Coliques : la faute à l’allaitement? (première partie)

Les coliques… Quel parent ne frémit pas à cette évocation? Car nombreux sont les bébés qui en souffrent à un moment donné, un peu ou beaucoup, la période la plus critique se situant entre 1 et 3 mois.

Comme d’habitude lorsqu’il y a un problème, il est aisé de pointer l’allaitement du doigt, surtout si la maman allaite exclusivement. Mais dans le cas des coliques, les causes sont multiples et mal définies (une jolie formule pour dire qu’on ne sait pas grand-chose!), sans oublier qu’on les rend facilement responsables de pleurs qui peuvent être liés à une autre difficulté vécue par le bébé. Un écueil classique.

Tout ceci rend donc la question des coliques relativement délicate à traiter. Néanmoins une chose est sûre : si votre bébé émet fréquemment des gaz et des bruits intestinaux importants, et s’il se tortille pendant ou entre les tétées, le tout assorti de pleurs pouvant durer deux ou trois heures, et ceci au moins trois fois par semaine, il est évident que son intestin lui fait des misères et qu’on peut parler de coliques.

Un système digestif immature

Le système digestif d’un nourrisson est immature. Il continue, après la naissance, à se construire progressivement, en même temps que se constitue la flore bactérienne participant à la digestion. L’immaturité touche à la fois la fonction et la structure. En clair, l’intestin ne fonctionne pas tout de suite parfaitement, car pendant toute la grossesse l’alimentation a été assurée via le cordon ombilical, donc par voie sanguine.

Un autre exemple bien connu de cette immaturité concerne le clapet anti-retour de l’estomac, lequel n’est pas vraiment opérationnel avant 6 mois voire davantage, d’où les régurgitations qui s’estompent peu à peu mais peuvent se poursuivre jusqu’à 1 an.

On peut d’ailleurs noter que cette immaturité du système digestif – parmi tant d’autres chez le nourrisson – renforce la thèse que le bébé humain naît „prématurément“ de neuf mois environ et que l’on a donc tout intérêt à le materner abondamment pendant cette période, comme le petit kangourou dans sa poche.

Toutefois, la nature a bien fait les choses pour compenser le manque de performances initial du tube digestif. Par exemple, concernant la fonction, le lait maternel contient également les enzymes (°) permettant sa propre digestion (le produit est livré avec les outils !). Rien que pour cela, l’allaitement mérite le détour, car le lait maternel fatigue moins l’organisme du bébé que le lait artificiel, dépourvu de ces enzymes.

D’ailleurs les coliques des bébés non-allaités sont généralement dues à la composition du lait artificiel, trop gras et dont certains constituants moléculaires sont totalement inadaptés à l’alimentation des petits humains. Finalement entre le lait maternel et le lait bovin dé-bovinisé lyohilisé, il y a plus de différences que de points communs.

Néanmoins, les bébés allaités peuvent eux-aussi souffrir de coliques, mais pour des raisons différentes. Je vous propose donc une liste non exhaustive des cas les plus courants des coliques du bébé allaité, et quelques solutions pour atténuer voire supprimer les coliques.

Des repas trop longs

Le cas le plus courant que je rencontre est lié à des tétées trop fréquentes et/ou trop longues. Nombreuses sont les jeunes mamans qui laissent leur bébé 45 minutes voire une heure au sein, croyant bien faire. Une autre erreur fréquente est de donner une tétée, et si le bébé pleure juste après, de le remettre au sein. Et ainsi tout au long de la journée. Ces deux situations, répétées, donnent lieu à des digestions laborieuses et inefficaces, entraînant fermentations et gaz. (°°)

Rappelez vous votre dernier repas de famille chez Tante Muriel, lorsque vous êtes restée quatre heures à table. La digestion n’était pas optimale, n‘est ce pas? Eh bien c’est pareil pour votre bébé!

Donc, plutôt que de le laisser une heure au sein ou de lui donner à manger tous les quarts d’heure, visez l’efficacité de la tétée . Si vous avez besoin que quelqu’un vous accompagne dans cet apprentissage nécessaire de la physiologie, rencontrez une consultante en lactation IBCLC.

Trop de lactose

Contrairement aux idées reçues, avoir trop de lait n’est pas la garantie d’un allaitement serein. Cela peut même être le contraire!

Sans parler de l’inconfort subi par la maman (fuites de lait importantes, engorgements à répétition), on observe souvent des coliques, voire, paradoxalement, une faible prise de poids du bébé. En effet, le sein qui produit trop de lait va délivrer trop de lactose (sucres) et insuffisamment de graisses. La digestion de ces sucres sera incomplète et difficile, occasionnant des gaz et des selles vertes.

En première intention, voici ce qui est proposé aux mamans dans cette situation : donner le même sein deux voire trois fois de suite, et soulager manuellement l’autre très régulièrement pour éviter l’engorgement. Le bébé aura donc davantage de graisses dans le lait qu’il boira sur le même sein.

Parfois des mamans bien intentionnées mais mal renseignées donnent trop vite le deuxième sein au bébé. Pour peu que celui-ci ne prenne pas de grosses quantités à la fois, il se retrouvera nourri essentiellement de lait de début de tétée. Là encore, la digestion du lactose en grande quantité sera laborieuse. Une intolérance au lactose risque même d’être diagnostiquée (et l’allaitement sera arrêté au profit d’un lait industriel spécial), alors qu’il suffirait de revoir la façon de faire, c’est-à-dire :

-laisser le bébé au premier sein tant qu’il déglutit régulièrement

-si besoin, comprimer ce sein pour stimuler le bébé

-ne donner le deuxième sein que si on est sûre que le bébé a encore vraiment faim

Comment savoir si le bébé a encore faim?

Une des façons les plus simples est de tester l’appétit du bébé face à un afflux important de lait, en comprimant le sein. S’il se retire avec une moue dégoûtée, c’est qu’il a eu son content et veut juste avoir le sein dans la bouche pour dormir tranquillement. S’il ne se retire pas et tète avidement, c’est probablement qu’il a encore faim.

Je continuerai ce billet en début de semaine prochaine, avec d’autres réjouissances comme les REF et RGO : le réflexe d’éjection fort et le reflux gastro-oesophagien. Nous évoquerons aussi l’effet de l’alimentation de la maman sur les coliques.

J’espère que les conseils de ce billet auront déjà pu aider un certains nombres de parents!

Tous à vos témoignages!

(°) enzyme : grosse molécule découpant les composants des aliments en toutes petites parties utilisables par les cellules.

(°°)Attention, dans le cadre d’une poussée de croissance, on pourra être amenée à laisser son bébé au sein plus souvent et plus longtemps que de coutume. Les seins mettront 1 à 3 jours à s’habituer à la nouvelle demande.

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