Un exemple en matière d’allaitement : la Suède

Comme je vous l’avais promis, voici un témoignage édifiant qui tend à montrer que le contexte est déterminant en allaitement.

Côté Suède…

Julie (°) quitte la France pour deux ans en 2009, alors qu’elle est enceinte de deux mois. Son mari part en mission en Suède, où elle a également trouvé du travail. Après la naissance, Julie allaite son bébé pendant six mois exclusivement, puis elle reprend son travail en allaitant partiellement. Lorsqu’elle rentre en France en 2011, le petit est encore allaité deux à trois fois par jour. Enceinte de nouveau, Julie interrompt en douceur l’allaitement, mais pas pour longtemps se dit-elle, toute pressée qu’elle est de revivre cette aventure qu’elle a tant aimée. Hélas pour elle, une toute autre réalité l’attend.

Côté France!

Sa sortie précoce de la maternité est malheureusement suivie très rapidement d’une mastite qui dégénère en abcès. La prise en charge de la mastite a été trop tardive suite à un mauvais diagnostic médical. Pendant un mois, Julie n’allaite que d’un sein. Elle finit par souffrir de crevasses à l’autre sein, et, la fatigue et l’antibiothérapie aidant, une mycose s’installe. Epuisée, amère, Julie stoppe l’allaitement. Elle qui croyait que ça allait être facile d’allaiter son deuxième enfant! Quelle cruelle déception…


Alors, bien sûr, on ne peut pas généraliser à partir d’un cas particulier, mais Julie a comparé ses deux expériences. Et il est évident pour elle que
le soutien et le suivi dont elle a bénéficié en Suède ont fait toute la différence. Elle a le sentiment que là-bas, elle n’avait pas besoin de se battre sans cesse pour que cela se passe bien.

Du suivi, du suivi et du suivi

En Suède, l’allaitement est très pratiqué. Ce qui s’explique à plusieurs niveaux. La principale raison, c’est l’accompagnement vraiment efficace.

Par exemple, l’infirmière qui s’est occupée du bébé à l’hôpital le suit régulièrement jusqu’à ses six ans (°°). Et puis, les professionnels de la périnatalité ont un excellent niveau de formation : en Suède, toutes les maternités sont labellisées “hôpital ami des bébés” (IHAB) !  Le rêve !

D’autre part, les femmes rencontrent systématiquement des groupes de soutien à l’allaitement bien organisés et efficaces.

Dans ces conditions, la situation vécue par Julie au deuxième accouchement aurait-elle pu se dégrader à ce point? Vraisemblablement non. Elle n’aurait pas été livrée à elle-même avec un engorgement qui dégénère. Elle aurait été mieux suivie dans les suites opératoires de la mastite.

Par ailleurs s’ajoutent en Suède d’autres points qui encouragent les mères à allaiter sur le long terme.

Femmes reconnues, couples accompagnés

Le taux d’emploi féminin en Suède est parmi les plus élevés (alors que leur taux de natalité est aussi élevé). Qu’on ne vienne donc pas dire que l’allaitement n’est pas compatible avec l’activité!

Derrière cela, il y a une volonté politique dont le résultat est que, par exemple :

-le couple bénéficie de 16 mois de congés payés cumulés par naissance

-les structures de garde sont de qualité et abordables

-la flexibilité des congés et horaires facilitent la présence des parents dans la famille

D’ailleurs, les crèches n’ouvrent que six heures par jour, ainsi le temps partiel est normal, et l’allaitement est préservé.

Et puis, point non négligeable : toute publicité pour les laits artificiels est totalement interdite. L’allaitement est la norme, dans les mentalités des adultes mais aussi des enfants.

Tout peut changer en une génération

C’est bien joli me direz-vous, mais la culture suédoise n’est pas transposable à la culture française!

Et si je vous disais que cette culture suédoise de l’allaitement a été créée de toute pièce par le gouvernement en 1973? A cette date, 30% des bébés étaient allaités à deux mois, et 6% à six mois, c’est à dire, moins bien que la situation française actuelle (°°°). Par une politique déterminée et suivie, la situation a totalement changé en quelques dizaines d’années, puisqu’ actuellement, 75% des bébés suédois sont encore allaités à six mois.

Alors, mesdames et messieurs les politiques français, on attend quoi?

(°) pour des questions de respect de la vie privée, le prénom est modifié

(°°) Grech 2014

(°°°) Etude Epifane : 39% d’allaitement à trois mois, et 25% à six mois, toutes sortes d’allaitement confondu. Données Suède 1973 Noirhomme et al. Dossier technique 2006.

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