Une maman déterminée à allaiter malgré les difficultés

Voici le témoignage bouleversant d’une maman qui nous a écrit son histoire spontanément lors du retour de son tire-lait. Une fois de plus, ce qui ressort, c’est l’importance du soutien, autant des professionnels que de l’entourage, car l’allaitement, c’est comme la vie, ce n’est pas toujours simple… Même si un premier allaitement s’est très bien passé, les suivants peuvent être difficiles, et il faut alors trouver la bonne personne pour nous aider. Mais que de joie ensuite, lorsque les obstacles sont passés. Joie d’avoir réussi ensemble, et santé pour le bébé, car souvent, plus il y a de problèmes, plus le bébé a besoin d’être allaité. Et pour la femme, c’est une étape importante dans sa vie à elle : elle a grandi et mûri au cours de ces difficultés, elle s’est construite et a affirmé sa personnalité.

Ma fille aînée vient d’avoir sept ans, cela fait donc sept ans que j’allaite, que chaque jour de ces sept dernières années, j’ai donné le sein à un enfant, ou deux, chaque jour…
C’est avec elle que j’ai découvert l’allaitement, bien briefée par d’autres mamans via un forum Internet. J’ai vécu un démarrage très serein, les “journées de pointe” se sont passées sans inquiétude, et j’ai énormément apprécié d’avoir été BIEN INFORMEE à l’avance. C’est une chose qui me paraît fondamental et qu’on ne dit peut-être pas assez aux jeunes mamans… car si allaiter est “naturel”, allaiter n’est pas “culturel” et cette culture fait vraiment défaut, le fait d’avoir vu, ou pas, des mamans allaiter leurs enfants ne fait pas partie du vécu de beaucoup de jeunes femmes avant l’accueil de leurs propres enfants.

Mon premier fils est né vingt mois et demi plus tard. J’allaitais encore ma fille, je les ai co-allaités, avec plus ou moins de bonheur, des moments difficiles, notamment un sentiment de solitude, d’isolement… Mais globalement nous en avons été très heureux ! Nous avons notamment beaucoup apprécié la sérénité, la facilité de l’allaitement d’une part. Par exemple, lorsqu’un enfant était malade, il cessait toute prise alimentaire autre que le sein, dormait, et guérissait vite et paisiblement… D’autre part, lors de nos voyages à vélo avec la tente, le matin les enfants tétaient, et n’avaient pas besoin de manger autre chose avant le milieu, voire la fin de la matinée. Je ne me suis pas toujours sentie à l’aise à l’idée d’allaiter les deux enfants en même temps en public ! Et cela, de fait, arrivait rarement, c’était plutôt réservé au lit le matin, je crois (les souvenirs s’estompent… je ne suis plus bien sûre de comment c’était !)

Mais avant cette sérénité, il y en a eu, des difficultés. Dès la naissance, mon fils régurgitait beaucoup. A la maternité, il y avait déjà des rejets, une toute petite tache blanche… je me suis rappelé bien plus tard le volume de l’estomac d’un nouveau-né : en fait il rejetait déjà, parfois, TOUT ce qu’il avait ingurgité… Mon petit garçon pleurait beaucoup, grandissait peu, n’avait pas très bonne mine… Je voyais cela, mais le médecin ne l’a pas vraiment pris au sérieux, la sage-femme n’était pas assez disponible à ce moment-là, et avec quelque part en moi la peur d’être jugée sur le co-allaitement, je n’osais pas trop m’ouvrir sur mes peurs et mes difficultés… Lorsqu’il avait deux mois et demi, à un moment, j’ai littéralement vu “fondre” mon fils. En une journée j’ai vu ses cuisses et ses joues se vider, je lui ai mis les couches lavables au réglage pour nouveau-né… Je l’ai vu non seulement régurgiter, mais aussi vomir (spasme). Il tétait alors toutes les deux à quatre heures en journée, et rejetait parfois longtemps après les tétées. Je savais qu’il ne pouvait pas s’agir du fait que je n’aie “pas assez de lait” pour lui, vu les flaques gigantesques qu’il pouvait produire…

A ce moment-là, je l’ai “mis sous perfusion” au sein : j’ai commencé à le porter constamment (dix à quinze heures par jour), en écharpe, en sling, devant, sur le côté, sur le dos – auparavant je le portais déjà en écharpe, mais deux-trois heures par jour. Je l’ai porté donc beaucoup plus contre moi, toujours en position verticale assis-accroupi (jamais allongé en hamac) en assise profonde, le mettant au sein chaque fois qu’il réclamait. Je n’ai jamais compté, mais il venait au sein je crois autour de quarante fois en vingt-quatre heures. Il a très vite repris du poids, les tétées nocturnes qui étaient déjà assez espacées (cinq-six heures) sont revenues toutes les deux-trois heures, je l’avais contre moi la nuit, et globalement cette période a été vraiment très satisfaisante ! Le fait d’avoir pris les choses en main, d’avoir su faire le nécessaire pour que mon bébé aille mieux, et moi aussi, m’a vraiment fait beaucoup de bien. Le contexte était très difficile, mon mari qui avait toujours été présent, s’est mis à enchaîner les déplacements professionnels à l’étranger.

Et, de mon côté j’ai commencé à prendre conscience que l’accouchement ne s’était pas bien passé contrairement à ce que je disais au départ. En fait je l’avais très mal vécu, la sage-femme avait été intrusive et désagréable. A partir de mon retour de couches (après quinze mois d’aménorrhée) et jusqu’à ce que je retire mon Dispositif Intra-Utérin (deux ans et deux mois après ce deuxième accouchement), le signe par lequel je savais que mes règles commençaient, était non pas une sensation de contraction ou d’écoulement, ou une douleur au bas-ventre, mais un flash-back de l’accouchement. A chaque cycle un nouveau souvenir qui refaisait surface. Toucher vaginal atrocement douloureux, refus de la sage-femme de m’aider à me positionner pour l’expulsion, refus de la sage-femme de me laisser prendre mon bébé lorsque je l’ai expulsé… Avec cet accouchement très mal vécu et toute cette violence ressentie, je suis devenue violente avec ma fille aînée, j’avais l’impression de devenir un monstre, aux antipodes de la maman que j’étais jusque-là, et de celle que je souhaitais être ! Et l’attachement à mon petit garçon qui pleurait tant était difficile… J’ai énormément apprécié d’être complètement habituée au portage et à l’allaitement, je n’étais pas capable de l’allaiter ou de le porter avec plein d’amour, d’affection et d’attendrissement, j’avais le sentiment de le faire de façon un peu automatique, mais je le faisais. Et quand les choses se sont posées, apaisées, peu à peu, toute cette routine déjà bien installée, j’ai pu la remplir d’une vraie relation consciente et tendre. Ouf…

Ma grande avait cinq ans et trois mois, mon fils trois ans et demi, lorsque est née notre troisième enfant, une fille. Nous avions longuement préparé, avec notre sage-femme, la naissance de notre deuxième enfant, et finalement, nous étions “mal tombés” à l’hôpital, avec une sage-femme avec qui ça s’était si mal passé humainement (médicalement, accouchement parfait, dans mon dossier… bien qu’après un toucher très douloureux, le travail se soit complètement arrêté pendant une heure…), nous nous étions sentis vraiment trahis. Ce troisième enfant, au moment de sa conception nous avons parlé du cadre où elle naîtrait : la maison, mais dans notre secteur, pas de sage-femme pour accoucher chez soi. Nous avons donc opté pour un accouchement en plateau technique avec une sortie quelques heures après l’accouchement.

La naissance a failli être déclenchée à J+7…
Mais finalement, le travail s’est mis en route spontanément ce jour-là. Puis nous sommes rentrés.
Notre sage-femme est passée le lendemain…
Puis de nouveau à trois jours, un soir, pour faire le Guthrie.
Un moment atroce ; on faisait mal à mon bébé (piqûre + pressage de la jambe et du pied), ça a duré vingt minutes de hurlements de notre petite fille.
Bébé qui, pendant les vingt heures qui ont suivi, n’a pas voulu téter… La montée de lait s’était faite, mes seins étaient près à éclater… Ma grande ne tétait plus depuis peu, mon fils tétait encore un peu ; je lui ai demandé de m’aider en tétant un peu, mais j’avais tellement mal que j’ai été désagréable avec lui. Après ça, il a tété encore une fois seulement, et c’est comme ça que s’est terminé l’allaitement pour lui. Ma grande a  bien voulu téter un peu pour me rendre service, elle aussi, mais elle ne savait déjà plus bien téter. Etonnant réflexe, si puissant chez le tout-petit, si présent pendant plusieurs années, et qui peut disparaître si vite… Quelques semaines…

Notre petit bébé, à la fin de la journée suivante, a repris mon sein. Soulagement…
Mais la balance, jour après jour, indiquait les mêmes chiffres. Les mêmes chiffres. Encore les mêmes chiffres… Nous voyions les bonnes petites joues disparaître, les jolis cuissots potelés se vider…
Quand ma toute petite fille tétait, le lait jaillissait avec force, j’étais bien inondée de l’autre côté. Ma fille faisait des selles vertes…
Avec mon expérience et mes connaissances d’allaitement, je n’ai pas compris ce qui se passait.
Mon amie mère et doula n’a pas compris ce qui se passait.
Notre sage-femme n’a pas compris ce qui se passait.
On a pensé à un réflexe d’éjection fort, on a pensé à un manque de “lait gras”…

C’était la semaine mondiale de l’allaitement maternel, il y avait chaque jour réunion à l’hôpital avec une consultante en lactation, j’y suis allée. Pendant toute la réunion, la consultante nous a observées, ma fille et moi. Et à la fin elle m’a dit : vous n’avez pas assez de lait. Votre bébé tète, le lait jaillit, mais ça s’arrête tout de suite. Vous avez assez de lait pour un nouveau-né, mais votre bébé n’est plus un nouveau-né (elle avait dix jours), elle a besoin de plus. Il faut absolument relancer votre lactation, et il faut complémenter votre bébé, c’est urgent. (c’est une fervente défenseure de l’allaitement, que j’ai connue quand mon aînée avait cinq jours, et qui expliquait les modifications de la flore intestinale induites par l’introduction de lait artificiel : donc elle ne conseillait pas “à la légère” de donner des compléments !)
Savez-vous où louer un tire-lait ? m’a-t-elle demandé.

-Euh, oui, en pharmacie…

– Non, contactez “Grandir Nature”, je vous donne leur numéro, il vous faut un tire-lait double pompage (par précaution notre sage-femme m’avait déjà fait une ordonnance), appelez-les tout de suite vous l’aurez peut-être demain.

J’ai appelé, on m’a rappelée deux-trois minutes plus tard, il était 16h55, vu la situation on m’a d’abord demandé mon adresse, le colis est parti, ensuite seulement on m’a demandé mes coordonnées bancaires, je m’en souviens bien ! Et le lendemain à neuf heures, le tire-lait était à la maison.

Le temps de commencer à mettre en place les tétées supplémentaires au tire-lait, et l’introduction des compléments, ce n’était pas évident comme organisation, et notre petite fille n’allait pas bien ; elle semblait défaillir par instants, hypotonique subitement, c’était très impressionnant. Notre sage-femme, partant en congé, avait passé le relais à la puéricultrice de la PMI, qui après avoir vu Justine, nous a invité à nous rendre à l’hôpital.
Mon bébé et moi avons été hospitalisées trois jours, le temps de mettre en place l’utilisation du tire-lait une à deux fois par nuit, quatre à cinq fois par jour, de mettre en place les compléments par DAL( dispositif d’aide à la lactation) , selon la quantité qu’elle avait pris je pouvais la laisser téter au tuyau, ou la “gaver” en plaçant le flacon plus haut que sa bouche pour que ça coule tout seul… je devais la peser avant-après chaque chose (tétée, complément, change…)…
Nous sommes rentrées à la maison, j’ai appelé mes parents au secours pour venir s’occuper de TOUT, et moi, je mangeais, je dormais, et je tirais mon lait et en donnais à mon bébé. Je ne comprenais pas tout, il y a eu un moment où elle a semblé refuser mon sein, alors je tirais mon lait, toujours, mais tout cette fois, et mon homme lui donnait “à téter” au petit doigt… Comme j’ai pleuré cet allaitement ! Et si je devais ne pas pouvoir allaiter mon bébé, acheter du lait, lui donner des biberons, chercher un lait qu’elle digère (elle montrait déjà pas mal de symptômes d’intolérance au lait de vache, comme son frère)… Comme j’ai douté, est-ce que j’ai raison de m’échiner à vouloir relancer cette lactation ? Ai-je raison de consacrer tant d’énergie à cela, au prix de négliger mes aînés ?

J’étais très, très bien entourée. Des épaules pour pleurer, des bras pour me serrer fort et tendrement, des mamans pour que ma fille ne reste jamais la dernière à l’école, mais aille au parc pour jouer avec les copains… Jamais personne ne m’a dit “mais ce n’est pas grave de donner le biberon” ou quoi que ce soit du genre. Et quand, voyant que ma lactation avait du mal à reprendre, que je tirais si peu de lait, que je n’allais plus avoir assez pour donner les compléments nécessaires à mon bébé, mon amie me renvoyait plein de courage, d’enthousiasme, de soutien. Elle savait me redonner énergie et motivation.

J’ai eu de grosses montées de lait, trois fois je crois, de nouveau les seins bien pleins, le lait qui coule à flot, mais trois fois cela s’est de nouveau “tari” en quelques heures (retour à des seins “vides” et une production de très petite quantité de lait). Et la prise de poids de notre petite fille était plutôt faible et lente, les compléments étaient indispensables, chaque jour.

Notre fille était née le 7 octobre. J’ai dû tirer mon lait trois à six fois par vingt quatre heures du 20 octobre environ, au 31 décembre.
Et le miracle s’est produit au changement d’année… Des seins bien pleins, mon bébé qui tète, puis de nouveau des seins bien pleins. J’ai encore tiré quelques jours, puis de moins en moins, et les tétées sont devenues suffisantes pour notre fille, elle n’avait plus besoin de complément.

Depuis, je n’ai plus tiré mon lait que deux ou trois fois, lors d’engorgements légèrement douloureux, afin de bien drainer la zone douloureuse.

Je n’avais plus besoin de mon tire-lait, j’espère qu’il n’a manqué à personne : je ne me suis pas sentie capable de le rendre plus tôt…

Maintenant je n’ai vraiment plus peur 🙂
Notre petite fille tète encore jour et nuit, elle a 20 mois et demi.

Elle n’a reçu du lait que deux fois au biberon : elle s’étouffait, s’étranglait, alors qu’au petit tuyau (en DAL), à la cuillère ou au gobelet cela se passait beaucoup mieux.

Voilà.
Pour moi, l’allaitement ce n’est pas du tout juste un mode d’alimentation du nouveau-né. C’est une relation et un mode de vie, aussi.
Grâce à ces moments si difficiles, je savoure chaque tétée, je me réjouis chaque jour d’allaiter ma fille. Je savais ce que j’avais à perdre lorsque j’ai cru devoir renoncer à l’allaitement, je suis très heureuse d’avoir persévéré !

Merci pour ce que vous faites pour l’allaitement, pour les femmes qui allaitent, pour les bébés qui tètent !

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