Cet article relate une extraordinaire histoire de courage, de patience et d'amour entre une maman et son bébé né de manière extrêmement prématurée. C’est une première pour moi, le prénom de la maman qui témoigne aujourd’hui n'a pas été modifié, d'une part parce que cette mère n’a pas souhaité être anonyme, et d'autre part parce qu'il s'agit d'une amie, que je n'avais pas envie non plus « d'anonymiser ».
Sandra, j'ai beaucoup pensé à toi, à vous, durant ces derniers mois, et je suis heureuse de raconter ici votre belle mais difficile histoire. Je te remercie pour la confiance que tu m'as accordée en me permettant de la relater.
Née à 23 semaines…
Louise est née en janvier, après seulement 23 semaines de gestation. Sandra, sa maman, était en grave danger, et la naissance a dû être déclenchée car aucun délai n'était plus possible.
Oui, chose tout-à-fait extraordinaire, Louise a poussé un cri, un tout petit cri de chat qui a tout changé. Ses yeux ne pouvaient pas encore s'ouvrir, elle tenait encore entièrement dans la main de ses parents, mais elle était là et le faisait savoir. Ce cri lui a donné le droit de continuer à vivre.
Vite, un tire-lait !
Encore dans les vapes, en salle de naissance, Sandra demande immédiatement un tire-lait. L'allaitement s'impose à elle comme une évidence, « pour prolonger la grossesse pas terminée » et, bien sûr, donner toutes ses chances à son bébé. Après s'être battue, Sandra obtient un appareil le lendemain de la naissance. Elle tire le colostrum puis le lait, mais doit d’abord les jeter à cause des traces de médicaments passés dans le lait(°). Elle ne commencera à conserver ses stocks que quinze jours plus tard.
Au début, Louise est nourrie directement par un fin cathéter débouchant dans le nombril, qui lui apporte une préparation spéciale pour grand prématuré, puis le lait de sa maman enrichi en nutriments et calories. En effet, les bébés nés prématurément ont des besoins tout à fait spécifiques. Louise est alors dans un service de réanimation néonatale, elle y restera trois mois et demi, intubée et perfusée de tous côtés (masque à oxygène, lunettes à oxygène, sonde naso-gastrique, cathéter, capteur de saturation en oxygène …).
Enfin, une tétée…
L'équipe médicale soutient Sandra dans son projet d'allaitement avec passion et professionnalisme.
Mais tout n'est pas rose
Malheureusement, les quantités de lait produites par Sandra ne sont pas au beau fixe. Louise, comme tout bébé prématuré, a un système immunitaire très fragile et est donc sujette aux infections bactériennes, elle en subira cinq en cinq mois. Et, à chaque infection, la production de lait chute de façon catastrophique, ce qui est tout à fait compréhensible : comment être confiante quand chaque heure qui passe peut nous enlever notre bébé ? Bien sûr la production remonte, une fois Louise rétablie, mais difficilement, et jamais tout à fait au niveau d'avant. A cela s'ajoutent la fatigue, les contraintes de la vie à l'hôpital (rendez-vous compte, Sandra a vécu cinq mois à l'hôpital!) et notamment les alarmes qui sonnent sans cesse, par exemple dès que Louise bloque sa respiration (lorsqu'elle a peur d'un bruit ou fait une selle…)
Le lait humain est encore plus indispensable pour le bébé prématuré
Cependant, la motivation de Sandra est sans limites, le soutien du Papa est immense, ils vont dépasser ces difficultés avec courage. Et à partir de la fin du troisième mois jusqu'à presque six mois, Louise est allaitée exclusivement.
Personne ne saura jamais l’impact et l’influence de ce bel allaitement, mixte au début suivi de trois mois d'allaitement exclusif, sur la santé de Louise, ses chances de survie, et surtout ses chances de survie en bonne santé. Mais il est important de noter que plusieurs études relatives à la prématurité montrent l'effet bénéfique du lait maternel ou plutôt l'effet négatif de son absence.
Je vous raconte la suite dans un prochain billet.
(°) Tous les médicament ne passent pas dans le lait, certains n'ont pas ou peu de contre-indication, mais en l'occurrence il s'agissait de médicaments toxiques pour l'enfant, à des doses importantes.