prématurité | Les belles histoires de l'allaitement https://www.leblogallaitement.com Tue, 15 Nov 2022 12:36:29 +0000 fr-FR hourly 1 Une consultante IBCLC dans un lactarium https://www.leblogallaitement.com/une-consultante-ibclc-dans-un-lactarium/ https://www.leblogallaitement.com/une-consultante-ibclc-dans-un-lactarium/#respond Tue, 15 Nov 2022 12:36:28 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=2288 Delphine Dumoulin nous parle de son rôle dans un lactarium d’une maternité de niveau 3. Puéricultrice depuis 30 ans, j’ai, depuis 2006, l’immense honneur d’être la puéricultrice d’un des plus grands lactariums de France. Lorsque j’ai été recrutée, j’avais bien sûr de bonnes connaissances en allaitement. De plus, mon hôpital se préparait à la labellisation … Continuer la lecture de Une consultante IBCLC dans un lactarium

The post Une consultante IBCLC dans un lactarium first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Delphine Dumoulin nous parle de son rôle dans un lactarium d’une maternité de niveau 3.

Puéricultrice depuis 30 ans, j’ai, depuis 2006, l’immense honneur d’être la puéricultrice d’un des plus grands lactariums de France.

Lorsque j’ai été recrutée, j’avais bien sûr de bonnes connaissances en allaitement. De plus, mon hôpital se préparait à la labellisation IHAB (Initiative Hôpital Ami des Bébés), dont l’une des conditions est de permettre l’allaitement en cas de séparation mère-bébé.

On imagine aisément le rôle que peut avoir une puéricultrice ou un autre soignant IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant) dans un service de maternité ou de néonatalogie. Mais dans un lactarium, cela soulève toujours l’étonnement.

« Vous ne pasteurisez pas du lait ? » Notre mission consiste en effet à conserver le précieux or liquide de nos mamans pour garantir sa sécurité et le donner ensuite aux bébés vulnérables. Mais cela ne s’arrête pas là.

Prendre en compte l’humain, en prendre soin, respecter et accompagner les projets d’allaitement sont au cœur de nos préoccupations également.

De la maternité, en passant par la néonatalogie, le lactarium est un trait d’union pour le soutien de ces mères.

Dans cette optique, je me suis formée pour devenir consultante en lactation IBCLC en 2008, diplôme que j’ai renforcé par un DIU ( diplôme inter- universitaire) en lactation humaine et allaitement (DIULHAM), ainsi que le DU ( diplôme universitaire) de la théorie de l’Attachement.

A cette époque, de mon point de vue, tout était à construire et à organiser ; une très belle aventure humaine ! A plusieurs, nous avons décidé de revoir nos pratiques pour les faire évoluer, de former les équipes pour une cohérence dans les soins. On m’a confié la mission de former à la fois des étudiants et d’accompagner les mères allaitantes de bébés nés trop tôt ou devant subir une intervention chirurgicale dès la naissance.

Comment cela se passe-t-il concrètement au sein de l’établissement hospitalier ?

Un membre de l’équipe rencontre chaque maman ayant un projet d’allaitement et, dans le cadre du don de lait pour son bébé né prématurément et/ou qui va être opéré. Nous créons avec elle un dossier de don, suivant le cadre législatif.

Cet entretien permet également d’aborder en détails les bonnes pratiques de recueil du lait : utilisation du tire-lait, entretien, stockage et transport du lait. Moment idéal, pour expliquer comment la lactation va s’installer, avec quelques notions simples de physiologie, cette entrevue permet aux mamans de comprendre ce qu’est un lactarium, ce qu’elles vont vivre et ainsi de gagner en confiance ! Elles entendent toutes le même message : « Mon corps sait et saura produire du lait! »

Une importance toute particulière est accordée au lait maternel

Chaque jour, les parents viennent déposer les petits flacons de don de lait si précieux. C’est un autre moment qui permet l’échange et le soutien à court, moyen et long terme de leur projet d’allaitement.

J’aimerais souligner ici que les pères sont très impliqués et très investis dans cette partie. Ils comprennent leur rôle et deviennent ainsi les premiers soutiens de leurs compagnes en matière d’allaitement. Le développement des maternités IHAB et des soins centrés sur la famille a vraiment permis d’inclure les parents dans les soins; il en est de même dans le projet d’alimentation et donc l’allaitement.

Le projet d’allaitement d’un bébé hospitalisé est souvent tumultueux et complexe : entre stress, aller-retour domicile-hôpital, gestion de la fratrie… et utilisation du tire-lait. Il peut se passer des mois avant que le bébé commence à pouvoir téter de lui-même et la maman, en parrallèle, devra construire et maintenir sa lactation.

Une organisation qui facilite le don

De l’anténatal au postnatal immédiat, nous avons fait évoluer nos pratiques pour que les mères soient rencontrées le plus tôt possible. Le but est de leur permettre d’être autonomes dans la pratique du tire-allaitement mais surtout qu’elles se sentent en sécurité, l’une des bases de la réussite.

Nous leur permettons d’identifier les personnes ressources en allaitement, dont l’équipe du lactarium et moi-même faisons partie.

Soulignons également l’importance du travail en collaboration des IBCLC ou DIULHAM dans un hôpital autour des parents, du bébé et de l’allaitement : c’est le tissu du soutien à la parentalité et à l’allaitement.

Cet accompagnement tout au long de l’hospitalisation du bébé, apporte une assistance précieuse, qui se prolonge bien souvent après la sortie.

Grâce à une lactation bien lancée, les dons se prolongent

D’ailleurs, une fois qu’elles sont de retour à la maison, beaucoup de nos mamans ont la générosité de poursuivre le don, cette fois-ci pour d’autres bébés que le leur. Sensibilisées à l’importance du lait maternel pour le petit humain fragile, elles savent que recueillir une petite quantité de lait tous les jours permet de nourrir à terme beaucoup de bébés.

Les histoires d’allaitement de ces femmes sont uniques comme toutes les histoires d’allaitement bien sûr, mais je salue sincèrement leur courage.

En somme, l’IBCLC qui œuvre au sein d’un lactarium accompagne les allaitements. C’est un peu le pivot de tous ces soutiens indispensables. Et elle apprend aussi chaque jour et tellement auprès des mères allaitantes.

Alors, à toutes les mères qui donnent à un lactarium, un immense BRAVO et un immense MERCI ; avec une mention spéciale pour celle qui ont croisé mon chemin.

The post Une consultante IBCLC dans un lactarium first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/une-consultante-ibclc-dans-un-lactarium/feed/ 0
L’alimentation, un chemin de croix pour Victoria https://www.leblogallaitement.com/lalimentation-un-chemin-de-croix-pour-victoria/ https://www.leblogallaitement.com/lalimentation-un-chemin-de-croix-pour-victoria/#respond Tue, 19 Dec 2017 15:36:40 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1668 Myriam Dutilleul, mère d’Élisa, Marion et de Victoria,  a consacré 3 années à soutenir bénévolement des mères qui allaitent par le biais de l’association La Leche League.   Elle évoque pour nous l’arrivée de sa fille Victoria, très grande prématurée et son combat pour la nourrir avec son lait. Dans la chambre du service de Médecine … Continuer la lecture de L’alimentation, un chemin de croix pour Victoria

The post L’alimentation, un chemin de croix pour Victoria first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Myriam Dutilleul, mère d’Élisa, Marion et de Victoria,  a consacré 3 années à soutenir bénévolement des mères qui allaitent par le biais de l’association La Leche League.   Elle évoque pour nous l’arrivée de sa fille Victoria, très grande prématurée et son combat pour la nourrir avec son lait.

Dans la chambre du service de Médecine Néonatale, l’infirmière vérifie avec moi les protocoles des cocktails médicamenteux pour le retour à la maison. Notre pharmacien a pu s’entretenir avec l’infirmière qui lui a confirmé que je connaissais le mode d’administration de la caféine. Sans le scope, nous ne pouvons pas vérifier son rythme cardiaque, il faut être sûre que la caféine soit bien prise pour éviter les bradycardies, les ralentissements impressionnants de l’activité cardiaque. Tout est prêt, notre chère Nénette de 4 mois et une semaine, les médicaments, les petites couches, les vêtements, les toutes petites semelles orthopédiques et le minuscule bracelet de naissance que j’ai pu conserver de son séjour en réanimation.

Samedi 25 mai 2013 à 16h : nous sortons de la maternité, Victoria et moi. Depuis le 18 janvier, nous étions séparés de Denis et de nos deux autres filles à cent kilomètres de distance. C’est une grande joie de fêter la bienvenue à Victoria dans notre maison et d’être enfin tous réunis. En même temps, je fais taire la tentation des angoisses de l’absence de scope, de l’absence des professionnels de santé que sont les infirmières et pédiatres constamment présents dans la maternité. Je me convaincs de faire confiance en la providence et en mes compétences de mère. Victoria m’apprendra encore et toujours, elle est ma troisième fille et pourtant je redémarre à zéro avec ma casquette de Maman. A chaque enfant c’est pareil, j’ai à chaque fois l’impression de ne plus rien me rappeler des enfants plus grands pour mieux me réajuster aux besoins et aux attentes du bébé présent.

Cela fait une dizaine de jours que notre miss Minichou est rentrée chez nous. Nous profitons de notre vie à 5. Chacun et chacune doit retrouver sa place. Les journées sont bien occupées, je vis en pyjama, avec un bébé dans les bras quasiment tout le temps. Une amie m’a offert un super cadeau, un cours de portage à domicile et une écharpe de 40 cm de large, (utilisée habituellement pour les démonstrations avec poupon) impeccable pour le gabarit de Viky. Denis court partout, gère la logistique et l’organisation familiale depuis 9 mois et la nuit me relaie pour les sacro-saints rots, il est un formidable Papa.

En soirée, il y a toujours un moment où cet enfant ne veut plus rien d’autre que vadrouiller portée dans la maison. Il faut croire qu’elle s’approprie son nouvel environnement, elle a les yeux tellement grands ouverts, qu’on voie le blanc de ses yeux sous ses paupières. Elle ne rate pas une miette de ce qu’elle voit. Je savoure ces rares instants de plénitude, parce que les coliques la font beaucoup souffrir, très probablement en raison de l’absorption du fer trois fois par jour. Notre voisine compatit, ses pleurs sont vigoureux. On masse, on masse ce petit bidon dont on a appris que la musculature abdominale est immature aussi. Mademoiselle Victoria nous a clairement montré qu’elle ne supporte plus la tétine. Elle repousse avec sa langue tout ce qui est objet dans la bouche ou alors elle nous montre ce qu’elle sait faire de son réflexe nauséeux. On a très bien compris.

Elle n’accepte plus dans la bouche que le sein, l’assimilation de la caféine dès le matin est très compliquée. L’enjeu est important et mon appréhension se fait sentir, c’est un soulagement dans toute la maison quand le médicament est bien pris. J’ai stoppé tous les autres médicaments, pour ne garder que celui-là. Les tétées à volonté et la faible prise de poids montrent un réflexe de succion qui n’est pas optimal. Encore une immaturité semble-t-il. Le seul moyen est de me mettre en hyperlactation, de tirer mon lait en même temps et en plus des tétées pour faciliter le réflexe d’éjection du lait. C’est un sport de tenir d’une main cet enfant qui se trémousse et d’actionner le tire-lait tout en gardant fixée la téterelle de l’autre côté. « Se détendre et tout ira bien » est mon credo. Je détecte le moment de l’ouverture de la petite bouche et je la mets au même sein qu’à la tétée précédente pour qu’elle profite du lait de « fin de tétée » (dans une tétée, il n’y pas de début ou de fin, le lait gras arrive en fin de vidange alvéolaire, c’est-à-dire quand le sein a été « vidangé » plusieurs fois de suite de façon très rapprochée) , le plus riche en graisses. C’est toujours le lait de « fin de tétée », le plus crémeux, qui sert à fabriquer le reblochon chez les spécimens bovins de Savoie !

Je passe la plupart de mon temps au lit avec ma fille sur moi ou à mes côtés, il me tarde de profiter du printemps et de l’été avec Viky. Nous nous autorisons de manière journalière un bain de soleil sur la terrasse lorsque la température est chaude. J’apprécie sur le transat les longs appels téléphoniques avec les copines ou les membres de ma famille dont j’apprécie leur soutien.

En soirée, avec la fatigue, l’agitation des filles, mon manque de patience, le lait arrive moins vite. J’ai bien tenté le DAL, le Dispositif d’Aide à la Lactation pour amener le lait par une sonde dans la bouche quand elle tète, mais même la plus petite sonde lui est insupportable. En outre, sa force d’aspiration est très faible, elle peine à en boire le contenu. Alors, je choisis la patience, je prends ce temps qui semble très long pour le transfert de chaque goutte de lait et ce temps si court, très court que je m’octroie uniquement pour moi. Le peau-à-peau nous aide à réparer cette longue période de séparation, ces longs mois de couveuse où le toucher était rare, je sens que ce contact prolongé est nécessaire pour faciliter la connaissance de l’une et de l’autre.

J’appelle des consultantes en lactation, elles cherchent, lisent et proposent différentes astuces qui pourraient convenir à notre Mistinguette.

Le 5 juin, je suis allée consulter LA pédiatre référente en allaitement dans notre région. Elle nous connait bien et a toujours les mots qui nous rassurent, parce que je suis toujours inquiète quant à la prise de poids de Victoria, j’ai peur qu’elle n’ait pas suffisamment de lait. La rencontre avec un pédiatre de la maternité m’avait déstabilisée, il assurait de manière déterminée qu’un rythme de tétée était nécessaire. Victoria pèse 3,5 Kg, le poids d’un enfant à terme, avec ses soucis de succion-déglutition, je crains que les doses de lait ingérées soient nettement inférieures à ses besoins. En lui proposant plus souvent, elle est moins fatiguée, et boit à la demande. J’utilise la méthode de la compression mammaire quand je sens la miss déglutir moins fréquemment, l’écoulement du lait continue par lui-même, et Victoria peut avaler encore quelques gorgées, c’est toujours ça de pris.

J’ai entendu un jour un prédicateur : « dans toute situation difficile, il y a toujours une lueur d’espoir quelque part, un médicament qui apaise, une parole encourageante, ou une bienveillance. » Mon étincelle, c’est la visite ce matin de la kiné, souvent présente au moment du fond d’œil, l’examen que les bébés ne supportent pas. Victoria en rentrant, a les yeux explosés, rougis par l’examen précédent, mais suit et attrape les objets présentés par la kiné. La motricité se met en place, c’est super, on ne se verra peut-être pas le mois prochain parce qu’il n’y en aura probablement pas besoin. Je m’accroche à chaque bonne nouvelle et je la garde précieusement au fond de moi pour les moments délicats.

Je pèse Victoria à ses 5 mois ½, incroyable, 300g en 10 jours. Poids actuel : 3,9 Kg, elle a bien grossi ! Elle a pris 30g par jour, le minimum étant de 17g par jour, je suis complètement rassurée, j’ai la quantité de lait dont elle a besoin pour sa croissance. Je me sépare de la balance louée depuis sa naissance. Mon moral est au beau fixe.

Le 6 juillet, à mon réveil, je n’ai qu’une idée en tête, partir vers cette grande fête de famille à quelques heures de route. Le temps est radieux, les rayons du soleil me chauffent et me réchauffent ! A notre arrivée, nous sommes accueillis comme des rois, les invités nous ont attendus pour la grande photo familiale ! Je converse avec un cousin parti à Hong-Kong que je n’ai pas vu depuis 10 ans. Il est l’heureux Papa de grands garçons de 9 ans, nés prématurément, maintenant plein de santé et dynamiques. Quelle joie !

 

« Si chacun s’enferme chez soi parce qu’il craint la pluie, alors les saisons passent de façon monotone, chacun reste à l’abri des plus beaux états d’âmes de la nature qui, dans l’âme humaine, s’appellent les passions. »

Jade et les sacrés mystères de la vie, François Garagnon.

Crédit photo : Myriam Dutilleul

 

 

The post L’alimentation, un chemin de croix pour Victoria first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/lalimentation-un-chemin-de-croix-pour-victoria/feed/ 0
Jamais sans mon tire-lait ! https://www.leblogallaitement.com/jamais-sans-mon-tire-lait/ https://www.leblogallaitement.com/jamais-sans-mon-tire-lait/#respond Tue, 31 Jan 2017 14:03:10 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1506 Quand Victoria est née, je ne me faisais pas de souci par rapport à l’allaitement. J’avais déjà allaité les deux grandes, Marion et Elisa, pendant 6 ans, les remarques du style « tu risques de ne pas pouvoir l’allaiter », je ne les ai pas écoutées. Seulement, Victoria est née à 26 semaines d’aménorrhée avec un poids … Continuer la lecture de Jamais sans mon tire-lait !

The post Jamais sans mon tire-lait ! first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Quand Victoria est née, je ne me faisais pas de souci par rapport à l’allaitement. J’avais déjà allaité les deux grandes, Marion et Elisa, pendant 6 ans, les remarques du style « tu risques de ne pas pouvoir l’allaiter », je ne les ai pas écoutées. Seulement, Victoria est née à 26 semaines d’aménorrhée avec un poids de 690g et une grande fragilité pulmonaire, ce qui impose beaucoup de soins pour un tout petit être en réanimation.

Qu’à cela ne tienne, je commence dès son premier jour de vie à tirer mon lait. J’extrais péniblement quelques gouttes de ce liquide jaune or aussi précieux que le métal. 4 heures plus tard, vite vite, je recommence et au bout de 10 minutes de tire-lait, seuls quelques millilitres stagnent au fond des biberons. Je me raisonne, je dois tirer plus souvent. Mais je ne tire que 4 heures plus tard encore, impossible de faire autrement. La séparation fait que Victoria dort à l’autre bout de la maternité régionale, les multiples soins d’hygiène des mains, du tire-lait, le questionnaire avant chaque tirage et l’attente des agents hospitaliers pour récupérer mon lait pour le lactarium m’imposent un rythme pour les tirages.

Je décide de me battre, rien ni personne ne m’empêchera de donner mon lait à ma fille. Ni la séparation avec Victoria, ni le stress de la savoir en réanimation avec de grosses difficultés de santé,  ni les protocoles de soin, d’hygiène, ni le manque de proximité ne m’interdiront de me donner et de donner tout ce que je peux lui apporter, à savoir mon lait, sa nourriture, les anticorps et tous les agents essentiels du lait maternel.

Pendant 3 longues semaines, j’ai porté des gants pour caresser et toucher ma fille, alors le défi était lancé, tirer régulièrement et aussi souvent que possible ces quelques gouttes de ce breuvage qui deviendront après la longue attente des premiers jours des centilitres et des décilitres pour un seul tirage.

Au bout de 2 semaines de tirages, je tirais 360 ml le matin. J’ai pris toutes les astuces que j’ai trouvées : bien dormir, bien manger et ne pas oublier de se faire plaisir (varier les chocolats, mmmmh), boire régulièrement des tisanes de fenouil, fenugrec et carvi (on s’échangeait les herbes avec les autres mamans, hi hi hi!), se prendre du bon temps dans la salle de tirage avec les copines-mamans de prémas,  fou-rires, sourires et petite musique d’ambiance nécessaires et indispensables !

Et puis quand le moral descend, et que la production de lait chute à vue d’œil, et que je ne peux toujours pas prendre ma princesse dans mes bras, je n’ai pas hésité, j’ai appelé les amies consultantes en lactation. Je me suis remise à tirer mon lait la nuit (très important!), dormir dès que possible, utiliser le tire-lait double-pompage, me frotter le dos à la manière de « Baloo » dans le Livre de la Jungle dès le début du tirage pour stimuler le système neuro-sensoriel (si si, ça marche).

Au bout de 3 semaines, enfin, j’ai pu enlever les gants et effleurer pour mieux sentir sa peau toute douce. Victoria a 4 semaines, enfin je savoure ¼ d’heure de peau-à-peau, du bonheur et rien que du bonheur.

A 33 semaines, Victoria fait le « pivert », elle a envie de téter visiblement, mais c’est encore trop juste, elle a de trop grands besoins en oxygène. Le tire-lait, c’est pratique, mais si je pouvais donner en vrai, ça me ferait très plaisir ! Chaque jour est un jour d’attente et de patience. La prématurité impose son lot de préparation, d’expectative et d’espérance.

A 34 semaines 1/2, ça y est : tétée ! La grande nouvelle cette semaine, c’est que Victoria a tété, vraiment tété, en direct, elle a bu quelques millilitres. Elle porte toujours les lunettes d’assistance respiratoire, mais la succion-déglutition se met en place, c’est très positif pour les enfants alimentés par sonde. Une merveilleuse aventure qui commence entre nous, « sa première expérience d’échange amical avec le monde» (“Enfance et Société”, 1982), mais aussi la fin des soins exclusivement hostiles et le début d’une acceptation de la tendresse et de la douceur par l’allaitement au sein. Victoria a choisi de se nourrir des bienfaits du lait maternel, nous avons lâché prise dans ce moment de grâce et d’apaisement des corps.

Cependant, une ombre vient pointer dans ces instants de réconciliation avec le monde, Victoria bradycarde, lorsque le lait arrive, son rythme cardiaque ralentit, elle devient toute molle et j’ai à chaque fois l’impression de la perdre. Je dois la stimuler et très rapidement je prends le réflexe de réveiller son pied ou une petite menotte. Je me fais violence pour me ressaisir et me calmer pour profiter de nos tétées.

Les tirages sont plus longs maintenant, le service manque de capsules, pièces indispensables pour les tire-lait double-pompage, je mets 20 minutes à recueillir la précieuse nourriture de ma fille, comme si j’utilisais un tire-lait simple pompage. Je profite d’une conversation avec un infirmier sympathique lorsque le pédiatre est juste derrière la couveuse. Bien décidée à ne pas me laisser prendre de précieuses minutes de mon temps que je partage dans deux maisons à 100 kilomètres de distance, je fais part de ma déception. Quelques temps plus tard, je pourrai à nouveau disposer de deux capsules.

Aux 2 mois ½ de ma fille, j’ai encore 12 litres de mon lait en réserve, en biberonnerie, on manque de place pour stocker mon lait. Tant pis, ce n’est pas mon problème. Victoria reçoit 36 mL 8 fois par jour, il y a du gâchis parce que ce sont des seringues de 40 mL. Alors je pompe, je pompe, comme les shadoks…

A 2 kg tout rond, Victoria quitte la réanimation et entre dans le service médecine néonatale. Quelle joie ! Je peux enfin nous projeter vers une sortie de l’hôpital. Je me réjouis de croiser des bébés portés, bercés par leur parent ou un professionnel de santé.

Depuis quelques jours, Victoria ne veut plus téter. Elle ferme la bouche. Je l’encourage et l’incite comme je peux mais en vain. Pour moi, c’est terrible. Ce n’est tout simplement pas possible, je vais solliciter la consultante en lactation, parce que je ne comprends pas. J’ai l’impression de sentir sa gencive inférieure quand je donne le petit doigt, elle a très peu de force d’aspiration. Avec les lunettes et l’oxygène, c’est compliqué.

Je pense que la tétine ne m’aide pas. Certaines soignantes sont sensibilisées au problème, mais pas toutes. Dès que Victoria a un soin un peu douloureux depuis quelques semaines, certaines soignantes lui mettent la tétine qu’elle tète. Mais le réflexe de succion peut être modifié, j’étudie la question. De plus, elle se fatigue très vite. J’arrive à négocier avec le personnel soignant la tétée plutôt que la tétine et également un bain un jour sur deux. Je préfère économiser ses calories pour les moments de tétée.

Victoria a 3 mois. 3 mois déjà que nous sommes à la maternité régionale de Nancy dans cette lutte pour la Vie. Victoria sature des systèmes de sonde qui la nourrissent, trop de soins, elle est à la limite de l’hospitalisme*. Elle fuit le regard des soignants. Après discussion avec mon mari, je retourne voir les pédiatres, nous cherchons une autre méthode pour que Victoria puisse se nourrir suffisamment par n’importe quel moyen pourvu qu’elle n’ait plus cette sonde. La balance nous joue des tours : la pesée avant et après la tétée ne donne pas des résultats fiables. Alors je fais agir mon instinct de mère, je la mets au sein dès que je sens le besoin. Pas de pesée, je n’avertis personne, je m’écoute, c’est un grand pas parce que j’ai longtemps été parasitée par les protocoles.

Heureusement, certaines équipes sont pleines d’humanité et leur bienveillance m’entoure de réconfort. Une consultante en lactation vient nous voir sur place, elle me confirme que Victoria sait téter, elle est juste limitée dans ses capacités respiratoires. En grandissant, elle va boire de mieux en mieux. Ouf !

A 4 mois et une semaine, elle s’est complètement sevrée de l’oxygène artificiel.

Victoria est enfin arrivée à la maison, chez nous. Nous avons envoyé les faire-part de naissance à tous nos proches.

Pour Viky, c’est tétées et portage à volonté désormais.

*NDLR : état dépressif qui se manifeste chez certains enfants séparés précocement de leur mère

[Auteure] : Myriam Dutilleul

[Biographie] : Mère d’Élisa, Marion et de Victoria, Myriam Dutilleul a consacré 3 années à soutenir bénévolement des mères qui allaitent par le biais de l’association La Leche League. Elle est éducatrice en environnement

 

The post Jamais sans mon tire-lait ! first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/jamais-sans-mon-tire-lait/feed/ 0
Débuts imprévus https://www.leblogallaitement.com/debuts-imprevus/ https://www.leblogallaitement.com/debuts-imprevus/#respond Mon, 02 Jan 2017 09:41:18 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1486 Toute l’équipe de Grandir Nature se joint à moi pour vous souhaiter une très bonne année 2017 avec  plein de tétées et  du lait maternel qui coule à flot !!! 🙂 Pour commencer cette nouvelle année, j’ai choisi de publier le témoignage de Myriam, maman d’une grande prématurée qui va nous parler de son histoire … Continuer la lecture de Débuts imprévus

The post Débuts imprévus first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Toute l’équipe de Grandir Nature se joint à moi pour vous souhaiter une très bonne année 2017 avec  plein de tétées et  du lait maternel qui coule à flot !!! 🙂

Pour commencer cette nouvelle année, j’ai choisi de publier le témoignage de Myriam, maman d’une grande prématurée qui va nous parler de son histoire en plusieurs parties. Voici un témoignage plein de courage.

Cinq mois de grossesse, notre petite merveille naît. Victoria mesure 33 cm et pèse 690g. Naissance inattendue pour un bébé d’une fragilité extrême. Le service de réanimation, ou « réa » devient son nouveau cocon, notre seconde maison. Un monde qui a son propre espace temps, peuplé d’êtres humains lumineux, les plus petits qui soient.

Avec cette naissance prématurée démarre l’attente. On ne le mesure pas encore bien mais c’est extraordinairement dur. Petit à petit, les minutes se muent en jours puis en mois. On s’accroche au peu que l’on puisse apporte, à commencer peut-être par mon lait.

Y a pas de mots pour décrire ce que je ressens alors. La Vie de ma fille tient à un fil. Ma tentation est si grande de me décourager. Pourtant, la solution est là, continuer d’y croire, et avoir pour seul et unique objectif de garder confiance parce l’on ne maîtrise rien. On peut contrôler ce qui vient de soi, planter l’espérance dans un terreau fertile, chaleureux et bienveillant, cultiver son jardin intérieur pour espérer récolter les plus beaux fruits qui soient. Il y a des ingrédients nécessaires et que l’on retrouve chez tous les rayonnants sortis de ces épreuves : l’amour, la joie et l’espoir toujours en ligne de mire. Ça n’enlève pas la souffrance, ni les larmes mais l’enracinement est trop important pour que la tige poursuive son chemin pour s’élever.

Le quotidien, c’est juste se remémorer très régulièrement du seul ou des quelques petits moments positifs. Il y en a toujours un même dans la pire de la pire des journées. S’accrocher à ces sourires en fait partie, à ces rires entendus au loin. Sentir cette brise légère caresser notre visage quand on est dehors. Garder en mémoire les messages d’un proche ou d’un ami qui nous veut du bien, qui envoie des wagons de courage et une locomotive de force, ou juste qui prie pour nous dans cette situation à laquelle on ne comprend rien. Romain Gary disait à juste titre : “Vous ne pouvez pas attendre de la vie d’avoir un sens. Vous devez lui en donner un ». Et c’est bien ce sur quoi nous nous sommes concentrés. C’est ce qui m’a aidé à trouver mille et une ressources en moi pour recueillir le précieux liquide. Mon or, son médicament, ce lait qui préserve ce lien incomparable entre ma merveilleuse fille que j’aime tant et qui lutte pour s’accrocher à la vie.

Puis chaque jour, avancer, sonner à l’interphone, attendre patiemment que la porte s’ouvre et se referme, poser un pied puis l’autre jusqu’au casier, déposer mon manteau, dérouler mon écharpe, chaque geste avec une temporalité propre, celle de la réa. Puis me diriger vers les lavabos, et méticuleusement, accomplir les rites de désinfection, porter l’habit de circonstance, le masque et repartir vers les berceaux. Mettre tous mes sens en éveil, en étroite connexion avec le présent, vivre, sans perdre un instant.

Sur chaque mur un peu sombre que je rencontre, je dessine un petit ange à la craie. Pour donner de la douceur au monde.” Jean-Charles de Castelbajac

Au moment de dire bonjour, je recherche les yeux de la personne qui est là juste pour me donner toute la force dont j’ai besoin pour continuer mon chemin. Il y a une osmose, une harmonie qui se crée entre le personnel soignant et les parents qui ne nécessitent pas d’explications ; les regards se suffisent à eux-mêmes.

Mon seul but alors : être présente et disponible pour Victoria, en réa, me tenir près de la couveuse pour la soutenir dans ce qu’elle vit, les bons moments et les bonnes nouvelles comme dans les difficultés et les jours plus compliqués.

Myriam en contact avec Victoria - couveuse

Je me souviens d’une après-midi particulièrement éprouvante. J’avais le moral en dents de scie. Je passais d’un état rassuré à inquiet en deux minutes. C’est alors que j’ai envoyé un texto à Suzanne, la responsable de l’aumônerie. Elle seule a le droit d’effectuer des visites à l’improviste dans le service. Elle était disponible et a mis peu de temps pour nous rejoindre. Sa seule présence me rassure et son écoute est inestimable. Je la revois avec son sourire jusqu’aux oreilles, ses yeux qui pétillent d’allégresse. Je lui ai expliqué la situation, elle voyait bien que j’avais le moral dans les chaussettes, épuisée par ces sonneries, le scope ( appareil pour surveiller le rythme cardiaque de bébé ) et ce service que je voulais fuir. Je ne sais même plus ce qu’elle a répondu, parce que c’était davantage sa prestance que ses mots qui m’ont touchée. La puéricultrice a scotché sur la porte une note « ne pas déranger ». En ces instants éprouvants, nous nous sommes mises à prier, juste ce qu’il faut pour me consoler et me réconforter. Suzanne connaît les mots pour dire, pour prier comme il se doit lorsque l’on est incapable de restructurer sa pensée, l’affect marqué à vif.

Quand je repense à cette période fragile de notre aventure, je me souviens aussi que le dialogue avec nos proches n’était pas facile non plus. C’est difficile de décrire ces instants, mes émotions de mère. L’impression que toutes nos souffrances sont banalisées. Et pourtant, c’est tellement vrai, se sentir impuissant devant l’inacceptable, la souffrance d’un enfant et de sa mère, ça touche tout le monde en plein cœur.

Alors quand – après des semaines – vient enfin le moment où je peux porter ma Victoria dans mes bras en peau à peau, le silence s’installe, l’amour circule enfin avec une intensité que rien ne peut atténuer. Comme si l’énergie était tellement contenue, qu’enfin libérée, la fleur s’épanouit et s’ouvre au grand jour, pour notre plus grand bonheur.

Cramponnez-vous, tant que la vie palpite…
 Ne lâchez rien, c’est le seul moyen d’aller plus haut!” (Pierre Lunel)

Et quand la sortie se fait tellement désirer, je rencontre Rachel au self, une pédiatre qui s’installe à ma table pour manger ! Au moment-même où le doute s’installe, je me sens lasse, figée au bord du chemin. Elle est alors un témoin formidable et je reprends ma route le cœur plus léger. Ce sont des discussions que je n’oublierai pas. Ce jour-là, elle m’a complètement redonné espoir quant à notre sortie.

C’est aussi grâce à Rachel, que bravant le règlement, Victoria a rencontré ses sœurs à l’hôpital, et le cœur tout brûlant nous avons savouré cette joie de nous retrouver à 5 au même endroit et au même moment. Chaque jour passé aux côtés de Victoria me fait dire la Vie est très précieuse, n’en loupe pas un instant.

J’ai décidé de profiter de tous ces bonheurs à fond, à 100 %, comme les tétées d’intense proximité. Je dois ces tétées en partie à Shasha, surnom donné à Shadock, mon tire-lait qui ne m’a pas quitté pendant bien 2 ans. Donner mon lait à ma fille, j’ai décidé d’en faire mon défi quotidien. Les études scientifiques récentes prouvent qu’un nourrisson a moins de soucis de santé quand il est nourri de lait maternel. Alors Victoria serait allaitée longtemps, c’est une évidence. Le lactarium a stocké jusqu’à quinze litres de mon lait, pour être sûre qu’elle n’en manque jamais.

Et puis après deux mois d’une attente stressante, j’entends la pédiatre déclarer pour la première fois que « Victoria a une évolution favorable ».  Au bout de 4 mois 1/2 d’hospitalisation en réanimation et en médecine néonatale, Victoria est rentrée à la maison, la veille de la fête des mères. Nous sommes enfin réunis : la séparation forcée d’avec une partie de ma famille me pesait considérablement.

D’aucuns reconnaissent qu’on ne quitte pas la réa indemne. Ce microcosme vous transforme complètement et si intensément qu’après on ne peut plus voir la vie de la même façon. Victoria a maintenant 3 ans1/2, elle est en petite section, aime beaucoup l’école et son maître. Elle s’émerveille de tout, a une détermination qui n’a d’égale que sa soif de vivre.

 [Auteure] :  Myriam Dutilleul

[Biographie] : Mère d’Élisa, Marion et de Victoria, Myriam Dutilleul a consacré 3 années à soutenir bénévolement des mères qui allaitent par le biais de l’association La Leche League. Elle est éducatrice en environnement.

Merci à Myriam pour cette article et ces photos.

 

The post Débuts imprévus first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/debuts-imprevus/feed/ 0
La nécessité d’allaiter selon Lucie https://www.leblogallaitement.com/la-necessite-dallaiter-selon-lucie/ https://www.leblogallaitement.com/la-necessite-dallaiter-selon-lucie/#comments Wed, 24 Aug 2016 13:12:25 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1422 Nous avons reçu récemment le témoignage spontané de Lucie* sur ses allaitements, je vous laisse le découvrir. Voici donc la belle histoire de Lucie et de ses enfants. Mon allaitement long Tout commence lorsque j’apprends que je suis la seule à ne pas avoir été allaité sur les trois enfants que ma mère a eues. … Continuer la lecture de La nécessité d’allaiter selon Lucie

The post La nécessité d’allaiter selon Lucie first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Nous avons reçu récemment le témoignage spontané de Lucie* sur ses allaitements, je vous laisse le découvrir. Voici donc la belle histoire de Lucie et de ses enfants.

Mon allaitement long

Tout commence lorsque j’apprends que je suis la seule à ne pas avoir été allaité sur les trois enfants que ma mère a eues. Je suis la seule à subir de nombreuses allergies et d’autres problèmes de santé… Je dois avoir sept ans et C’EST DECIDE, JE VEUX ALLAITER MES ENFANTS pour leur éviter d’avoir toutes mes allergies et mes problèmes de santé…

Nous sommes en juillet 2010 et le moment est arrivé, j’apprends ma première grossesse et c’est quelques mois plus tard que j’accouche prématurément par césarienne, d’un bébé ayant un faible poids dû à un retard de croissance. Tout va très vite mais je ne peux pas allaiter mon bébé. Il pourrait trop se fatiguer  car il est prématuré et affaibli par sa venue au monde ( ce qui n’est pas tout à fait juste, je l’ai appris par la suite mais ceci est une autre histoire).

Je ne me pose donc aucune question et je tire mon lait toutes les heures environ …

Je me sens comme une « vache laitière » mais les quantités tirées me rassurent, je vais pouvoir allaiter longtemps d’après le personnel de la maternité.

Après quelques jours, les ennuis commencent : suite à une poussée de fièvre et sous les mauvais conseils d’une professionnelle, je suis contrainte d’arrêter l’allaitement. On suspecte une mastite (inflammation du sein ) et on me met sous perfusion d’antibiotiques. Heureusement, le lendemain matin une puéricultrice plus informée sur le sujet, me recommande de reprendre au plus vite les tirages.

Puis je sors enfin de l’hôpital. Les mois passent …

Je suis à trois mois d’allaitement et je ressens ce manque que peuvent ressentir d’autres mamans quand leur bébé se met à téter de plus en plus pendant les périodes de pointe ( je ne savais pas encore ce que c’était ). Roméo* revient toutes les heures et hurle après les tétées, je décide d’utiliser mon tire-lait à nouveau et de ne plus mettre mon bébé au sein pour voir ce que je tire (son faible poids ne m’a pas permis d’être zen et de me faire confiance sur la prise au sein). Je ne tire que 10 ml toutes les heures et je décide donc de relancer ma lactation car mon stock diminue de plus en plus et le lactarium est passé prendre mes derniers vingt litres la veille ( je pensais que je n’en aurais plus besoin ).

Dès que Roméo a fini de téter, je tire mon lait et le papa le complète avec le lait tiré. La nuit je me lève toutes les heures pour stimuler cinq à  dix minutes. Ma belle-mère s’en mêle avec ses phrases anti allaitement « c’est la fin, l’allaitement ne dure jamais ! »

 La fatigue, la prématurité, mon long séjour à la maternité, de devenir maman…tout cela était un stress important et me voilà à acheter une boîte de lait, je ne sais pas encore à ce moment que je peux trouver du soutien auprès d’une consultante ou d’une sage-femme…ET POUR MOI C’EST LA FIN!

Je sais que je peux encore y remédier mais COMMENT ? Je n’ai plus de force ! Je quitte l’appartement pour ne pas voir mon bébé prendre ce biberon de lait artificiel, je suis déprimée et j’ai beaucoup de mal à m’en remettre. Je n’ai pas pu avoir ce lien privilégié auquel je m’attendais et auquel je m’étais préparée. Il me faudra un autre enfant pour « réparer les dégâts », du moins c’est ce que je pense…

NINA*

Nous sommes en 2014 quand Nina arrive parmi nous, elle ne présente pas de soucis en particulier si ce n’est un faible poids également. Suite à l’échec du déclenchement programmé, une césarienne est effectuée et nous sommes séparées le temps de mon réveil. Le papa l’accompagne en chambre et explique aux sages-femmes qu’elle ne doit pas recevoir de lait artificiel car je veux l’allaiter. Malheureusement elle a faim et sera alimentée par biberon avec du lait artificiel quand même…( là aussi j’ai appris qu’ on aurait pu me proposer de faire différemment..)

Lorsque je reviens en chambre, c’est bien sûr la première chose que j’ai fait, L’ALLAITER ! Tout ne se passe pas comme je l’espèrais, elle n’arrive pas à prendre le sein correctement. Elle « tétouille », ne déglutit pas, et dort toute la journée mais pleure toute la nuit. Une puéricultrice m’aide à extraire le colostrum sur une petite cuillère pour qu’elle ne perde pas trop de poids.

Les journées et les nuits s’enchaînent et je me vois confronter à la montée de lait difficile car Nina s’endort et je n’arrive pas à trouver la bonne position, celle où je n’ai  pas mal. Le personnel médical ne s’en inquiète pas… Je serre les dents et me dit qu’à la maison ça ira mieux ! En attendant je subis les visites répétées et les conseils déplacés…

Je rentre enfin et là aussi rien ne se passe comme je l’avais imaginé, Nina pleure toujours autant et réclame sans cesse le sein, je ne sais même plus différencier la tétée efficace de la « tétouille », elle s’endort sans cesse rapidement. Je connais à présent Grandir Nature et j’appelle donc la consultante en lactation et nous faisons le point. Je dois « refaire » mon accouchement, la césarienne et la séparation ont « laissé des traces » sur mon enfant, elle a besoin d’être rassurée et le peau à peau et les bains communs vont nous rapprocher et recréer ce cocon qu’elle avait au creux de moi ! Je porte Nina en écharpe pour la calmer lors des moments de « crises » et je « cododote » (en toute sécurité) avec elle ! Nina se réveille la nuit toutes les heures mais je décide de lâcher prise et Nina tète à présent sans que je m’en rende compte, cela ne me réveille plus ! Elle finira par espacer les tétées.

J’appréhende chaque période de pointe.  Vers les deux mois et demi de Nina, je sens déjà qu’elle réclame de plus en plus. Pas de panique : je dors plus, mange équilibré, bois de la tisane d’allaitement et surtout, j’ai le numéro d’une consultante en lactation. Je suis parée pour passer ce cap !

Je ne voulais pas craquer, j’avais cet objectif en tête. C’était une démarche « réparatrice ». Tout devait bien se passer et tout s’est bien passé. J’ai mis du temps à mettre en place cet allaitement, je dois continuer pour mon enfant et moi-même. C’est bien plus qu’un choix c’est une nécessité pour moi !

Nous voilà donc à six mois d’allaitement exclusif et j’introduis l’alimentation solide par la méthode DME**, Nina se débrouille comme une chef.

Mais le calme est de courte durée. Elle revient téter de plus en plus souvent . J’ai repris le travail depuis  un mois, j’ai eu mon retour de couches (qui réduit la quantité de lait que je tire) …

J’ai peur, peur de la fin, de la fatigue qui va s’accumuler, peur de ne pas être à la hauteur, mais je sais que c’est le dernier cap, après tout ira bien ! Cela aura duré deux semaines et Nina retrouvera un rythme.

Nina a deux ans et tète, non pas encore mais TOUJOURS ! Ce que pense les autres je ne m’en soucie plus. Des phrases rigolotes (et moins) j’en entends toujours. J’allaite partout, à la montagne pour rassurer, à la mer pour rafraîchir, à la maison après un bobo, dans la voiture pour calmer, bref mon sein est toujours là prêt à réconforter ou hydrater et qu’il serve de réfrigérateur, de doudou, de mouchoir, de  « chewing gum »,  qu’il soit admiré ou critiqué, moi je sais une chose…J’AI GAGNE !

*les prénoms ont été modifiés par souci d’anonymat

**DME : diversification menée par l’enfant.

The post La nécessité d’allaiter selon Lucie first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/la-necessite-dallaiter-selon-lucie/feed/ 1
Un DAL fait maison https://www.leblogallaitement.com/un-dal-fait-maison/ https://www.leblogallaitement.com/un-dal-fait-maison/#comments Tue, 09 Sep 2014 12:57:36 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=915 Cette semaine, le billet va être un peu plus technique, mais cela en vaut vraiment le coup (et le coût !). Si vous n'êtes pas directement concernée, cette information pourra peut-être aider une autre maman dans la difficulté.     A quoi sert le DAL ?   Le DAL ou dispositif d'aide à la lactation est … Continuer la lecture de Un DAL fait maison

The post Un DAL fait maison first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Cette semaine, le billet va être un peu plus technique, mais cela en vaut vraiment le coup (et le coût !). Si vous n'êtes pas directement concernée, cette information pourra peut-être aider une autre maman dans la difficulté.

 

 

A quoi sert le DAL ?

 

Le DAL ou dispositif d'aide à la lactation est indiqué dans certains cas où les bébés ont besoin de plus d'apports .

C'est le cas par exemple des enfants prématurés ou quand le bébé prend insuffisamment du poids.

Le DAL peut également être utilisé dans certains cas de relactation ou lors d'une adoption.

Le DAL permet au bébé de préserver sa succion intacte, en écartant radicalement le risque de préférence sein-tétine, qui perturbe quantité d’allaitements.

 

Comment est fait un DAL du commerce?

 

Le DAL est un récipient muni d'une sonde d'alimentation. 

Il comprend un récipient, un tour de cou, 3 valves avec des tuyaux fixés de tailles différentes (petit, moyen, grand) qui permettront d'avoir un débit plus ou moins important et une bague de maintien.

 

 

Comment le fabriquer soi-même?

 

kit DAL fabriqué

On utilise un biberon comme récipient, une tétine dont on a élargi le trou comme moyen de maintien et une sonde d'alimentation de petit diamètre.

L'embout fin est glissé dans la tétine, une des extrémités placée près du mamelon. L’idéal est de le fixer sur le sein avec un sparadrap qui s’enlève facilement.

De l'autre côté, l'extrémité est introduite dans le récipient (le capuchon de l'embout peut-être coupé) et la bague soutenant la tétine est visée sur le biberon.

Si vous n’avez pas de biberon, vous pouvez utiliser n’importe quel récipient bien nettoyé (qu'on puisse le fermer est un plus) et attacher la sonde sur ce récipient avec du sparadrap.

 

DAL fabriqué

 

Comment l'utiliser?

 

Comme pour toutes les tétées, la maman s'installe confortablement. Le récipient sera posé à côté d'elle, pas plus haut que le sein.

Suivant l'indication du professionnel de santé qui accompagne, l'embout est soit directement placé avant la prise en bouche, soit en cours voire en fin de tétée.

Utilisé en début de tétée, il sera installé de telle manière que le bout de la sonde ne dépasse pas le bout du mamelon, on pourra la maintenir avec un sparadrap collé sur le sein (comme sur la photo).

En milieu ou fin de tétée, l'embout sera juste glissé à la commissure des lèvres, de façon à ce que bébé l'ait bien en bouche mais pas trop non plus.

Grâce à ce dispositif, votre enfant aura son apport complet. Quand il tétera, il aura le lait de votre sein mais aussi par aspiration celui du biberon. Cela aidera également le sein à produire plus.

Il est préférable d'utiliser le DAL à chaque tétée jusqu’à obtention des résultats escomptés (bonne prise de poids par exemple) .

 

Un plan B, l’alimentation au doigt

 

Quand le bébé ne peut pas être mis au sein, soit parce qu'il le refuse, soit parce que la mère doit prendre un traitement médical incompatible avec l'allaitement, on peut adapter ce dispositif sur le doigt (l’index est conseillé en général) car la succion du doigt est proche de celle du sein.

Cependant, il faudra veiller à avoir les mains propres, les ongles courts. On caressera les lèvres pour faire ouvrir la bouche et introduire doucement le doigt pulpe vers le haut, suffisamment loin pour déclencher le réflexe de succion mais pas trop.

Bien sûr, une autre personne que la maman peut donner le DAL au doigt, si cette personne connaît bien le bébé et est acceptée par lui. L’oralité du bébé doit absolument être préservée !

 

L'utilisation d'un DAL que ce soit au sein ou au doigt demande un peu de dextérité c'est pourquoi il faut adhérer au principe et ne pas se forcer à l'utiliser.

Son utilisation est à discuter au cas par cas avec un professionnel de l'allaitement qui pourra évaluer la nécessité ou non de le mettre en place.

 

 

Un entretien facile

 

Le biberon et la tétine seront lavés normalement avec de l'eau savonneuse. Le tuyau doit être rincé d’abord à l’eau froide pour éviter que les graisses du lait ne s’y incrustent, puis à l'eau chaude et savonneuse, et enfin rincé à l’eau claire. On peut utiliser pour ce faire une seringue de vingt millilitres qui s'adapte parfaitement à l'embout.

Il est conseillé de changer régulièrement de tubulure.

 

 

Les jours prochains, je vous relaterai l’expérience d'une maman avec un DAL fabriqué maison.

 

 

Un merci particulier à notre couple maman-bébé pour la série de photos.

 

The post Un DAL fait maison first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/un-dal-fait-maison/feed/ 25
38 semaines : accouchement sans risque? https://www.leblogallaitement.com/38-semaines-accouchement-sans-risque/ https://www.leblogallaitement.com/38-semaines-accouchement-sans-risque/#comments Fri, 13 Dec 2013 13:21:21 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=508 J'accouche le 3 janvier.   Ce genre de phrase m'emplit toujours de compassion pour le bébé qui doit naître. Car derrière une telle certitude, il y a évidemment un déclenchement programmé. Bien sûr, cela peut être pour raison médicale. Ce n’est que rarement l’outil qui est discutable, mais surtout l’utilisation que l’on en fait, et ici, … Continuer la lecture de 38 semaines : accouchement sans risque?

The post 38 semaines : accouchement sans risque? first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
J'accouche le 3 janvier.

 

Ce genre de phrase m'emplit toujours de compassion pour le bébé qui doit naître. Car derrière une telle certitude, il y a évidemment un déclenchement programmé.

Bien sûr, cela peut être pour raison médicale. Ce n’est que rarement l’outil qui est discutable, mais surtout l’utilisation que l’on en fait, et ici, pour un déclenchement pleinement justifié, combien sont de pure convenance?

Histoire de planifier, de ne pas trop travailler le week end, de pouvoir partir en congé…

 

SA? SG? Quèsaco?

 

Il faut reconnaitre que quand la chose est présentée avec un bel emballage, sans évoquer les risques, la plupart des femmes acceptent avec gratitude qu'on les débarrasse de leur pesant fardeau des dernières semaines.

D'autant plus qu'elles n'ont pas forcément bien saisi la nuance entre semaines de grossesse, SG (dans ce calcul, le début du décompte des semaines commence le jour de la fécondation), et semaines d'aménorrhée, SA (le début du décompte commence le premier jour des dernières règles ; ce calcul compte donc deux semaines de plus que le précédent).

Nombreuses sont les mamans acceptant un accouchement programmé à 38 SA (donc à 36 SG) croyant qu'il s'agit du terme correct pour une grossesse classique, c’est-à-dire de 38 SG.

Bien entendu, les risques vitaux liés à la prématurité sont écartés. Mais il s'agit tout de même de prématurité. Si les bébés humains pouvaient naître à 38 SA sans conséquences, croyez moi, cela se ferait! L'accouchement serait plus facile donc moins dangereux pour les femmes. La nature choisit toujours l'efficacité!

 

Une prématurité légère mais avérée

Cette légère prématurité de la naissance à 38 SA n'est absolument pas reconnue comme telle, et c'est bien le problème. Les conséquences étant négligées et donc non prises en compte, cela maximise les risques.

Un de ces risques concerne l'allaitement. Les deux-trois dernières semaines de grossesse sont de la « finition » certes, mais quelle finition!  Le bébé prend une centaine de grammes par jour. Autrement dit, il prend des forces!

Savez-vous qu'une quarantaine de muscles et 7 nerfs faciaux sont impliqués dans une tétée correcte ? C'est énorme ! Donc plus le bébé est mature et tonique, mieux il sait utiliser ces muscles pour se nourrir correctement.

De nombreux témoignages de mamans déclenchées à 38 SA me confortent dans ce sentiment. Elles ont «gagné» deux semaines de grossesse mais elles perdent 1 mois à mettre en place l'allaitement (quand elles y arrivent, ce qui n'est pas toujours le cas, tellement les difficultés sont présentes et non reconnues).

La plupart du temps, le bébé est un peu faible, pas très réveillé, il s'endort trop vite au sein. Alors il ne prend pas assez de poids. Vous imaginez la suite n'est ce pas? On commence donc à complèter avec des préparations pour nourrissons (lait bovin artificiellement dé-bovinisé), et ce qui devait être un allaitement sans problème prend des allures de catastrophe pour la maman qui n'avait absolument pas anticipé tout cela.

C’est à se demander si certains gynécologues n’ont pas séché les cours sur l’accompagnement et le soutien à allaitement pour suivre des spécialisations marketing à la place. Ha non, j’oubliais, c’est impossible : aucune heure de cours sur l'allaitement n'est prévue dans leur cursus, ils ne peuvent donc pas les zapper.

 

Patience, patience…

Alors, ne soyez pas trop pressée, et patientez, sauf urgence médicale, jusqu'à ce que votre bébé se sente prêt à naître….

 

Je n'ai volontairement pas parlé de l'impact psychologique terrible pour le bébé que représente le fait d'être chassé du giron maternel, alors que, physiologiquement, c'est à lui de donner le signal du départ. Car c'est un sujet qui à lui seul mérite des pages !

The post 38 semaines : accouchement sans risque? first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/38-semaines-accouchement-sans-risque/feed/ 48
L’allaitement du prématuré : un défi https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-du-premature-un-defi/ https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-du-premature-un-defi/#comments Thu, 05 Dec 2013 14:25:36 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=494 La prématurité, le fait de naître avant 37 SA (°), concernait 7,4 % des bébés nés en France en 2010 (°°), c’est énorme, et ce chiffre a sûrement encore augmenté. Il s’agit donc d’une situation à laquelle de nombreux parents sont confrontés. Mais comme elle est, par définition, physiologiquement anormale, la plupart des jeunes mamans … Continuer la lecture de L’allaitement du prématuré : un défi

The post L’allaitement du prématuré : un défi first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
La prématurité, le fait de naître avant 37 SA (°), concernait 7,4 % des bébés nés en France en 2010 (°°), c’est énorme, et ce chiffre a sûrement encore augmenté.

Il s’agit donc d’une situation à laquelle de nombreux parents sont confrontés. Mais comme elle est, par définition, physiologiquement anormale, la plupart des jeunes mamans n’y sont pas préparées, notamment pour la question de l’allaitement. Pour prendre en compte ce fait, la majorité des équipes soignantes sont heureusement très bien formées. Mais trop nombreuses sont les femmes qui ignorent à quel point l’allaitement augmente les chances pour leur bébé d’être en bonne santé, voire de survivre. La tentation est forte de ne voir l’allaitement que dans sa dimension de contrainte et certaines écoutent donc les voix qui leur disent : “Tu as bien assez de soucis comme ça, tu ne vas pas t’embêter avec l’allaitement, en plus de tout le reste!”

Je souhaite donner à ces mamans et à leur entourage bienveillant quelques éléments de réflexion pour leur permettre de choisir avec discernement, et d’agir en conséquence.

Un merveilleux produit

Premier détail, mais de taille, le lait fabriqué par une femme pour son bébé prématuré n’est pas le même que celui qu’elle aurait produit s’il était né à terme. Quelle merveille d’intelligence que le corps humain! Quelle adaptation incroyable! Ce lait, particulièrement riche en sels et protéines, est adapté au stade de croissance du bébé. Aucun lait industriel n’est capable de remplacer ce lait si particulier. Parfois, le lait maternel devra être enrichi, notamment en cas de retard de croissance, mais il reste l’aliment idéal.

De plus, il répond à un des principaux problème lié à cette situation : le système immunitaire est encore plus immature que chez le bébé né à terme. La longueur du séjour à l’hôpital et donc l’inévitable exposition aux agents pathogènes de toutes sortes n’est pas là pour faciliter les choses. Heureusement, la maman, qui vit dans le même environnement, produit dans son lait les anticorps correspondants et aide ainsi son bébé à se défendre.

Autre élément à prendre en compte, le risque d’allergie est important si le bébé prématuré n’est pas allaité. En effet, l’immaturité digestive rend le prématuré encore plus sensible aux protéines de lait de vache que le bébé né à terme.

En fait, tous les avantages de l’allaitement  sont décuplés pour le bébé prématuré. Et on peut y ajouter un bienfait non mesurable : le lien très fort créé entre le bébé et sa maman, lui procurant ainsi la conviction d’être une bonne mère. Ceci est très important car les femmes culpabilisent beaucoup de ne pas avoir pu garder leur bébé jusqu’au terme. Sentiment irrationnel certes, mais très présent.

Il est important de souligner que, dans la mesure du possible, le lait cru de la mère doit être favorisé par rapport au lait de lactarium, qui est un mélange pasteurisé de laits de différentes mères, à différents stades d’allaitement, donc en aucun cas un lait spécifique du prématuré.

 

Bon, vous êtes convaincue, l’allaitement c’est très bien, mais comment s’en sortir avec un petit bout qui semble si fragile? Quelques pistes….

Si possible, se préparer

Si l’accouchement prématuré est prévu ou pressenti, il faut se documenter, se préparer, trouver un professionnel compétent et soutenant. Il est bon aussi de rencontrer des parents ayant vécu cette expérience avec succès (par exemple par le biais d’une association).

Mettre en place rapidement la production

Il est primordial de tout de suite tirer son lait pour installer une bonne production de lait dès le départ. La première expression de lait doit avoir lieu, si la mère en est capable, dans les 12 premières heures. Puis il faut se fixer l’objectif d’atteindre une production d’environ 450 mL de lait par jour à partir de 4-5 jours. Bien sûr, les quantités augmenteront avec le temps, en fonction de l’âge réel du bébé.

Pour cela, l’expression doit être fréquente, toutes les deux ou trois heures environ le jour, et au moins une fois par nuit, avec un tire-lait à double pompage. Il vaut mieux tirer fréquemment 10 minutes que une ou deux fois par jour une heure.

Le fait de respirer l’odeur de son bébé sur un linge avant de tirer son lait aide beaucoup (n’oublions jamais que nous sommes des mammifères pour qui l’odorat est un sens très important!)

Et surtout, porter son bébé en peau à peau, comme cela est proposé dans les unités kangourous, favorise énormément la production de lait, en stimulant à la fois la maman et le bébé. En bonus, les déperditions de chaleur du bébé sont moins importantes quand il est sur la poitrine de sa maman que dans sa couveuse. C’est autant d’énergie gagnée pour téter!

Proscrire le biberon

Le biberon est à éviter . Premièrement parce que le prématuré a une moins bonne stabilité physiologique au biberon qu’au sein, il se fatigue donc davantage. Mais surtout parce que l’utilisation du biberon compromet fortement l’allaitement (°°°).

L’idéal est donc de proposer le sein dès que possible, même avant 35 semaines. Au début, le bébé ne fera que lécher le mamelon, et l’alimentation se fera par gavage, si possible en peau à peau. Ensuite, cela débouchera sur de vraies tétées, et dès qu’elles seront un minium efficaces, le DAL  pourra être mis en place avec en parallèle une diminution des quantités données par gavage. Contrairement à une idée reçue, le passage par le biberon n’est pas indispensable, au contraire!

Les bouts de sein bien utiles

L’utilisation de bouts de sein  peut amener une réelle amélioration de l’efficacité des tétées. En effet, le bébé prématuré se fatigue très vite et a un tonus musculaire faible. Faire le vide lui demande un effort considérable, qui est minimisé lorsqu’un bout de sein est en place.

Mettre au sein autant que possible, mais sans fatiguer le bébé

Les parents doivent demander régulièrement d’essayer de mettre leur bébé au sein, même s’il a moins de 35 semaines. La durée et la fréquence des séances dépendra bien sûr de son autonomie et de sa santé. Mais le simple fait de lécher le mamelon quelques minutes est un grand pas vers l’allaitement. Et c’est bien sûr un moment extraordinaire pour le bébé et ses parents.

Respecter les rythmes

Les signaux d’éveil doivent être observés et respectés, de façon à ce que le sein soit proposé aux moments les plus favorables. Cela implique une présence importante des parents, ce qui n’est vraiment pas facile, mais toujours payant.

Poursuivre avec succès à la maison

Enfin, le retour à la maison après quelques semaines ou mois à l’hôpital est un moment dangereux pour l’allaitement, et la maman doit continuer à bien s’entourer de professionnels et d’amis soutenants.

Allaiter tout de suite, réfléchir ensuite

Je terminerai en vous disant : si vous venez d’accoucher prématurément, ou si vous savez que cela risque de vous arriver, mettez (ou prévoyez de mettre) en place tout de suite votre lactation, vous verrez bien ensuite si vous avez envie d’allaiter. Mais au moins vous ne regretterez pas ensuite de ne pas l’avoir fait.

C’est ainsi que des mamans m’ont raconté qu’elles ne voulaient pas allaiter, qu’elles l’ont fait à cause de la prématurité de leur enfant, et que maintenant, elles adorent ça!

Allaiter un prématuré, un sacré défi, mais quel accomplissement et quelle joie aussi !

 

 

(°) Semaines d’Aménorrhée : nombre de semaines sans avoir de règles. Cela correspond donc environ à 35 semaines de gestation

(°°) source Ministère de la Santé

(°°°) Kliethermes 1999

 

 

 

The post L’allaitement du prématuré : un défi first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/lallaitement-du-premature-un-defi/feed/ 22
Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (2/2) https://www.leblogallaitement.com/lhistoire-de-louise-suite/ https://www.leblogallaitement.com/lhistoire-de-louise-suite/#comments Fri, 20 Sep 2013 13:11:27 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=303 Je continue comme promis la belle histoire de l'allaitement de Louise. Sandra, je le rappelle, était extrêmement volontaire pour mener à bien son allaitement le plus loin possible. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi elle a dû arrêter avant les six mois de Louise. Je dis bien "tenter", car cette situation était très complexe, … Continuer la lecture de Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (2/2)

The post Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (2/2) first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Je continue comme promis la belle histoire de l'allaitement de Louise.

Sandra, je le rappelle, était extrêmement volontaire pour mener à bien son allaitement le plus loin possible. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi elle a dû arrêter avant les six mois de Louise. Je dis bien "tenter", car cette situation était très complexe, tant la vie de Louise ne tenait parfois qu'à un fil. Ce billet est un peu long, je vous prie de m’en excuser, mais il fallait tout cela pour bien expliquer…

 

Maintenir sa lactation …

A cause du stress permanent que représentait la vie à l'hôpital, Sandra avait de moins en moins de lait depuis la première infection de son bébé, survenue 25 jours après la naissance. Surcroît de difficulté, un staphylocoque (bactérie pathogène) avait été détecté dans son lait quatre jours après le début de cette infection, ce qui aurait pu déclencher une nouvelle maladie chez Louise. Sandra devait donc suivre un protocole très strict et très long. Exprimer son lait lui demandait, tenez vous bien, deux heures à chaque fois ! Des conditions très difficiles pour maintenir une bonne lactation, et qui auraient fait craquer bon nombre de mamans.

Comme je l'ai dit dans le précédent billet, les infections s'enchaînaient, et l'angoisse générée à chaque fois faisait chuter la production. Louise avait trois mois et huit jours quand elle contracta sa cinquième et très grave infection. Il y eut un moment où, au pire de la maladie, le médecin lâcha : « Là on ne sait plus quoi faire »… Stress immense. Impuissance. Désespoir, attente. Et pourtant Louise s’en est de nouveau sortie. Incroyable bébé, incroyable volonté de vivre.
 

Combattre le cercle vicieux des compléments

Par ailleurs, il faut bien comprendre que Louise était gavée en permanence par une sonde amenant directement le lait maternel dans son estomac. Ainsi rassasiée, elle n'éprouvait alors plus tellement l'envie de téter et, en conséquence, la production de lait n'était pas bien stimulée. Il est classique de constater, chez les mamans qui utilisent exclusivement ou presque le tire-lait, cette  phase où l’expression des quantités voulues devient difficile.

 

Ecouter son bébé

A la fin du troisième mois, Sandra était lucide sur ce cercle vicieux. Et surtout, elle sentait que sa fille avait maintenant la force nécessaire pour prendre de vraies tétées et qu’il était temps de lui donner davantage de repas au sein. Mais l'équipe médicale de pédiatrie (elles avaient alors quitté la réanimation) ne partageait pas du tout son avis. Sandra n'était donc pas libre de donner les tétées comme et quand elle le voulait. De plus, lorsqu'elle donnait une tétée, elle devait systématiquement peser son bébé, avant et après la tétée. Le système de tétée-pesée permet de savoir quelle quantité de lait a été ingérée par le bébé. Cette opération est importante bien sûr, mais elle est également pénible pour la maman et le bébé, surtout quand elle est systématique. Dans le cas de Sandra, elle était tout simplement insupportable, à cause de tous les tuyaux et fils reliant Louise aux machines.

 

Entrer dans le cercle vertueux inverse

Et puis, un jour que Sandra attendait depuis plus d’une heure qu’une infirmière vienne pour cette tétée-pesée (Louise avait alors quatre mois), elle décida de mettre la petite au sein, sans autre forme de procès ! Lorsque l’infirmière arriva, Louise venait de terminer un repas complet au sein (validé par le fait qu’elle n’a ensuite pris que quelques millilitres du biberon proposé juste après) ! Quel bonheur ! Cette étape cruciale franchie, le gavage a été supprimé, à la demande expresse de Sandra.

 

Aller jusqu’au bout

Même si Louise et sa maman étaient entrées dans un cercle vertueux, c’était tout de même à un stade difficile, car Louise était trop habituée au gavage.

Contrainte supplémentaire à gérer pour Sandra, une tétine était fourrée dans la bouche de Louise  dès qu’elle avait le dos tourné, bien qu’elle y soit opposée. Sandra n’a pas pu trouver dans ce service de pédiatrie le même soutien dont elle avait bénéficié quand elle était en réanimation néonatale et soins intensifs néonataux, à seulement quelques mètres de là pourtant, mais avec des personnes différentes, des sensibilités différentes, des formations différentes aussi. Dans cet environnement contradictoire, Louise n’arrivait pas à « oublier » la tétine (objet très mal nommé car elle se suce) et se concentrer sur le vrai, l’authentique : le sein. L’allaitement restait donc relativement laborieux.

Sandra a continué à allaiter Louise du mieux que la situation le permettait, se dévouant 24h/24 pour que son enfant ait l’aliment fait pour elle. Mais devant la prise de poids insuffisante, et les gros efforts que devait faire Louise au niveau respiratoire (°), les médecins ont finalement demandé à Sandra de s’arrêter. C’est la mort dans l’âme qu’elle s'y est résolue. C'était en juillet, Louise venait de fêter ses six mois.

 

Messages d’espoir

Aujourd’hui, Louise est revenue à la maison, elle va avoir huit mois dimanche et se porte bien. Certes elle a bien repris du poids (aujourd'hui elle pèse 5.830 kg), mais sa maman est sans cesse inquiète de ses réactions au lait artificiel : diarrhées, selles de couleur anormale, boutons… Paradoxalement, elle se dit presque encore plus stressée qu’avant.

J’ai demandé à Sandra quel message elle aimerait donner aux parents qui doivent affronter la prématurité (°°).

Tout d’abord, elle m’a dit d’emblée que si c’était à refaire, elle le referait, mais différemment. Elle oserait s’imposer davantage face à certains professionnels de santé, malgré cette peur qui est là, à chaque instant, de voir la vie de son bébé s’interrompre.

 

Message 1 : s’imposer à bon escient

Son message, c’est de ne pas lâcher, d’aller jusqu’au bout de ce qu’on veut réaliser. De savoir dire « non » de temps en temps, quand il est évident que les décisions prises ne sont pas les meilleures. Elle se remémore ce moment où, à la énième infection, le Papa a dit un « non » ferme et sans appel à un énième antibiotique, en faisant confiance à la protection apportée par l’allaitement (exclusif à ce moment-là), et où les problèmes se sont résorbés naturellement (°°°).

Elle me parle aussi de cette dame qui avait accouché dans le même service, d’un bébé prématuré également, qui avait demandé un tire-lait, mais trop mollement, ne l’avait récupéré que le quatrième jour, n’avait pas réussi à lancer son allaitement et avait tout abandonné au bout de dix jours.

Les plupart des équipes médicales sont débordées, et manquent de moyens. Les parents sont souvent obligés de prendre  les devants (°°°°).

 

Message 2 : pratiquer cette merveille, le peau à peau

Son deuxième message, c’est de pratiquer le plus possible le peau à peau. D’une part parce qu’il  aide à l’épanouissement du bébé, et d’autre part parce qu’il stimule l’allaitement.

Dès que cela été possible, Louise est sortie de sa couveuse et a fait du peau à peau sur son papa ou sa maman (la photo!). La première sortie a eu lieu à quatre semaines, et pour Sandra, les sentiments éprouvés étaient si forts qu’ils en étaient indescriptibles. Pour Louise aussi, probablement ! C’était la première fois depuis la naissance qu’elles étaient en vrai contact ! Louise était habituée à l’odeur maternelle (et à celle du lait !) grâce à un linge porté par Sandra pendant 24 heures sur sa poitrine et déposé dans la couveuse. Au fil des séances de peau à peau, Sandra voyait Louise (grâce à un miroir judicieusement placé), qui régulait de mieux en mieux ses besoins en oxygène, puis, du haut de ses quelques centimètres, se glissait vers le sein, puis enfouissait sa tête, jusqu’au moment magnifique où elle sentit une minuscule bouche léchouiller son mamelon… de quoi se dire qu’elle n’avait pas fait tout ça pour rien et qu’il fallait persévérer.

 

Message 3 : accompagner son bébé

Enfin, Sandra souhaite insister sur le courage qu’il faut à un bébé né dans cette situation extrême. Car si téter est un plaisir pour un bébé né à terme et en bonne santé, pour Louise, c’était avant tout un effort physique intense, rendu encore plus difficile par les multiples tuyaux qui l’encombraient.

 

Je me suis demandé pourquoi les équipes n’avaient pas tenté de mettre en place un Dispositif d'Aide à l'Allaitement (DAL).  A aucun moment cela n’a été évoqué devant Sandra, qui ne connaissait pas elle-même ce système.

Je ne m’immisce jamais dans l’allaitement d’une mère que je connais personnellement sans avoir eu une sollicitation précise, mais je regrette vraiment de ne pas l’avoir fait à ce moment-là car il me semble que cela aurait été LA solution pour Louise. Dès le troisième mois, c'est-à-dire quand Sandra avait encore beaucoup de lait, l’utilisation de ce dispositif aurait probablement permis de traiter en amont les problèmes qui se sont ensuite aggravés avec le temps. Louise aurait eu des repas au sein plus efficaces et moins fatigants.  Le gavage aurait pu être supprimé plus rapidement, et les seins mieux stimulés…

 Mais on ne refait pas le passé, et cet allaitement a été plus que réussi : Sandra a donné le meilleur de ce qu’elle avait au moment où Louise en avait le plus besoin.

 

 

Louise, je te souhaite une heureuse vie, et avec la force que tu as en toi, je me doute que tu accompliras des merveilles !

 

 

(°) les bébés nés prématurément ont fréquemment des besoins en oxygène plus importants, par suite d'une broncho-dysplasie, une affection chronique des poumons

(°°) Vous noterez d’ailleurs que ses conseils sont valables pour une naissance à terme !

(°°°) Au passage, rappelons que les antibiotiques sont très agressifs pour l’intestin, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un intestin immature comme l’est celui d’un prématuré. Le lait maternel a d’ailleurs eu à mon avis un rôle central de probiotique pour aider Louise à supporter les multiples antibiothérapies qu’elle a subies.

(°°°°) J’ajouterai que la formation et la volonté de la personne qui vous suit le matin ne sont pas nécessairement les mêmes que celles de l’équipe de l’après-midi. Jeunes mamans, futures mamans, vous devez être capables de connaître ce que vous êtes ou non en droit d’obtenir du personnel de l’hôpital, c’est votre rôle de patiente.

 

 

 

The post Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (2/2) first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/lhistoire-de-louise-suite/feed/ 13
Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (1/2) https://www.leblogallaitement.com/un-des-bebes-les-plus-prematures-de-france-a-ete-allaite-5-mois/ https://www.leblogallaitement.com/un-des-bebes-les-plus-prematures-de-france-a-ete-allaite-5-mois/#comments Fri, 13 Sep 2013 14:51:38 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=294 Cet article relate une extraordinaire histoire de courage, de patience et d'amour entre une maman et son bébé né de manière extrêmement prématurée. C’est une première pour moi, le prénom de la maman qui témoigne aujourd’hui n'a pas été modifié, d'une part parce que cette mère n’a pas souhaité être anonyme, et d'autre part parce … Continuer la lecture de Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (1/2)

The post Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (1/2) first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
Cet article relate une extraordinaire histoire de courage, de patience et d'amour entre une maman et son bébé né de manière extrêmement prématurée. C’est une première pour moi, le prénom de la maman qui témoigne aujourd’hui n'a pas été modifié, d'une part parce que cette mère n’a pas souhaité être anonyme, et d'autre part parce qu'il s'agit d'une amie, que je n'avais pas envie non plus « d'anonymiser ».

Sandra, j'ai beaucoup pensé à toi, à vous, durant ces derniers mois, et je suis heureuse de raconter ici votre belle mais difficile histoire. Je te remercie pour la confiance que tu m'as accordée en me permettant de la relater.

 

Née à 23 semaines… 

Louise est née en janvier, après seulement 23 semaines de gestation. Sandra, sa maman, était en grave danger, et la naissance a dû être déclenchée car aucun délai n'était plus possible.

 Quand Sandra raconte la naissance de sa fille, elle dit que c'est Louise qui a choisi de vivre. Le bébé ne pesait que 442 grammes à la naissance. Le lendemain, elle ne pesait plus que 401 grammes. Normalement, un bébé qui naît avec un poids inférieur à 500 grammes est tout de suite orienté vers les soins palliatifs car il est considéré comme non viable. Mais Louise en avait décidé autrement…

 

 

Oui, chose tout-à-fait extraordinaire, Louise a poussé un cri, un tout petit cri de chat qui a tout changé. Ses yeux ne pouvaient pas encore s'ouvrir, elle tenait encore entièrement dans la main de ses parents, mais elle était là et le faisait savoir. Ce cri lui a donné le droit de continuer à vivre.

 

Vite, un tire-lait !

Encore dans les vapes, en salle de naissance, Sandra demande immédiatement un tire-lait. L'allaitement s'impose à elle comme une évidence,  « pour prolonger la grossesse pas terminée » et, bien sûr, donner toutes ses chances à son bébé. Après s'être battue, Sandra obtient un appareil le lendemain de la naissance. Elle tire le colostrum puis le lait, mais doit d’abord les jeter à cause des traces de médicaments passés dans le lait(°). Elle ne commencera à conserver ses stocks que quinze jours plus tard. 

Au début, Louise est nourrie directement par un fin cathéter débouchant dans le nombril, qui lui apporte une préparation spéciale pour grand prématuré, puis le lait de sa maman enrichi en nutriments et calories. En effet, les bébés nés prématurément ont des besoins tout à fait spécifiques. Louise est alors dans un service de réanimation néonatale, elle y restera trois mois et demi, intubée et perfusée de tous côtés (masque à oxygène, lunettes à oxygène, sonde naso-gastrique, cathéter, capteur de saturation en oxygène …).

 

Enfin, une tétée… 

L'équipe médicale soutient Sandra dans son projet d'allaitement avec passion et professionnalisme.

 Et le miracle finit par arriver ! La première tétée au sein est une immense fête ! Ce jour là, Louise a trois mois, elle pèse 2kg115. Elle ne devrait pas encore être née, nous sommes quinze jours avant le terme prévu. Louise tête efficacement pendant quelques minutes. Quelle récompense pour Sandra !

 

Mais tout n'est pas rose 

Malheureusement, les quantités de lait produites par Sandra ne sont pas au beau fixe. Louise, comme tout bébé prématuré, a un système immunitaire très fragile et est donc sujette aux infections bactériennes, elle en subira cinq en cinq mois. Et, à chaque infection, la production de lait chute de façon catastrophique, ce qui est tout à fait compréhensible : comment être confiante quand chaque heure qui passe peut nous enlever notre bébé ? Bien sûr la production remonte, une fois Louise rétablie, mais difficilement, et jamais tout à fait au niveau d'avant.  A cela s'ajoutent la fatigue, les contraintes de la vie à l'hôpital (rendez-vous compte, Sandra a vécu cinq mois à l'hôpital!) et notamment les alarmes qui sonnent sans cesse, par exemple dès que Louise bloque sa respiration (lorsqu'elle a peur d'un bruit ou fait une selle…)

 

Le lait humain est encore plus indispensable pour le bébé prématuré

Cependant, la motivation de Sandra est sans limites, le soutien du Papa est immense, ils vont dépasser ces difficultés avec courage. Et à partir de la fin du troisième mois jusqu'à presque six mois, Louise est allaitée exclusivement. 

Personne ne saura jamais l’impact et l’influence de ce bel allaitement, mixte au début suivi de trois mois d'allaitement exclusif, sur la santé de Louise, ses chances de survie, et surtout ses chances de survie en bonne santé. Mais il est important de noter  que plusieurs études relatives à la prématurité montrent l'effet bénéfique du lait maternel ou plutôt l'effet négatif de son absence.

 

 Je vous raconte la suite dans un prochain billet.

 

(°) Tous les médicament ne passent pas dans le lait, certains n'ont pas ou peu de contre-indication, mais en l'occurrence il s'agissait de médicaments toxiques pour l'enfant, à des doses importantes.

 

 

The post Un des bébés les plus prématurés de France a été allaité 5 mois (1/2) first appeared on Les belles histoires de l'allaitement.]]>
https://www.leblogallaitement.com/un-des-bebes-les-plus-prematures-de-france-a-ete-allaite-5-mois/feed/ 7