font barrière et empêchent les pathogènes de se lier aux muqueuses.


Mais on peut aussi trouver des IgM et des IgG dans le lait maternel. Cette classification en sous-familles est liée à une structure différente de certaines parties de la molécule. Toutes sont impliquées dans l’immunité.

Une étude parue récemment dans Cell Press fait le point sur la question des immunoglobulines spécifiques, celles qui sont capables de neutraliser le virus du SARS-CoV2. C’est quand même bien cela qui nous intéresse. Une dizaine d’échantillons de lait maternel de mamans testées positives ont été analysés (4 à 6 semaines après l’infection) et leur contenu a été comparé à celui d’«échantillons témoins » de lait maternel avant la pandémie.

Quels résultats ?



Tous les échantillons issus des donneuses (guéries du Covid19) contiennent des niveaux en IgA significativement plus élevés que ceux des échantillons témoins et ce sont des IgA spécifiques du SARS-CoV-2.


L’étude a testé leur affinité avec le virus. 80 % des échantillons ont montré une activité des IgA en lien avec les récepteurs de la protéine de pointe du coronavirus.


Les auteurs ont également montré que cette réponse était liée non seulement aux IgA mais que certains échantillons contenaient des quantités IgG et IgM suffisantes pour accroitre le pouvoir neutralisant et immunisant du lait maternel.

Qu’en conclure ?



Nous pouvons donc conclure de l’ensemble de ces recherches que plus que jamais nos connaissances sur le lait maternel prouvent sa grande spécificité. Ces résultats sont très encourageants. Néanmoins, cette étude ayant été réalisée sur un faible nombre d’échantillons, il faut poursuivre les études afin d’intégrer un plus grand nombre d’analyses et observer sur le plus long terme.

Les mamans peuvent légitimement se demander s’il est prudent d’allaiter alors qu’elles sont porteuses du virus. A l’heure qu’il est, plusieurs institutions ont une position claire : il n’est pas recommandé de séparer la mère de son enfant et l’allaitement est encouragé lorsque la mère présente peu de symptômes (sans négliger les autres précautions d’usage). Ces officiels avancent que les bénéfices de l’allaitement maternel dépassent largement les risques de contamination de l’enfant. Certains conseils divergents ont pourtant été de mise en début de pandémie. Les données actuelles sont rassurantes et suggèrent en effet que le risque de transmission de la mère à l’enfant reste faible par la voie de l’allaitement.

Références :

Fox A. et al., « Robust and Specific Secretory IgA against SARS-CoV-2 detected in Human milk », Cell Press, Novembre 2020

Barreo-Castillero A. et al., « COVID-19 : neonatal-perinatal perspectives », Journal of Perinatalogy, Décembre 2020

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L’allaitement est-il politiquement correct ? https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-est-il-politiquement-correct/ https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-est-il-politiquement-correct/#comments Fri, 07 Dec 2018 18:00:43 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1854 Accompagnant les mères depuis longtemps, je les entends souvent rapporter des commentaires plus ou moins heureux concernant leur allaitement. Ces commentaires peuvent venir de l’entourage familial mais aussi médical, amical ou professionnel. En effet, une formation initiale médiocre d’une majorité de professionnels de santé est à déplorer dans le domaine de l’allaitement maternel. La recherche … Continuer la lecture de L’allaitement est-il politiquement correct ?

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Accompagnant les mères depuis longtemps, je les entends souvent rapporter des commentaires plus ou moins heureux concernant leur allaitement. Ces commentaires peuvent venir de l’entourage familial mais aussi médical, amical ou professionnel. En effet, une formation initiale médiocre d’une majorité de professionnels de santé est à déplorer dans le domaine de l’allaitement maternel.

La recherche scientifique montre et démontre que le lait maternel est l’aliment le plus adapté aux besoins des bébés. Nourrir son bébé autrement présente des risques accrus quant à la santé des bébés, des mères. Tout le monde le sait ou presque.

Alors pourquoi autant de mères qui allaitent se sentent-elles montrées du doigt ? Obligées de se justifier sur les raisons et les modalités de leur allaitement ? Pourquoi certaines d’entre elles vont jusqu’à dire qu’elles se sont senties humiliées, rejetées, accusées ou même évincées d’un lieu public ?

Nourrir son enfant au sein quand il en a besoin obligerait-il les mères à obtenir l’approbation générale avant toute chose ? Si beaucoup de mères n’attendent pas l’approbation d’autrui pour allaiter, elles ont toutefois besoin de la considération qui leur incombe : avoir un enfant, en prendre soin, faire « de son mieux », n’est-ce pas là le point commun aux mères du monde entier ? Pérenniser la race humaine s’est toujours passé de cette façon : un enfant est un être plus qu’important et le materner l’aidera à survivre et grandir dans le respect de ses besoins (contact et proximité physiques, tétées fréquentes, protection immunitaire, maturation du cerveau, réconfort).

Alors, qu’est-ce qui serait si difficile à supporter dans le fait de voir un enfant téter les seins de sa mère ? Les mères font ce qui leur semble juste pour maintenir leur bébé dans un état de santé optimal, dans un climat réconfortant et ces gestes sont à valoriser, encourager, soutenir. Tout ce qu’elles font pour leur enfant est d’une valeur inestimable. Elle se rendent disponibles pour lui, se lèvent la nuit si besoin, s’assurent dans le même temps du bien-être de leur famille. En outre, les mères se mobilisent souvent pour trouver des explications, des ressources quant à l’allaitement, par le biais de personnes compétentes, professionnelles ou associatives. Et ces recherches peuvent prendre beaucoup de temps et d‘énergie. Les mères veulent comprendre, rectifier et améliorer leur situation si elle est difficile. Elles cherchent d’abord à savoir si elles sont « responsables » des problèmes rencontrés (je pense notamment à la prise de poids insuffisante ou l’idée fausse « d’empoisonner » son bébé en ingérant aliments ou médicaments particuliers). Mais même sans vivre de difficulté précise, le simple geste d’allaiter est souvent « reproché » aux mères pour de fallacieux arguments (exhibition, égoïsme, acharnement), remarques souvent culpabilisantes, en plus.

Allaiter son enfant est un choix, le materner est une évidence pour bon nombre de mères.

Pourrait-on, dès lors, reconnaître aux mères la richesse qu’elles apportent à leur petit et, par extension, à l’humanité toute entière ?

Pourrait-on leur reconnaître un certain sens du dévouement à l’égard de ce petit ?

Pourrait-on reconnaître que ce sont les mères qui se mobilisent nuit et jour pour leur petit ?

Pourrait-on enfin accepter que les mères ont besoin de reconnaissance, d’encouragements, d’appréciation de tout ce qu’elles font au lieu d’entendre des critiques et des remises en cause perpétuelles telles que « Tu devrais le laisser pleurer », « Tu ne dois plus avoir de lait », « Tu le rends malade ! », « C’est de ta faute s’il ne grossit pas assez ou trop ! » ?

Au-delà de l’appréciation montrée aux mères, il serait aussi porteur de leur signifier toute l’admiration que leur statut de mère induit : « Ton bébé semble apprécier la douceur de tes gestes / ton regard », « Il semble réconforté par tes bras ». Ce qu’une mère fait est tout simplement magique, formidable, extrêmement courageux et très prenant !

Etre une mère est un « métier » très difficile pour la plupart d’entre nous. Comme nous apprenons toutes, plus ou moins sur le « tas », nous apprécierions d’entendre que nous nous débrouillons plutôt bien, que si notre cœur nous guide, nous trouverons le bon chemin.

Prendre soin de la race humaine, c’est aussi valoriser celle qui la nourrit dans tous les sens du terme : la Mère !

[Auteure] : Mme Brigitte Doussin, consultante en lactation IBCLC

[Biographie] : Mère de 5 enfants, Brigitte Doussin a fait de ses passions un métier aux multiples facettes. Formatrice en allaitement maternel, consultante en lactation IBCLC, conseillère en portage (AFPB), elle est référente pour l’association Peau à Peau internationale et conférencière.

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Allaiter quand on prend un traitement de substitution aux opiacés https://www.leblogallaitement.com/allaiter-quand-on-prend-un-traitement-de-substitution-aux-opiaces/ https://www.leblogallaitement.com/allaiter-quand-on-prend-un-traitement-de-substitution-aux-opiaces/#respond Tue, 13 Nov 2018 15:51:29 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1846 La maternité d’une femme toxicomane génère souvent des peurs chez les professionnels qui l’accompagnent. Les mères sous traitement substitutif pour une toxicomanie aux opiacés et qui n’utilisent pas de substances illicites devraient être fortement encouragées à allaiter. Les traitements de substitution sont sans danger pour la santé de son bébé et les bénéfices de l’allaitement … Continuer la lecture de Allaiter quand on prend un traitement de substitution aux opiacés

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La maternité d’une femme toxicomane génère souvent des peurs chez les professionnels qui l’accompagnent. Les mères sous traitement substitutif pour une toxicomanie aux opiacés et qui n’utilisent pas de substances illicites devraient être fortement encouragées à allaiter. Les traitements de substitution sont sans danger pour la santé de son bébé et les bénéfices de l’allaitement ne sont plus à démontrer. Cependant on observe que peu de ces mères allaitent réellement. On pense que beaucoup d’entre elles craignent pour la santé de leur bébé.

Le site du CRAT nous rassure sur l’emploi de la buprénorphine [1] (Subutex®, Temgesic®) ou encore sur celui de la méthadone[2].  La thérapie de substitution par méthadone ainsi que celle par buprénorphine[3] sont considérés comme les meilleurs traitements de la dépendance aux opioïdes pendant la grossesse. La thérapie de substitution diminue les risques de fausse couche et de prématurité.

Par ailleurs, l’utilisation de la méthadone pendant la grossesse est associée au syndrome de sevrage des opioïdes chez les nouveau-nés avec des symptômes qui apparaissent généralement 72-120 heures après la naissance, dans le cas de la méthadone. Il est traité avec des mesures de soutien et pharmacologiques. On a constaté que le lait maternel réduisait le syndrome de sevrage et semblait diminuer le besoin de traitement.[4] Les mesures de soutien consistent à :

  • Favoriser le contact peau à peau ;
  • Parler doucement ;
  • Chanter ;
  • Le bercer doucement ;
  • Diminuer les stimuli environnementaux (ralentir les mouvements, diminuer l’éclairage et le bruit).

La période du post partum est souvent fragilisante chez la plupart des mères. Certaines peuvent éprouver des difficultés à établir la relation avec leur enfant. Dans ce contexte, certaines ont tendance à « replonger » et à reconsommer brutalement des substances illicites. C’est pourquoi  des structures type « unité Kangourou » pourraient être privilégiées en maternité pour l’accueil de ces mères, afin de maintenir autant que possible le nouveau-né auprès d’elles et favoriser leur attachement. En effet, les jeunes mamans sont souvent décrites comme « perdues, dépassées par les événements » ; certaines d’entre elles sont irritables, voire agressives, refusant de se laisser examiner par exemple. Allaiter favorise alors le maternage et le sentiment d’affection durable au bébé et peut ainsi éviter la rechute.

Certaines femmes toxicomanes choisissent donc d’allaiter en dépit de la stigmatisation sociétale parce qu’elles ont été suffisamment et correctement informées. Elles ont ainsi la possibilité d’allaiter malgré le parcours douloureux qu’elles ont pu vivre. Une majorité d’entre elles ont été confrontées à de la maltraitance, de l’abandon, à des carences affectives… Elles ne sont pas devenues toxicomanes par hasard.

C’est le cas d’Allissone*, 28 ans, qui après une enfance difficile et une adolescence passée à essayer de “se ″restaurer″ psychologiquement, a rencontré un homme prévenant qui a su lui apporter de l’amour et de la protection. Allissone* a alors décidé de s’occuper de sa santé et « de sortir de la galère », comme elle le dit. Avec le soutien de son conjoint, elle a consulté un médecin qui l’a écoutée et comprise. Un traitement de substitution a été mis en place (buprénorphine). Une fois cette substitution bien établie, le couple a tout naturellement eu un désir d’enfant et le médecin a rassuré Allissone* quant à cette possibilité malgré le médicament. L’entourage familial et amical du couple n’a pas mis en doute les propos médicaux. Durant la grossesse, elle a bénéficié d’un suivi médical régulier et l’équipe de la maternité fut informée du traitement.

Lorsqu’elle a évoqué son souhait d’allaiter son bébé, son entourage n’a alors pas compris comment cela pourrait être possible bien que le couple leur ait exposé les dires du médecin qui approuvait l’allaitement. « Ton bébé va avaler le produit » soupçonnait-on. Allissone*s’est alors sentie très anxieuse. Son compagnon lui suggéra de ne plus parler de son projet autour d’eux. Le médecin les orienta alors vers un groupe de soutien à l’allaitement. Ils participèrent à des rencontres et ce partage leur fit beaucoup de bien.

La grossesse d’Allissone* s’est passée normalement ainsi que l’accouchement. Le bébé a bénéficié d’un traitement médical de quelques jours et l’allaitement a bien démarré. Le père était très présent pour aider sa compagne dans les soins au nouveau-né. Au retour à domicile, un soutien d’une puéricultrice de Protection Maternelle et Infantile a pu aider le couple à être confiant. Le bébé grossissait normalement et un lien de qualité avec l’enfant s’est établit.

[1] https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=47

[2] https://lecrat.fr/articleSearchSaisie.php?recherche=methadone

[3] Breastfeeding and Opiate Substitution Therapy: Starting to Understand Infant Feeding Choices Published online 2016 Jul 12. doi:  10.4137/SART.S34553 PMCID: PMC4944830

[4] Lisa E. Graves, Suzanne Turner, Maya Nader, and Sucheta Sinha

*Par souci d’anonymat le prénom a été modifié

[Auteure] : Carole

[Biographie] : Carole est puéricultrice de protection maternelle et infantile. Elle est titulaire d’un DIULHAM (Diplôme Inter Universitaire en Lactation Humaine et Allaitement Maternel).

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Quand l’enfant né n’est pas celui imaginé https://www.leblogallaitement.com/quand-lenfant-ne-nest-pas-celui-imagine/ https://www.leblogallaitement.com/quand-lenfant-ne-nest-pas-celui-imagine/#respond Thu, 27 Sep 2018 12:27:06 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1828 L’arrivée d’un enfant, le plus souvent, est un événement heureux. Chaque enfant est différent, on le sait, et parfois il peut être plus difficile d’accueillir un enfant lorsque l’on s’attend à ce qu’il ait des besoins particuliers. Quand le diagnostic prénatal révèle une pathologie, une malformation, un handicap, le choc subi par les parents peut … Continuer la lecture de Quand l’enfant né n’est pas celui imaginé

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L’arrivée d’un enfant, le plus souvent, est un événement heureux. Chaque enfant est différent, on le sait, et parfois il peut être plus difficile d’accueillir un enfant lorsque l’on s’attend à ce qu’il ait des besoins particuliers. Quand le diagnostic prénatal révèle une pathologie, une malformation, un handicap, le choc subi par les parents peut être extrêmement lourd à accepter et à vivre.

Dans un nombre important de diagnostics, le nourrissage de l’enfant est lui-même spécifique et peut devenir une source d’inquiétudes. Du fait de leur pathologie ou particularité anatomique, certains bébés ne pourront pas être alimentés par voie orale avant une intervention chirurgicale. Certains bébés n’auront pas d’emblée la force ni l’endurance nécessaires pour prendre une tétée entière. La recherche d’alternatives d’alimentation, de moyens de démarrer et de maintenir la production de lait, impliquent que la maman aura probablement besoin de recourir aux service de spécialistes en allaitement parmi lesquels les consultantes en lactation.

Le couple se resserre le plus souvent, face à l’événement. Les écueils semblent moins insurmontables, entremêlés de hauts et de bas qui suivent les progrès de santé de l’enfant, et les évolutions dans son alimentation. Chaque mère vit ces événements à sa manière. Celles qui ont une tendance naturelle à l’optimisme n’en auront pas moins besoin de tout le soutien nécessaire.

Une situation complexe peut modifier le caractère temporairement ou profondément.

Les sentiments d’épuisement, de chagrin intense, de joies parfois trop courtes, de colère contre soi, contre l’enfant, contre le personnel médical, ou autres sont parfaitement normaux. Il est probable à ce titre que la mère traverse les étapes d’un cycle de deuil, qui, comme l’a théorisé la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, s’appliquent, au-delà de la perte d’un être aimé. Ce sont le déni ; la colère ; le marchandage ; la dépression ; l’acceptation. Nombreuses sont celles aussi qui éprouvent un sentiment de culpabilité « Qu’est-ce que j’ai fait de mal pour que mon bébé soit comme ça ? ». A contrario, pour certaines cultures, l’arrivée d’un enfant différent est une bénédiction de Dieu.

Les émotions de la mère font le yoyo : un jour ça va, un jour ça ne va pas. Cela suit souvent la progression de son enfant ; et ainsi un jour elle en a marre d’essayer d’allaiter ; elle en a ras-le-bol de tirer son lait et le lendemain elle veut ardemment continuer. Sa production lactée semble également suivre ces aléas. Tout cela est normal.
L’écoute qui lui est accordée dans ces moments de doute et d’inquiétude fera beaucoup.

S’il lui est possible de verbaliser ses émotions du moment plutôt que de les camoufler, elle s’en sentira sans doute plus comprise. De même, si elle ne se sent pas en phase avec ses interlocuteurs, elle a le droit de l’exprimer ! Elle a besoin d’un soutien qui soit en connexion avec son émotion du moment.

Dans ce contexte où les émotions jouent un rôle crucial pour l’attachement et la santé psychologique de la mère, il est bon de lui rappeler que son lait est le premier médicament pour son enfant quel que soit son terme, quelle que soit l’affection qu’il porte. Et cette force, nul ne peut l’apporter aussi bien qu’elle. Ce bien précieux a plus de valeur que de l’or, qu’il permette de tisser un lien lacté avec l’enfant ou qu’il lui procure une alimentation riche et salvatrice.

[Auteure] : Françoise Coudray

[Biographie] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, elle est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+

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Le lait maternel : source de mélatonine https://www.leblogallaitement.com/le-lait-maternel-source-de-melatonine/ https://www.leblogallaitement.com/le-lait-maternel-source-de-melatonine/#comments Tue, 18 Sep 2018 13:46:35 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1823 Tout le monde connaît la mélatonine : une substance particulièrement utile pour aider à l’endormissement. Plusieurs aliments en sont naturellement riches (raisin, banane, noix, poisson, céréales…). Certaines personnes en consomment même par voie médicamenteuse pour réguler leur propre taux et améliorer leur sommeil. Mais on oublie souvent que le lait est une source importante de mélatonine [4]. … Continuer la lecture de Le lait maternel : source de mélatonine

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Tout le monde connaît la mélatonine : une substance particulièrement utile pour aider à l’endormissement. Plusieurs aliments en sont naturellement riches (raisin, banane, noix, poisson, céréales…). Certaines personnes en consomment même par voie médicamenteuse pour réguler leur propre taux et améliorer leur sommeil. Mais on oublie souvent que le lait est une source importante de mélatonine [4]. Le lait maternel ne fait pas exception : il contient une quantité substantielle de mélatonine. Quel est l’état actuel des connaissances sur la question ? Selon quels paramètres sa quantité varie-t-elle ? Et quels sont les effets connus sur l’enfant allaité ? Nous avons exploré quelques ressources scientifiques pour vous apporter des réponses.

Qu’est-ce que la mélatonine et quels sont ses atouts ?

La mélatonine est une hormone impliquée dans la régulation des cycles d’éveil et de sommeil, secrétée en absence de lumière. Ainsi, chez l’Homme, les niveaux de mélatonine la nuit sont 5 à 15 fois plus élevés qu’en plein jour, avec des pics selon les moments de la nuit.

La mélatonine n’est pas une hormone comme les autres : les recherches ont montré qu’elle était secrétée par la glande pinéale dans le cerveau et qu’elle pouvait également être synthétisée par des organes non endocriniens tels que la rétine, les reins, le tractus digestif et les cellules du système immunitaire (liste non exhaustive).

Sa synthèse est favorisée par l’obscurité et se trouve entravée par la lumière du jour. Les connaissances sont claires sur la question : la mélatonine se retrouve assez rapidement dans le sang juste après avoir été synthétisée puis elle est capable de traverser plusieurs barrières physiologiques (membranes cellulaires, cerveau, placenta, intestins).

Outre son effet sur le sommeil, un lien a été démontré entre la mélatonine et l’appétit, le système immunitaire, la pression sanguine, et elle serait également dotée d’un rôle antioxydant. Chez le rat, les études ont même montré un lien avec la production de dendrites et de neurones : bref, elle optimiserait le fonctionnement cérébral.

En ce qui concerne l’immunité, son effet n’est pas encore compris en détails mais la mélatonine agirait en régulant l’expression de certains gènes, et également en augmentant l’activité des cellules tueuses (certains types de lymphocytes) capables de couper rapidement des molécules étrangères à l’organisme.

En ce qui concerne son rôle antioxydant, il est lié à la possibilité de la molécule de piéger les excès de radicaux libres. Ces derniers jouent un rôle important dans un certain nombre de processus physiologiques ; mais, en trop grande quantité, ils peuvent conduire à une atteinte de l’ADN ce qui entraîne des conséquences sur la santé (vieillissement, inflammation, maladies chroniques voire cancers). Bref, la mélatonine a plus d’un tour dans son sac.

 

Lien avec le lait maternel et impact sur l’enfant allaité

La mélatonine a pu être mesurée dans le lait maternel et le colostrum de mères, trois jours après leur accouchement. Cette teneur dans le lait maternel, surtout la nuit, va être bénéfique pour l’enfant sur plusieurs plans.

En effet, les rythmes circadiens chez le nourrisson, notamment pour celui lié au sommeil, ne se mettent pas en place tout de suite. Plusieurs mois sont nécessaires donc, tout apport exogène de mélatonine est primordial pour aider à établir le « bon rythme ». Est-ce que le lait maternel est une source efficace ?
Une étude [3] a comparé le contenu en mélatonine du colostrum et du lait en différents moments de la journée et de la nuit et des variations ont bien été observées.

Plusieurs études [2] [3] montrent en effet que chez les bébés allaités de façon exclusive, le taux de mélatonine et sa variation sur un cycle de 24h coïncident avec ceux de la molécule ou de ses précurseurs présents dans le lait maternel. La conséquence est qu’un lait tiré « le soir » pour nourrir plus tard un bébé n’aura pas le même impact qu’un lait tiré le matin (car de contenu différent en mélatonine) !

 

En ce qui concerne les effets observés, plusieurs chercheurs [1] corrèlent la mélatonine à une amélioration du sommeil et une diminution des coliques de nourrissons allaités (comparaison avec des enfants nourris au lait artificiel qui ne contient pas de mélatonine).

Les auteurs d’une étude japonaise [5] montrent que la mélatonine dans le lait maternel est variable selon l’état d’esprit de la mère (notamment si elle joyeuse et détendue) et que les enfants nourris avec le lait plus riche en mélatonine, ont des réponses allergiques réduites. D’autres études doivent néanmoins confirmer ce résultat.

 

Conclusion


 Ainsi, par le biais de son lait enrichi la nuit en molécules actives sur le sommeil,  la mère allaitante apprend son enfant à dormir la nuit et moins le jour. Voilà de quoi rompre le cou aux idées reçues et aux mythes qui sévissent encore de nos jours quant au fait qu’un enfant allaité dormirait « moins bien ».

Non seulement le lait maternel  contient la mélatonine nécessaire pour favoriser l’endormissement mais cette teneur est parfaitement ajustée. Etant données ses autres propriétés, la mélatonine va même au-delà des effets sur le sommeil de l’enfant (stimulation de l’immunité, lutte contre inflammation, stimulation probable de la neurogenèse…).

Ces résultats sont intéressants dans la mesure où, compte tenu de la concentration variable du lait maternel en mélatonine selon la luminosité, il serait préférable de conseiller aux mamans d’allaiter la nuit dans le « noir ».

Pour les mamans qui choisissent de tirer leur lait et de le conserver, il serait donc optimal de leur conseiller de « noter » l’heure approximative où le recueil de lait a été effectué afin de pouvoir utiliser ce lait « tiré  le soir» pour une consommation avant le coucher de l’enfant, et réciproquement pour le lait recueilli en journée.

 

Références :

 1- Cohen E. A., et al, « Breastfeeding may improve nocturnal sleep and reduce infantile colic: potential role of breast milk melatonin. », European journal of Pediatrics 2012, 171(4) : pp729-32

2- Cubero J., et al., « The circadian rhythm of tryptophan in breast milk affects the rhythms of 6-sulfatoxymelatonin and sleep in newborn », Neuroendocrinology Letters No.6 December Vol.26, 2005

3-Nubia Andrade Silva et al., « Bioactive factors of colostrum and human milk exhibits a day-night variation » American Journal of Immunology, 2013, 9: 68-74

4- Meng et al., « Dietary Sources and Bioactivities of Melatonin », Nutrients vol 9(4), 2017

5- Kimata H, « Laughter elevates the levels of breast-milk melatonin », Journal of Psychosomatic Research 2007 Jun;62(6):699-702

[Auteure] : Pascale Baugé

[Biographie] : De formation scientifique (docteur-ingénieur en génie des procédés), Pascale est très investie dans le monde des sciences en général. Tous les sujets l’intéressent, d’ailleurs elle ne se pose pas de limite car elle aime vulgariser des notions complexes et rendre les résultats des travaux des chercheurs accessibles au plus grand nombre.

 

 

 

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L’allaitement long, pourquoi, comment ? https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-long-pourquoi-comment/ https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-long-pourquoi-comment/#comments Wed, 09 May 2018 09:26:10 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1757 Depuis presque 20 ans, j’offre aux mères du soutien, de l’information autour de l’allaitement maternel. Bien sûr, un allaitement qui se passe au mieux donne à la mère de la confiance en elle (et son bébé) et augmente de façon palpable son envie de continuer cet allaitement. Mais à partir de quand peut-on se considérer … Continuer la lecture de L’allaitement long, pourquoi, comment ?

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Depuis presque 20 ans, j’offre aux mères du soutien, de l’information autour de l’allaitement maternel. Bien sûr, un allaitement qui se passe au mieux donne à la mère de la confiance en elle (et son bébé) et augmente de façon palpable son envie de continuer cet allaitement.

Mais à partir de quand peut-on se considérer « en allaitement long » ? Après la reprise du travail ? A 3 mois ? A 6 mois ? A 1 an ? Plus tard ? Jusqu’au sevrage naturel ?

Chaque mère aura sa propre réponse …. en fonction de ce qu’elle est prête à donner à son bébé et à vivre avec lui. Avant la naissance d’un enfant, une mère a quelquefois des idées sur la durée de son allaitement ; peut-être en fonction de sa reprise de travail. Mais elle pourra être surprise par le changement d’avis qui peut éventuellement s’opérer chez elle. J’entends d’ailleurs souvent les mères expliquer : « Je voulais allaiter jusqu’à 3 ou 6 mois, mais à ce terme, je n’arrivais pas à me résoudre au sevrage, c’était impossible d’envisager d’arrêter ce lien, cette relation avec mon bébé ».

Des recommandations concernant la durée optimale d’allaitement ont été édictées par l’OMS (et reprises par les pays) qui invitent à allaiter exclusivement au moins 6 mois puis jusqu’à au moins 2 ans en association avec une alimentation diversifiée. C’est un repère basé sur la bonne santé des enfants du monde entier. Le manque d’information pour les mères est déjà criant au moment de la naissance ; mais, après quelques semaines, il est difficile de trouver des réponses aux questions liées à l’allaitement qui dure. En outre, si des erreurs ou préjugés sont véhiculés, alors il peut être rapide de perdre pied et donc sa confiance en soi.

Qu’on se le dise, tout au cours de l’allaitement et jusqu’à la dernière tétée, le lait maternel garde toutes ses propriétés immunitaires et nutritives ! A tout âge de l’enfant, le lait de maman sera toujours le meilleur aliment pour lui, le mieux adapté à ses besoins particuliers et à sa croissance.

En premier lieu, l’allaitement génère de fait une proximité importante entre la mère et l’enfant dont les deux ont besoin. Nous sommes des mammifères, de la famille des grands singes et nos petits ont besoin d’être en contact étroit et permanent avec l’adulte pour survivre, se protéger des microbes, virus et autres bactéries, se rassurer, mâturer leur cerveau et enfin se nourrir. Cette grande proximité aide l’enfant à créer et développer sa sécurité affective de base. Bercé, réchauffé, porté, il continue sa croissance au meilleur endroit qui soit : sur sa mère (et son père aussi). Et ces besoins perdurent longtemps ! Et, ô joie ! L’enfant va trouver tout cela dans le lait maternel jusqu’au sevrage.

Aujourd’hui, même si les bienfaits du lait maternel ne sont plus à démontrer à maints égards, il est un bienfait à souligner, expliquer, mettre en avant : celui de la relation mère/enfant. On entend souvent s’exclamer des gens surpris de constater un allaitement qui dure, devant quoi, il est parfois difficile pour la mère de répondre. Elle cherche alors souvent à se justifier, à légitimer cet allaitement.

Non seulement, la mère ne devrait pas avoir à se justifier mais elle pourrait même être accueillie en héroïne ! C’est elle, entre autres par son allaitement, qui construit son nourrisson, son bébé, son bambin puis son enfant. C’est elle qui le rassure, à chaque besoin exprimé, par ses douces attentions, sa tendre disponibilité, son réconfort aimant, jour et nuit, inlassablement. C’est elle qui offre (ou au moins prête !) son corps, ses seins à son enfant comme un îlot réconfortant où téter aide à dormir, console et apaise. C’est elle qui permettra à son bébé, stressé par une séparation par exemple, de retrouver un niveau de cortisol (hormone du stress) qui ne nuira pas au développement de son cerveau.

Bien sûr, la mère peut être supplée dans ce rôle auprès de l‘enfant mais l’allaitement et son contexte hormonal va lui permettre, à elle aussi, un endormissement plus facile, un apaisement psychologique et une assurance grandissante.

Alors, la mère ne trouvera aucune raison d’arrêter l’allaitement … Cette relation simple, apaisante se consolide avec le temps. Plus la mère répond aux besoins de son bébé, plus celui-ci prend confiance en lui-même : son besoin est reconnu, il a su l’exprimer et le voit assouvi. Il saura donc qu’il peut compter sur sa mère, ses parents, pour quoi que ce soit.

Cette construction, cette « sédimentation » va durer des années (entre 5 et 10 ans). Alors pourquoi ne pas continuer l’allaitement ?

Chaque mère, si tant est qu’elle puisse être informée, accompagnée, soutenue, légitimée dans son choix, prendra sa décision en conscience et fera ce qu’elle veut, ce qu’elle considère le mieux adapté pour elle et son bébé.

[Auteure] : Mme Brigitte Doussin, consultante en lactation IBCLC

[Biographie] : Mère de 5 enfants, Brigitte Doussin a fait de ses passions un métier aux multiples facettes. Formatrice en allaitement maternel, consultante en lactation IBCLC, conseillère en portage (AFPB), elle est référente pour l’association Peau à Peau internationale et conférencière.

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Allaitement et prévention de l’obésité : les mécanismes mis en jeu (Fin) https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-prevention-de-lobesite-les-mecanismes-mis-en-jeu-fin/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-prevention-de-lobesite-les-mecanismes-mis-en-jeu-fin/#respond Wed, 18 Apr 2018 12:48:16 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1742 Comme nous l’avions vu précédemment, une association entre l’allaitement maternel et une moindre prévalence du surpoids et de l’obésité à moyen et long terme est observée : l’OMS précise néanmoins qu’il existe de nombreux facteurs confondants dans les études d’observation qui rendent difficile la conclusion quant au rôle exclusif de l’allaitement sur cet aspect. Pour tenter … Continuer la lecture de Allaitement et prévention de l’obésité : les mécanismes mis en jeu (Fin)

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Comme nous l’avions vu précédemment, une association entre l’allaitement maternel et une moindre prévalence du surpoids et de l’obésité à moyen et long terme est observée : l’OMS précise néanmoins qu’il existe de nombreux facteurs confondants dans les études d’observation qui rendent difficile la conclusion quant au rôle exclusif de l’allaitement sur cet aspect.

Pour tenter d’y voir encore plus clair, il peut être intéressant de comprendre quels mécanismes sous-jacents permettraient d’expliquer l’effet protecteur de l’allaitement.

Plusieurs facteurs peuvent en effet rendre compte du rôle joué par l’allaitement dans la mise en place d’un métabolisme ou d’un contrôle plus efficace.

Des composants spécifiques

Le lait des mammifères contient de nombreux composants dédiés à une croissance optimale des petits (optimum propre à chaque espèce qui doit s’adapter à son environnement). Dans le cas du petit homme, le développement des premiers mois affecte surtout le volume cérébral (la croissance du reste des tissus corporels est beaucoup moins marquée) car c’est surtout un déploiement optimal du câblage neuronal et un gain rapide en capacités cognitives qui caractérisent notre espèce. Pour cela, le lait humain se distingue par une teneur élevée en lactose (carburant du système nerveux central) et en corps gras et cholestérol (pour élaborer des tissus cérébraux).

Les préparations lactées, issues principalement du lait de vache, sont plus riches en protéines ce qui active davantage la croissance corporelle (muscles et squelette) : une des raisons pour lesquelles la courbe de gain de poids d’enfants non allaités est plus rapide. Or, un lien a été établi entre une lente prise de poids et un risque diminué d’obésité sur le long terme. Nous reviendrons sur les protéines « particulières » du lait maternel un peu plus tard.

Une autre différence entre lait maternel et préparations lactées pour nourrissons concerne le ratio oméga 6/oméga 3. Moins riche en oméga 3, la préparation pour nourrisson est souvent trop « déséquilibrée » entre les deux types d’acides gras ce qui a pour effet de stimuler la croissance des adipocytes (cellules spécialisées dans le stockage des graisses). De plus, ce déséquilibre conduit aussi à un phénomène d’inflammation dont on sait qu’il est impliqué dans le développement de l’obésité [1].

Revenons sur les protéines spécifiques du lait maternel. Plusieurs séries de données dont certaines récentes indiquent également que certaines protéines présentes en qualité et quantité optimales dans le lait humain jouent un rôle primordial dans la « programmation métabolique » de l’individu via l’hypothalamus.

L’hypothalamus est en effet cette zone du cerveau où s’interconnectent de façon complexe différents types de neurones très spécialisés. Sous l’effet de plusieurs hormones impliquées dans des boucles de de contrôle, l’hypothalamus active les neurones de prise de nourriture ou au contraire des neurones générant la satiété.

Les études dont par exemple ([2], [3], [6], [7]) n’ont pas encore fait le tour complet de la question mais les protéines impliquées sont par exemple la leptine, l’adiponectine, l’apeline et la ghréline.

 

Quelle(s) fonction(s) ces molécules ont-elles ?

La leptine et l’adiponectine sont toutes les deux des hormones produites par le tissu adipeux.

La leptine (du grec « Leptos » qui veut dire mince) est une protéine qui régule les réserves de graisses (elle induit la transformation des lipides et la synthèse des acides gras nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme). Mais elle joue aussi sur l’appétit en contrôlant la satiété; elle est aussi impliquée dans la dépense énergétique. Son rôle précis se situe au niveau de récepteurs de l’hypothalamus.

Différentes études ont montré que la leptine était présente dans le lait humain, en concentration variable pendant toute la période d’allaitement. Les laits industriels ne contiennent pas de leptine même si cette protéine est présente dans le lait de vache (l’écrémage du lait évacue en même temps la leptine).

L’adiponectine [4] [5], est une grosse protéine (composée de 244 acides aminés). Les études ont montré qu’un taux élevé de cette protéine diminuait le risque de diabète de type II en augmentant la sensibilité à l’insuline. Dans le lait humain, les niveaux restent marqués pendant toute la durée de l’allaitement. Dans les études de cohorte [5], des taux plus élevés d’adiponectine sont associés à un plus petit poids chez l’enfant.

L’apeline, est une protéine découverte récemment (1998) et encore plus récemment dans le lait humain (2010). Elle endosse de multiples fonctions : régulation de la pression artérielle, vaisseaux sanguins, effet sur la force de contraction du cœur… Mais le rôle qu’elle joue pour le métabolisme se situe à deux niveaux :

– au sein du cerveau : elle a par exemple été détectée dans les régions contrôlant l’appétit,
– elle active des récepteurs du système digestif (estomac, pancréas, colon).

La ghréline [6] est une petite protéine formée de 28 acides aminés. A la différence des autres hormones, elle stimule l’appétit  (en agissant sur l’hypothalamus) et active les hormones de croissance. Elle intervient aussi dans la régulation du poids sur le long terme.
Il a été mesuré un niveau de ghréline, beaucoup plus élevé dans les laits industriels que dans le lait humain (d’un facteur 2.5 en moyenne).

Ainsi, des composants spécifiques en quantité optimale sont présents dans le lait maternel. Ils jouent soit sur le rythme de croissance du bébé, la régulation de la satiété et l’appétit, soit encore sur la dépense énergétique.

Y a-t-il autre chose ?

Importance de la tétée

Bien que les mamans allaitantes soient souvent un peu inquiètes de ne pas pouvoir visualiser la quantité de lait absorbée par leur enfant, il semblerait bien que c’est tétant que le bébé a le plus de chances d’apprendre par lui-même à réguler ses propres apports alimentaires : des études se sont penchées sur la question.

Les enfants nourris au sein doivent téter de façon très active pour obtenir le lait alors que les enfants nourris au biberon sont plus « passifs » et fournissent un effort moindre. En plus, ces derniers sont beaucoup plus coachés par leur mère, père ou tout autre soignant qui encouragent « à terminer » le repas. De cette manière, ils n’apprennent pas à reconnaître les signes de satiété et ne parviennent pas à s’arrêter de manger au bon moment.

Enfin, n’oublions pas que le lait maternel change de composition et de goût tout au long de la tétée : le bébé apprend vite à reconnaître la « fin de tétée » et ainsi, à mieux équilibrer ce qu’il absorbe par rapport à ses besoins (faisons confiance à l’être humain). Il s’agit donc de mieux contrôler son apport énergétique, un acquis normalement gardé tout au long de la vie. C’est ni plus ni moins qu’un apprentissage comportemental. L’étude [8] l’a particulièrement bien montré en contrôlant différents paramètres.

Composants biologiques spécifiques et tétée « à la source » jouent tous les deux un rôle dans la régulation de l’apport calorique chez l’enfant allaité. Même si le consensus n’est pas établi, tous les éléments semblent cependant réunis pour qu’un jour l’argument de l’allaitement protecteur de l’obésité soit réellement validé.

NB : Attention, cela ne remet pas en cause la pratique occasionnelle consistant à offrir un biberon de lait maternel.

Références : 

1. Bartok CJ, Ventura AK. « Mechanisms underlying the association between breastfeeding and obesity », International journal of pediatric obesity, Vol 4, 196-204, 2009

2. Bouret SG.,  « Early life origins of obesity: role of hypothalamic programming » , Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, Vol 48 Suppl 1:S31-8, 2009

3. Palou, Pico, « Leptin intake during lactation prevents obesity and affects food intake and food preferences in later life », Appetite, Vol 52(1) : 249-52,  2009

4. Bronsky, Mitrova et. al.,  « Adiponectin, AFABP, and Leptin in Human Breast Milk During 12 Months of Lactation », Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, Vol 52(4) : 474–477, 2011

5. Woo JG, Guerrero ML, Altaye M, et al. « Human milk adiponectin is associated with infant growth in two independent cohorts ». Breastfeed Med Vol 4 : 101–109, 2009.

6. Savino, Petrucci et al., « Assay of ghrelin concentration in infant formulas and breast milk », World J Gastroenterology, Vol 17(15): 1971–1975,  2011

7. Victora C. G., Bahl R. et al., « Breastfeeding in the 21st century : epidemiology, mechanisms, and lifelong effect », The Lancet, Vol 387, 20168

8. Li R, et al., « Do infants fed from bottles lack self-regulation of milk intake compared with directly breastfed infants? »,Pediatrics, Vol 125(6), pp 1386-1393, 2010

[Auteure] : Pascale Baugé

 

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Le lait humain protègerait contre l’obésité (1e partie) https://www.leblogallaitement.com/le-lait-humain-protegerait-contre-lobesite-1e-partie/ https://www.leblogallaitement.com/le-lait-humain-protegerait-contre-lobesite-1e-partie/#respond Wed, 11 Apr 2018 09:06:13 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1738 La prévalence de l’obésité chez l’enfant n’a de cesse d’augmenter. Ce phénomène est inquiétant dans la mesure où il implique souvent de nombreux risques pour la santé de l’enfant, l’adolescent et l’adulte (problèmes cardiovasculaires et respiratoires, maladies gastro-intestinales). Des études se sont intéressées à l’impact de la qualité de l’alimentation dans les premiers mois sur … Continuer la lecture de Le lait humain protègerait contre l’obésité (1e partie)

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La prévalence de l’obésité chez l’enfant n’a de cesse d’augmenter. Ce phénomène est inquiétant dans la mesure où il implique souvent de nombreux risques pour la santé de l’enfant, l’adolescent et l’adulte (problèmes cardiovasculaires et respiratoires, maladies gastro-intestinales).
Des études se sont intéressées à l’impact de la qualité de l’alimentation dans les premiers mois sur les risques à plus longs termes. Mais établir des liens entre le mode de nourrissage en début de vie et la santé à l’âge adulte n’est pas sans poser quelques soucis : d’une part la collecte de données est difficile et d’autre part l’interprétation des résultats est sujette à caution.

En ce qui concerne l’effet de l’allaitement, la comparaison de l’état de santé d’adultes ayant été allaités ou non est délicate dans la mesure où :
– la qualité des préparations pour nourrissons a profondément évolué depuis les premiers laits mis sur la marché,
– la définition des durées d’allaitement et de l’allaitement exclusif n’est pas toujours la même entre les études ce qui rend la comparaison difficile,
– des biais existent : le mode de vie des mères allaitantes diffère parfois de celui des mères non allaitantes,
– la façon dont le sevrage est mené est très variable selon les familles (notamment l’âge et le type d’ aliments introduits) : or ces aspects sont très marquants pour la santé future,
– le mode de vie à l’âge adulte peut gommer les effets de l’allaitement sur le long terme.

Malgré tout, depuis une vingtaine d’années, de nombreux résultats d’études s’accumulent quant à l’influence de l’alimentation du tout-petit dans ses premiers mois de vie et il semble que le lait humain consommé au tout début de la vie soit impliqué dans le contrôle du poids des enfants et des adultes qu’ils deviendront [1]. Soulignons néanmoins qu’il n’y a pas encore de consensus bien établi au sein de la communauté scientifique. Voyons ce qu’il en ressort.

Les résultats d’études

Une méta-analyse réalisée en 2005 [2] rassemble les résultats de 17 études indépendantes. Les auteurs ont estimé un risque diminué de 4% par mois d’allaitement supplémentaire. Mais ces chiffres semblent surtout s’appliquer aux pays riches : ce qui est déjà un résultat intéressant en soi.

En effet, dans les pays plus pauvres, les études ne mettent pas en évidence de lien entre indice de masse corporelle et durée totale de l’allaitement.

Mais l’IMC est-il un paramètre bien pertinent ?

En effet, plusieurs études préalables l’ont montré : l’IMC a lui seul ne permet pas d’étudier l’impact de l’allaitement car ce paramètre est trop peu précis pour mettre en évidence des différences de composition adipeuse entre individus, notamment pendant l’enfance. Il faut donc trouver d’autres approches. Certaines recherches ont donc suivi une autre voie, en ciblant par exemple l’information « masse adipeuse ». Des moyens de mesure adaptés relatifs à cette nouvelle donnée, mettent effectivement en évidence l’impact positif de l’allaitement même après ajustement des facteurs confondants. De plus, un effet dose-réponse a été noté. L’étude [3] réalisée sur plus de 500 enfants montre par exemple un tel effet de l’allaitement : une moindre masse grasse pour les enfants allaités alors que l’IMC n’est pas modifiée.

Pour s’affranchir des biais, il est intéressant de regarder du côté des études menées sur les frères et sœurs qui n’ont pas reçu la même alimentation dans leurs premiers mois de vie ou une même durée d’allaitement. Ces recherches sont très riches en enseignement car elles permettent de mettre de côté l’influence du mode de vie et des facteurs socio-culturels.
Ainsi, l’étude [4] de 2010 repose sur l’utilisation d’un modèle permettant d’éliminer les caractéristiques communes de 500 fratries (un allaité/un non allaité) dont l’âge était compris entre 9 et 19 ans. L’analyse des résultats conduit au chiffre suivant : 41 % plus de risques  chez l’enfant non allaité d’être en surpoids à l’âge adulte.

L’OMS [5] a récemment (2013) mis à jour une vaste méta-analyse portant sur ce sujet et incluant un large panel d’études diverses (71 études incluses). Leur conclusion est qu’il est effectivement observé une association entre allaitement et une moindre prévalence du surpoids et de l’obésité sur le long terme mais qu’il reste tout de même difficile d’éliminer tous les facteurs confondants.

L’importance des conditions de sevrage

Un article publié en 2014  [6]  par une équipe française  rappelle, comme dans la conclusion de l’OMS, qu’une tendance se dessine mais qu’il n’y a pas encore de consensus : de nombreux biais dispersent les résultats et un ajustement statistique correct est nécessaire de façon à pouvoir isoler l’influence du seul paramètre « allaitement ».

L’article rend compte d’une étude de cohorte (comparaison des taux d’incidence du surpoids entre personnes ayant été allaitées et un groupe de non allaités). 73 enfants ont été suivis de leurs premiers mois jusqu’à l’âge de 20 ans et l’effet de l’allaitement (partiel ou exclusif confondus) sur la masse adipeuse a été étudié en tenant compte des facteurs nutritionnels au moment du sevrage. 2/3 des enfants ont été allaités, avec une durée maximale de 7 mois 1/2. Les paramètres évalués à l’âge de 20 ans sont la taille, le poids, l’épaisseur des plis cutanés, la masse adipeuse. Les paramètres confondants qui ont été ajustés sont l’indice de masse corporelle de la mère, la profession du père.

Lorsque les variables habituelles sont ajustées, il n’est pas toujours évident de mettre en évidence le rôle protecteur de l’allaitement. Par contre, en prenant en compte la variable « régime alimentaire » lors du sevrage (contenu en calories et en lipides), ce rôle protecteur apparaît de façon significative mais il faut tenir compte également de l’apport calorique ou contenu en matière grasse lors du sevrage : une restriction calorique au moment du sevrage pourrait avoir un effet néfaste sur la gestion des graisses à un âge plus avancé, et gommer les bénéfices de l’allaitement sur cet aspect.

L’idéal est de passer du lait maternel (riche en graisse) et de diminuer progressivement la quantité de lipides au fil du temps, tout en douceur. Une chute trop rapide n’est pas sans risques sur le long terme, notamment sur la gestion des corps gras. Comme si le corps s’adaptait à cette restriction et programmait de faire des réserves en cas de besoin !

Enfin, les études ont également mis en évidence l’importance de l’âge au moment de l’introduction de solides : parmi les enfants nourris avec des préparations industrielles pour nourrissons, le fait d’introduire la diversification avant l’âge de 4 mois est associé à une augmentation marquée du risque d’obésité à 3 ans. Cette période de diversification n’apparaît pas aussi impactante pour les enfants allaités, comme si l’allaitement aidait à mieux réguler leur prise alimentaire [7].

En conclusion

En tout état de cause, s’il est parfois difficile de tirer une conclusion quant au seul rôle de l’allaitement sur la masse adipeuse, il y a tout lieu de croire qu’il occupe une place importante dans la mise en place de mécanismes de contrôle. Ce qui est sûr c’est que  la composition de la masse corporelle est fortement marquée par le vécu « environnemental » juste après la naissance (période de « plasticité métabolique »)  et pendant la petite enfance : les risques de développement de l’obésité sont bel et bien liés à plusieurs facteurs de risques.

A lire prochainement, un 2e partie article consacré aux modes d’action de l’allaitement maternel sur la mise en place de facteurs régulateurs qui émergent de la recherche scientifique et qui peuvent expliquer les tendances observées.

Références :

  • Bouret,  « Early life origins of obesity: role of hypothalamic programming »
    Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, Vol 48 Suppl 1:S31-8, 2009
  • Harder T. et al., « Duration of breastfeeding and risk of overweight: a meta-analysis », Am J Epidemiol. , Vol 162(5), pp 397-403, 2005
  • Robinson SM., et al., « Variations in infant feeding practice are associated with body composition in childhood : a prospective cohort study », Journal of Clinical Endocrinology Metabolism, Vol 94(8), pp 2799-2805, 2009
  • Metzger M., McDade T., « Breastfeeding as Obesity Prevention in the United States: A Sibling Difference Model », American journal of Human Biology, Vol 22, pp 291-296, 2010
  • Horta B.L., Victora C.G., « Long-term effects of breastfeeding : a systematic review », Chapitre 5, World Health Organization  ISBN 978 92 4 150530 7, 2013
  • Péneau S, Hercberg S., Rolland-Cachera M-F, « Breastfeeding, Early Nutrition, and Adult Body Fat », The Journal of Pediatrics, 2014
  • Huh, S.Y. et al., «  Timing of solid food introduction and risk of obesity in preschool-aged children. »,  Pediatrics, Vol 127, e544–e551 2011

[Auteure] : Pascale Baugé

 

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The post Allaiter un enfant adopté first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]> Les mamans qui adoptent un bébé expriment parfois le désir de l’allaiter. Démarrer un allaitement en dehors d’une grossesse, on l’imagine, n’est pas une entreprise aisée. Le projet n’est d’ailleurs pas couronné de succès à tous les coups. Pourtant, certaines réussissent et nous avons étudié les publications scientifiques relatives à ce sujet afin d’en tirer les grandes lignes et de donner quelques clés aux femmes qui envisageraient de s’investir dans cette belle aventure.

Pourquoi allaiter un bébé adopté ?

Parmi les motivations qui poussent les mères à allaiter un enfant qu’elles vont adopter, on retrouve bien sûr la volonté de le « nourrir » avec un lait dont les effets bénéfiques ne sont plus à démontrer. Il ressort également très souvent des études que les mamans souhaitent développer une solide interaction avec le bébé qu’elles n’ont pu porter : l’allaitement procure un contact physique soutenu avec l’enfant et il contribue aussi à développer le lien d’attachement mère-enfant.

 

Que nous dit la littérature scientifique ?

 

Peu de travaux ont été publiés sur ce sujet mais il semble que l’allaitement exclusif soit plus difficile à atteindre : produire du lait en quantité significative est par contre très souvent possible et c’est déjà une belle réussite pour les mamans. Deux publications assez récentes parues dans « Journal of Human Lactation » font référence à deux cas concrets qu’il est intéressant de présenter.

Une étude américaine [1] expose l’expérience d’une femme de 33 ans qui a déjà mené une grossesse (mais pas à terme), et qui décide, à la suite de problèmes de stérilité, d’adopter un enfant. Ce sont des jumeaux nouveau-nés qu’elle va alors adopter. Plusieurs mois avant la naissance des jumeaux et après de nombreuses discussions avec des consultantes en lactation, la future mère exprime son désir d’allaiter et de tout mettre en œuvre pour y parvenir. On lui propose alors un programme qui comprend la prise de dompéridone accompagnée d’un traitement hormonal (pendant dix semaines) et la stimulation au tire-lait électrique (double recueil) toutes les trois heures (sur une durée de 20 minutes) dès l’arrêt du traitement hormonal. Elle produit du lait au bout de deux semaines. A la naissance des jumeaux à 34 semaines d’aménorrhée (poids de 1,96 et 1,85 kg), elle parvient à les allaiter alors qu’ils sont accueillis dans une unité de néonatalogie. La prise du sein par les bébés est immédiatement efficace mais en raison de leur faible poids de naissance, on décide de les complémenter. A l’âge de deux mois, les jumeaux sont allaités exclusivement par leur mère adoptive.

 

L’étude [2] d’une équipe espagnole date de 2017 et présente le cas d’une jeune femme de 37 ans qui devient stérile à la suite d’une fausse-couche survenue à 22 SA. Elle décide alors d’adopter un enfant et de l’allaiter. Six mois avant l’arrivée du bébé, elle démarre un protocole de stimulation en prenant de la dompéridone pendant un mois (sans traitement hormonal préalable), en utilisant un tire-lait à double recueil en combinaison avec une expression manuelle du lait (durée 45 minutes). La fréquence de la stimulation est intense : toutes les deux heures excepté la nuit où la future maman s’accorde une pause de six heures.
Trois semaines après le début de la stimulation, elle exprime ses premières gouttes de lait et la quantité obtenue augmente très rapidement.

Le résultat est à la hauteur de ses efforts puisqu’elle réussit à allaiter de façon exclusive pendant six mois et elle associe des aliments solides au lait maternel au sein jusqu’aux deux ans de son enfant.
 

Discussion et principales conclusions

Ces deux cas concrets publiés dans la littérature sont très encourageants pour les mamans qui souhaitent allaiter un enfant adopté. Les auteurs soulignent qu’il est plus facile d’induire la lactation en dehors d’une grossesse lorsque la maman a déjà allaité au préalable ou lorsqu’elle a déjà été enceinte.

Les auteurs indiquent également qu’il n’y a pas de protocole spécifique mais parmi les facteurs facilitant la réussite d’une lactation induite, les plus importants sont : la forte motivation, le soutien de la famille, du conjoint et des professionnels de santé dans l’entourage de la futur maman et également la qualité et la fréquence de la stimulation.
En ce qui concerne la prise de substances galactogènes (médicaments ou plantes), le consensus scientifique n’est pas établi sur leur réelle efficacité pour induire la lactation.

Les conseils doivent donc se centrer autour des techniques de tirage du lait, et sur la valorisation des efforts de la mère. Quelle que soit la production obtenue, c’est une belle réussite dont profiteront les deux protagonistes.

La recherche scientifique dans ce domaine mérite d’être poursuivie afin d’accumuler plus de résultats et d’accroître les connaissances des mécanismes mis en jeu lors de la lactation induite. Des conseils encore plus ciblés et efficaces permettraient alors de mieux aider les mamans.

 

Références :

[1] Szucs K. et al., « Induced Lactation and Exclusive Breast Milk Feeding of Adopted Premature Twins », Journal of Human Lactation, Vol. 26(3), 2010

[2] B. Flores-Anton et al., « An Adoptive Mother Who Became a Human Milk Donor », Journal of Human Lactation, Vol. 33(2), 2017

[Auteure] : Pascale Baugé

[Biographie] : De formation scientifique (docteur-ingénieur en génie des procédés), Pascale est très investie dans le monde des sciences en général.

A la naissance de son premier enfant, elle découvre l’allaitement avec bonheur mais se heurte aussi à quelques difficultés. Et voilà un nouveau sujet passionnant à fouiller !  Depuis, elle a eu deux autres enfants, allaités longuement, et n’a de cesse de lire et fouiller la littérature scientifique, synthétiser et diffuser l’état des dernières connaissances sur l’allaitement maternel. Elle anime le blog “Allaitement, bonheur et raison “

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Le jour du foirage total en matière d’allaitement https://www.leblogallaitement.com/le-jour-du-foirage-total-en-matiere-dallaitement/ https://www.leblogallaitement.com/le-jour-du-foirage-total-en-matiere-dallaitement/#comments Thu, 04 Jan 2018 08:11:47 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1674 Cette semaine, je vous publie le témoignage spontané de Léa face aux difficultés de l’allaitement. L’allaitement … Avant d’être enceinte je n’avais jamais eu trop d’avis sur la question, je ne m’y intéressais pas vraiment en fait (comme pour beaucoup de choses) … J’ai toujours dit que ce n’était pas un truc qui me faisait … Continuer la lecture de Le jour du foirage total en matière d’allaitement

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Cette semaine, je vous publie le témoignage spontané de Léa face aux difficultés de l’allaitement.

L’allaitement … Avant d’être enceinte je n’avais jamais eu trop d’avis sur la question, je ne m’y intéressais pas vraiment en fait (comme pour beaucoup de choses) … J’ai toujours dit que ce n’était pas un truc qui me faisait ultra rêver mais que c’était quand même indéniablement ce qu’il y avait de meilleur pour un petit bébé … Ça ne me questionnait pas plus que ça … Et puis j’ai changé de point de vu ou plutôt j’ai évolué …

Au début de ma grossesse je n’y pensais pas trop puis, plus ma grossesse avançait plus l’allaitement me faisait envie, j’ai toujours dit que, je cite: « j’essayerais, si ça marche tant mieux si c’est trop galère tant pis » … (discours hyper courant avant de devenir maman …) … Mais ce n’est pas si simple que ça … En tout cas ça ne l’a pas été pour moi …

Ma petite fée née, aussitôt sortie elle se met au sein naturellement et la « tétée d’accueil » a été un bonheur immense, continuer à nourrir mon enfant, je me sentais pleinement dans mon rôle et à ma place, j’étais heureuse de ma décision, je me sentais bien, sereine et en pleine possession de ce choix, je me disais surtout que pour moi c’était une suite logique de ma grossesse, cette grossesse que j’ai tant aimé, c’était le prolongement le plus juste et ça avait l’air de fonctionner à merveille … J’allais pourtant faire face a une immense déception …

Apres les premières heures idylliques, les 39 heures de travail se font sentir plus que jamais et viennent les heures de grande fatigue, malgré elles il faut continuer de stimuler pour la montée de lait, gérer son bébé qui pleure, les tétées qui s’enchainent à une vitesse folle … Tout le monde me dit que mon bébé a une position parfaite, qu’il tête divinement bien … Tout le monde y va de son conseil et me félicite, j’ai même le droit de rentrer à la maison … Pourtant je suis épuisée, je craque, je commence à avoir mal, je sens que ça me tire, que mes alliés s’assèchent, et que malgré toute la lanoline et autre miel médical et cataplasmes de lait maternel du monde, ils finissent par craquer eux aussi … Ce qui petit à petit se fissurait en moi finissait par se fissurer sur moi … Malgré tout mon courage, ma volonté et ma détermination, j’ai stoppé la mise au sein, cette douleur lancinante et sournoise qui me faisait hurler de mal à chaque fois je ne pouvais plus la supporter car elle était insupportable, insoutenable. Se mêlait a elle le gout de la défaite et le sentiment d’échec, la peur de donner l’impression à ma fille de la rejeter, je pleurais de tout …

La poitrine engorgée, on part louer cette machine infernale, celle qui je ne le savais pas encore allait me suivre pendant 7 mois, elle sera mon troisième bras, mon sein artificiel, cet engin a été mon sauveur, il a aussi été mon cauchemar …

Première utilisation laborieuse et douloureuse … Au départ j’avais pris la décision de tout arrêter et d’utiliser ce système uniquement  pour tarir les montées de lait et la production, mais en voyant tout ce lait, je n’ai pas pu, j’ai continué, je voulais que ma fille boive mon lait, celui que je pensais être le meilleur pour elle … Pour se faire je tirais plusieurs fois dans la journée, ça allait de 4 à 8 fois par jour en période de pic de croissance, mes journées étaient rythmées par les tirages, donner les biberons, endormir ma fille, la changer, tirer, donner les biberons, endormir ma fille, la changer … J’ai eu très peu de temps pour moi pendant de longs mois, mais je m’y faisais, c’était devenu ma façon de vivre, ma routine, mais j’enviais ces mamans qui sortaient ne serait-ce que 30 minutes pendant que moi je devais tirer mon lait, ces mamans qui faisaient une sieste pendant que moi je tirais mon lait, la famille qui prenait l’apéro pendant que moi je tirais mon lait, ceux qui profitaient de dormir le matin pendant que moi je tirais mon lait … Ca a été difficile … Je n’ai jamais réessayé de remettre ma fille au sein car la douleur n’a jamais vraiment disparue, j’avais peur de trop souffrir à nouveau, physiquement j’étais vulnérable, je me sentais honteuse, psychologiquement j’étais triste et vidée …

Quand ton bébé est au biberon, tout le monde se sent alors la permission de le lui donner, j’étais devenue susceptible avec ça, je ne supportais pas voir quelqu’un nourrir ma fille autre que mon mari ou moi, tout simplement car ça aurait dû être MON moment, ça devait être MA partie, on me volait des moments que je m’étais projetés avec elle, intimes, complices …

On m’a souvent dit que ce n’était pas grave, que l’important c’était qu’elle ait le meilleur: mon lait … C’est vrai, mais pourtant ça me déchirait …

Et puis il y a toujours ces discours culpabilisants, ça viendrait de la position (pourtant parfaite au départ), ça viendrait de ma peau, ou celles qui te disent qu’elles elles ont continué malgré la douleur … Que c’est dommage !!! Ca ça te crève le cœur … Ça te fait encore plus mal … Parce qu’elles n’ont aucune idée de la douleur qu’a été la tienne … De la tristesse immense qui t’a envahi quand tu as décidé a contre cœur d’arrêter le massacre, que tu te culpabilises déjà assez toi-même, tous les jours, chaque heure et chaque minutes … Pourquoi tout le monde y arrive et toi t’as pas réussi ?! Tu te sens incomprise, seule …

Comme pour beaucoup de choses concernant la maternité tant que tu ne l’a pas vécu tu ne peux pas savoir, tu peux imaginer, mais tu ne peux pas mesurer … Cette claque, cette baffe que tu te prends en pleine gueule, celle dont tu as du mal à guérir …

Je n’ai pas été de celles pour qui l’allaitement s’est mis en place tout de suite avec facilité et sans douleurs … Je suis de celles qui ont souffert, qui ont pleuré de douleur, d’épuisement, de tristesse, de regret, mes larmes étaient celles d’un cœur qui saignait d’une deuxième séparation forcée avec mon petit bébé … Ces larmes me propulsaient violemment dans ma nouvelle réalité, celle que je pense ne pas avoir assez anticipé … Moi qui avait tant aimé ma grossesse, on avait coupé le cordon physique, et voilà qu’on me coupait un deuxième fil invisible, un fil dont j’avais encore besoin … Je crois qu’on m’avait prévenu que ce ne serait pas si facile … je pense … En fait je n’en suis plus si certaine … Je n’ai peut-être pas écouté, je ne voulais peut être pas entendre …

Aujourd’hui je suis si fière de mon parcours, fière de ce que j’ai accompli, émue de ce que j’ai fait. J’ai réussi à allaiter mon bébé exclusivement pendant 5 mois, le sixième mois a été le mois de relais pour une transition en douceur. J’ai eu si peur, peur de ne pas réussir à créer de lien avec elle face à l’échec de la mise au sein et pourtant il est bien là, en fait il ne s’est jamais brisé, il ne nous a jamais fait faux bond …

A mon mari, cet homme merveilleux; Qu’aurais-je fais sans toi? Merci. Et à mon amie Laura ce petit bout de femme qui m’a tant aidé, merci aussi!

[Auteure] : Léa , voici son blog pour lui donner un petit coup de pouce 🙂

https://mamanfeeblog.wordpress.com

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Allaitement et risques de caries dentaires https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-risques-de-caries-dentaires/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-risques-de-caries-dentaires/#comments Tue, 24 Oct 2017 12:48:53 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1632 Les caries dentaires constituent un problème sanitaire touchant entre 60 et 90% des enfants en âge scolaire : elles peuvent entraîner des douleurs et infections potentiellement handicapantes. Or, on l’a évoqué dans un article précédent : le lait humain est particulièrement riche en sucres.  Beaucoup de dentistes et de mamans s’interrogent donc : les uns mettent en gardent, … Continuer la lecture de Allaitement et risques de caries dentaires

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Les caries dentaires constituent un problème sanitaire touchant entre 60 et 90% des enfants en âge scolaire : elles peuvent entraîner des douleurs et infections potentiellement handicapantes. Or, on l’a évoqué dans un article précédent : le lait humain est particulièrement riche en sucres.  Beaucoup de dentistes et de mamans s’interrogent donc : les uns mettent en gardent, recommandent parfois d’éviter l’allaitement long (comprendre au-delà de 6 mois) et les autres ne savent plus quoi penser. Quid par exemple de la préconisation OMS de poursuivre l’allaitement jusqu’aux deux ans de l’enfant ? Fait-on prendre un risque à la santé dentaire de nos enfants ? Le sujet reste très controversé.
Que disent les études scientifiques sur le sujet ? A-t-on des arguments biologiques permettant d’évaluer un risque accru de caries dentaires lors d’un allaitement long ?

 

Les sucres dans le lait maternel, lien suspecté avec le risque de carie

Dans la famille des sucres, la molécule la plus abondante est le lactose (globalement deux molécules de glucose assemblées). Parmi toutes les espèces de mammifères, le lait humain est l’un des plus riches en lactose, particulièrement utile pour le développement du tissu cérébral.
Une autre spécificité du lait humain (notamment le colostrum) est la présence élevée d’oligosaccharides (plusieurs sucres « simples » reliés entre eux).

Bref  particulièrement riche en divers sucres, le lait humain peut donc constituer un facteur de risque pour la formation des caries puisque que les bactéries qui creusent les dents, ont besoin de sucre pour se multiplier et adhérer aux dents.

Il faut cependant préciser que tous les sucres ne sont pas équivalents et que le lait maternel a de sacrées particularités.

 

Les causes des caries dans la petite enfance

 Les bactéries cariogènes (particulièrement les Streptrococcus mutans) qui peuvent contaminer la bouche utilisent les sucres consommés pour se développer, s’attacher les unes aux autres en formant un biofilm : elles produisent alors des acides qui peuvent conduire à la décalcification de la dent.

La carie est un problème délicat à évaluer car il est multifactoriel. Pour un enfant, cela dépend de son état de santé, de son poids de naissance (prématurité), du type de bactéries buccales (cariogènes ou pas), de la présence de sucres et lesquels, des caractéristiques des dents (défauts d’émail, morphologie et caractéristiques génétiques) et de son mode de vie : hygiène dentaire, attitude des parents, recours plus ou moins fréquent à des médicaments, et habitudes alimentaires. On évoque aussi [2]  une association entre le niveau de vitamine D de la mère pendant sa grossesse et les risques de caries chez l’enfant. Un manque de vitamine D peut avoir un effet sur la calcification des premières dents, prédisposant à une moindre qualité de l’émail qui peut plus facilement se déminéraliser.

En ce qui concerne le facteur lié aux sucres, puisque c’est sur ce point que l’allaitement est mis en cause, ce qui compte c’est :

– la fréquence d’exposition,
– la période pendant laquelle ils sont consommés (pendant les repas ou entre les repas),
– la nature même des sucres.

La consommation de sucres en dehors des repas et durant la nuit semble être le facteur le plus impactant : la sécrétion de salive est alors moins importante ce qui ne facilite pas le drainage des sucres qui peuvent plus facilement stagner autour des dents.

 

Quid du lait maternel ?

 Une grande majorité d’études [7] [8] montre que dans la période       0 – 12 mois, l’allaitement non seulement, ne favorise pas les caries dentaires mais permettrait même de s’en protéger.

Comment ? La présence dans le lait maternel de substances telles que la caséine et des anticorps semblent empêcher l’adhésion des bactéries cariogènes (« Streptococcus mutans ») au biofilm présent sur les dents et à la salive [9]. La lactoferrine du lait maternel, quant à elle, détruit les « mutans ».

La nature des sucres est également un point important dans la mesure, où les bactéries cariogènes ne consomment pas tous les sucres de façon équivalente. Selon des études récentes, le lactose présent en grande quantité n’intéresse pas vraiment ces bactéries qui préfèrent dégrader les sucres classiques tels que le saccharose (ou sucrose), le fructose, le glucose.

Enfin, un mécanisme complémentaire de protection est lié au fait que le lait maternel favorise l’acquisition de micro-organismes oraux qui font rempart : les lactobacillus par exemple empêche l’implantation des « mutans ».

Il faut également préciser [1] que la technique utilisée par un enfant allaité pour se nourrir est bien différente de celle d’un enfant au biberon. Dans le premier cas, l’arrivée de lait dans la bouche se fait plus dans la partie arrière tandis qu’avec le biberon, le lait peut plus facilement circuler autour des dents.
Allaitement long et caries : revue des études

 Pour la période au-delà de 1 an, les publications ne conduisent pas toutes aux mêmes résultats. La difficulté de trancher vient du fait qu’il est assez difficile de comparer des groupes (enfant allaités sur le long terme et enfants non allaités) et de s’affranchir des biais (notamment l’effet du régime alimentaire lié à la diversification, à l’exposition aux sucres raffinés dans les régimes modernes)

L’effet cariogène du lait maternel seul, a été étudié [3]. Il n’a pas été montré d’augmentation d’acidité, ni de décalcification de l’émail sur un petit nombre d’enfants âgés de 12 à 24 mois après consommation de lait maternel.

L’étude [4] a consisté à examiner l’état dentaire d’enfants de 6 ans (certains étaient nés dans un établissement encourageant l’allaitement, d’autres dans un établissement classique (groupe de contrôle). Les taux d’allaitement dans le groupe test étaient effectivement 7 fois plus élevés que dans le groupe de contrôle. Or, aucune différence de l’état dentaire n’a été notée.

Quelques études de cohortes [5] [6] ont également été menées sur ce sujet (respectivement 206 et 504 enfants observés).  Les résultats montrent que l’allaitement prolongé n’était pas un facteur de risque et que l’allaitement maternel de nuit ne provoquait pas de caries.

Mais, toutes les études ne sont pas si catégoriques notamment à cause des nombreux facteurs entrant en jeu [7] ce qui entretient une sorte de mythe (au sein même des professionnels de santé) où allaitement et caries dentaires sont associés : la plupart des partisans de cette thèse avance comme facteur de risque les tétées de nuit sur le long terme (au-delà de 12 mois) pour faciliter l’endormissement. Ils évoquent alors un flux de salive moindre et une hygiène dentaire limitée. Mais aucune base scientifique fiable ne corrobore ces hypothèses et les arguments précédents (substances protectrices dans le lait maternel) restent valables, même la nuit, sous réserve que le lait maternel reste le seul aliment consommé (tétine sucrée à éviter par exemple) et sans autre faiblesse particulière brouillant les cartes (telle qu’une moindre qualité d’émail).

 

Conclusion

Bref, sur la base d’études fiables correctement menées, il apparaît que le lait maternel soit riche en substances capables de contrer le travail des bactéries dévoreuses d’émail. Quant à l’allaitement long, aucune preuve scientifique consensuelle n’indique qu’il favorise la recrudescence des caries chez l’enfant sous réserve d’appliquer une hygiène dentaire suffisante et d’avoir une consommation de sucres modérée.

 

Références :
1- V. Lavigne, « Breastfeeding and dental caries », Clinical Lactation, 2013

2- R. Schroth « Prenatal Vitamin D and Dental Caries in Infants », Pediatrics, 2014

3- P.R. Erickson, « Investigation of the role of human breast milk in caries development », American Academy of Pediatric Dentistry, 1999

4- Kramer et al., « The effect of prolonged and exclusive breast-feeding on dental caries in early school-age children. New evidence from a large randomized trial. » Caries Research, 2007

5- Nunes, « Association between prolonged breast-feeding and early childhood caries: a hierarchical approach. » Community Dentistry and Oral Epidemiology, 2012

6- Mohebbi, “Feeding habits as determinants of early childhood caries in a population where prolonged breastfeeding is the norm », Community Dentistry and Oral Epidemiology, 2008

7- R. Tham, « Breastfeeding and the risk of dental caries : a systematic review and meta-analysis », Acta Peadiatrica, 2015

8- Avila, « Breast and Bottle Feeding as Risk Factors for Dental Caries: A Systematic Review and Meta-Analysis », PlosOne, 2015

9- Niemi L., « Human Milk Compounds Inhinbiting Adhesion of Mutans Streptococci to Host Ligand-Coated Hydroxyapatite invitro », Caries Research, 2009

[Auteure] : Pascale Baugé

[Biographie] : De formation scientifique (docteur-ingénieur en génie des procédés), Pascale est très investie dans le monde des sciences en général. Tous les sujets l’intéressent, d’ailleurs elle ne se pose pas de limite car elle aime vulgariser des notions complexes et rendre les résultats des travaux des chercheurs accessibles au plus grand nombre (ses articles sont à retrouver sur son blog Le Monde et Nous.)

A la naissance de son premier enfant, elle découvre l’allaitement avec bonheur mais se heurte aussi à quelques difficultés.  Depuis, elle a eu deux autres enfants, allaités longuement, et n’a de cesse de lire et fouiller la littérature scientifique, synthétiser et diffuser l’état des dernières connaissances sur l’allaitement maternel: ce qu’on sait, mais aussi ce qu’on cherche à comprendre, car il y a encore tant à découvrir. Elle anime le blog “Allaitement, bonheur et raison

 

 

 

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Le lait humain est riche en une molécule anti-cancéreuse (point sur HAMLET) https://www.leblogallaitement.com/le-lait-humain-est-riche-en-une-molecule-anti-cancereuse-point-sur-hamlet/ https://www.leblogallaitement.com/le-lait-humain-est-riche-en-une-molecule-anti-cancereuse-point-sur-hamlet/#comments Tue, 14 Feb 2017 16:04:47 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1520 Connaissez-vous HAMLET ? Non, il ne s’agit pas ici de l’œuvre de W. Shakespeare mais d’une molécule bien particulière : elle détruit sélectivement les cellules cancéreuses et elle se trouve dans le lait maternel. Voici quelques résultats des études ayant porté sur ce sujet et leurs principales conclusions. Des preuves épidémiologiques [1, 2] (en 2008 et plus récemment … Continuer la lecture de Le lait humain est riche en une molécule anti-cancéreuse (point sur HAMLET)

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Connaissez-vous HAMLET ? Non, il ne s’agit pas ici de l’œuvre de W. Shakespeare mais d’une molécule bien particulière : elle détruit sélectivement les cellules cancéreuses et elle se trouve dans le lait maternel. Voici quelques résultats des études ayant porté sur ce sujet et leurs principales conclusions.

Des preuves épidémiologiques [1, 2] (en 2008 et plus récemment en 2015) mettent en évidence que l’allaitement, lorsqu’il est mené pendant 6 mois et plus, protège l’enfant contre le développement de certaines tumeurs malignes notamment pour les cas de lymphomes [1](ceux-ci sont liés au système immunitaire) mais aussi pour la leucémie dont l’incidence n’est pas négligeable d’autant plus qu’elle augmente sensiblement chaque année (notamment grâce à un meilleur diagnostic).

Ceci suggère que certains éléments présents dans le lait humain aident non seulement à optimiser le développement du système de défense mais peuvent aussi réguler celui des cellules et empêcher l’apparition de tumeurs.

En 1995, une découverte importante vient corroborer ces hypothèses. Plusieurs équipes suédoises montrent que le lait humain contient un cocktail spécifique associant une protéine appelée « alpha-lactalbumine » dans une configuration particulière et des chaînes d’acide gras : une sorte de molécule complexe « protéine-lipide ». Cette association nommée HAMLET (qui signifie « Human Alpha-lactalbumine Made lethal to Tumor cell ») a la capacité de tuer les cellules cancéreuses et préserve les cellules saines.

Comment agit HAMLET ? Les recherches ont mis en évidence que les cellules tumorales meurent par apoptose : il s’agit d’un programme normalement prévu dans chaque organisme consistant à mettre à mort des cellules malsaines ou anormales.

Plus d’une soixantaine de tumeurs (cultures dans différents tissus) ont été testées : toutes (dont gliomes, leucémie, cancer poumon) s’avèrent sensibles à HAMLET. Des essais in VIVO [3] sur une dizaine de patients avaient montré d’excellents résultats en 2007: par exemple la réduction de la taille d’une tumeur de la vessie.

Depuis la découverte de la molécule, les scientifiques cherchent à comprendre comment HAMLET agit exactement. Tous les mécanismes mis en jeu ne sont pas encore entièrement élucidés mais on commence à voir où sont localisés les champs de bataille. Il semblerait qu’HAMLET joue sur plusieurs plans en profitant des spécificités métaboliques des cellules cancéreuses. 

Elle bloque par exemple la respiration cellulaire en s’attaquant aux membranes des structures dédiées à la récupération d’énergie ; ceci déclenche comme effet secondaire l’apoptose.

HAMLET s’attaque aussi aux filaments des cellules [4]. Ceux-ci assurent la cohésion et jouent sur la morphologie. Ainsi, par l’action d’HAMLET, les cellules perdent leur capacité à adhérer à un support et se « détachent ».

HAMLET se charge aussi d’inhiber les enzymes assurant le service d’ordre par l’élimination des intrus. HAMLET assure ainsi sa propre survie pour continuer son travail destructeur des cellules malignes.

Mais cela va encore plus loin au sein de la cellule puisqu’HAMLET, au niveau du noyau, désorganise l’ADN ce qui rend impossible la division cellulaire.

Cette molécule a donc plus d’un tour dans son sac pour éliminer les cellules cancéreuses : les mécanismes d’actions mis en jeu sont multiples et complexes même si bon nombre d’entre eux doivent encore être élucidés. Mais le fait est là : HAMLET, ainsi que d’autres facteurs bénéfiques associés à l’allaitement contribue à diminuer les risques de cancer chez l’enfant [1] (même si son incidence reste rare, il s’agit néanmoins d’une des premières causes de mortalité chez l’enfant et l’adolescent dans les pays développés).

Références :

[1] Davis MK et al.,   « Review of the evidence for an association between infant feeding and childhood cancer. » Int J Cancer Suppl, Vol 11, 1998

[2] Amitay E. L. et al., « Breastfeeding and Childhood Leukemia Incidence – A Meta-analysis and Systematic Review », JAMA Pediatr., Vol 169 (6), 2015

[3] Mossberg AK et al., « Bladder cancers respond to intravesical instillation of HAMLET » International Journal of Cancer, Vol 121(6), 2007

[4] Trulsson M et al., « HAMLET Binding to α-Actinin Facilitates Tumor Cell Detachment » PLoS ONE 6(3), 2011

[Auteure] : Pascale Baugé

[Biographie] : De formation scientifique (docteur-ingénieur en génie des procédés), Pascale est très investie dans le monde des sciences en général.

A la naissance de son premier enfant, elle découvre l’allaitement avec bonheur mais se heurte aussi à quelques difficultés. Depuis, elle a eu deux autres enfants, allaités longuement, et n’a de cesse de fouiller la littérature scientifique et de diffuser l’état des dernières connaissances sur l’allaitement maternel. Elle anime le blog “Allaitement, bonheur et raison” .

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Débuts imprévus https://www.leblogallaitement.com/debuts-imprevus/ https://www.leblogallaitement.com/debuts-imprevus/#respond Mon, 02 Jan 2017 09:41:18 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1486 Toute l’équipe de Grandir Nature se joint à moi pour vous souhaiter une très bonne année 2017 avec  plein de tétées et  du lait maternel qui coule à flot !!! 🙂 Pour commencer cette nouvelle année, j’ai choisi de publier le témoignage de Myriam, maman d’une grande prématurée qui va nous parler de son histoire … Continuer la lecture de Débuts imprévus

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Toute l’équipe de Grandir Nature se joint à moi pour vous souhaiter une très bonne année 2017 avec  plein de tétées et  du lait maternel qui coule à flot !!! 🙂

Pour commencer cette nouvelle année, j’ai choisi de publier le témoignage de Myriam, maman d’une grande prématurée qui va nous parler de son histoire en plusieurs parties. Voici un témoignage plein de courage.

Cinq mois de grossesse, notre petite merveille naît. Victoria mesure 33 cm et pèse 690g. Naissance inattendue pour un bébé d’une fragilité extrême. Le service de réanimation, ou « réa » devient son nouveau cocon, notre seconde maison. Un monde qui a son propre espace temps, peuplé d’êtres humains lumineux, les plus petits qui soient.

Avec cette naissance prématurée démarre l’attente. On ne le mesure pas encore bien mais c’est extraordinairement dur. Petit à petit, les minutes se muent en jours puis en mois. On s’accroche au peu que l’on puisse apporte, à commencer peut-être par mon lait.

Y a pas de mots pour décrire ce que je ressens alors. La Vie de ma fille tient à un fil. Ma tentation est si grande de me décourager. Pourtant, la solution est là, continuer d’y croire, et avoir pour seul et unique objectif de garder confiance parce l’on ne maîtrise rien. On peut contrôler ce qui vient de soi, planter l’espérance dans un terreau fertile, chaleureux et bienveillant, cultiver son jardin intérieur pour espérer récolter les plus beaux fruits qui soient. Il y a des ingrédients nécessaires et que l’on retrouve chez tous les rayonnants sortis de ces épreuves : l’amour, la joie et l’espoir toujours en ligne de mire. Ça n’enlève pas la souffrance, ni les larmes mais l’enracinement est trop important pour que la tige poursuive son chemin pour s’élever.

Le quotidien, c’est juste se remémorer très régulièrement du seul ou des quelques petits moments positifs. Il y en a toujours un même dans la pire de la pire des journées. S’accrocher à ces sourires en fait partie, à ces rires entendus au loin. Sentir cette brise légère caresser notre visage quand on est dehors. Garder en mémoire les messages d’un proche ou d’un ami qui nous veut du bien, qui envoie des wagons de courage et une locomotive de force, ou juste qui prie pour nous dans cette situation à laquelle on ne comprend rien. Romain Gary disait à juste titre : “Vous ne pouvez pas attendre de la vie d’avoir un sens. Vous devez lui en donner un ». Et c’est bien ce sur quoi nous nous sommes concentrés. C’est ce qui m’a aidé à trouver mille et une ressources en moi pour recueillir le précieux liquide. Mon or, son médicament, ce lait qui préserve ce lien incomparable entre ma merveilleuse fille que j’aime tant et qui lutte pour s’accrocher à la vie.

Puis chaque jour, avancer, sonner à l’interphone, attendre patiemment que la porte s’ouvre et se referme, poser un pied puis l’autre jusqu’au casier, déposer mon manteau, dérouler mon écharpe, chaque geste avec une temporalité propre, celle de la réa. Puis me diriger vers les lavabos, et méticuleusement, accomplir les rites de désinfection, porter l’habit de circonstance, le masque et repartir vers les berceaux. Mettre tous mes sens en éveil, en étroite connexion avec le présent, vivre, sans perdre un instant.

Sur chaque mur un peu sombre que je rencontre, je dessine un petit ange à la craie. Pour donner de la douceur au monde.” Jean-Charles de Castelbajac

Au moment de dire bonjour, je recherche les yeux de la personne qui est là juste pour me donner toute la force dont j’ai besoin pour continuer mon chemin. Il y a une osmose, une harmonie qui se crée entre le personnel soignant et les parents qui ne nécessitent pas d’explications ; les regards se suffisent à eux-mêmes.

Mon seul but alors : être présente et disponible pour Victoria, en réa, me tenir près de la couveuse pour la soutenir dans ce qu’elle vit, les bons moments et les bonnes nouvelles comme dans les difficultés et les jours plus compliqués.

Myriam en contact avec Victoria - couveuse

Je me souviens d’une après-midi particulièrement éprouvante. J’avais le moral en dents de scie. Je passais d’un état rassuré à inquiet en deux minutes. C’est alors que j’ai envoyé un texto à Suzanne, la responsable de l’aumônerie. Elle seule a le droit d’effectuer des visites à l’improviste dans le service. Elle était disponible et a mis peu de temps pour nous rejoindre. Sa seule présence me rassure et son écoute est inestimable. Je la revois avec son sourire jusqu’aux oreilles, ses yeux qui pétillent d’allégresse. Je lui ai expliqué la situation, elle voyait bien que j’avais le moral dans les chaussettes, épuisée par ces sonneries, le scope ( appareil pour surveiller le rythme cardiaque de bébé ) et ce service que je voulais fuir. Je ne sais même plus ce qu’elle a répondu, parce que c’était davantage sa prestance que ses mots qui m’ont touchée. La puéricultrice a scotché sur la porte une note « ne pas déranger ». En ces instants éprouvants, nous nous sommes mises à prier, juste ce qu’il faut pour me consoler et me réconforter. Suzanne connaît les mots pour dire, pour prier comme il se doit lorsque l’on est incapable de restructurer sa pensée, l’affect marqué à vif.

Quand je repense à cette période fragile de notre aventure, je me souviens aussi que le dialogue avec nos proches n’était pas facile non plus. C’est difficile de décrire ces instants, mes émotions de mère. L’impression que toutes nos souffrances sont banalisées. Et pourtant, c’est tellement vrai, se sentir impuissant devant l’inacceptable, la souffrance d’un enfant et de sa mère, ça touche tout le monde en plein cœur.

Alors quand – après des semaines – vient enfin le moment où je peux porter ma Victoria dans mes bras en peau à peau, le silence s’installe, l’amour circule enfin avec une intensité que rien ne peut atténuer. Comme si l’énergie était tellement contenue, qu’enfin libérée, la fleur s’épanouit et s’ouvre au grand jour, pour notre plus grand bonheur.

Cramponnez-vous, tant que la vie palpite…
 Ne lâchez rien, c’est le seul moyen d’aller plus haut!” (Pierre Lunel)

Et quand la sortie se fait tellement désirer, je rencontre Rachel au self, une pédiatre qui s’installe à ma table pour manger ! Au moment-même où le doute s’installe, je me sens lasse, figée au bord du chemin. Elle est alors un témoin formidable et je reprends ma route le cœur plus léger. Ce sont des discussions que je n’oublierai pas. Ce jour-là, elle m’a complètement redonné espoir quant à notre sortie.

C’est aussi grâce à Rachel, que bravant le règlement, Victoria a rencontré ses sœurs à l’hôpital, et le cœur tout brûlant nous avons savouré cette joie de nous retrouver à 5 au même endroit et au même moment. Chaque jour passé aux côtés de Victoria me fait dire la Vie est très précieuse, n’en loupe pas un instant.

J’ai décidé de profiter de tous ces bonheurs à fond, à 100 %, comme les tétées d’intense proximité. Je dois ces tétées en partie à Shasha, surnom donné à Shadock, mon tire-lait qui ne m’a pas quitté pendant bien 2 ans. Donner mon lait à ma fille, j’ai décidé d’en faire mon défi quotidien. Les études scientifiques récentes prouvent qu’un nourrisson a moins de soucis de santé quand il est nourri de lait maternel. Alors Victoria serait allaitée longtemps, c’est une évidence. Le lactarium a stocké jusqu’à quinze litres de mon lait, pour être sûre qu’elle n’en manque jamais.

Et puis après deux mois d’une attente stressante, j’entends la pédiatre déclarer pour la première fois que « Victoria a une évolution favorable ».  Au bout de 4 mois 1/2 d’hospitalisation en réanimation et en médecine néonatale, Victoria est rentrée à la maison, la veille de la fête des mères. Nous sommes enfin réunis : la séparation forcée d’avec une partie de ma famille me pesait considérablement.

D’aucuns reconnaissent qu’on ne quitte pas la réa indemne. Ce microcosme vous transforme complètement et si intensément qu’après on ne peut plus voir la vie de la même façon. Victoria a maintenant 3 ans1/2, elle est en petite section, aime beaucoup l’école et son maître. Elle s’émerveille de tout, a une détermination qui n’a d’égale que sa soif de vivre.

 [Auteure] :  Myriam Dutilleul

[Biographie] : Mère d’Élisa, Marion et de Victoria, Myriam Dutilleul a consacré 3 années à soutenir bénévolement des mères qui allaitent par le biais de l’association La Leche League. Elle est éducatrice en environnement.

Merci à Myriam pour cette article et ces photos.

 

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La nécessité d’allaiter selon Lucie https://www.leblogallaitement.com/la-necessite-dallaiter-selon-lucie/ https://www.leblogallaitement.com/la-necessite-dallaiter-selon-lucie/#comments Wed, 24 Aug 2016 13:12:25 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1422 Nous avons reçu récemment le témoignage spontané de Lucie* sur ses allaitements, je vous laisse le découvrir. Voici donc la belle histoire de Lucie et de ses enfants. Mon allaitement long Tout commence lorsque j’apprends que je suis la seule à ne pas avoir été allaité sur les trois enfants que ma mère a eues. … Continuer la lecture de La nécessité d’allaiter selon Lucie

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Nous avons reçu récemment le témoignage spontané de Lucie* sur ses allaitements, je vous laisse le découvrir. Voici donc la belle histoire de Lucie et de ses enfants.

Mon allaitement long

Tout commence lorsque j’apprends que je suis la seule à ne pas avoir été allaité sur les trois enfants que ma mère a eues. Je suis la seule à subir de nombreuses allergies et d’autres problèmes de santé… Je dois avoir sept ans et C’EST DECIDE, JE VEUX ALLAITER MES ENFANTS pour leur éviter d’avoir toutes mes allergies et mes problèmes de santé…

Nous sommes en juillet 2010 et le moment est arrivé, j’apprends ma première grossesse et c’est quelques mois plus tard que j’accouche prématurément par césarienne, d’un bébé ayant un faible poids dû à un retard de croissance. Tout va très vite mais je ne peux pas allaiter mon bébé. Il pourrait trop se fatiguer  car il est prématuré et affaibli par sa venue au monde ( ce qui n’est pas tout à fait juste, je l’ai appris par la suite mais ceci est une autre histoire).

Je ne me pose donc aucune question et je tire mon lait toutes les heures environ …

Je me sens comme une « vache laitière » mais les quantités tirées me rassurent, je vais pouvoir allaiter longtemps d’après le personnel de la maternité.

Après quelques jours, les ennuis commencent : suite à une poussée de fièvre et sous les mauvais conseils d’une professionnelle, je suis contrainte d’arrêter l’allaitement. On suspecte une mastite (inflammation du sein ) et on me met sous perfusion d’antibiotiques. Heureusement, le lendemain matin une puéricultrice plus informée sur le sujet, me recommande de reprendre au plus vite les tirages.

Puis je sors enfin de l’hôpital. Les mois passent …

Je suis à trois mois d’allaitement et je ressens ce manque que peuvent ressentir d’autres mamans quand leur bébé se met à téter de plus en plus pendant les périodes de pointe ( je ne savais pas encore ce que c’était ). Roméo* revient toutes les heures et hurle après les tétées, je décide d’utiliser mon tire-lait à nouveau et de ne plus mettre mon bébé au sein pour voir ce que je tire (son faible poids ne m’a pas permis d’être zen et de me faire confiance sur la prise au sein). Je ne tire que 10 ml toutes les heures et je décide donc de relancer ma lactation car mon stock diminue de plus en plus et le lactarium est passé prendre mes derniers vingt litres la veille ( je pensais que je n’en aurais plus besoin ).

Dès que Roméo a fini de téter, je tire mon lait et le papa le complète avec le lait tiré. La nuit je me lève toutes les heures pour stimuler cinq à  dix minutes. Ma belle-mère s’en mêle avec ses phrases anti allaitement « c’est la fin, l’allaitement ne dure jamais ! »

 La fatigue, la prématurité, mon long séjour à la maternité, de devenir maman…tout cela était un stress important et me voilà à acheter une boîte de lait, je ne sais pas encore à ce moment que je peux trouver du soutien auprès d’une consultante ou d’une sage-femme…ET POUR MOI C’EST LA FIN!

Je sais que je peux encore y remédier mais COMMENT ? Je n’ai plus de force ! Je quitte l’appartement pour ne pas voir mon bébé prendre ce biberon de lait artificiel, je suis déprimée et j’ai beaucoup de mal à m’en remettre. Je n’ai pas pu avoir ce lien privilégié auquel je m’attendais et auquel je m’étais préparée. Il me faudra un autre enfant pour « réparer les dégâts », du moins c’est ce que je pense…

NINA*

Nous sommes en 2014 quand Nina arrive parmi nous, elle ne présente pas de soucis en particulier si ce n’est un faible poids également. Suite à l’échec du déclenchement programmé, une césarienne est effectuée et nous sommes séparées le temps de mon réveil. Le papa l’accompagne en chambre et explique aux sages-femmes qu’elle ne doit pas recevoir de lait artificiel car je veux l’allaiter. Malheureusement elle a faim et sera alimentée par biberon avec du lait artificiel quand même…( là aussi j’ai appris qu’ on aurait pu me proposer de faire différemment..)

Lorsque je reviens en chambre, c’est bien sûr la première chose que j’ai fait, L’ALLAITER ! Tout ne se passe pas comme je l’espèrais, elle n’arrive pas à prendre le sein correctement. Elle « tétouille », ne déglutit pas, et dort toute la journée mais pleure toute la nuit. Une puéricultrice m’aide à extraire le colostrum sur une petite cuillère pour qu’elle ne perde pas trop de poids.

Les journées et les nuits s’enchaînent et je me vois confronter à la montée de lait difficile car Nina s’endort et je n’arrive pas à trouver la bonne position, celle où je n’ai  pas mal. Le personnel médical ne s’en inquiète pas… Je serre les dents et me dit qu’à la maison ça ira mieux ! En attendant je subis les visites répétées et les conseils déplacés…

Je rentre enfin et là aussi rien ne se passe comme je l’avais imaginé, Nina pleure toujours autant et réclame sans cesse le sein, je ne sais même plus différencier la tétée efficace de la « tétouille », elle s’endort sans cesse rapidement. Je connais à présent Grandir Nature et j’appelle donc la consultante en lactation et nous faisons le point. Je dois « refaire » mon accouchement, la césarienne et la séparation ont « laissé des traces » sur mon enfant, elle a besoin d’être rassurée et le peau à peau et les bains communs vont nous rapprocher et recréer ce cocon qu’elle avait au creux de moi ! Je porte Nina en écharpe pour la calmer lors des moments de « crises » et je « cododote » (en toute sécurité) avec elle ! Nina se réveille la nuit toutes les heures mais je décide de lâcher prise et Nina tète à présent sans que je m’en rende compte, cela ne me réveille plus ! Elle finira par espacer les tétées.

J’appréhende chaque période de pointe.  Vers les deux mois et demi de Nina, je sens déjà qu’elle réclame de plus en plus. Pas de panique : je dors plus, mange équilibré, bois de la tisane d’allaitement et surtout, j’ai le numéro d’une consultante en lactation. Je suis parée pour passer ce cap !

Je ne voulais pas craquer, j’avais cet objectif en tête. C’était une démarche « réparatrice ». Tout devait bien se passer et tout s’est bien passé. J’ai mis du temps à mettre en place cet allaitement, je dois continuer pour mon enfant et moi-même. C’est bien plus qu’un choix c’est une nécessité pour moi !

Nous voilà donc à six mois d’allaitement exclusif et j’introduis l’alimentation solide par la méthode DME**, Nina se débrouille comme une chef.

Mais le calme est de courte durée. Elle revient téter de plus en plus souvent . J’ai repris le travail depuis  un mois, j’ai eu mon retour de couches (qui réduit la quantité de lait que je tire) …

J’ai peur, peur de la fin, de la fatigue qui va s’accumuler, peur de ne pas être à la hauteur, mais je sais que c’est le dernier cap, après tout ira bien ! Cela aura duré deux semaines et Nina retrouvera un rythme.

Nina a deux ans et tète, non pas encore mais TOUJOURS ! Ce que pense les autres je ne m’en soucie plus. Des phrases rigolotes (et moins) j’en entends toujours. J’allaite partout, à la montagne pour rassurer, à la mer pour rafraîchir, à la maison après un bobo, dans la voiture pour calmer, bref mon sein est toujours là prêt à réconforter ou hydrater et qu’il serve de réfrigérateur, de doudou, de mouchoir, de  « chewing gum »,  qu’il soit admiré ou critiqué, moi je sais une chose…J’AI GAGNE !

*les prénoms ont été modifiés par souci d’anonymat

**DME : diversification menée par l’enfant.

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La régulation de la production lactée : loi de l’offre et de la demande https://www.leblogallaitement.com/la-regulation-de-la-production-lactee-loi-de-loffre-et-de-la-demande/ https://www.leblogallaitement.com/la-regulation-de-la-production-lactee-loi-de-loffre-et-de-la-demande/#respond Tue, 28 Jun 2016 13:40:27 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1389 Discutez allaitement et vous entendrez sûrement « moi je n’avais pas assez de lait pour mon bébé » « Ma mère n’a pas pu nous allaiter ; ce sera sûrement pareil pour moi », ou à l’inverse « Je dégoulinais j’avais vraiment trop de lait pour mon bébé, je pouvais en nourrir deux ». Qu’en est-il au juste ? Souhaitez-vous pouvoir … Continuer la lecture de La régulation de la production lactée : loi de l’offre et de la demande

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Discutez allaitement et vous entendrez sûrement « moi je n’avais pas assez de lait pour mon bébé » « Ma mère n’a pas pu nous allaiter ; ce sera sûrement pareil pour moi », ou à l’inverse « Je dégoulinais j’avais vraiment trop de lait pour mon bébé, je pouvais en nourrir deux ».

Qu’en est-il au juste ?

Souhaitez-vous pouvoir dire « Je suis émerveillée de constater que je produis exactement le lait qu’il faut pour mon bébé » ?

À partir de la naissance, dès que le placenta est expulsé et dans les 48h qui suivent, la chute de la progestérone, une des hormones de la grossesse, va permettre à la prolactine, hormone qui entraîne la production du lait, d’être pleinement fonctionnelle amenant ainsi le sein à produire du lait en volume suffisant après avoir produit le colostrum ; c’est ce que l’on a coutume d’appeler la « montée laiteuse ». Dès le 4ème mois de grossesse, la prolactine agit sur les cellules capables de produire le lait et leur fait débuter la production mais en toute petite quantité, tout comme les deux premiers jours après votre accouchement. Votre prolactine est comme un moteur très puissant qui serait très très bridé. Ici c’est la progestérone qui la bride. Dès ce moment de bascule hormonale que constitue la montée laiteuse, la production de lait va être régulée au niveau de chaque glande mammaire bien qu’elle reste sous dépendance du taux basal de prolactine durant les six premières semaines environ.

Comment se joue alors cette régulation ?

La glande mammaire va fonctionner vraiment selon la loi de l’offre et de la demande dans le commerce et les sites de fabrication des produits : c’est la quantité de lait prélevée de votre sein (ce qui serait la demande d’un client) qui va induire une commande plus ou moins importante de la fabrication (ce qui est la réponse ajustée des unités de production à ce qui se vend).

Au départ, vos hormones lancent votre production à bonne allure, une allure qui vous est propre et individuelle. Si vous prélevez peu de lait, votre allure va baisser pour s’ajuster et éviter de stocker du lait pour rien. Si vous prélevez ce qui est disponible, vous maintiendrez votre allure. Enfin, si vous prélevez ce qui est disponible plus fréquemment qu’à l’habitude, vous augmenterez alors votre allure.

Lors d’une tétée, la succion de votre bébé stimule des fibres nerveuses situées principalement sous et sur le côté de l’aréole, ce stimulus est reçu par l’hypothalamus qui va induire de ce fait deux réponses effectuées par la glande hypophysaire :

  • la sécrétion de l’hormone ocytocine, permettant l’éjection du lait contenu dans votre sein en faisant se contracter de petites fibres musculaires qui entourent les unités de production du lait et,
  • la sécrétion de l’hormone prolactine qui induira une continuité dans la production.

En pratique : si votre bébé tète quasiment tout le lait présent dans votre sein, il induit une commande de lait plus élevée que s’il ne tète que la moitié ou 1/3 ou moins encore de ce que vous aviez produit, et plus il le fait fréquemment plus c’est vrai.  C’est-à-dire qu’en tétant fréquemment quasiment tout le lait disponible, il amène votre sein à augmenter la vitesse à laquelle il produit. Donc, en quelques jours votre sein aura produit plus sur 24h, même si votre sensation de seins toujours souples vous fait penser le contraire. À l’inverse s’il tète peu, après la tétée votre sein n’est pas pleinement drainé et pas totalement souple, cela induira une production plus faible après cette tétée que s’il avait pris plus de lait, et si, de plus, votre bébé revient sur ce sein longtemps après : eh bien ce sein aura eu le temps de stocker du lait ce qui induit le message vers votre cerveau :  « produis moins car on n’ a plus besoin d’autant » et la vitesse ralentit, ce qui en quelques jours aboutit à une production moindre sur 24h .

Beaucoup de situations de lactation jugée insuffisante sont des situations où la lactation n’a pas atteint un niveau optimal faute d’un drainage optimal et fréquent.

Le nouveau-né allaité exclusivement tète en moyenne 8 à 12 fois par 24h à un rythme irrégulier. En suivant ses signes d’éveil  vous devriez vous assurer une production adéquate. Si ce n’est pas le cas c’est le moment de se tourner vers votre sage-femme ou une consultante en lactation diplômée.

[Auteure] : Dr Muriel Mermilliod, consultante en lactation IBCLC

[Biographie] : Formatrice en allaitement maternel, consultante en lactation IBCLC et chirurgien-dentiste, le Dr Muriel Mermilliod est l’une des meilleures spécialistes françaises des aspects pratiques et théoriques de la lactation humaine, des compétences et des besoins des nouveau-nés et de leurs mères

 

 

 

 

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Allaitement : et si on encourageait les mères en surpoids à tenter l’aventure ? (épisode #2) https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-si-on-encourageait-les-meres-en-surpoids-a-tenter-laventure-episode-2/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-si-on-encourageait-les-meres-en-surpoids-a-tenter-laventure-episode-2/#respond Thu, 02 Jun 2016 15:19:08 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1330 Dans un précédent article, nous avons passé en revue certaines des difficultés auxquelles les mères en surpoids peuvent être confrontées lorsqu’elles désirent allaiter. Voici un complément d’astuces pratiques qui leur permettront de savourer elles aussi cette aventure avec bonheur et délectation. Les défis liés aux aspects mécaniques Accoucher d’un bébé lorsqu’on est en surpoids ou … Continuer la lecture de Allaitement : et si on encourageait les mères en surpoids à tenter l’aventure ? (épisode #2)

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Dans un précédent article, nous avons passé en revue certaines des difficultés auxquelles les mères en surpoids peuvent être confrontées lorsqu’elles désirent allaiter. Voici un complément d’astuces pratiques qui leur permettront de savourer elles aussi cette aventure avec bonheur et délectation.


Les défis liés aux aspects mécaniques

Accoucher d’un bébé lorsqu’on est en surpoids ou obèse, signifie une plus large proportion de naissances difficiles, de césariennes, de recours à l’usage d’instruments tels que forceps ou ventouse. Et là se situe un autre souci, infantile celui-là : l’enfant risque de ne pas téter de façon efficace, des douleurs ou blocages au niveau de la mâchoire et / ou cervicales pouvant s’opérer lors du travail ou de la naissance.
L’enfant risque également d’être somnolent du fait de la péridurale.
Ces seuls deux points expriment un risque de ne pas pouvoir se nourrir correctement et par conséquent la possibilité de développer un ictère (jaunisse), et/ou subir une grosse perte de poids.
L’enfant risque également d’avoir une glycémie instable difficile à gérer avec un bébé dormeur et qui ne peut pas utiliser correctement ses lèvres, langue, et mâchoires pour vider efficacement le sein.
  1. Si l’enfant réclame le sein, vous pouvez compresser votre sein durant toute la tétée (tant qu’il y a du colostrum) puis quand les volumes commencent à augmenter : compresser le sein lors des phases où le bébé tète mais ne boit pas afin que plus de lait s’écoule dans sa bouche.
  2. Si l’enfant ne réclame pas le sein, ou que les tétées ne semblent pas efficaces :
    • Extrayez du colostrum dans une coupelle toutes les 2h, et donnez ce colostrum à votre bébé toutes les 2h avec une cuillère à café, voire au doigt, en étant bien attentive à ses réponses.
    • Valeurs indicatives :
      • Les premières 24h de vie: 1 cuillère à café de colostrum toutes les 2 h ( de quelques gouttes à 10ml selon les auteurs ) (1,2) ,
      • Entre 25 et 48h : 1 cuillère à soupe de colostrum toutes les 2h ( de 5 à 15 ml) (1,2)
      • Entre 48 et 72h : 35-40 ml par tétée (entre 3 et 4 cuillères à soupe par tétée) (1,2)
Petits trucs avant une naissance par césarienne :
Prévoyez avant de partir à la maternité un petit récipient hermétique (vous en aurez discuté avec l’équipe de votre maternité) et que vous aurez rempli de votre colostrum. Il pourra être donné (je suggère toujours par le papa!) à votre bébé si vous êtes indisponible pour la première tétée. Vous pourrez éventuellement charger votre compagnon d’extraire le colostrum durant les premières heures si vous même « vous ne le sentez pas ».
Vous pouvez envisager de commencer ces extractions à mettre au réfrigérateur, les tous derniers jours avant la naissance ; tandis que vous stimulerez vos seins et mettrez votre bébé au sein, ce colostrum « prénatal » pourra être donné au bébé à la cuillère en « complément » de sécurité.
L’image de soi, un empêcheur d’allaiter
Certaines mamans ne se sentent ni confortables ni en confiance pour allaiter en public y compris devant du personnel soignant. Allaiter quand la famille et les amis rendent visite peut devenir un challenge insurmontable.
  • Les soignants peuvent cependant dispenser des astuces d’installation et se cantonner à soutenir sans jugement ;
  • Leur primordialité sera d’apporter un maximum d’intimité quand un des seins est découvert et de respecter la pudeur de la maman (vis-à-vis des autres soignants, de la maman partageant la même chambre etc.) ;
  • Un châle large et léger peut envelopper maman et enfant pendant une tétée, un peu à l’écart du groupe et ainsi préserver leur intimité à tous les deux !
  • Sinon s’éloigner, le temps qu’elle tire son lait pour que l’enfant soit nourri s’il ne l’est pas au sein.
Seins larges et mamelons aplatis éventuels
Il peut sembler compliqué de faire prendre un sein très large à un bébé ; un mamelon à tendance plate peut compliquer la prise en bouche ; ceci participe aux douleurs et lésions (crevasses). Si la mère avait perdu beaucoup de poids, il peut être difficile d’installer l’enfant à un sein devenu « penduleux » et dont on ne voit pas le mamelon.
  • Une serviette roulée, placée sous le sein, permet de « relever » le sein, l’aréole peut être plus visible ;
  • Des coussins fermes sous la partie externe du sein peuvent permettre de relever le sein, de le conformer plus ;
  • Un coussin d’allaitement fait maison ou prévu pour jumeaux, qui soit assez large pour accueillir sein et enfant ;
  • Une seringue dite modifiée, reprenant le principe de la « Niplette », utilisée avant les tétées, peut contribuer à faire ressortir un mamelon aplati ;
  • Présenter l’aréole en « tasse de thé » avec les doigts « derrière le mamelon » peut contribuer à faire ressortir ce dernier ;
  • Il existe d’autres astuces réservées aux seins larges ou penduleux.
  • Il convient d’éviter les positions où le poids du sein repose sur le bébé.
Lors de l’utilisation d’un tire-lait, on fera attention à choisir le bon diamètre de téterelle (la partie en contact avec le sein) afin que le mamelon ne frotte jamais contre la paroi du tunnel (voir article connexe « plus de lait au tire-lait »).
Pathologies liées, traitements divers dont vitamines
  • Il y a un risque de diabète gestationnel, qui doit être pris en compte quand on sait que l’insuline est notamment nécessaire à la « montée de lait ».
  • Il y a un risque d’hypertension, et le médecin prendra garde de ne pas prescrire de clonidine chlorhydrate car il abaisse la prolactine alors que la maman obèse a déjà des taux plus bas de prolactine que la moyenne.
  • En cas de chirurgie bariatrique (by-pass gastrique), bien prendre les vitamines, ne pas hésiter à demander au médecin s’il faut en augmenter les doses, s’il faut supplémenter l’enfant en vitamine B12.
NE PAS ATTENDRE – DE BONNES ALTERNATIVES :
L’on se rend compte finalement, que les mères obèses voire en surpoids seul, cumulent des difficultés, il faut reconnaître cependant qu’elles ne reçoivent pas les informations et astuces nécessaires pour les aider dans leur projet d’allaitement ; c’est peut-être ce qui participe à autant de problèmes de production de lait, de « transfert de lait », et donc de durées d’allaitement. Du fait du problème hormonal qui concerne une prolactine diminuée, une piste à explorer pourrait être la prise de prolactine humaine recombinante à défaut de remèdes homéopathiques ou phytothérapeutiques qui en élèveraient le taux. Il faut également s’appuyer sur des recommandations de première tétée précoce, de peau-à-peau, de stimulations très fréquentes des seins, plus fréquentes qu’en temps ou situation ordinaire. Le démarrage peut être très ardu, réclamer beaucoup d’attention et d’énergie chez la maman, mais le plus important est peut-être de donner le plus de chances possibles, pour que la maman, bien informée, fasse ses choix, sans se retrouver à « subir ».
Mon meilleur conseil sera de vous rapprocher, durant votre grossesse puis après la naissance de votre bébé, d’une personne bien formée en allaitement maternel. Il pourrait s’avérer important pour vous de maîtriser à l’avance certaines positions d’allaitement si vos seins sont très larges notamment, ou de partager des astuces pour allaiter discrètement mais également de discuter de des possibilités et de votre choix parmi les conseils possibles et proposés.
Mon autre meilleur conseil sera : en allaitement rien n’est jamais « fichu-foutu » ; mais plus on s’y prend tôt, plus on retrouve facilement l’harmonie lactée !
Surpoids: IMC de 26-29 kg/m2
Obésité: IMC supérieur à 29 kg/m2
[Références] :
(1) Riordan 2015 using: Memorial Hospital, Helping Babies Breasrfeed 2010, Colorado Springs, Colorado
(2) Walker 2015 Breastfeeding Management for the clinician Table 2-5
Césarienne : 50% + de risques césarienne (doublé pour les mères obèses) (Poobalan, Aucott, Gurung, Smith, & Bhattacharya, 2009).
Retard, insuffisance à 60h : Chapman & Perez Escamilla, 1999, 2000h Retard : Hilson, 2000; Rasmussen, Hilson, & Kjolhede, 2001 Nommsen-Rivers, Chantry, Peerson, Cohen, and Dewey (2010) Dewey, Nommsen-Rivers, Heinig, and Cohen (2003)
Arrêt avant sortie maternité : Hilson, Rasmussen, & Kjolhede, 1997). Durée : Donath & Amir, 2000 Prolactine diminuée : Rasmussen & Kjolhede, 2004
[Auteure] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, Françoise Coudray est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+
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